AQUEDUC DE STYMPHALE A CORINTHE
même est actuellement, par suite des érosions et des ravages réitérés produits par les guerres modernes, dans un tel état que Tonne peut presque plus concevoir la possibilité, en cet endroit, de l'établissement d'une pareille routed
Non moins grandiose était laqueduc par lequel Hadrien conduisit à Corinthe la masse d'eau fraîche descendant de la haute vallée du lac Stymphale. Au pied méridional de la gigantesque montagne de Cyllène naît en effet une source d'une intarissable richesse ; l'importance de son débit et la hauteur de son point d'origine firent concevoir à Hadrien l'idée d'y capter l'eau au pied des hautes montagnes couvertes de neige, pour l'amener à l'isthme. Mais l'aqueduc ne pouvait pas être établi en ligne droite dans la direction du nord ; on dut, par suite, se décider à faire un immense circuit. Un barrage, coupant le lit du lac Stymphale du nord-ouest au sud-est, conduisit d'abord l'eau vers le côté sud-est; on creusa ensuite, suivant toute apparence, un tunnel à travers le massif de l'Apelauron, et on prolongea ainsi l'aqueduc de l'autre côté de ce massif, sur le versant oriental de la longue vallée de Scotini (Aléa), dans la direction du sud, jusque dans le voisinage des sources de l'Inachos. La science des ingénieurs romains leur permit ensuite, en partant de ce point et en allant vers le nord-est, par les montagnes de l'Argolide, dans la direction de l'isthme, d'établir, pour descendre des parties élevées de la montagne, une pente si insensible, que l'on put, sur une longueur de plus de dix milles, amener l'eau jusqu'à Cranion, l'élégant faubourg de Corinthe, à hauteur du sol, sans arcades et, à une exception près, sans tranchées ^
1) Pausan., I, 44, 10. Cf. CuRTius, Pelop., I, p. 9 sqq. 26. 80. Finlay, op. cit., p. 56. Bursian, Geogr., p. 368.
*) Pausan., II, 3, 5. VIII, 22, 3. Sur l'aqueduc, voy. Puillon Boblaye, Sur les ruines de la Morée, p. 148. Curtius, Pelop., î, p. 206. II, p. 415 et 529. Sur la carte appartenant à ce volume (pi. XIV), Curtius conduit l'aqueduc depuis l'Inachos supérieur, au pied du Carnéate et du Treton (au sud de Cléonae), jusqu'au point où il s'infléchit brusquement vers le nord, dans la direction de Cranion. Stauffert, dans le supplément à la Bauzeiiung de FôRSTER, 1844, p. 70^ parle de restes de cet aqueduc, « non loin de la mer, à l'ouest de Corinthe, là où se trouvent quelques moulins sur le ruisseau Lungo potamos ».
313 CORIMIIE ET AïHI'LXES
La ville de Corinthe fut d'ailleurs plus d'une fois encore favorisée par Hadrien du côté des constructions. Peut-être fit-il disparaître les dernières traces des ravages du tremblement de terre qui eut lieu sous Vespasien (p. 137); nous savons en tous cas que, entre autres embellissements, l'empereur fit construire à Corinthe des Thermes magnifiques \
Mais ce fut x\thènes, la ville de prédilection de Tempereur en Grèce, qui reçut les marques les plus éclatantes de la bienveillance d'Hadrien-. Le prince philhellëne avait déjà, avant son avènement au trône, entretenu d'excellents rapports avec la Grèce ; il avait considéré comme un honneur d'être nommé à Athènes, en l'an 112 après J.-C. , aux fonctions d'archonte éponyme ( cf. p. 139) ^ : seulement, il n'avait pas cru devoir à ce propos se rendre de sa personne à Athènes. Devenu empereur, il chercha à rehausser de toutes manières l'éclat de cette ville. H se fit, comme avant lui tant de Romains de distinction, — cela allait de soi, étant donné la tendance de son esprit — initier, lors de son premier séjour de longue durée à Athènes, aux mystères d'Eleusis % Il saisit aussi, lorsqu'il fut de retour de son premier voyage à travers le
*) Pausan., II, 3, 5.
-) Cf. d'une manière générale : Bockh, C. L Gr., f, no 434. Pausan., I, 3, t ; 20, 4 fin.
2) Cf. encore sur ce point les textes donnés par le Phllistor, III, p. 353. 363, et par Keil, Philologus, Suppl., II (1863), p. 594 sqq. Voy. ci-après, p. 320, 1, et cf. DiïTENBERGER, Kaîsev Hadrians erste Anvesenheit in Athen (dans VHermes, VII, p. 225 sqq.) ainsi que Mommsen, G. I. Lat., III, 1. p. 102 sqq. ad n. 550.
*) Dio Cass., LXIX, 11 init. Spartjan., Hadrian., 13, 1. Euseb., Chron. (éd. Schœne, vol. II, p. 166-167) pour les années 01. 226, 1 = 125 après J.-C. et 01. 228, 1 = 133-134 après J.-C. Syncell., éd. Bonn., p. 659 et 660 ou p. 349 P. a et d. Hieronym., pour 01. 227, 1 et 4 = 129-130 et 132-133 ap. J.-C. Sur le rôle de l'hiérophantesse qui initia l'empereur aux mystères (elle était fille d'un nommé Démétrios et fut mère d'un nommé Marcianus), voy. Keil, Philologus, Suppl. II (1863), p. 597 sqq. sur BôcKH, C. I. Gr., I, p. 458, n° 434 (inscription d'Eleusis, qui célèbre en vers emphatiques l'initiation de l'empereur : cf. Ellissen, Zur Gesch. Athens, p. 64. Flemmer (p. 33. 38 sqq. 49) place cette initiation à l'époque du premier long séjour d'Hadrien dans l'Attique, depuis 876-877 U. C. = 123-124 après J.-C, ou en l'année 877 U. C. = 124, ou 879 = 126 après J.-C. Clinton {Fast. Roman., p. 114 et 124) la place en l'année 129 ou en ^22 ou 125 après J.-C. ; et en dernier lieu, K. Bôtticher, dans le Philologus, Suppl. III (1867) p. 314 sqq. {Ergdnzungen, etc., art. VII), place à son tour