‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 148 sur 227 · LA CATASTROPHE FINALE · texte numérisé non relu

LA CATASTROPHE FINALE

un grand homme de sang grec; les Grecs étaient victimes d'une grande nécessité historique , et la colossale g-randeur d'Alexandre et de l'hellénisme, avec le monde grec comme base, pouvait encore d'une certaine façon réconcilier avec leur sort les générations grecques suivantes. Lorsque Mummius écrasa la dernière armée de la ligue achéenne, les derniers chefs équivoques des Grecs libres avaient du moins cherché à payer de leur personne la faute de leur politique ; dans la longue période de paix qui suivit la bataille de Leucopetra la Grèce put du moins se refaire d'une certaine façon sous Fautorité romaine. Mais l'horrible impression que fait la misérable fin des Hellènes sous le pitoyable gouvernement d'Arcadius n'est adoucie par rien. Cette génération d'épigones est descendue dans l'Hadès sans bruit et sans gloire. Aucun acte viril d'un Grec, pas un trait de dévouement ou d'héroïsme ne brille dans la nuit de cette misère : nous cherchons en vain une dernière poignée de héros grecs sous les armes; pas une figure d'airain ne s'élève au-dessus des flots de sang et de la fumée de l'incendie qui luit sur la Grèce mourante ! La Grèce appartient désormais tout entière aux grands morts, aux souvenirs immortels du passé. Après avoir été pendant plus de quatre cents ans le splendide musée de la fin de l'antiquité, la Grèce devient maintenant la terre des ruines.

A Constantinople, on avait observé passivement la cruelle détresse de la Grèce. Voici la succession des faits qui expliquent cette indifl'érence inouïe. Les chefs de l'armée romaine d'Orient, que Stilicon avait été obligé d'envoyer dans la capitale, étaient animés des sentiments d'une haine ardente contre Rufin. Nous ignorons s'ils agirent de complicité ouverte avec Stilicon et le rusé Eutrope, comme on l'a prétendu alors et plus tard : le fait est que lorsque l'empereur Arcadius et Rufin reçurent, le 27 novembre 395^, en dehors de la ville^ près du palais d'Hebdomon, les guerriers qui revenaient, Rufin fut massacré sur l'ordre de Gaïnas par les Goths qu'il commandait'. Ce fut la perte de la Grèce. En effet, les plans de

<) Glaudian., In Rufin., U, 336-340. Bell. Gildon. ,30L Zosim., V,7, 7-12.

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