MARC-AURÈLE
pire par la visite d'un empereur, ou par Fadmiration uniververselle après une grande victoire, ou par un fait analogue, heureux pour l'empire ou pour la province, — le thème habituel était l'expression de la reconnaissance pour des mesures prises par l'empereur à l'égard de telle ou telle ville, ou encore par l'accueil amical fait à une des nombreuses deputations que les Hellènes de ce temps avaient coutume d'envoyer tantôt aux gouverneurs, tantôt aux empereurs euxmêmes. Souvent, il est vrai, l'occasion qui fit décerner au prince l'honneur d'une des nombreuses inscriptions de ces temps a pu être très insignifiante; et ce qui, incontestablement — sous les empereurs bons et cléments comme sous ceux qui furent mauvais et sévères — ne contribua pas peu non plus à la grande richesse de l'époque en monuments destinés à perpétuer la mémoire des Césars contemporains , ce fut la servilité des Grecs vis-à-vis des Romains, qui désormais purent de plus en plus (cf. p. 157) « régler suivant leur bon plaisir les affaires des provinciaux, depuis les plus grandes jusqu'aux plus petites*», par la main des gouverneurs, investis d'une autorité immédiate sur les sujets de l'empire et envoyés annuellement dans les provinces (sauf le cas où les empereurs, comme le fit de nouveau Antonin le Pieux, laissaient longtemps en place des légats d'un mérite éprouvé).
Toutefois, le temps n'était pas encore venu où régnèrent à Rome des souverains au cœur dur, dont on crut ne devoir chercher à adoucir l'humeur morose que par une véritable pluie d'hommages de ce genre. Au contraire, à Antonin le Pieux, décédé le 7 mars 161, succéda encore un des hommes les plus nobles qui aient jamais occupé le trône palatin. Marc- Aurèle , dès sa jeunesse , sous Hadrien , comptait parmi ses meilleurs amis des philosophes grecs, par exemple, ce Sextus, de la famille de Plutarque*, dont nous avons parlé (voy. p. 183 sqq.); il avait été formé aussi plus tard (voy. ci-dessous), depuis l'année 140 ap. J.-C. environ, par Hérode
0 Cf. AmsTiD. (éd. Jebb.), Orat. XLII, p. 533.
*) Mrac. Aurel. , Comment. y I, 8. Capitolin., M. Ant. Vhilos.^ 3, 2. ZoNAR., Ann., XII, 2 init. Eutrôp., VIII, 12 init. Suidas, s. v. Mapxoç.
MARC-AURÈLE ET LES GRECS â"]/!
Atticos \ Fils adoptif d'Antonin le Pieux depuis Faniiée 138, il l'avait déjà fidèlement secondé pendant son règne, notamment depuis l'année 147. Il s'adonnait toujours avec ardeur à Tétude et entretenait alors particulièrement des relations avec le stoïcien Apollonios de Chalcis ou de Ghalcédoine' (appelé à son intention d'Athènes à Rome); mais, depuis l'année 161, il fît passer les affaires de l'Etat tout à fait au premier plan. Sans doute, il continua d'une manière permanente et avec ardeur sa correspondance avec l'Athénien ïïérode^ et, devenu empereur, il suivit encore de temps à autre les leçons de son ami Sextus*. Mais sa vie n'en fut pas moins consacrée aux soins du gouvernement; cette lourde tâche l'absorba complètement, et il n'en fut que bien peu allégé par son frère adoptif, Lucius Verus, associé à l'empire depuis 161 ap. J.-C. Ce dernier ne lui ressemblait ni par les qualités, ni par le caractère et la manière de vivre, quoiqu'il eût été également formé par Sextus, Hérode Atticos et Apollonios".
En ce qui concerne la Grèce, Marc-Aurèle témoigna également à cette province, soit d'une manière générale à raison de son caractère plein de bonté et de loyauté, soit spécialement à raison de la tendance tout hellénistique de son esprit et de ses relations d'amitié avec des savants grecs, la même bienveillance que ses prédécesseurs. Il favorisa particulièrement les grands établissements d'instruction existant à Athènes et leurs représentants. Il est certain d'ailleurs que ce prince jouit, en Achaïe, d'une grande popularité, et comme, sous son règne,
^) Dio Cass., LXXI, 35. Capitolin., M. Ant. Philosoph., 2. 4. — Voy. Franz, dans (Bogkh), C. I. Gr., III, p. 925.
-) Marc. Aubel., Comment. , I, 8. Capitolin., Vit. Anton. ^ 10, 4-6. Cf. M. Antonin, PhiL^ 3, 1. Lucian. , Demon., 31. Eutrop., VIII, 12 init. EusEB. et HiERONYM., Chvon. (éd. Schône, II, p. 168 sqq). Cassiodor., éd. Mommsen, p. 638. Syncell. , éd. Bonn, p. 663 ou p. 351 6 (P.) et d'une manière générale, Dio Cass., LXXI, 35. Sievers, op. cit., p. 1198. Fhiedlander, Barstellungen, I. p. 107.
') Cf. Philostrât. Vit. Sophist., II, 1, 12, p. 562.
*) Cf. Philostrât., Vit. Sophist., II, 1, p. 9, 557. Zonar., Ann., XII, 2 init. Dio Cass., LXXI, 1 init. Cf. 35. (Sextus était encore vivant en l'année 177: voy. Clinton., p. 175). Cf. aussi Capitolin., Anfonm. Pms, 10, 4. M. Anton. Philos , 3, 1-2.
^) Capitolin., Ver., 2, 5.