ISOLEMENT DE PERSÉE
renvoyée sans façon de Rome, bien que les plus âgés des sénateurs eussent stigmatisé la perfidie de Marcius comme indigne du nom romain ; en même temps, on ordonna à tous les Macédoniens qui séjournaient alors en Italie de quitter ce pays dans les trente jours *. Le roi se voyait donc réduit uniquement h ses alliés de la Thrace, à ses relations avec les tribus illyriennes et d'autres Barbares, à une poignée de volontaires et de fugitifs grecs', et avant tout à son vaillant peuple et à son excellente et nombreuse armée, aguerrie par de nombreux combats contre les Barbares de la Thrace. Les Hellènes^ de leur côté, suivaient avec anxiété cette guerre nouvelle, qui, ils le sentaient bien, allait aussi décider de leur propre destinée. A l'exception du parti oligarchique, partisan des Romains, tous les Grecs étaient encore remplis de sympathie pour les Macédoniens, de même race qu'eux; aussi bien la masse très considérable des « hommes du peuple )> dans la plupart des cantons, la plupart des démocrates de toute nuance et de tous les rangs, que la crainte seule empêchait alors de prendre les armes pour Persée, que ceux des Grecs, très nombreux surtout parmi les Achéens, qui, la situation étant donnée, ne voyaient plus que dans la plus stricte neutralité le salut de leur pays, mais qui désiraient le maintien durable d'un certain équilibre entre Rome et la Macédoine*. Lorsque enfin tout espoir de maintenir la paix se fut évanoui, Persée rassembla son armée, forte de 43,000 hommes (environ 21,000 phalangites, quelques milliers d'hypaspistes; 4,000 cavaliers macédoniens et thraces; le reste, en grande partie des mercenaires et des volontaires grecs) près de Cilion, à Touest de Pella, et ouvrit les hostilités au printemps de l'an 171^ par l'invasion des pays des Perrhèbes et des Thessaliens '. On vit bientôt que ce roi ne possédait aucune des qualités militaires de son père, ou en général des Antigonides, et n'avait pas non plus, malheureusement pour lui, un général
«) PoLYB., XXVlï, 7, 1-4. Appian., c. 9, 5. Liv., XLII, 46, 47, 48, Diod., XXX, 1.
«) Liv., XLII, 51.
') Cf. Liv., XLII, 30. XLV, 31. Polyb., XXX, 6, 5 sqq. 10.
*) Cf. MoMMSEN, Hom. Geschichte, I, p. 773.
«) Liv,, XLII, 50-53.
GUERRE ENTRE LES ROMAINS ET PERSÉE l£3
qui pût suppléer à ce qui lui manquait à lui-même. Il est vrai que Persée était bon soldat; il savait aussi remporter des victoires partielles; mais il ignorait complètement Tart de profiter rapidement et largement de ses succès, de diriger en grand les opérations d'une campagne sans régler servilement ses mouvements sur ceux de Tennemi. C'est ce qu'on vit dès le début de la guerre. Le consul romain Publius Licinius CrassuSy chargé de la guerre de Macédoine, avait' débarqué à cette époque en lUyrie el marcha sur Gomphi en Thessalic à travers TÉpire et l'Athamanie, tandis qu'en même temps la flotte romaine, forte de quarante gros vaisseaux de guerre montés par 10,000 soldais de marine, cinglait, sous le préteur Gains Lucretius et son frère Marcus, de Céphallénie vers les eaux de la Béotie *. Or, au lieu d'attaquer l'armée romaine, composée en partie de troupes peu exercées, sur les routes difficiles de la chaîne de montagnes qui s'étend sur la frontière de la Thessalie, ou au moins à sa sortie des défilés près de Gomphi, comme l'exigeait même l'idée d'une guerre défensive, au-dessus de laquelle Persée ne sut pas s'élever, le roi, après avoir pris d'assaut quelques villes perrhébionnes et thessaliennes, attendit les Romains près de Sycourion, au pied de l'Œta, et fit en attendant pilier la plaine thessalienno par ses cavaliers -, Les Romains purent donc se reposer tranquillement près de Gomphi, atteindre sans résistance Larissa, et renforcer leur armée sans obstacle par les corps auxiliaires des Pergaméniens (4,000 fantassins et 1,000 cavaliers) et des villes et cantons grecs alliés; entre autres troupes, 300 chevaux et 100 hommes d*Apollonie, un escadron de cavaliers étoliens et 400 cavaliers thessaliens, ainsi que 1,000 Achéens, se joignirent alors aux Romains. Le total des forces de terre romaines dans la péninsule hellénique, dont une partie toutefois resta en lilyrie pour menacer la frontière occidentale de la Macédoine, pouvait s'élever maintenant à environ 30 à 40,000 hommes de troupes d'Italie et à plus de 10,000 hommes de guerriers alliés de toute espèce '. Quelque
«) Liv., XLIÏ, 48. 49. 55. 56.
•) Liv., XLII, 53-55, 56; sur Sycourion cf. Blrsian, op. cit., p. 62.
3) Liv., XLII, 55. Cf. Mommsen, Rôm. Geschichte, I, p. 773.