ÉPIDAURE
curative d'Epidaure. Au centre du sanctuaire, dans le temple d'Asclépios, on pouvait, au temps d'Hadrien, voir encore bien conservée la statue du dieu, en or et ivoire, œuvre de Thrasymède de Paros. Entre ce temple et ce qu'on appelait le Tholos de Polyclète, édifice circulaire en marbre, « était l'endroit où dormaient ceux qui venaient chercher du soulagement, pour obtenir en rêve^ du dieu dont ils étaient proches, la révélation de leur guérison. Dans le même endroit se trouvaient les curieuses stèles de pierre sur lesquelles étaient inscrits, en dialecte dorien, les noms de tous les malades, hommes et femmes, guéris dans le sanctuaire^ l'indication de leurs maladies et du traitement employé. Pausanias — qui décrit aussi, en détail, les établissements situés en dehors du sol consacré, notamment le (( théâtre, construit dans une profonde échancrure de la montagne sur la lisière sud-est de la vallée, ouvrant sur le nord », vaste et magnifique édifice, chef-d'œuvre de Polyclète, dont il reste encore aujourd'hui des ruines imposantes, puis le Stade (situé à l'ouest, sous la terrasse du temple) et la fontaine voisine, remarquable par un toit que supportaient des colonnes et par d'autres ornements — Pausanias, dis-je, a vu six de ces stèles, qui subsistaient encore de son temps. « Isolée des autres s'élevait la colonne antique qui rappelait Hippolyte, et Asclépios le réveillant du sommeil de la mort ». Ces bains étaient très fréquentés, et la ville voisine d'Epidaure, entraînée^ elle aussi, dans la décadence universelle de la Grèce, leur dut par suite la plus grande partie du bien-être et de rindustrie qui continuèrent de subsister dans son sein^ jusqu'à un certain degré, pendant les premiers siècles de l'époque impériale ^
D'autres bains, également très en vogue, étaient ceux d'^depse dans l'Eubée, déjà visités par Sulla. ^depse devait sa réputation, déjà solidement établie du temps d'Antigone Gonatas^, d'abord, à la vertu curative très renommée de ses
*) Cf. CuRTius, Peloponnesos, II, p. 418-423. 427. 573 (en grande partie d'après Pausan., Il, 27). Cf. Strabon, VIII, 6, 15 (374) p. 575, et ci-après, notre chap, m (histoire du premier Antonin).
2) Athen., III, 1, 3, p. 73 c.
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sources sulfureuses chaudes, « des bains d'Héraclès»; ces sources jaillissaient du fond de doux ravins, situés près de la vieille ville, entre de vertes collines; le volume d'eau en était énorme et la puissance de jaillissement peu commune. Ce lieu était ainsi tout naturellement indiqué pour devenir une station de bains ^ Sulla, comme nous l'avons dit (t. I, p. 358), avait jadis visité cette station pour y rétablir sa santé; il s'y était, du temps de Plutarque, développé un luxe grandiose, et, dans certaines circonstances, la haute société grecque put s'occuper avec une véritable passion de la prospérité de cet établissement^ Toutefois, l'attrait d'^Edepse ne consistait pas seulement dans l'action salutaire de ses eaux thermales, ou dans sa ravissante situation sur le bord de la mer, au milieu d'un riant paysage; les spéculateurs y avaient créé, pendant l'époque impériale, de nombreux hôtels, de vastes habitations priyées, avec des portiques et des galeries, des bassins pour les bains. Ceux que des souffrances corporelles ne tenaient pas captifs auprès des sources pouvaient entreprendre, par terre et par eau^ les plus délicieuses excursions. Quant aux jouissances matérielles, on y avait aussi très heureusement pourvu. La mer fournissait les poissons les plus savoureux, les environs le plus beau gibier et d'excellente volaille pour les festins que l'on organisait de préférence sur la plage^ afin de jouir de la fraîcheur de la mer. C'est ainsi qu'iEdepse était devenue, à cette époque, une résidence de plaisir^ en vogue parmi tous les Hellènes aisés, et fourmillait de baigneurs, notamment dans la « saison » proprement dite, dans la dernière moitié du printemps ^ ^depse représentait, à cette époque, pour l'Achaïe, à peu près ce que Baïes était pour l'Italie. Seulement, les allures de la société n'y offraient en aucune façon ce caractère de raffinement dans la sensualité et la volupté, et de frivolité licencieuse dans les rapports des deux sexes, qui existait dans la ville de bains italienne. Loin de là, le Grec bien élevé préférait, en définitive, dans ses bains d'^Edepse, les distractions décentes,
^3 Cf. Plin., N. h., XXXI, 2, (20), 29. Strabon, X, 1, 9. p. 686 (447).
^) Plutarch., Be fraterno amove, 17.
^) Plut., ibid, et Quœst. Symp., IV, 4, 1-3.