‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 2 sur 179 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

et d'abord jusqu'au début des terribles guerres qui eurent pour objet la possession du trône après l'extinction de la dynastie Julia Claudia, tout l'intérêt politique gravite presque exclusivement autour des choses de la capitale, autour des grandes luttes qui se livrent sur les frontières lointaines de cet immense empire ; il s'attache aussi à la romanisation progressive des grandes provinces espagnoles et celtiques, ainsi que des territoires nouvellement conquis formant comme le boulevard de l'empire entre les Alpes, les Balkans et tout le cours du Danube. Dans l'état actuel des choses, il n'y avait plus à songer de longtemps en aucune façon à ce que la Grèce prît une part^ si modeste qu'elle fût, au grand mouvement politique de l'empire romain. Ce pays, descendu si bas, dont la destinée désormais n'était presque plus fixée, directement ou indirectement, que par ses relations avec les Césars, ne sortit qu'au prix de très longs efTorts de la détresse profonde dans laquelle les Hellènes avaient été précipités par la longue période de terreur qui avait suivi le commencement de la première guerre contre Mithradate. De manifestations d'une vie nouvelle et vigoureuse, il ne pouvait plus être ni bientôt^, ni facilement question. Mais, même à ce point de vue, les documents émanés soit des contemporains, soit des écrivains postérieurs, ne nous otTrent sur la Grèce, pour les premiers temps de Tépoque impériale et même pour la plus grande partie du i""^ siècle après J.-C, qu'un butin relativement assez maigre. Tandis que^ pour exposer l'état social de la Grèce, en particulier dans l'époque qui s'étend de Nerva à Commode, nous avons à notre disposition une véritable abondance de renseignements , en revanche^ pour le i" siècle, et surtout pour la période qui finit avec la mort de Néron, nous en sommes réduits àconfectionner, en rapprochant soigneusement les indications éparscs que nous pouvons rencontrer çà et là, une sorte de trame historique continue, pour ne pas dire une sorte de mosaïque faite avec des fragments de l'histoire de la civilisation ; c'est à peine si^ de temps à autre^ il est possible d'asseoir quelques déductions certaines relativement à l'état général^ pendant cette période, des Grecs d'Achaïe et de leurs voisins helléniques immédiats.

LES GOUVERNEURS ROMAINS EN ACHAIE ô

Celte disette de renseignements sur cette première période de rhistoire de la Grèce sous les Césars ne nous permet même pas d'établir la suite complète des gouverneurs romains de l'Acho-ïe. Pour toute la durée du règne d'Auguste, nous ne connaissons qu'un petit nombre de noms de ces fonctionnaires. Nous apprenons qu'en Fan 6 après J.-C , un proconsul de Grèce, dont on ne nous donne pas le nom d'ailleurs, mourut longtemps avant l'expiration de son année de magistrature^ et que, pour ce motif, jusqu'à l'arrivée du gouverneur sénatorial à désigner par le sort pour Tannée suivante, son questeur fut chargé de l'administration par intérim des cantons au nord de l'isthme, tandis que celle des cantons du Péloponnèse était confiée à son « légat ))\ On voit figurer sur des monnaies d'Auguste les deux proconsuls d'Achaïe Mescinius Rufus et L. Livineius", et on peut enfin soutenir avec quelque vraisemblance qu'il convient de placer au temps d'Auguste Atidius Geminus, que Tacite % à propos d'un fait postérieur, mentionne comme ayant été précédemment gouverneur d'Achaïe.

Nous avons déjà traité plus haut des destinées et de l'état de la province d'Achaïe sous Auguste, autant qu'il nous a été possible de nous en rendre compte. Peu de temps après l'avènement de l'empereur Tibère (à la fin d'août de l'an 14 après J.-C.), il se produisit dans la situation des provinces d'Achaïe et de Macédoine un changement capital. Comme nous l'avons dit, nous ne possédons absolument pas, pour cette époque,

') Dio Cass., LV, 27. Cf. ci-dessus, t. I, p. 469.

2) Cf. les indications données par Nipperdey (d'après Borghiîsi) ad Tac. Armai., IV, 43 (tome I, p. 268). Bockh conjecture en outre que le questeur pro p^^wtore Publius Cornélius Scipion, dont il est question dans le C. L Gr., vol. I, p. 434, n° 364, est identique au consul de l'an 737 U. C, 17 av. J.-C, (ou à son père). Sur d'autres personnages de ce nom, jusqu'aux premiers temps du règne de Néron, dont l'un pourrait avoir une fois exercé ces fonctions en Achaïe, v. Nipperdey ad Tac, Ann., Ill, 74. — (Le proconsul GelliusRutilius Lupus mentionné dans Bôckh, no 370, a-t-il administré l'Achaïe, et si oui, à quelle époque? c'est ce que je ne sais pas.)

3) Tacit., Annal., IV, 43, où d'ailleurs ce gouverneur, d'après la charge dont il était en fait revêtu à Rome (cf. t. I, p. 469, 2), est exceptionnellement désigné sous le nom àeprsetor Achaise. Sur ce passage, cf. Nipperdey, op. cit. Hermann, Griech. Staatsalterth., p. 190, \, A. W. Zumpt, Comment» Epigraph., voL II, p. 256.

4 L ACHAIE PROVINCE IMPERIALE

d'indications précises sur la conduite des gouverneurs sénatoriaux en Grèce et en Macédoine. Il est néanmoins fort possible qu'en dépit de la sévérité du g-ouvernement de l'empereur, en dépit de la surveillance exercée par Auguste sur les provinces sénatoriales, il se soit produit de la part des proconsuls annuels maints abus de pouvoir et maintes exactions ; et le poids en fut dur à porter pour la population de ces provinces, qui se ressentait cruellement, pour longtemps encore, des suites d'une période de guerres épouvantables, et qui avait éprouvé des pertes si terribles en hommes et en prospérité. En tout cas, à Tépoque du changement de règne qui se produisit alors à Rome, l'administration sénatoriale était absolument impopulaire en Grèce, et les Hellènes trouvaient écrasantes les charges* qu'elle leur imposait, malgré le bon vouloir du pouvoir central et des gouverneurs personnellement. Les Grecs d'Achaïe, peu de temps après l'avènement de Tibère (en Fan 15 après J.-C.), s'adressèrent donc à l'empereur, par rintermédiaire d'une ambassade députée probablement par la diète provinciale d'Argos, pour obtenir un allégement à ces charges si lourdes, et cette démarche, à laquelle s'étaient également associés les provinciaux de Macédoine, fut couronnée d'un plein succès. On obtint, en effet, une résolution du Sénat aux termes de laquelle, à l'expiration de l'année de magistrature des goilverneurs actuellement en fonctions à Corinthe et à Thessalonique, ces deux provinces devaient être soustraites à Tadministration proconsulaire et remises au gouvernement de l'empereur^. Ce fut un grand avantage pour ces deux contrées. D'abord l'administration impériale, le gouvernement des légats du prince, qui n'avaient plus le train de maison des gouverneurs sénatoriaux, fut vraisemblablement, en elle-même, moins coûteuse pour les provinciaux que l'administration sénatoriale, et^ de plus,, il est probable que la transmission de ces provinces à l'empereur eut pour conséquence naturelle, ou du moins rendit possible une

') Les frais occasionnés par l'entretien de la poste impériale étaient particulièrement écrasants en Achaïe Gf. Ephem. Epigr., V, p. 69. Mommsen, Romische Geschichte, V, p. 253, 1 '

2)Tacit., A/2n., 1, 76.

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