‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 63 sur 186 · ATTITUDE DES ACHÉENS PENDANT LA GUERRE CONTRE PERSÉE · texte numérisé non relu

ATTITUDE DES ACHÉENS PENDANT LA GUERRE CONTRE PERSÉE

devaient être enlevés de chez eux et conduits à Rome pour y être interrogés. Ce programme fut exécuté de la façon la plus complète; les recherches et les poursuites dirigées contre les partisans de Persée s'élendirent jusqu'aux îles les plus lointaines^ entre autres jusqu'à Cos. Les cantons grecs de la terre ferme furent naturellement les plus maltraités. Dans les cantons des Perrhèbes et les Thessaliens, qui avaient déjà si cruellement souffert de la guerre Sociale etensuite , depuis 171 , de la guerre entre les Romains et les Macédoniens, on procéda à de nombreuses arrestations. Les Épirotes, dont le sort fut fixé par Charops et qui n'avaient alors aucun pressentiment des souffrances qui les attendaient encore (p. 198); les Acarnaniens, dont le parti romain, sous Tindigne Chrêmes, aurait voulu déjà pendant la guerre réduire au silence par une garnison romaine l'opposition démocratique; les Étoliens, que Lyciscos trouvait encore trop arrogants malgré les derniers massacres; les Béotiens enfin, chez lesquels l'oligarchie sous Mnasippos de Coronée rendait maintenant aux démocrates tout le mal que ceux-ci lui avaient fait depuis quelques dizaines d'années : tous durent souffrir que les meilleurs ou du moins les plus résolus de leurs concitoyens, soient qu'ils eussent été partisans de Persée dès le début, soient qu'ils n'eussent manifesté plus clairement leurs sympathies pour la Macédoine que par suite de Tincapacité et des crimes des officiers romains pendant les premières années de la guerre, ou qu'ils se fussent contentés d'exprimer ouvertement leur désir de voir la Grèce indépendante et leurs opinions démocratiques, furent arrêtés en masse, menés à Rome avec l'armée romaine, pour y être « internés » indéfiniment dans les villes de ce pays ou y être jetés en prison*.

Deux hommes haut placés, qui aux yeux des Romains

0 Liv.. XLV, 31. 34. XLin, 17. Polyb., XXVIIF, 5, \-6. XXX, 6, 5-8. 7, 5-10. 10, Ml. XXXll, 21, 6. Daprc^s Justin., XXXIII, 2 fin. XXXIV, 1, lous les notables des conseils communaux des villes ëtoliennes suspects aux Romains furent conduits avec leurs familles en Italie; après de longues années, le Sénat, cédant aux prières réitérées des Étoliens, aurait permis aux internés de s'en retourner chez eux ; selon toute apparence ils ont été confondus ici avec les Achéens internés dont il sera question plus loin. Cf. cependant Polyb., XXXI, 8, 8 sqq.

202 LK PARTI NATIONAL Di: PÉLOPONNÈSE PENDANT LA CUERRE

s'étaient parliculièrement compromis, TÉlolien Archidamos^ (p. 187) et le démocrate béotien Néon, qiiî, jusqu'au bout^ étaient restés fidèles à Persée, furent décapités*. Enfin, pour* punir les Acarnaniens de leur attitude équivoque pendant la. guerre, on sépara de leur territoire Leucas, alors leur capitale, pour en faire un Ltat indépendant*. On finit aussi par affaiblir considérablement lesÉtoliens d'une façon analogue'. Tandis que Tannée 167 av. J.-C. accablait ainsi de malheurs les peuples grecs entre le Sliymon et l'isthme de Corinthe, la Ligue achéenne, elle aussi, était en butte aux traitements les plus odieux de la part des hommes politiques romains et de l'oligarchie grecque. Nous avons vu plus haut (p. 183) quo les confédérés, malgré la forte antipathie de leur parti national contre Rome, n'avaient pas refusé aux Romains, en 172 et en 171 av. J.-C, leur contingent militaire contre Persée. En 170, le consul Hostilius avait, à ce qu'il paraît, renvoyé dans ses foyers le corps auxiliaire (p. 186) que son prédécesseur Licinius avait retenu dans le camp romain même après le retour de Persée en Macédoine*; et depuis ce temps, les Achéens n'avaient pas pris directement part à la guerre. L'agitation des partis avait été d'autant plus violente. Callicrate et ses amis, peu avant la guerre, avaient perdu une grande partie du terrain gagné ; et bien quo les hommes d'Etat du parti national qui peu avant et pendant la guerre de Macédoine remplissaient les fonctions les plus élevées de l'État ** se gardassent bien de tendre la main directement ou indirectement au roi Persée,

«) Plut., .KmiL, c. 23. Liv., XLIV, 43 et XLV, 31 s. Cn. Je crois, avec Freeman, p. 66't, 2, devoir substituer dans ce dernier passage Archidamos àTinconnu Andronicos.

