‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 70 sur 186 · CRIMES DU JEUNE CHAROPS EN ÉPIRE · texte numérisé non relu

CRIMES DU JEUNE CHAROPS EN ÉPIRE

meilleurs Romains de cette époque, du noble Scîpîon Émilien^ jeune fils, bien connu en Macédoine, du vainqueur de Pydna, l'arbitre de leurs discussions intestines, ce malheureux peuple était mûr en effet pour la grande révolte dont l'issue devait fixer ses destinées futures ^ Les choses se passaient autrement, mais d'une façon tout aussi peu satisfaisante dans le nord et dans le centre de la Grèce. Là c'étaient les chefs du parti romain qui presque partout traitaient avec une cruauté systématique le parti vaincu. Parmi tous ces hommes, le jeune Épirote Charops, qui semble avoir exercé un pouvoir presque royal, s'est acquis la renommée la plus terrible. Aussi cruel que vulgaire*, il ambitionnait les lauriers d'un Nabis. Non content des misères indicibles dont les Romains avaient accablé TÉpire, il persécuta d'une façon vraiment odieuse les hommes du parti national vaincu. Entouré dune troupe de compagnons dépravés qui, dans l'espoir de s'enrichir aux dépens du parti vaincu, s'étaient joints au puissant favori des Romains (il y avait parmi eux quelques hommes notables, comme Myrton et son fils Nicanor, qui jusqu'alors avaient joui d'une meilleure réputation), Charops d'année en année commit des crimes plus audacieux. Bientôt ses adversaires personnels et politiques ne purent plus se faire rendre justice dans ce pays; peu de temps après, les accusations les plus frivoles s'accumulèrent contre ceux dont les richesses excitaient sa cupidité et celle de ses amis. Des exécutions, des meurtres commis en pleine place publique et sur les grandes routes^ des attentats contre des ennemis dans leurs demeures ou leurs propriétés que ses sicaires étaient toujours prêts à commettre, la confiscation des biens de ceux qui avaient été assassinés ou bannis sur ses ordres, toutes ces choses étaient à l'ordre du jour en Épire. Et comme autrefois le roi Nabis, de connivence avec son épouse Apéga, n'avait pas ménagé les femmes à l'occasion, les dames épirotes se voyaient alors exposées sans merci à la cruelle rapacité de Philotis, la mère dépravée du jeune scélérat*.

*) PoLYB., XXXV, 4, 10 sqq. Cf. Mommsen, Bôm. Geschichte, II, 4« édit. p. 39. Lange, p. 286.

«) PoLYB., XXVII, 13, 6. XXX, i4, 8 et 9. XXXII, 24. 8. ») PoLYB., XXXII, 21, 5-14. DiOD., XXXI, 31.

DOaHNATÎON DU PARTI ROMAIN DANS LHELLADE 213

Les chefs du parti romain oligarchique se livrèrent aux mêmes excès dans d'autres contrées. Chrêmes ne fit pas moins de mal aux Acarnaniens, Mnasippos de Goronée aux Béotiens, Lyciscos, que nous avons nommé plusieurs fois déjà, aux Étoliens que Gharops à ses Épirotes. Mais, par suite du caractère féroce de plusieurs de ces tribus, ces crimes donnèrent bientôt naissance à la plus sanglante anarchie, et les dernières forces de ces cantons, avant tout, comme nous l'avons dit, celles de TÉtolie, se consumèrent alors en luttes incessantes et meurtrières*.

Le Péloponnèse était relativement plus calme^ et pourtant cette estimable confédération ressentit peut-être le plus profondément et le plus douloureusement le coup de Tannée 167. Ces Péloponnésiens, qui devaient regarder comme un abus de pouvoir inouï la déportation de leurs meilleurs concitoyens, finirent par nourrir contre la puissance italique, leur protectrice, une haine irréconciliable qui trouva enfin dans le dernier soulèvement des Grecs contre Rome sa sanglante expression. Mais, en attendant, on resta comparativement tranquille. Sans doute, tous ceux qui, dans ce pays, n'appartenaient pas au parti romain si peu nombreux, firent sentir à Gallicrate, à Andronidas et à leur coterie, leur mépris souverain et leur haine profonde; les Étoliens mêmes saluaient dans la rue du nom de c traîtres » ces nouveaux potentats*. D'ailleurs, on continuait à s'imaginer que le Sénat songeait sérieusement à citer ces mille Achéens devant un tribunal romain et à renvoyer bientôt dans leur patrie ceux qui seraient reconnus innocents. Mais les confédérés ne devaient être que trop tôt désabusés sur les intentions du Sénat. En effet, après avoir attendu longtemps avec patience des nouvelles décisives de Rome, les confédérés envoyèrent une ambassade fédérale au Sénat, pour avoir des renseignements plus précis sur le sort de leurs compatriotes conduits en Italie, et pour demander au besoin au Sénat de hâter autant que possible Tenquête qu'il avait fait espérer en 167. Mais le Sénat répondit aux Achéens, en s'appuyant nous ne savons sur quel prétexte (cf. p. 207,

') PoLYB., XXX, 14, 6. XXXII, 20, 2, 1 et 3; 21, 1-3. «) PoLYB., XXX, 20, 2-8.

Page 1