‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 71 sur 186 · AMBASSADES DES PÉLOPONXÉSIEXS A ROME · texte numérisé non relu

AMBASSADES DES PÉLOPONXÉSIEXS A ROME

note 3), que les Romains apprenaient avec étonnement que les Achéens demandaient au Sénat de décider du sort de ces mêmes hommes que la confédération avait déjà condamnés * ! CiCttc réponse, qui fit comprendre enfin aux Achéens Todiouse comédie que les envoyés de Rome et la coterie de Callicrate avaient jouée à leurs dépens et qui enflamma surtout leur colère contre l'oligarchie', causa naturellement la plus grande stupéfaction. Mais les confédérés ne se lassèrent pas encore. En i6i, une nouvelle ambassade, conduite par un certain Euréas, partit pour Rome. Euréas déclara au Sénat dans les termes les plus formels que les accusés en question n'avaient jamais été cités devant un tribunal et encore moins condamnés, et supplia encore une fois qu'on voulût bien statuer sur le sort des malheureux internés; il ajouta que, si le Sénat était en ce moment occupé d autres afl'aires pressantes, rien ne s'opposait à ce qu'on confiât à la commune fédérale la conduite du procès. Il est probable que des messages ou des plaintes semblables concernant les agissements du parti romain étaient parvenus à Rome encore d'autres parties de la Grèce ; dans tous les cas, la décision du Sénat s'adressait maintenant à tous les Hellènes. Le Sénat, qui prévoyait probablement que le résultat d'une pareille enquête serait insignifiant et que le renvoi pur et simple des prisonniers donnerait une force nouvelle à l'opposition nationale en Grèce et rendrait intenable la position du parti romain, répondit en conséquence que le retour des internés en Grèce ne serait un bonheur ni pour Rome ni pour les Hellènes'. C'était en réalité condamner les prisonniers à un oxil indéfini. Toute la Grèce, le Péloponnèse surtout, s'abandonna à un immense désespoir; le parti romain, les Callicrate, les Charops et leurs satellites levèrent la tête avec plus d'audace et d'insolence que jamais \

Bientôt après, les Achéens eurent une nouvelle preuve de la dureté avec laquelle les hommes d'État de la majorité sénatoriale jugeaient à propos de traiter leur pays. Même en 183, les

♦) PoLYB., XXX, 20, i. XXXÏ, 8, 1 et 2. Cf. Krkeman, p. 681. «) PoLYB., XXX, 20. 1 ot2.

M PoLYB., XXXÎ, «, iO-i2.

CALLICRATE AU POrVOlR 217

vieilles querelles locales entre Sparte et Mégalopolis n'avaient pas été entièrement vidées; les Spartiates, qui, selon toute apparence, aspiraient toujours encore à reprendre Belmina que Pliilopœmen(p. 143) leur avaitenlevéen 188, profilèrent de l'occasion qui se présentait pour se plaindre au Sénat. Les ambassadeurs envoyés en Asie (143 av. J.-C. ), Gaius Sulpicius Gallus et AI. Sergius, furent donc chargés d'inspecter aussi la Grèce et de mettre fin à ce différend. Les ambassadeurs s'en remirent à Callicrate qui, selon toute apparence, prononça en faveur de Mégalopolis ' . Mais, en revanche, tout porte à croire que Sulpicius, qui d'ailleurs afficha une arrogance blessante, s*est efforcé ''e semer dans la confédération de nouveaux germes de dissolu- *'on et de Tébranler autant que possible ; en tout cas, il s'occupa ^otivement de la ville étolionne de Pleuron (p. 13i), qui le •^•ippliait alors de la délivrer de toute communauté avec les -*^ Cîhéens. Suivant son conseil, les membres de cette commune, ï ^^i violaient, bien entendu, la loi de la confédération interdi- •'^^^ntces négociations particulières avec rétranger, envoyèreril '^ *^e ambassade spéciale au Sénat et obtinrent en effet (en 1G3) ' -^3mutorisation de se séparer de la Ligue*. On comprend facile- '^-^ «nt que de pareils incidents ne firent qu'augmenter la haine du i^^^uple contre les Romains. Complètement impuissants comme Tétaient en face de cette politique italique, les Achéens se dommagèrent au moins par les marques de respect qu'ils ^^nnèrent à Eumène II qu'ils avaient autrefois si gravement onsé, uniquement parce que ce roi se voyait maintenant, mme eux, maltraité par le Sénat'. Du reste, ils étaient plus ^^ureux que lesEtoliens et les Epirotes, parce que Callicrate, ^elquebasque fût son caractère, ne partageait pas du moins —s penchants sanguinaires de Lyciscos et de Charops; peut-

