‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 97 sur 179 · HADRIEN KT LES GIIECS · texte numérisé non relu

HADRIEN KT LES GIIECS

Les goùls littéraires et artistiques ^ du nouvel empereur lui rendirent par avance cher et précieux au plus haut degré le pays classique qui s'étend entre le Ténare et l'Olympe. Mais, à la différence de la plupart des potentats romains qui, avant et après lui, reçurent une éducation grecque, ses sentiments de bienveillance pour les Grecs ne se reportaient pas exclusivement ou principalement sur la grandeur de la Grèce dans le passé, au point de vue historique, artistique et littéraire; il ne traitait pas la génération vivant alors dans FHellade avec ce mélange de compassion ironique et de méprisant sourire que nous retrouvons chez la plupart des grands Romains. Hadrien avait une affection véritable pour les Grecs de son temps et pour leur' pays ; il s'inquiétait aussi avec une ardente sollicitude des besoins pratiques de la Grèce à cette époque. C^est ainsi qu'il a éternisé sous mille formes son souvenir dans ce pays — répondant en cela, il est vrai, en grande partie, à la tendance de l'époque et à sa propre vanité — par des œuvres de marbre et d'airain et par des créations qui ne pouvaient après tout jeter sur ce pays tombé si bas que la lueur décevante d'un brillant renouveau. Il essaya toutefois très sérieusement de remédier aux maux dont souffrait ce pays depuis si longtemps déchu, d'ouvrir de nouvelles sources de prospérité, d'enrayer la décadence et de donner un plus rapide essor à un relèvement qui ne se produisait qu'avec lenteur. En raison de la nature des sources historiques qui sont à notre disposition et de la tendance de l'esprit des Grecs de cette époque, nous n^avons, il est vrai, de renseignements suffisants que sur un seul côté de son œuvre, sur les travaux par lui entrepris en vue de rehausser l'éclat de cette province sous le rapport de l'architecture et des jeux. Mais les indications fragmentaires que nous devons aux écrivains et aux inscriptions nous permettent du moins de deviner que ce grand prince, dans son action partout présente, se préoccupa avec une sollicitude dévouée des intérêts de la Grèce dans les domaines les plus divers. Ce qui fut, par-dessus tout, précieux à ce point de vue, c'est qu'Hadrien ne se borna pas à gouverner son empire du

') Cf. Hist. August, (éd. Peter) : Spartian, Hadrian. ^ 1, 5. Dio Cass., LXIX, 3 inil. AuREL. Vict., Epit. {Hadr,), 14, 2. Sum., s. v.

haut de son château du Palatin ; ses décisions les plus importantes eurent toujours pour base des observations par lui faites sur les lieux. On sait qu'Hadrien accomplit, à diverses reprises, de longs voyages à travers les provinces de Tempire ; la Grèce surtout fut par lui plusieurs fois visitée, et il fit dans cette province plus d'un séjour de longue durée.

Il est malheureusement impossible d'établir, avec la certitude désirable, la chronologie détaillée des voyages d'Hadrien en Grèce et de ses efforts pour le bien de cette province*.

*) On sait, que si les autres moyens d'établir la chronologie sont bien imparfaits, les médailles non plus ne suffisent pas à elles seules pour déterminer avec une complète certitude celle de ces voyages ; car Hadrien ne fut revêtu du consulat que trois fois (et à la dernière fois on est déjà en l'an 119 après J.-C.); depuis lors, toute base chronologique solide manque aussi sur les médailles, notamment parce que, en général, les siennes ne mentionnent pas chaque fois, comme pour les autres empereurs, le rang d'ordre de sa trihunkia potestas. Pauly,. R. E., III, p. 1033. Eckhel, D. N., VI. p. 498 sqq. Gregorovius, Hadrian (2^ édit., 1884), p. 42. En nous réservant d'indiquer en leur lieu et place, suivant l'occasion, les éclaircissements de détail fournis par les travaux les plus récents sur la chronologie de tel ou tel fait intéressant les relations d'Hadrien avec la Grèce, nous donnons ci-après un aperçu des systèmes les plus dignes d'attention sur la chronologie de ses voyages. Nous ne remonterons pas au delà d'EcKHEL, d'autant plus que Flemmer, dans le livre qu'il a écrit sur le sujet, a, au prix d'un labeur des plus méritoires, suffisamment résumé et apprécié les travaux antérieurs.

