‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 99 sur 179 · HADRIEN BIENFAITEUR DE DIVERSES CITÉS · texte numérisé non relu

HADRIEN BIENFAITEUR DE DIVERSES CITÉS

d'Hadrien en Achaïe d'autres renseignements encore que nous devons à Pausanias, son contemporain et celui de ses deux successeurs immédiats. C'est ainsi que, dans ses efforts pour restaurer l'antique splendeur de la Grèce, il fit élever près de la petite ville phocidienne d'Abai, à côté du grand temple d'i\.pollon, édifice séculaire à moitié tombé en ruines depuis l'époque des guerres médiques, un nouveau petit temple de ce dieu'. Hyampolis, ville phocidienne du voisinage, alors très déchue, fut par lui embellie d'un nouveau portique à colonnes, qui longtemps après portait encore son nom ". Dans l'intérieur du Péloponnèse , la ville de Mantinée (par des motifs que nous aurons à expliquer plus loin en détail) éprouva tout particulièrement sa bienveillance. L'intérêt qu'Hadrien portait à l'antique grandeur de la Grèce l'amena à décider d'abord que cette ville ne porterait plus, comme elle l'avait porté depuis l'an 222 av. J.-G. (tome I, p. 13), le nom d'Antigonia , mais devrait reprendre désormais officiellement son ancien nom de Mantinée '\ Mais il n'en resta pas là. Depuis les temps si durs dont la bataille d'Actium marque la fm, cette ville n'avait pris qu'un chétif développement. Dans sa pauvreté, la commune avait laissé peu à peu tomber de nouveau en ruines même le temple d'Aphrodite Symmachia, construit derrière le théâtre en mémoire de la guerre Actiaque, dans laquelle elle avait combattu pour le drapeau d'Octavien (tome I, p. 467) *. Hadrien, à la vérité, ne releva pas cet édifice ; mais on revanche (outre plusieurs créations dont nons parlerons plus loin en temps et lieu),

Mineure (Eckhel, VI, p. 492. Pauly, R. E., 111, p. 1034 sqq.), que nous ne mentionnons jamais dans ce livre qu'accessoirement : voy. (sur Nicée, Nicomédie, Cyzique, Smyrne, llion, Amisos, Trapézonle, etc., et aussi la Crète, BôcKH, C. I. Gr., II, n° 2579) les textes réunis par Flemmer, ibid., p. 29. 31. 68. 72 sqq. 91-94, et cf. Bôckh, C. L Gr., I, n"*^ 331 à 346. Hadrien et les Bvzantins : vov. Philostrat., Vit. Sophist., I, 24, 3 fin. p. 529.

^) Pausan., X, 35, 3. BuRsiAN, Geog7\ von Griechenland, p. 166.

2) Pausan., X, 35, 4, Bursian, p. 165.

^} Pausan., VIII, 8, 6 fin. L'ancien nom reparaissant sur des médailles de SepLime-Sévère (voy. Kôhne, Zeitschrift, III, 3t. Sestini, Mus. Font., I, 71. III, 45} et de Plautilla (Sestini, Descr. di molt. med. in più musei, 95).

*) Pausan., VIII, 9, 3.

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il donna à Mantinée un nouveau lustre sur un autre point de son territoire. A environ six stades (18 minutes) au sud de Mantinée, au pied du contrefort le plus méridional des montagnes d'x\lésion, qui dominent la plaine de la ville, se trouvait le temple séculaire de Poseidon Hippios, sur la route de Tégée. L'antique sanctuaire de ce dieu protecteur de la ville avait été, disait-on, élevé dans les temps mythologiques par Agamède et Trophonios ; la charpente en était en poutres de chêne. Hadrien ne toucha pas à cet antique édifice, en partie tombé en ruines ; il veilla également avec un soin particulier à ce qu'il fût aussi respecté que possible lorsqu'il fit élever un nouveau temple, et il disposa la construction de celui-ci de manière à former une enceinte autour de l'antique sanctuaire des temps mythologiques \ Il prouva l'intérêt qu'il portait à l'histoire de la Grèce en faisant ériger en l'honneur d'Epaminondas, avec une inscription qu'il rédigea lui-même, une nouvelle colonne commemorative à côté des deux anciennes, au point appelé Scope\ c'est-à-dire sur un contrefort du Myticas, mont de la chaîne du Ménale (là où la vallée en se rétrécissant sépare les territoires de Mantinée et de Tégée), à l'endroit où le héros béotien avait péri en remportant sa dernière victoire, en l'an 362 av. J.-C, et où il était inhumé ^ Nous voyons ensuite qu'Hadrien chercha aussi, dans le Péloponnèse, à aider au relèvement de la commune arcadienne des Cynaethiens, dont la ville, déjà formidablement éprouvée dans la calamiteuse guerre contre les Etoliens (ou des deux Ligues) après la chute de Cléomène HI^ était ensuite tombée toujours de plus en plus bas, mais avait commencé sous les empereurs à réparer ses pertes. Les Cynaethiens, dans leur reconnaissance, élevèrent à Hadrien une statue sur la place du marché ^ Enfin on n^estpas surpris de voir Hadrien, dans son pieux zèle d'archéologue^ enrichir d^une main libérale les

') Pausan., VIII, 10, 2. Cf. Clrtius, Peloponnesos, I, p. 240 sqq, (Une inscription de la fin de l'époque impériale, découverte par Ross, Iiiscr. gr. ined., fasc. 1, tit. 9 [fragments de deux décrets de manumission] atteste la longue conservation de ce sanctuaire et l'usage de compter les années par les prêtres qui le desservaient).

