‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 73 sur 179 · EDEPSE · texte numérisé non relu

EDEPSE

et se plaisait notamment aux jouissances d'agréables relations de société, et au commerce facile, stimulant Tintellig-ence et plein d'une spirituelle animation, avec un entourage éclairé. Le bon Plutarque nous dépeint, avec une complaisance marquée, les relations qu'il avait à ^depse avec ses compagnons d'alors dans cette station, avec Polycrate, avec Symmaque de Nicopolis, avec le médecin Zenon, avec son beau-frère Graton et son frère Lamprias, et en particulier avec Callistrate , le riche et aimable sophiste, universellement populaire, qui avait l'habitude de venir régulièrement chaque été chercher la fraîcheur à ^Edepse, où il se plaisait à offrir à un nombreux public la large hospitalité des vieilles mœurs attiques, et à provoquer des conversations où se développaient toutes les richesses de l'esprit \ Les sources sulfureuses d'^depsesont encore aujourd'hui connues et utilisées. Il y a environ vingt-cinq ans, la masse énorme de résidus calcaires^, de couleur jaunâtre, qu'elles déposaient avait formé comme une eminence de près d'un kilomètre de longueur et haute de plus de cent pieds, qui s'était étendue transversalement devant les ravins dont nous avons parlé, et qui entourait les sources d'une sorte de digue s'élevant sans cesse. C'est sous cette eminence que, dans une région sauvage et désolée, sont enfouies les ruines de l'antique cité.

Des sources chaudes du même genre jaillissaient aussi, comme on le sait, sur le continent situé en face, dans le fameux défilé des Thermopyles. Ces eaux thermales, consacrées à Héraclès^, étaient également employées pour des bains et partagées à cette fin en deux bassins, un pour les hommes et un pour les femmes*. On a utilisé déjà également, dans l'antiquité, la vertu curative des sources sulfureuses chaudes

^) Plut., Qusest. Sympos., IV, 4. 5. 6.

2) Plin., N. h., XXXI, 2 (20), 29. Ross, Grîechische Kônigsreisen, II, 53-56. Ausland, 1866, n° 2, p. 48. Fiedleh, Reise in Griechenland, I, p. 487.

3) Sur Héraclès considéré comme dieu des bains, v. aussi Rheîn. Mus. y II, p. 291.

*) Ross et Fiedler, op. cit. Bursian, Geogr. von Griechenl., I, p. 93, et spécialement pour cette époque : Philostrat., Vit, Sophist,, II, 1, 5, p. 551.

VILLES d'eaux ?:N GRÈCE 217

d'Hypata (une des villes dans le voisinage desquelles croissait beaucoup d'ellébore) : ces sources sont, sans doute, la continuation de celles des Thermopyles ; elles arrivent près de la localité appelée aujourd'hui Patradjik, dans un bassin dont le bord s'élève constamment par suite du dépôt de substances pierreuses, friables et de couleur jaune. L'eau de ces sources sert pour les bains; elle se boit également, et on en use contre les maladies de la peau et les affections du basventre*. Beaucoup de malades se rendaient aussi à Anticyre, sur le golfe Crisaïque, oii ils trouvaient des remèdes, naturels ou préparés, d'une singulière puissance; on rencontrait, il est vrai, auprès de la ville homonyme située au pied de l'Œta, de l'ellébore de meilleure qualité, mais cette plante était mieux préparée à Anticyre en Phocide^ Il existait encore des bains très renommés au centre de la province d'Achaïe, dans les environs de Corinthe, sa capitale ; nous apprenons par Pausanias que, près du port de Cenchrées (sur une chaîne de hauteurs, à une demi-lieue au sud-ouest de Cenchrées), jaillissaient (dans la contrée appelée aujourd'hui Mylos) des sources chaudes qui étaient utilisées comme eaux médicinales, sous le nom de « bains d'Hélène ^ ». Enfin, bornons-nous à rappeler en quelques mots que, à côté des établissements médicaux depuis longtemps fréquentés , habituellement rattachés aux temples d'Asclépios (v. plus haut, p. 174), et à côté desquels nous ne nommerons que l'établissement et les bains du temple d'Amphiaraos à Oropos, il existait encore, notamment dans le Péloponnèse, un très grand nombre d'eaux thermales moins importantes ; elles n'avaient guère qu'une réputation locale, et nous ne citerons dans le nombre, comme étant intéressantes par leur situation et d'autres circonstances locales, que les eaux thermales sulfureuses de Méthana et les bains romains sur la côte d'Achaïe, sur la route de

*) BuRSiAN, Geogr. v, Griechenl., I, p. 89. Ellébore à Hypata : Plin., H. iV., XXV, 5 (21), 49.

