‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 35 sur 179 · NÉRON · texte numérisé non relu

NÉRON

D*abord, en eiïet, tandis que jusqu'alors * les abus de pouvoir des gouverneurs provinciaux n'avaient pas échappé à

ravant, en l'an 60, la ville de Laodicée (p. 29) en Asie avait été de nouveau désolée par un tremblement de terre ; par exception il fut possible à cette commune de se relever sans l'aide des ressources de l'État. Tacit., Ann., XIV, 27 init. Le même fléau frappa de nouveau en l'an 65 la ville de Laodicée, puis aussi Hiérapolis et Colosses. Gros., VII, 7. Euseb., Ihid.^ p. 273, et HiERONYM., ibid. y p. 435. Nouvelle île entre Théra et la Crète, en l'an 62 après J.-C, Philostrat., V. Ap., IV, 34.

*) C'est ainsi que furent poursuivis et punis des gouverneurs provinciaux : en l'an 56, Vipsanius Lsenas, diUcxQïi procurator et jji'soses âe Sardaigne, tandis que la plainte en concussion {repetundarum) des Cretois contre Cestius Proculus ne fut suivie d'aucune condamnation. Tacit., An?i,. XIII, 30. On procéda en l'an 57 contre les gouverneurs P. Celer, qui s'était compromis comme procurateur en Asie, Cossutianus Capito en Cilicie, Eprius Marcellus en Lycie. Tacit., XIII, 33. Châtiment infligé en l'an 59 à l'ancien gouverneur de Crète-Cyrène, Pedius Blaesus, Tacit., XIV, 18.

En quoi consistaient, par contre, en ce qui concerne spécialement l'Achaïe, les empiétements des Spartiates mentionnés pour l'année 61 après J.-C. dans Philostrat., Vit. Apollon. Tyan., IV, 33, (v. ci-dessus p. 45, note 1 ; cf. Clinton, Fast. Rom., vol. I, p. 45), l'abus de leur u liberté » qui leur attira des difficultés avec le proconsul d'Achaïe et une note menaçante de l'empereur? Nous ne le savons pas.

Les îles grecques de la mer Egée furent au surplus utilisées tout spécialement, et par préférence, sous ce règne ainsi qu'auparavant, comme lieux de bannissement pour les criminels politiques; (cependant Helvidius Prisons, tout au moins, qui fut banni d'Italie en 66 après l'exécution de son beaupère Paetus Thraséa, passa le temps de son exil à Apolionie. Schol. Juvenal,, V, 36. Tacit., Ann., XVI, 28. Nipperdey sur ce passage et c. 33). Notamment après la découverte de la conspiration de Pison en Tan 65 après J.-C, ces îles furent peuplées d'une foule de personnages mal vus ou suspects, exilés de Rome ; Tacite (Ami., XV, 71) cite comme tels Cluvidienus Quietus, Julius Agrippa, Blitius Catulinus, Petronius Priscus et Julius Altinus, sans indiquer en détail les îles sur lesquelles ils furent dirigés. Par contre, nous savons par Bôckh, C. I. Gr., n® 2349 i (vol. II, p. 1068), que P. Glitius Gallus, avec sa femme Egnatia Maximilla (Tacit., ibid., et v. Nipperdey sur ce passage) subit son exil à Andros, où tous deux se rendirent très populaires et où l'assemblée du peuple les honora par des statues et des inscriptions. Pour plus amples détails sur la femme de Glitius, vov. Bôckh, C. J. Gr. ,111, no 6763, p. 1028, et Addenda, p. 1271. Cf. Ross, Griechische Inselreisen, t. II, p. 16-19. Le célèbre philosophe stoïcien Gains Musonius Rufus (cf. ci-dessus, p. 74), également envoyé en exil à cette époque (Tacit., ibid.,) 0[i dans la première moitié de l'an 66 (cf. sur lui Adolf Schmidt, op. cit., p. 377-384, et v. en outre l'hypothèse polémique de J. J. Bâbler dans le N. Schweizer. Mus., 1864. 4e année, l*r cahier, p. 33-38), vivait dans la misérable île de Gyaros. Philostrat., ApolL Tyan., VII, 16. C'est là également (v. Schmidt, p. 86) que fut vraisemblablement aussi déporté alors le stoïcien Anneeus Cornutus. Dio Cass., LXII,