*) PoLYB., XXX[, 9, 6 et 7. Paijsan., VII, il, 1 . C'est avec raison que

"^^^ CHORN, p. 377 et Freeuan, p. GS5, en sappuyant sur Polyr., {Q(t. cit.,

^^^^nsidèrent comme erronée l'opinion de Pausanias qu'il s'agissait alors d'un

* ^ ifTérend de frontières entre Sparte et Argos et rapportent ce qu'il dit à Mc-

^Talopolis. De même, il est très probable qu'il faut considérer avec St-horn

ribid,) Belmina comme l'objet de la contestation; de ce que, lors de la

^temière catastrophe (Pausan., VU, 12. 2), ces discussions de frontières

^Duèrent encore un njîe, on peut conclure que Belmina resta alors à Mépra-

îopolis.

^)Pausan., VU, 11,1.

»)PoLYn., XXX F, 10 a.

iS

218 FIN DK CHAROPS

èire aussi n*osait-il pas, on face de l'irrilalion populaire, employer contre ses adversaires politiques d'autres armes que les vexations, les chicanes et les intrigues ou le mépris de leurs plus chers souvenirs, qu'il témoigna, par exemple, en faisant enlever des places publiques les statues de Lycortas^ Au nord et au centre de la Grèce, les chefs du parti romain persévérèrent au contraire, depuis Tannée 164, avec plus de fureur et de sécurité que jamais, dans leurs honteux agissements. Charops surtout abusait de plus en plus de son pouvoir et finit par accuser en masse les plus riches habitants d^ètre les adversaires des Romains, pour les faire expulser du pays sous ce prétexte et confisquer leurs biens et ceux de leurs femmes. Non content de voir l'assemblée du peuple réunie à Phœniké en Chaonie, alors la ville la plus importante de rÉpire et depuis longtemps le siège des autorités de la Ligue épirote ■, condamner à mort, sous la pression exercée sur elle par lui et son parti, tous ces accusés, pour être d'autant plus sûre de leur faire quitter le pays, il se rendit enfin luimême (entre 164 et 160 av. J.-C.) à Rome, accompagné de Myrton, pour y obtenir en toutes formes l'approbation de ses crimes. Mais le Sénat ne consentit pas à aller jusque-là. Des hommes d'honneur, haut placés, comme le Grand-Pontife M. iEmilius Lépidus et surtout le vainqueur de Pydna, ne voulurent pas le recevoir, et le Sénat, évidemment à l'instigation de Paul-Émile, refusa non seulement d'approuver ce que le jeune scélérat avait fait jusqu'alors, mais parla même d'envoyer une commission pour faire une enquête en Épire *. L'époque la plus désastreuse pour ce pays était ainsi arrivée à sa fin. Et lorsque Charops, assez longtemps après la mort de Paul-Émile, survenue en 160, voulut encore une fois se rendre à Rome, il mourut en route à Brundisium (vers 157 av. J.-G.). Les Épirotes purent donc enfin, au prix des plus grands efforts et non sans le secours d'une commission romaine, se

*) POLYB., XXXVII, i g.

«j Cf. E. CuRTius sur l'inscription troyenne (de Cambridge) dans l'Archàol, Zeitung de Gerhard, 1855, n^ 75, p. 34, 37, 46. Bursian, I, p. i7. YiscHER, N. Schweiz, Mits,, 1864, 4® fascic, p. 299.

•) DioD. XXXI, Si, PoLYB., XXXII, 21, 11-14; 22, 1-9.

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