«) Liv.,XLV, 31.

3) Nous avons en vue ici surtout ce que nous rapportent Dion., XXXI, 8, 3et SYNCELL.,p. 137, d'après lesquels Amphilochia(cf. ci-dessus, p. 132, 5) fut alors détachée de l'Étolie. Contrairement à l'opinion de Brandstâter, Gcsch, des àtolischen Landes, p. 493 et de KortCm, Gesch, Gri4:henlands, lU, p. 315, basée sur quelques paroles douteuses dans les ProL lib. XXXIH de Justin, que la Ligue r^lolienne fut dissoute à cette époque, nous admettons comme plus probable que cette fédération (comme Mommsex, Rfim. Geschlchtet I, p. 772, l'admet pour la Ligue béotienne) ne fut dissoute formellement et légalement par les Romains qu'avec la Ligue achéenne.

*) ScHORï, op, cit., p. 354.

'^) Cf. d'une manière générale Pausan., VIL 10, 2.

ARCHON ET POLYBE 203

OU de refuser les secours que Rome leur demandait, les sympathies du Péloponnèse pour Rome se trouvaient précisément alors restreintes aux cercles les plus étroits, et Topinion devenait de plus en plus favorable à la Macédoine.

Si Lycortas et ses amis avaient pu prévoir , dès ce moment, de quelle façon les Romains abuseraient plus tard de leur victoire, le parti national aurait pris peut-être alors la même résolution que prirent dans leur désespoir, vingt-quatre ans plus tard et dans des circonstances bien plus graves, les indignes et derniers successeurs de ces vaillants patriotes : ils eussent peut-être suivi l'exemple des Molottes et conduit à Persée les forces bien exercées du Péloponnèse, pour vaincre ou périr avec lui. Mais alors on ne songeait pas à cela ; des hommes comme Lycorlas crurent même qu'il était possible et prudent d'observer du moins la plus stricte neutralité. Maison s'aperçut bientôt que ceci même ne mènerait plus à rien. Vers la fin de Tété ou dans l'automne de Tan 170, quelques messagers du consul Hostilius, le brutal Gains Popillius et Gnaeus Octavius, qui devaient publier partout les décrets du Sénat (p. 187) contreles exactions arbitraires des généraux romains et en même temps raffermir la fidélité chancelante des Hellènes, se présentèrent également dans les villes du Péloponnèse et dans l'assemblée des confédérés réunis à ."Egion. Sans réussir à trouver des prétextes pour mettre en accusation les chefs du parti national, notamment Lycortas, son fils l'éminent Polybe et Archon, ils laissèrent partout entrevoir, d'un air menaçant, que le Sénat ne pouvait guère considérer comme valant mieux que la guerre ouverte les secrètes sympathies des Achéens pour Persée ou leur stricte neutralité '. Dans ces circonstances, les chefs du parti national délibérèrent sur l'attitude quHl convenait de prendre. L'avis de Lycortas, qui, même alors, ne voulait pas renoncer à une stricte neutralité, ne fut plus écouté ; bien à regret, on résolut, surtout d'après les conseils d' Archon, qui, malgré son patriotisme et sa haine contre Callicrate, s'était montré depuis peu moins hostile aux Romains", de soutenir les Romains de toutes ses forces pour

») Cf. Liv., XLIII, 17. PoLYB., XXVIII, 3, 1-10. Freeman, p. 672 sq. *) En 172, en automne, où, à Tinstigation de Q. Marcius (p. 181), il fît

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sauver sa propre existence. Archon lui-même fut nommé chef de la Ligue pour l'année 169av. J.-C, et Polybe *, hipparque' ; puis, comme premier signe d'une politique nouvelle, on rétablit, au printemps de Tannée 169, dans la plupart des honneurs qu'on lui avait récemment enlevés (page 171), le ro' Eumène, qui semblait être encore en grande faveur à Rome *. Mais bientôt on comprit que le sacrifice que le parti national était disposé à faire devait être inutile. En effet, Polybe avec d'autres ambassadeurs fut envoyé au printemps de Tan 169 au consul Marcius, pour lui porterie secours de toutes les forces alliées. Il trouva lesRomainssurlepointd'entreprendre leur marche téméraire à travers la montagne pour pénétrer dans la partie la plus méridionale de la Macédoine (p. 188) et fut assez rusé pour ne faire ses offres que lorsque Taudacieuse expédition eut réussi contre son attente. Marcius refusa poliment; c'eût été le comble de la perfidie d'accepter le secours de ces mêmes Achéens auxquels on réservait déjà un chAtiment sévère pour s'être maintenus indépendants jusqu'alors. En même temps, Marcius sut, à force de ruse et de duplicité, rendre plus mauvaise la situation diplomatique des Achéens. Il apprit, en effet, qu'Appius Claudius, qui luttait alors en vain en Epire et du côté do Tlllyrie contre les forces macédoniennes, avait demandé aux confédérés de lui envoyer 5,000 auxiliaires. Immédiatement Polybe fut renvoyé dans le Péloponnèse,

partir 10()0 Achéens pour Chalcis, pour la protéger en attendant (Liv., XLIÏ, \\. PoLYB., XXVII. 2, U et 12).