D'après Eckhel (D. N., VI, p. 480 sqq.), Hadrien commence ses voyages en l'an 120; il visite la Gaule, la Germanie, la Bretagne, l'Espagne, passe une partie de l'année 123 à Athènes, part en l'an 124 pour l'Asie et revient en l'année 125 à Athènes, à travers les îles de l'archipel, pour rentrer de Grèce à Rome par la Sicile, en l'an 126 (p. 500). En l'année 135, il est de nouveau à Athènes (initiation aux mystères dÉleusis, Olympiéon, p. 482). — Cette chronologie est présentée dans un autre ordre par J. M. Flemmer, le savant déjà mentionné, qui, dans ses recherches aussi complètes que consciencieuses publiées sous le titre De ilineribus et rebus gestis Hadriani imperatoris (Copenhague, 1836), a mis en œuvre d'une manière très utile les indications des écrivains, des inscriptions et des médailles, comme aussi les travaux de ses prédécesseurs. D'après ces recherches, Hadrien commença l'ensemble de ses grands voyages à la fin de l'année 119 après J.-C. (872 U. C.) : il se rend en Gaule, puis en Germanie, s'embarque pour la Bretagne après un long séjour sur les bords du Danube et du Rhin (fin de l'année 873 ou commencement de l'année 874 U. C, c'est-à-dire en 120 ou 121 après J.-C), et revient en Gaule au milieu de l'année 874 = 121 après J.-C. Après un séjour d'environ six mois dans cette province, il passe en Espagne dans l'hiver de l'année 875 = 122 après J.-C, puis, au printemps de la même année, en Mauritanie, oii il demeura aussi environ la moitié H. u. ^ 20

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Toutefois^ si l'on passe en revue les différentes opinions émises sur ces questions, on arrive au moins à conclure avec quelque

d'une année. De là, d'après Flemmer, l'empereur se mit en route pour la frontière des Parthes, puis se rendit (p. 28 sqq.), en l'année 876 = 123 après J.-C, dans les îles grecques (la Crète comprise, p 29 et Bôckh, C. 1. G7\, II, n° 2579, p. 427 : inscription de Lyttos) en passant par les provinces de l'Asie-Mineure, et (après avoir peut-être été une fois déjà à Athènes, p. 33, dans l'hiver de 875-876 = 122-123 après J.-C), il alla en Achaïe, où il passa l'hiver de 876-877 = 123-124 après J.-C, principalement à Athènes, et prodigua ses bienfaits aux Hellènes de cette région (initiation aux mystères d'Eleusis). Mais il demeura bien plus longtemps en Achaïe et à Athènes; car (p. 35 et p. 37. 39. 41. 88-91. 134) il entreprit vraisemblablement aussi à cette époque et dans la suivante, vers l'année 879 = 126 après J.-C, une excursion dont Athènes fut le point de départ, et qui le conduisit en Thessalie, en Macédoine et en Thrace. D'après Flemmer, Hadrien ne quitta le territoire grec que vers la fin de l'année 879 = 126 ou au commencement de l'année 880 = 127 après J.-C, pour se rendre par la Sicile à Rome. Flemmer expose ensuite qu'au printemps de l'année 883 = 130 après J.-C, l'empereur quitta de nouveau Rome et se rendit (p. 55. 57 sqq.) à Athènes, pour y consacrer, dans l'été de cette année, l'Olympiéon ; puis il passa (par la Grèce septentrionale et les provinces d'Asie, p. 90-105. 130) en Orient (Egypte et Judée), où il séjourna depuis la fin du mois d'août de l'année 883 U. C jusqu'à l'année 886, c'est-à-dire de 130 à 133 après J.-C, ou jusqu'à l'année 887 U. C = 134 après J.-C (cf. p. 55. 107 sqq. et 139 sqq.). D'après Flemmer, il n'est pas invraisemblable que l'empereur, à son retour d'Orient, ait aussi fait encore une fois une courte visite à Athènes, en l'année 887 = 134 après J.-C (p. 141 sq.). — En allant plus loin, nous trouvons que Haakh (dans la Realencyclopàdie de Pàuly, III [vol. publié en 1844], à l'article Hadrtanus, p. 1033 sqq.) place les voyages de Grèce, sans toutefois avoir vu le livre de Flemmer, dans le même ordre : Hadrien commence ses voyages en l'an 119; il visite la Gaule, la Germanie, )a Bretagne; puis il passe par la Gaule en Espagne, s'embarque ensuite pour l'Afrique, traverse l'Egypte, arrive dans les provinces orientales, et en dernier Heu en Asie, où il séjourne au printemps de l'année 123 ; puis il se rend en Achaïe par les îles de la mer Egée (Spartian., Hadrian., 13, 1) et fait immédiatement à Athènes un long séjour, qui dura vraisemblablement jusqu'à l'année 126 et fut marqué par de noml3reux bienfaits. D'Athènes, Hadrien retourne à Rome (126 ou 127) ; puis il repart encore une fois, en l'an 129, pour l'Orient, repasse dans ce voyage par Athènes (dédicace de l'Olympiéon) ; puis il se rend en Egypte par l'Orient, et rentre à Rome par la Syrie, en l'année 131. Dans l'arrière- saison de l'année 132, Hadrien repart de Rome pour Athènes, où il passe l'hiver suivant et l'année 133; (d'Athènes il fait en l'année 134 une excursion à Alexandrie et en Judée, puis rentre à Rome).

