‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 36 sur 179 · NÉRON ARTISTE · texte numérisé non relu

NÉRON ARTISTE

Argiens Dionysios et Glaucos , que Micythos de Rhégion y avait « placés » (après l'an 467 av. J.-C), une statue d'Odysseus, (œuvre d'Onatas d'Egine, fils de Micon), la neuvième dans le groupe des héros d'Homère qui tirèrent au sort à qui se battrait avec Hector en combat singulier; les Achéens avaient jadis consacré ce groupe à Zeus, et l'avaient fait placer, en vertu d'une décision officielle, près du grand temple dans l'Altis \ C'est aussi à cette époque que la ville de Thespies perdit pour toujours l'Éros de Praxitèle (p. 41). Transporté de nouveau à Rome sur Tordre de Néron, ce chefd'œuvre, célèbre dans le monde entier, fut ensuite détruit dans la capitale du monde par un incendie ^

Néron avait donc commencé à attirer d'une manière extrêmement désagréable l'attention des Hellènes ; mais ils ne devaient pas tarder non plus à faire sa connaissance personnelle, à un autre point de vue encore, d'une façon bien plus précise et qui leur fut bien plus sensible. On sait que, depuis sa jeunesse, cet empereur n'avait pas cessé de trouver son plaisir dans des penchants qui n'avaient absolument rien de romain. Doué pour les arts de la musique d'un talent qui était loin d'être sans valeur, possédé en même temps pour les jeux du cirque et de l'amphithéâtre, comme pour le théâtre , de la même passion^ qu'avant lui Caligula, Néron avait depuis longtemps déjà jeté les hommes sérieux de Rome et de l'Italie dans un étonnement

1) Pausan., V, 26,3 et 25, 5.

2) C'est ce que disent Pausan., IX, 27, 3. Bursian, Geogr, von Griechenland, t. 1, p. 238. L^époque de la destruction de cet Éros ne saurait être exactement déterminée. Le chef-d'œuvre que Pline l'Ancien vit dans le portique d'Octavie (Plin., ma. Hist., XXXVI, 5, (4), 22) était-il réellement cet Éros par nous souvent mentionné ? c'est ce qui est incertain, parce que Pline, loc. cit., confond l'Éros de Thespies avec un Éros, œuvre également de Praxitèle, jadis enlevé par Verres en Sicile et par lui transporté à Rome : cf. SiEBELis ad Pausan., ibid., t. ÎV, p. 146 sq. D'après Pausan., ibid., il existait de son temps à Thespies un Éros de l'Athénien Ménodore, exécuté sur le modèle de celui de Praxitèle,

2) Sur cette passion de Caligula, sur sa prédilection pour Tacteur Apelle, Did Cass., LIX, 5, pour le pantomime Mnester, Sueton., Calig., c. 55 et pour Eutychos, le chef des cochers du cirque de la « faction verte » Suet^, ibid.; Joseph, AnL Jud., XIX, 4, 4. Voy. Tensemble des renseignements sur ce point dans Hock, Rom. Gesch., I, 3, p. 207 et suivantes.

NÉRON ARTTSTK lOi

pénible par le sans-g-ône primitif avec lequel on le voyait, lui, le maître d'une moitié du monde, tantôt paraître personnellement comme cocher du cirque, chanteur, joueur de cithare et acteur, tantôt chercher comme poète à éclipser les gloires du passé. L'apparition de Néron, d'abord dans des locaux privés et ensuite publiquement devant tout le peuple (en premier lieu dans une ville grecque, à Naples , depuis à Rome), comme conducteur d'attelage, comme chanteur et acteur, et même comme actrice ; la brutalité naïve avec laquelle il contraignait des hommes et des femmes de qualité , quel que fut leur âge^ à prendre part à ses exercices scéniques dans le palais ou dans les jardins impériaux, et même à paraître sur le théâtre, au cirque ou à l'amphithéâtre ^ : tout cela heurtait de front toutes les idées que les Romains se faisaient du décorum, mais faisait par contre pousser des cris d'allégresse à la masse grossière qui formait dans la capitale un mélange bigarré et à ce qu'il y avait de plus plat et de plus servile parmi les Hellènes. A un autre point de vue et d'une manière générale, les Grecs purent, il est vrai, se dire que l'élément hellénique remportait une nouvelle victoire sur la rude nature italique, lorsqu'ils virent en l'an 60 l'empereur inaugurer à Rome, à l'imitation des Olympics et en prenant modèle sur les Grecs, un nouveau jeu solennel qu'on appela les Néronies ^ et qui, en dehors des luttes musicales, poétiques, rhétoriques, gymniques (pour lesquelles un gymnase spécial fut organisé), comprit aussi des courses de chevaux ^

») Tacit., Annal., XIV, 14-16. XV, 33. XVI, 4. 5, Juvenal., Sat., VIII, 192. SuETON., Nero, c. 11. 12, init. 20-22. Dio Cass., LXI. 17. 19. 20. LXII, 15. 29. LXIII, 1. 6. Friedlander, Barstell. aus d. rom. Sittengesch., part. II, p. 190. 276.

2) TACiT., ibid., 20 et v. Nipperdey sur ce passage. Sueton., iWro, c. 12. Dio Cass., LXI, 21. Cf. Friedl^iNder, op. cit., p. 307 et suiv. et Becker- Marquardt, Rum. Allerth., t. IV, p. 482 et suiv.

3) Tacit,, ibid., 21. Sueton., JSei^o, c. 12. (Quant au gymnase, il ne fut dédié qu'en l'an 61. Tacit., XIV, 47, v. aussi Philostrat., Apollon. Tyan., IV, 42). On admet généralement que les jeux Néroniens furent célébrés pour la seconde fois en l'an 65. Tacit., XVI, 2, 4, cf. Euseb., Chron., p. 273 et HiERONYM., p. 434; au contraire Friedl.ender, op. cit., p. 308, fixe cette célébration à l'an 64; v. aussi Sueton., Nero, c. 21, Lutte scandaleuse de Palfurius Sura, Romain de sang consulaire, avec une « jeune fille lacédé-

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