*) Polybe, fils de Lycorlas, ^lait né à Mégalopolis ; il était alors à la fleur de l'âge, mais on ne peut indiquer exactement Tannée de sa naissance. D'après les recherches les plus récentes, on sait que cet homme d*Élat n'est pas né avant 214 ni apn'»s 204 av. J.-(^ ; Fcciis (in Paulys RenUncyrlnp, (l. cl. Altéii'th., V, p. 1811), nous laisse le choix ontre les années 212 à 20k NiTzscH {Pohjhios, p. 118) opine pour les années 213 à 210 av. J.-C. Peter, Griech. ZeiUafdn, p. 145, Rem., dd. «st pour l'an 20* av. J.-C. Mommse.n par contre, l\. G., II (4« cdit.) p. 450, se prononce pour 208. Kortim. (iasch. GviechrnlamU, III, p. 345, admet Tan 205; Markhauser enfin [Der Geachichluschreihur Polybhut, p. I) opine pour 204, et Freemax, p. 226, pour 210 av. J.-C.

2) PoLYB., XXVIIÏ, 6, 1-8, 7, I. Cf. Freeman, p. 673 sqq. Nitzsch, Potybins, p. 27.

»■) PoLYB., XXVII, 15, 2-4. XXVIIÏ, 7, 1-15. 10, 7. Cf. Meier, op, cit., p. 390 sqq. Schor.n, p. 213 et Freeman, p. 674 sqq.

CALLICRATK 205

avec rinslruction verbale d'empêcher le renfort fédéral de se rendre en lUyrie. C'est ainsi que ce fourbe dangereux paralysa en même temps les mouvements de son lieutenant et mit les Achéens dans la situation difficile de se brouiller ou avec le consul ou avec Appîus; et comme finalement ils suivirent son conseil, Appius devint leur ennemi mortel, tandis qu'on pouvait présenter au Sénat sous un jour très équivoque, dans ces circonstances, l'offre des Achéens de soutenir les Romains, puisque Marcius s'était bien gardé d'exprimer à Polybe son « désir » par écrit ou sous forme officielle *.

Les Achéens se virent donc condamnés à rester dans une inaction complète, spectateurs des événements qui allaient survenir. Leur tentative de suivre une politique indépendante dans une autre direction échoua également. En efïet, lorsque vers la fin de l'année 169 ou au commencement de l'année 168 la cour d'Egypte, vivement attaquée parle Séleucide AntiochusIV Épiphanc, demanda aux Achéens un secours de 1,000 fantassins et 200 cavaliers et que les autorités fédérales se montrèrent très disposées à le lui accorder, Callicrate et ses amis parvinrent à faire convoquer à Sicyone une assemblée publique qui devait y prendre une résolution finale et décidèrent en attendant le consul Marcius à intervenir. La démonstration du général romain détermina en effet les Achéens à revenir sur leur décision pour se contenter d'une tentative infructueuse de médiation dans les démêlés entre la Syrie et l'Egypte V

Et alors eut lieu la catastrophe de Pydna, dont les suites, en 167, se firent sentir d'une façon terrible pour les confédérés. Immédiatement le parti romain-oligarchique devînt aussi prépondérant dans le Péloponnèse, et ses chefs firent les plus grands efforts pour donner une base solide à leur pouvoir,

*) PoLYB., XXVIII, 10, 1-0, il. 1-14. Cf. NiTzscH, Die Gracc/ten, p. 16i. Fheeman, pag. 675 sqq. Les Achéens, il est vrai, cherchèrent à se tirer d'affaire aussi bien que possible, en s'appuyant vis-à-vis d'Appius Claudius, pour motiver leur refus, sur le décret du Sénat plusieurs fois cité de Tan 170 (Liv., XLIII, 17. Polyb., XXVIII, 11, H) qui défendait aux fonctionnaires romains de demander des secours aux alliés sans un ordre spécial ou l'autorisation du Sénat, et en instruisant le consul Marcius de leur conduite (Polyb., XXVIII, 11, 11 sqq.).

«) Polyb., XXiX, 8, 1-11 ; 1), 1-16; 10, 1-7.

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