Autre est l'ordre adopté par Cllnton, Fast. Romani, I [vol. publié en 1845]; (cf. aussi Ellissen, Zur Geschichte Athens [1848], p. 58 sqq.). Il fait commencer les voyages de l'empereur en l'an 120 ap. J.-C (p. 106). Hadrien est à Athènes (p. 108) en l'année 122 jusqu'à 123 ; nouvelles lois

VOYAGES d'haduien 307

précision que, suivant Topinion de la majorité dî s érudits et leurs recherches les plus récentes, les bienfaits les plus nom-

et travaux hydrauliques à Eleusis. Nouveau séjour (p. 110) en l'année 125; initiation aux mystères d'Eleusis. De n:ièrne (p. 110 et 11 i), en l'année 129- 130, grands travaux de construction. Enfin (p. 123-121), autre séjour encore en l'année 135 ; c'est en cette année, d'après Clintox, qu'il faut placer la dédicace de l'Olympiéon. — Autre encore est l'ordre suivi par F. Gregorovics dans son livre intitulé Kaiser Hadrian. D'après lui (p. 72), Hadrien commence ses voyages en l'an 120 ou 121 ; il visite la Gaule, la Germanie, la Bretagne, passe par la Gaule en Espagne ; entre 123 et 125, il voyage en Orient, puis en Asie, dans les îles et en Achaïe, où il arriva vraisemblablement (p. 108) cà Athènes dans l'automne de 125 ap. J.-C. Dans son second grand voyage en Orient, il revint selon toute apparence à la fin de 128 (p. 124) à Athènes, où, après diverses excursions en Orient, il rentra en 132 pour y fixer sa résidence d'hiver et resta jusqu'en l'année 13i. — Finlay, Griechenland unter den Hortiern, trad, allemande (1861), p. xxii sq., indique les dates suivantes : Hadrien a été à Athènes, étant empereur, dans les années 122, 125, 129^et 135 ap. J.-C. — ^ Récemment, Julics Durr {Die Reisen des Kaisers Hadrian, Wien, 1881), disposant de matériaux notablement accrus, a ordonné les choses de la manière suivante. Hadrien commence son premier grand voyage vers le 21 aviil 121 ; il parcourt tout le N.-O. et 10. de l'empire, visite le nord de l'Afrique, puis l'Orient, et, traversant l'Asie-Mineure au cours des années 123 et 124, passe d'Asie en Thrace, et de là, par la Macédoine, l'Épire, la Thessalie, arrive en août 125 à Athènes, où il installe pour un certain temps son quartier général. Vers la fin de 126, il est rentré à Piome, en passant par la Sicile. Le second grand voyage, commencé en avril 129, le ramène d'abord à Athènes, où son séjour se prolonge ; dédicace de l'Olympiéon en automne; au printemps de 130, Hadrien, prenant par l'Asie-Mineure et la Syrie, se rend en Egypte, pour revenir d'Orient à Rome en mai 134. — Je n'ai pas eu entre les mains d'autres grands travaux plus récents sur les voyages d'Hadrien ; mais il paraît que, se basant sur de nouvelles découvertes épigraphiques à Athènes, des érudits contemporains ont été amenés à émettre sur la chronologie quantité d'hypothèses qui s'écartent sensiblement des systèmes jusqu'ici exposés. Ainsi, Keil (dans le Philologns, Suppl. II [1863], p. 596), admet, en y comprenant l'archontat de l'an 112, quatre séjours d'Hadrien à Athènes, à savoir: étant empereur, en l'an 125, comme l'admet aussi Franz (Bôckh), C. L Gr.^ III, p. 925 ; avant et après le voyage en Egypte, en Tan 130 (Franz, ibid., p. 370, sur le n° 4727) et en l'an 132 (Franz, Elem. epigr. Gr., p. 286), lors de la consécration de l'Olympiéon. Les derniers travaux confirment toutefois d'une manière générale l'opinion d'après laquelle la plus grande partie des bienfaits d'Hadrien envers les Grecs d'Achaïe se place dans l'époque comprise entre les années 122 et 132 ap. J.-C. Diïtenbergicr, dans l'article intitulé Kaiser Hadrians erste Anwesenheit in Athen et publié dans V Hermes (VII [1872], .p. 212 sqq.), ajoute les indications suivantes. L'inscription découverte en 1870 dans Faqueduc d'Hadrien (AùyYi. 1870, 21 sept, et HiRSGHFELD, BulkU. deÏÏhistit., 1872, p. 177 sqq.) montre que l'ara Hadriani ne fut élevée qu'après le premier séjour qu'Hadrien fit à Athènes comme em-

