RUPTURE ENTRE SPARTE ET LES CONFÉDÉRÉS
que les Spartiates avaient récemment envoyé une ambassade au Sénat au sujet de cette aiTaire ; on peut admettre que la conduite toute récente de Callicrate à Tégard de Ménalcidas provoqua ensuite Tindignation des Spartiates, et que Ménalcidas de son côté excita la colère de ses compatriotes contre Talliance avec les confédérés qui leur avait toujours été odieuse *. Et c'est précisément le procès criminel dont Ménalcidas avait été menacé qui parait avoir fortement ranimé Tancienne querelle au sujet du droit des confédérés de citer devant leur tribunal ceux des Spartiates qui étaient accusés de crimes politiques (cf. p. 163, 1). Le Sénat, invité par les Spartiates à se prononcer, déclara tout d'abord que Rome ne se mêlait pas de la question des frontières ; que d'ailleurs les Spartiates, excepté dans les affaires criminelles, devaient toujours, pour se faire rendre justice, s'adresser à l'assemblée fédérale. Diceos protesta vivement contre cette décision devant l'assemblée, en tant qu'elle enlevait de nouveau aux confédérés le droit de juridiction criminelle sur Sparte. Il s'appuyait très probablement* sur l'usage établi depuis des années; il pouvait, avant tout, citer le cas du Spartiate Léonidas, de vieille race royale, qui, peu de temps avant la guerre contre Persée, avait été accusé devant l'assemblée de relations secrètes avec ce roi et condamné à l'exil sans protestation aucune \ Ce fut la cause d'une violente querelle au sein de l'assemblée; les Spartiates déclarèrent enfin qu'ils soumettraient encore une fois l'affaire au Sénat. Diaeos alors, avec une grande violence de parole, cita l'ancienne loi fédérale, malheureusement négligée de fait depuis des années par Rome aussi bien que par Sparte, et qui défendait aux divers membres de la confédération d'envoyer de leur propre chef des ambassades à des puissances étrangères ; bref, l'affaire se] termina par la rupture ouverte entre Sparte et les autres confédérés ^
On se prépara donc des deux côtés sérieusement à la guerre. Mais les Spartiates sentaient bien que, dans leur situation
*) Cf. Freeman, p. 689.
') Cf. Freeman, ibid. et Schorn, p. 384 ad Paisan., VII, 12, 2.
») Liv., XLn,5i.
*) Pausax., VII, 12, 1-2.
LES SPARTIATES tT DTjEOS 233
actuelle, ils ne pourraient pas longtemps soutenir la lulte contre des ennemis supérieurs en nombre : ils cherchèrent donc pardes ambassades qu'ils envoyèrent aux diverses villes confédérées à détourner la catastrophe qui les menaçait, sans oublier pour cela de traiter avec Diaeos lui-même. Et lorsque, d'une part, toutes les villes leur répondirent que personne ne refuserait d*obéir si le stratège donnait Tordre de marcher, et que, d'autre part, Diaeos lui-même déclara, dans un moment lucide, que ses préparatifs n'étaient pas dirigés contre la cité Spartiate, mais seulement contre les perturbateurs des bords de TEurotas, les Spartiates résolurent de se soumettre en attendant. Les membres du gouvernement Spartiate (les gérontes) commencèrent par demander à Diaeos la liste de ceux que les confédérés soupçonnaient d'intrigue; à la suite du conseil astucieux d'Agasisthène, ces hommes, vingt-quatre notables ayant à leur tête Ménalcidas, durent, en attendant, quitter le pays pour le bien de leur cité ; ils durent même plus tard se laisser condamner à mort en toute forme. Mais il avait été convenu secrètement que ces fugitifs devaient se rendre à Rome, dans l'espoir d'être bientôt ramenés honorablement à Sparte par les Romains *. Dans ces circonstances, la guerre contre Sparte n'éclata pas encore. Mais dès que les Achéens apprirent ce que signifiait au fond le bannissement de ces vingt-quatre Spartiates, DiaBos et Callicrate, auxquels leur haine commune contre Sparte faisait oublier leur vieille inimitié, se rendirent également à la hâte en Itailie comme ambassadeurs de la Ligue. Callicrate mourut en route. Mais Diaeos et Ménalcidas se dirent devant le Sénat les plus grossières injures, jusqu'à ce qu'enfin les Romains leur déclarassent qu'une commission sénatoriale paraîtrait bientôt dans le Péloponnèse pour mettre fin définitivement à la querelle entre Sparte et les autres confédérés '.
L'attitude entière de Diaeos avant cette époque, si toutefois ce qu'on nous rapporte mérite quelque croyance, jette une lumière assez vive sur cet homme que nous finirons par rencontrer sur la voie des crimes les plus sanglants. Diaeos nous
») Pausan., VII, 12, 2.
') Pausan., ibid.