‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 62 sur 186 · ACTES HONTEUX DES ROMAINS EN ÉPIRE · texte numérisé non relu

ACTES HONTEUX DES ROMAINS EN ÉPIRE

appeller vraiment mesquine la destruction de la petite ville lesbienne d'Ântissa (167) et la déportation de ses habitants à Méthymne, pour les punir de Tappui qu'ils avaient prêté (probablement au printemps de Tan 168) à un amiral macédonien*, Tatroco cruauté avec laquelle on traita le parti macédonien en Épire devait provoquer la plus profonde indignation. Après la défaite de Gentios (168), le préteur romain L. Anicius avait mis ses troupes en mouvement contre TÉpirc. Maintenant que la Macédoine avait succombé aussi, les Romains n'eurent plus à vaincre aucune résistance sérieuse de la part des Épirotes. Les villes des Chaoniens, et la forte Phanote la première, se rendirent au préteur sans hésiter. Et lorsqu' Anicius arriva dans le pays des Molettes, Passaron, Tecmon, Phylaké et Horreon firent seules mine de vouloir se défendre; mais là aussi il n'y eut pas de lutte sérieuse. Car lorsque le préteur parut devant la capitale des Molottes, Passaron, où les vaillants chefs Antinoos et Théodotos cherchaient à exciter le peuple à résister avec courage, la population les abandonna. Antinoos et Théodotos cherchèrent alors seuls la mort en se battant avec les avant-postes romains. Le noble Céphalos eut une fin semblable à Tecmon; cette ville aussi, ainsi que Phylaké et Ilorréon, n'attendit pas que les Romains la prissent d'assaut*. Mais les Épirotes espérèrent en vainque la mort de leurs chefs et leur rapide soumission apaiseraient les Romains. Non seulement ce peuple malheureux tomba entre les mains du vindicatif Charops, mais, par ordre spécial du Sénat, qui voulait, en faisant un exemple, frapper de terreur tout le parti national grec et donner une plus ample satisfaction à l'insatiable amour du pillage de la soldatesque romaine, Paul- Emile, en revenant vers Oricos pour s'en retourner en Italie (vers la fin de Tan 167 av. J.-C), dut livrer à un affreux pillage toutes les villes de TÉpire qui avaient passé à Persée; il y en avait 70 et c'étaient, en très grande majorité, des villes appartenant aux Molottes. Préparé de sang-froid et avec une

*) Liv., XLV, 31 fin. (D'après les recherches locales de A. Conze, Reise auf der Inscl Lesbos, Hanovre, 1865, p. 26, de faibhs restes d'Antissa subsistaient encore à une époque postérieure).

«) Liv., XLV, 26. Cf. PoLYB., XXX, 7, 2-4. Zonar., IX, 24 init.

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ruse odieuse, cet indigne pillage fui syslémaliquement mis en œa>Te et achevé sur la plus vaste échelle ; pour finir, les murailles des villes pillées furent démolies et les habitants, au nombre de 150,000, vendus comme esclaves*.

Cependant, la politique du Sénat et de Toligarchie grecque avait fait des efforts non moins grands, même avant ce crime monstrueux, sur beaucoup d^autres points de laGrèce. Depuis la chute de Persée jusqu'au départ des troupes romaines pour l'Italie, on posa partout les fondements des malheurs qui accablèrent les Grecs pendant les quelques dizaines d*années suivantes. Paul-Emile, dans Tauiomne de Tan 168 avant J.-C, après avoir terminé les affaires les plus importantes en Macédoine et en attendant l'arrivée des dix commissaires sénatoriaux qui, avec lui, devaient régler définitivement 1a situation en Macédoine, avait entrepris un voyage en Grèce qui avait surtout pour but la visite des villes célèbres et l'étude des œuvres d'art de ce pays. Il avait, à cette occasion, visité d'abord laThcssalie et Delphes, puis la Béotie, Chalcis et Athènes ; puis, passant par Corinthe, il avait vu successivement les principales villes du Péloponnèse; partout aux endroits consacrés aux dieux il avait offert de brillants sacrifices. Ses manières aimables, sa bienveillance évidente à l'égard des Hellènes, sa répugnance à persécuter les hommes qui pendant la guerre qui venait de finir avaient nourri des sympathies pour Persée, avaient été bien faites pour calmer les appréhensions des Grecs qui craignaient de nouvelles violences de la part des Romains*. Mais bientôt la Grèce s'aperçut avec terreur que ce seul Romain n'était plus capable d'arrêter la fureur de Toligarchie grecque et la dureté impitoyable de la politique du Sénat. Pendant qu'il s'en retournait àDémélrias, au printemps de l'an 167, Paul-Émile lui-môme apprit avec horreur,