breux et les plus importants dont Hadrien combla les Grecs d'Achaïe se placent dans les dix ou douze années qui suivent Fan 120 après J.-C. Toute la prédilection d'Hadrien pour la Grèce et tout son amour des voyag-es n'ont naturellement pas pu le conduire à visiter lui-même — comme a pu le faire son contemporain et celui de ses deux successeurs immédiats sur le trône romain, le célèbre voyageur Pausanias — chaque ville, grande ou petite, chaque île, chaque point célèbre du territoire grec. Voici, sans doute, comment nous devons nous représenter ce qui se passa : les séjours répétés et prolongés d'Hadrien h Athènes, sa ville favorite, lui fournirent Toccasion de faire de cette ville le point de départ de grandes excursions dans la Grèce continentale. Il existe des traces indéniables de sa présence à Thèbes, à Dodone, à Delphes et en Phocide, d'un voyage sur la route principale qui'traverse le Péloponnèse, de sa présence dans des villes comme Mégare, Corinthe, Argos, Mantinée, Sparte, Olympic, Patrae \ Sans doute, il se renseignait sur place, aussi exactement que possible, sur les besoins et les vœux des gens du pays ^ ; il reçut dans les grandes localités situées au centre du continent grec, et de même dans les îles, de nombreuses deputations des districts et des petites villes du voisinage venant soit olfrir à l'empereur leurs hommages, le féliciter et le saluer, soit

pereur. Il est fort probable que le fait eut lieu en septembre ou au plus tôt en juillet 124 (cf. p. 221) ; à cette époque, l'année attique (p. 219) ne commençait plus en HécatombcEon ou juillet, mais en Boédromion, c'est-à-dire en septembre.

*) Flemmer (ibid. p. 88 sqq.) a montré qu'Hadrien visita aussi (et sans doute plusieurs fois) les contrées du nord de la Grèce ; cf. plus haut, p. 306. Sa visite en Thessalie est attestée par des médailles; voy. Eckhel, D. N., Il, p. 135. MioxNET, II, p. 6. Hadrien en ÉpireeLdans l'illyrie méridionale ; médailles de Nicopolis et d'ApoUonie ; voy. Mionnet, II, p. 57 et 34 : en Macédoine, voy. les médailles dans Mionnet, I, p. 458. Eckhel, VI, p. 498. Clinton, p. 120. Pour la Thrace, nous ne pouvons utiliser que l'inscription de Périnthe dans Bôckh, C. L Gr., II, p. 66, n° 2020. Quant à Delphes, nous savons qu'Hadrien y interrogea l'oracle sur la patrie d'Homère ; cf. G. Wolff, De ultima oraculorum aetate, p. 5. AnthoL PaUit., xiv, 102. Sur Dodone, voy. Durr, op. cit., p. 56.