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une répression sévère^ on vit dans les dernièies années de ce règne se renouveler, dans les plus vastes proportions , le pillage de numéraire et d'objets d'art auquel se livraient autrefois les gouverneurs républicains de Macédoine et autres personnages considérables : seulement, cette foiS;, ce fut l'empereur lui-même qui entra en scène ; ce fut lui qui pilla. On sait qu'en Fan 64 ap. J.-C. la plus grande partie de la ville de Rome avait été détruite par un épouvantable incendie, avec de nombreux chefs-d'œuvre de Tart grec \ qui avaient été transportés jusqu'aux bords du Tibre depuis la conquête de Syracuse et depuis le temps de la guerre d'Étolie, et Néron s'empressa de restaurer de la façon la plus grandiose et la plus splendide la capitale du monde. Mais les frais considérables des nouvelles constructions et la prodigalité sans limites que Néron se plut à y déployer le jetèrent bientôt dans de grands embarras financiers. Pour y remédier, on pilla l'Italie elles provinces, y compris les villes libres, sans aucun ménagement, de la manière la plus honteuse. Néron envoya en Asie et en Achaïe deux délégués extraordinaires, Acratus, un affranchi prêt à toutes les infamies, et Secundus Carrinas, que sa connaissance approfondie de la philosophie grecque (voy. plus haut, p. 70) n'empêcha pas de se prêter à un si honteux office; ils furent chargés d^enlever partout des sanctuaires non seulement les offrandes pieuses, mais encore les images consacrées des dieux^, qui devaient ensuite en partie être fondues et converties en monnaie, et, sans doute, aussi être en partie employées pour la nouvelle décoration de la capitale du monde et, en particulier, du nouveau palais du prince, de la « Maison d'Or » ^ En Asie , le noble pro-

29, fin. Naxos également servait alors au même usage. Tacit., Aww., XVI, 9.

1) Tacit., Ami,, XV, 41.

«) Tacit., Ann., XV, 45, et Plin., Nat. Hist., XXXIV, 8, (19), 84. Si le Secundus Carrinas nommé ici (dans Tacit.,) était identique (ainsi que l'admet Ad. Schmidt, Glaubensfreiheil, p. 435) au rhéteur banni sous Caligula (p. 70) et qui avait émigré à Athènes, — (Nipperdey tient au contraire le fonctionnaire de Néron pour le fils de ce rhéteur, v. ad Tac, Ann., XV, 45) — il était, en raison de la connaissance qu'il avait depuis longtemps de la Grèce, tout particulièrement propre à cette campagne de brigandage en

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consul Barea Soranus,, qui avait déjà rendu beaucoup d'autres services à celle province^ résista autant qu'il le put, en l'an 65, aux pillards impériaux ; iJ savait bien que ce pillage d'objets d'art blessait d'une façon tout particulièrement cruelle les sentiments des Grecs ; il osa même laisser impunie la résistance violente qu'opposa notamment la ville de Pergame à cet Acratus \ Sans doute, ce fut un des actes que Soranus dut plus tard (en l'an 66 apr. J.-C) payer de sa vie. Toutefois la province d'Asie paraît, au moins dans une certaine mesure, s'en être tirée à meilleur compte que l'Achaïe^. En effet, dans ce pays sans défense, si riche en chefs-d'œuvre de tout genre, les antiques et célèbres sanctuaires de Delphes^ d'Olympie et l'acropole d'Athènes (de même que Mégare^ Épidaure, Andros et d'autres localités) offraient à la rapacité des fonctionnaires de Néron l'occasion d'un magnifique butin ^ et ils ne furent pas cette fois, comme jadis les envoyés de Caligula, effrayés par de mauvais présages. On s'empara alors à Delphes '' d'environ cinq cents statues en bronze de dieux et d'hommes célèbres ^. Parmi les chefs-d'œuvre que Néron fit enlèvera Olympic (ou enleva lui-même en l'an 67), on cite notamment, en dehors de quelques anciens ouvrages des

Achaïe ; Acratus paraît, d'après Dio Ghrysosï. , (éd. Morelli) p. 355, c. avoir spécialement travaillé en Asie.

») Tacit., Ann., XVI, 23. Cf. Dio Chrysost., p. 355, 6. et Plut., Reip. ger. prœc, c. 19.

2) Chute de Soranus, Tacit., ibid., 23. 30-33. En ce qui concerne le pillage des œuvres d'art, la province d'Asie subit certainement alors des pertes très sensibles, quoique les phrases de Dio Chrysostom., (éd. Morelli) Or., XXXI {Rhod.), p. 355, c. paraissent un peu trop générales ; sur les ménagements dont Rhodes fut l'objet, v. ci-dessus, p. 92, 5.

3) Dio Chrysostom. (éd. Morelli). Or., XXXI (Rhod.) p. 355, a et 6,356 a, c'est Athènes qui paraît avoir été le plus maltraitée. L'immense richesse de la Grèce en œuvres d'art de ce genre nous est au surplus connue par ce qu'en dit Plin., Nat. Hist., XXXIV, 7, (17), 36 ; même après ce pillage, on évaluait le nombre des statues existant à Olympie, à Delphes et dans l'acropole d'Athènes, à 3.000 au moins pour chacune de ces villes.

*) On est à la vérité forcé de laisser sans solution la question de savoir si les actes de brigandage de Néron et de ses fonctionnaires se produisirent tous ensemble de suite après l'incendie de Rome ; une très grande partie peut aussi n'avoir été exécutée que plus tard, lorsque Néron (v. plus bas), accomplit son trop fameux voyage en Achaïe.

S) Pausan.,X, 7, 1, cf. 19, 1.

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