») PoLYB., XXX, 14. 7 sqq. 15, 5 Sff. Liv., XLV, 33 s. i\n. ol 3i. Put.. JSmiL.c. 29.30. Appian., llhjr. c. 0 uù, par erreur, on parle du pillage de rillyrie. Strab., VII, 7, 3, pag. 4UG (322). Plin., H. N., IV, 10 (17), 39. Cf. aussi Dio Cass., fp. 67, 2. Eltrop., IV, 8. Nitzsch, Die Grncchen, p- 174 sqq. Lanoe, p. 264 sqq. Nissen, p. 277. 303 sqq.

«) Liv., XLV, 27. 28. Plut., JEmiL^c. 28. Polyb., XXX, 15 et XXX, 10, 11, sur la désapprobation par Paul-Émile des violences dont furent plus tard victimes les Âchéens et les Ëtoliens du parti national.

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de quelques Étolions au désespoir, la nouvelle des excès sar"». — glanls du parli romain en Étolie, Les chefs de ce parli (not^Ji-ss avons déjà dit que pendant la guerre ils n'avaient cessé d'où »•dir contre leurs adversaires * les intrigues les plus odieuses ^ •* Tisippos et Lyciscos, que nous avons nommés plus d'une foi^^ ^ pour assurer leur pouvoir par un coup d'éclat, avaient demand. au général romain Âulus Bœbius un détachement de troupe romaines et, à Toccasion d'une assemblée publique, assassin. 330 notables qu'ils accusaient d'être les adversaires de Rome* ils en avaient chassé du pays beaucoup d'autres et s'étaie emparés dos propriétés des morts et des exilés*. Frappé d'hoi reur, Paul-Émile invita les accusateurs de ces t3rran8 crimine] à se rendre à Amphipolis. Mais lorsque ensuite, devant son tr bunal et celui des dix commmissaires arrivés sur ces entr faites, (in vint à discuter la question étolienne après avoir pré lablement traité des affaires de la Macédoine, on approuva saiB. façon le meurtre et l'exil des Étoliens du parli national, \^ auteurs du crime et leurs instruments restèrent impunis. Ba^ bius seul fut châtié pour avoir permis que ses soldats prisse part au massacre'. Toute la Grèce devint alors le théâtre d^ plus odieuses violences. L'effet moral produit parla défaite d Pydna avait partout conduit au pouvoir les hommes du parB. romain; ces potentats, notamment Callicrate, Aristodamos ^ Agésias, Philippe, chez les Achéens, Mnasippos de Béotie, Chrêmes d'Acarnanie, les Etoliens Lyciscos et Tisippos déjà nommés, les Épirotes Charops et Nicias, accoururent de toutes parts à Amphipolis pour s'entendre avec les envoyés du Sénat sur les mesures les plus propres à anéantir l'opposition nationale en Grèce et pour exciter de toutes leurs forces le zèle des Romains. On résolut enfin d'établir comme une vaste Inquisition des opinions politiques : tous les hommes notables, soit qu'ils fussent compromis par les papiers que les Romains avaient pris à Persée, ou dénoncés par les chefs du parti romain dans les divers cantons comme dangereux adversaires de Rome et partisans plus ou moins décidés de Persée,

') Cf. PoLYB., XXVIII, 4, M3. Liv., XLIII, 17. «) Liv., XLV, 28. PoLYB., XXX, U, 1-6. ^) Liv., ibkl. et 31.

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