2) Cf. Keil {Syll. inscr. Boeot., p. 109 sqq. sur le n» 26), qui cite un exemple de ce genre pour la visite de l'empereur à Thèbes. Hadrien y reçut beaucoup de deputations de communes du voisinage, et aussi de la Phocide ; cf. Bôckh, C. I. Gr., I, n" 331-343. 345.

exprimer devant lui leurs vœux et leurs doléances, Il trouvait ainsi en abondance les occasions de combler des bienfaits les plus divers ce pays qui avait tant besoin de la plus ardente sollicitude d'un prince intelligent, sans être toujours forcé de voir par les yeux de ses gouverneurs et procurateurs. La sévérité avec laquelle il surveillait ses gouverneurs et les gouverneurs sénatoriaux, ainsi que les agents de son fisc S pouvait de la" sorte, précisément pour la Grèce, frapper très juste, soit quant aux hommes, soit quant aux lieux.

Nous allons maintenant essayer (en y mettant autant d'ordre chronologique que possible) de présenter un tableau de ce qu'Hadrien fit pour la Grèce pendant un règne qui ne fut pas extrêmement long. Il était déjà populaire parce que, en l'an 118% il consentit en faveur de Rome, de l'Italie et des provinces, la remise, pour une somme importante, de contributions depuis longtemps arriérées, dues au fisc ainsi qu'à Xœrarium du Sénat depuis seize ans : bienfait dont assurément la province d'Achaïe eut aussi sa large part ^ A cette mesure s'étaient jointes d'autres dispositions tendant au soulagement des provinces en général, et par conséquent aussi de la province d'Achaïe. Il avait notablement diminué pour les provinces le don d'honneur « volontaire », ce qu'on appelait Yaurum coronarium (p. 6), et retiré également aux provinciaux, pour la mettre à la charge du fisc, une portion considérable des frais du service des postes*. En même temps, il signala sa présence dans les provinces en général, et en Achaïe tout particulièrement, par des actes de bienfaisance de tout genre; tantôt en créant des aqueducs, des ponts et

0 Cf. Spartian., Hadrian., 13, 10 fin. Voy. aussi 21, 1. 2. Cf. Pauly, il. E., IIÎ, p. 1040.

2) Cf. Pauly, R. E., III, p. 1032. Eckhel, D. N., VI, p. 477 sqq. Flemmer, ibid., p. 6. Clinton, Fast. Roman., I, p. 107.

3) Dio Cass. , LXIX, 8. Spartian., Hadrian., 7, 6. Syncell. (éd. Bonn. Vol. I, p. 659) ou p. 349 (P.). Euseb., Chron. et Hieronym., pour la dite année (éd. Schône, II, p. 164 sqq). Eckhel, VI, p. 478. Orelli, n° 805. Flemmer, p. 6 sqq.

*) Spartian., Hadrian., 6, 5. et 7, 5. (En ce qui concerne la poste, Hadrien affranciiit en effet les provinciaux de l'obligation de fournir à leurs frais des voitures et des chevaux pour les voyages et envois de la Cour aux autorités provinciales et réciproquement). Flemmer, p, 8.