2) Pausan., VIII, II, 4 et 5. Curtius, op. cit., p. 247.

3) Pausan., VIII, 19, 1. Cf. Curtius, op. cit., I, p. 382 sqq.

CONSTRUCTION DE LA ROUTE DE l'iSTHME 3lo

antiques et célèbres sanctuaires grecs. C'est ainsi que nous apprenons notamment qu'il fil placer comme offrande dans le temple de Héra à Argos, au pied du mont Eubée, un paon (oiseau de la déesse) en or et en pierres précieuses'. C'est da?is le même sentiment qu'il rétablit aussi aux jeux Néméens d'hiver les courses à cheval , qui était tombées en désuétude ^

Les Grecs de celte province avaient bien raison lorsqu'ils glorifiaient cet empereur comme le restaurateur de l'Achaïe. Ce n'était certainement pas par pure flatterie qu'Hadrien était célébré sur les monnaies de Patrse comme Restihitoi' Achaige^% dès son premier séjour de longue durée dans ce pays. Dès ce moment, en effet, Hadrien avait comblé cos provinciaux d'une multitude de libéralités et de bienfaits des genres les plus divers. D'autres s'y ajoutèrent, d'une grande et durable utilité pour l'ensemble du pays. En véritable Romain^ il sut apprécier tout particulièrement la haute importance d'un bon système de communications et de grandes routes bien entretenues pour la prospérité des provinces. Et c'est ce qui le détermina immédiatement à créer pour les Grecs d'Achaïe, qui depuis bien longtemps n'avaient ni l'idée ni les moyens [d'entreprendre de ces travaux immenses s'étendant sur plusieurs cantons, précisément sur un point de la province extrêmement important pour la circulation intérieure, une route qui put offrir aux Grecs un exemple de l'énergie romaine employée à triompher des obstacles naturels. Les chemins qui conduisaient du Péloponnèse aux cantons du centre de la Grèce n'avaient été en aucun temps dans un état bien satisfaisant ; les vieilles querelles politiques des Hellènes n'avaient surtout jamais permis que le chemin le plus court à travers la région de l'isthme, le chemin de Corinthe à Mégare, cette voie qui était toujours celle des communications les plus actives entre le nord de la Grèce et le Péloponnèse, cessât d'être un sentier de montagne extrê-

1) Pausan., II, 17, 6.

2) Pausan., VI, 16, 4. Cf. Flemmer, op. cit., p. 37. Eckhel, II, p. 288.

3} Cf. Eckhel, VI, p. 487 sqq. Gregorovius, p. 33. Flemmer, iôiU, p. 37. Clinton, F6/5^^ iîow., I, p. 118. . ■

mement pénible, dangereux même dans certaines circonstances, pour devenir une route telle que l'aurait méritée un pays d'antique culture. La partie la plus particulièrement dangereuse était le chemin si tristement renommé du bord du golfe Saronique, la route rocailleuse de Sciron, portant aujourd'hui le nom significatif de Kaki-Scala. Cette route, commençant à une lieue de Mégare, conduit à travers les rochers qui forment sur la côte une étroite terrasse. La masse de la montagne, sur le versant qui descend vers la mer, dit un récent explorateur de ce pays, se compose de roches calcaires ; à sa base, la mer a déposé jusqu'à une hauteur de six à sept cents pieds une couche de conglomérat: c'est le long de l'étroite lisière formée par cette couche, au point où elle s'attache aux rochers, que passe (et que passait) le chemin ; on a à droite (en venant de Mégare) comme une muraille à pente très raide, tandis que le côté gauche descend à pic vers la mer. Le sous-sol du chemin se désagrège facilement^ s'éboule et s'effondre par petits morceaux. Ce chemin était et il est encore d'une beauté sauvage ; l'œil y embrasse tout le golfe Saronique ; mais il était et il est très dangereux lorsque les éléments se déchaînent, lorsque l'ouragan furieux gronde au-dessus des montagnes et que la mer mugissante lance^ en se brisant sur le rivage, ses vagues hautes comme des tours contre les rochers tantôt d'un gris noirâtre, tantôt jaunes ou d'un brun rougeâtre. De sanglants souvenirs des temps préhistoriques, de sinistres légendes étaient attachés à cette partie romantique et sauvage de la terre grecque ; c'était aussi de toute antiquité un rendez- vous de brigands sanguinaires. C'est sur ce chemin qu'Hadrien essaya la puissance de ses moyens d'action ; grâce à ceux qu'il put mettre en œuvre, il y établit, par de gigantesques travaux d'infra-structure attaquant le roc dans toute son étendue, une chaussée sure, large et commode, sur laquelle les voitures de transport ellesmêmes pouvaient aisément marcher de front et se ranger. La longueur de ce défilé bordant la côte était évalué dans l'antiquité à six mille pas. Des débris des gigantesques substructions d'Hadrien sont encore suspendus aux parois du rocher; mais, au rapport d'Ernest Curtius, le chemin lui-

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