2) Cf. Plin., N. H., XXV, 5 (21), 52. Strab., IX, 3, 3 fin. p. 640 (418). Paus., X, 36, 4 init., Suet., Calig.y 29. Bursian, op. cit., p. 183. Friedl., II, p. 39.

3) Paus,, II, 2, 3. Curtius, Pelop., l, p. 43; II, p; 538.

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Corinthe à Patrse*. Mentionnons encore, pour terminer, les sources chaudes de Pergame, dans l'Asie grecque, qui, notamment dans l'été, attiraient une nombreuse clientèle \

D'autre part, parmi les voyageurs étrangers qui venaient prendre les bains, beaucoup avaient sans doute un autre but, dans lequel ils se rencontraient avec la foule des « touristes » ordinaires, auxquels il est bien certain que la Grèce offrait en tout genre une inépuisable matière de précieuses jouissances et de plaisirs intellectuels. Les esprits cultivés, tant parmi les Romains que parmi les Grecs, se rencontraient partout pour s'intéresser également aux monuments historiques de tout genre ainsi qu'aux trésors artistiques dont la quantité était toujours innombrable dans les diverses contrées de la Grèce. Ordinairement, la première visite du voyageur étranger était de préférence pour les temples. Ces sanctuaires imposaient ordinairement par leur grandeur et leur beauté architecturale, par leur réputation d'antiquité et de sainteté, et souvent aussi encore — en dépit des déprédations qui avaient enlevé à l'Achaïe et à l'Asie tant de chefs-d'œuvre depuis

*} Sur Oropos, voy. Bursian, op. cit., p. 221. Philologus, XXIII, p. 236, lig. 5. Asclépiéon à Gortyne en Arcadie : Curtius, Pelop., I, p. H51 ; le Cyros au pied du Mysseon près de Pellène en Achaïe (p. 484) , près Corone (II, 167. Cf. p. 251. 286. 294). Sur Méthana, voy. Curtius, Pelop., I, p. 42 sqq., II, p. 442 sqq. Pausan., II, 34, 1-2. Sur les ruines des thermes (la source est aujourd'hui disparue) de Loutro, près de la VIogoka d'aujourd'hui, voy. Curtius, Pelop., I, p. 43. Ruines de bains romains près de Gortyne et de Mélaeneae en Arcadie, op. cit., p. 536. Sur les thermes voisins de Loutron en Achaïe, entre la rivière Crios et le territoire d'^Egire, p. 485. 495. (Curtius nomme encore entre autres [Pelop., l, p. 43. 57], sur l'isthme, la source d'eau chaude de Therma [II, p. 545], aujourd'hui Loutraki, la solfatare moderne de Sousaki [près de Calamaki] ; la source Olympias, aujourd'hui disparue [Paus,, VIII, 29, 1] près de Trapézonte et de Bathos sur l'Alphée (sont également disparues aujourd'hui les sources d'eau chaude qui existaient à douze stades au-dessus de Phigalie; les sources sulfureuses [II, 72] voisines d'Héraclée en Élide, et récemment celles de la presqu'île de Catakolo, à l'ouest de Pyrgos). De plus, les bains de boue et les bains sulfureux près de Samicon en Triphylie [Pelop., II, p. 80 sqq.). Bains du Pamisos (p. 155).

«) Aristid., (éd. Jebb.) Orat., XXVII, p. 350. Orat., XXIV, p. 306 (éd. Dind., vol. I, p. 537. 483). Magnificence des bains existant également a Lesbos, près des sources de Sarloutza ou Thermi ; voy. Conze, Reise auf der Insel Lesbos, p. 16 sqq. Sur les eaux sodiques et magnésiques de Cythnos, voy. Bursian, Geogr. von Griechenland, II, p. 474.

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