d'autres travaux d'utilité publique ou d'embellissement, tantôt en fournissant des subsides en grains ou en argent, tantôt en décernant des honneurs ou en rendant des décrets et des rescrits inspirés par une pensée bienveillante ^ En ce qui touche FAchaïe, c'est assurément par les immenses travaux d'architecture qui portent son nom qu'il perpétua sa mémoire de la manière la plus durable. Beaucoup de ces travaux ont dû exiger plusieurs années, de telle sorte que, suivant toutes les apparences, Hadrien, notamment lors de son premier séjour de longue durée en Grèce, donna des ordres pour commencer l'ensemble des entreprises de ce genre et en contrôla rigoureusement l'exécution lors de ses nombreux voyages ultérieurs en Achaïe. Mais il n'a pas dû non plus manquer de travaux susceptibles d'être achevés pendant la durée de chacun de ses séjours. Il était en effet accompagné dans ses voyages d'une véritable armée, parfaitement organisée, d'ouvriers du bâtiment, charpentiers, maçons et conducteurs de travaux % qui, aidés au surplus par de nombreux travailleurs pris dans la province même, commençaient immédiatement les constructions d'utilité ou de luxe dont l'empereur, dans sa sagesse et dans son énergique activité, jugeait à propos d'ordonner l'exécution. Ces travaux étaient de très grande importance. Indépendamment de celle qu'avaient, au point de vue artistique et historique, beaucoup de ces nouvelles créations ; indépendamment aussi du lustre qui en rejaillissait sur l'empereur personnellement et flattait sa vanité, comme de l'utilité pratique immédiate d'un grand nombre d'entre elles, elles avaient pour premier résultat de faire'affluer le numéraire au milieu de la population appauvrie de l' Achaïe. Car, s'il est assurément possible, nous ne le nions pas, qu'Hadrien, pour plusieurs des travaux d'utilité par lui exécutés en Achaïe, ait réclamé le concours financier des communes elles-mêmes, il a dû cependant, dans l'ensemble, en empereur bienfaisant et aussi en financier capable et prudent, notamment pour ses travaux de luxe, aider puissamment la pauvre Achaïe des ressources de l'État,

») Dio Cass., LXIX, 5. Cf. Spartian., Hadrian., 19. 2) AuREL. ViCT., Epit. 14. {Hadrian.}.

BTEN FAIT PAR HADRIEN A l'aCHAÏE 311

soil en dépensant dans le pays la totalité de Texcédent provenant des taxes provinciales (p. 5), soit en faisant contribuer pour des sommes considérables le fisc lui-même ^ Et s'il n'est pas douteux que cette bienfaisance infatigable d'Hadrien , bienfaisance si vivement ressentie sur beaucoup de points, provoqua chez les Hellènes, qui au temps des Flaviens n'avaient presque été considérés que comme des contribuables, une sympathie absolue pour le régime impérial, l'exemple d'Hadrien exerça également une puissante influence sur les riches particuliers. Nous verrons plus tard comment le brillant et plus jeune contemporain de cet empereur, Hérode Atlicos, s'eff'orça de l'imiter de la manière la plus complète. Les efl'orts d'Hadrien pour assurer la prospérité de la Grèce et de ses villes furent, par le fait, immenses. Indépendamment des grandes choses qu'il fit sur son territoire et des travaux concentrés sur certains points, notamment à Athènes et à Gorinthe, et dont nous déposerons plus loin l'ensemble, il prêta pour le relèvement de bien des villes de ce pays une assistance d'un grand prix , tantôt par des règlements opportuns, par la réforme de leur organisation, tantôt par des dons généreux, en particulier aussi par l'exécution de constructions d'utilité ou de luxe depuis longtemps ardemment désirées, mais que l'état misérable des finances communales ne permettait pas d'entreprendre. Pausanias va même jusqu'à dire bien clairement * que c'est à peine s'il existe une ville de quelque importance chez les Hellènes qui n'ait eu sa part de l'affectueuse sollicitude d'Hadrien. Malheureusement, avec les renseignements qui sont à notre disposition, nous ne pouvons guère qu'esquisser un tableau bien incomplet de ce qu'il fit en faveur des Grecs. Si nous examinons les détails qui nous ont été transmis, nous voyons qu'à Mégare, petite ville, mais qui alors était de nouveau pleine de mouvement, ceux qu'on

') Cf. les conjectures de Haakh dans Pauly, R. E., III. p. 1040 sqq. En tout cas, Flnlay a raison lorsqu'il remarque (p. 56) qu'Hadrien montra bien clairement ce que, dans des temps tranquilles, une bonne et économe administration pouvait faire avec les ressources immenses que l'empire possédait alors.

2) Pausan., I, 5, 5; 36, 3. Cf. BOckh, C. I. Gr., I,^ n» 434, lig. 11. Cf. Dio Cass., LXIX, 5.

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