‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 160 sur 227 · LES PATRIARCHES DE CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

LES PATRIARCHES DE CONSTANTINOPLE

(FEphese ; nous ne savons pas davantage si ces sièges étaient alors inoccupés pour un motif ou un autre.

La lutte au sein du concila d'Éplièse, à laquelle tant d'éveques helléniques prirent une part si active, était engagée entre les partisans de la doctrine qui avait été orthodoxe jusqu'alors sur les rapports de la nature divine et de la nature humaine dans la personne de Jésus-Christ, et ceux de la nouvelle théorie du patriarche de Byzance, Nestorios. La victoire du parti catholique orthodoxe eut pour conséquence l'éloignement du patriarche Nestorios de son siège de Constantinople (au commencement de septembre 431) ^ Il eut d'abord pour successeur un vieux moine, le prêtre Maximien (25 octobre 431), né à Rome : ce n'était pas précisément un savant, mais un homme paisible et sans prétentions \ Lorsque ce dernier mourut, après un épiscopat de deux ans et demi, le 12 avril 434, on éleva sur le siège patriarcal (434) un ancien et ardent adversaire de Nestorios, le prêtre Proclos, qui avait dii être autrefois évêque de Cyzique, mais que cette église avait repoussé ; c'était un homme considérable et de grandes capacités ^ A la mort, en 447, de cet évêque très célèbre dans son temps, son successeur fut Flavianus, qui avait été Jusquelà prêtre et skeuophylaque (ou conservateur desvases sacrés) dans l'église principale ou Sainte-Sophie de Constantinople*.

Les évêques helléniques sont restés alors en général fidèles à l'attitude dogmatique qui depuis Constantin le Grand caractérise les chrétiens de la Grèce. Fidèles à l'antique orthodoxie

*) Nestorios (Sograt., Vil, 34. Cedren., p. 595. Cli.nïon, F. R. , I, p. 615. Marcellin., p. 283. Prosp. Aquitan., Chrome, p. 657. Evagr., 1, 4. 5. 7) fut relégué d'abord dans son ancien couvent, celui de Saint-Euprepios, près Anlioche; mais il tut exilé en 435 dans une des oasis de l'Afrique orientale, où il vécut encore plusieurs années, jusqu'à ce qu'il fût encore forcé de changer de lieu d'exil. Outre ces oasis, les îles et les récifs de la mer Egée, en particulier, étaient alors et plus tard des lieux de relégation pour les condamnés politiques, ecclésiastiques, et pour ceux dont la condamnation avait eu le double caractère politique et dogmatique : cf. Jean d'Éphèse, Histoire de l'Église, I, 29, trad. Schonfelder, p. 30.

2) NiCEPHOR., Chronogr. compend. (éd. Bonn.), p. 774. Sograt., VU, 35. 37. EvAGRius, I, 4-^<. Marcellin., p. 283. Gedren., p. 599.

^) NiCEPHOR., loG. cit. Sograt., VII, 40. 41. Evagr., I, 8. Cedren., loc. cit.

*) NiCEPHOR., loc. cit. Evagr., toc. cit. Cedren., p. 601.

398 l'ÉPISCOPAT HKLLÉNlyUE

et à l'unité de foi de leurs ancêtres d'Achaïe et des autres provinces grecques qui résistèrent avec énergie à Tarianisme, les Hellènes furent en général inébranlables en face du nestorianisme ; plusieurs de leurs évêques, notamment ceux de Corinthe et de Naupacte^ prirent personnellement à Ephèse la défense du dogme ancien. Il y eut pourtant une exception éclatante. Le métropolitain de Thessalie, Basile de Larissa, adhéra aux actes favorables à Nestorios de l'anti-synode ou « conciliabule* » qui s'était groupé à Éphèse autour du patriarche Jean d'Antioche, en opposition contre la majorité du synode dirigée par Cyrille d'Alexandrie. Basile, avec ses suffragants Pausianos d'Hypata et Maximinus (Maximus) de Demetrias, ainsi qu'Anastasios de Ténédos et Theosebios de Chios, appartint dès lors au parti de ces évêques qui (sans perdre immédiatement leurs charges, ce qui n'eut lieu qu'en 434) gardèrent en partie jusqu'à leur fin une attitude d'opposition haineuse au parti victorieux de Cyrille et aux essais de pacification tentés dans l'Eglise, et ne purent pardonner l'injustice commise à l'égard de Nestorios*.

Du reste, l'état des affaires de cette époque ne pouvait qu'affaiblir la suprématie de fait des patriarches byzantins ; nous ne devons donc pas nous étonner si l'évêque de Rome, notamment quand c'était un homme de la valeur de Léon I" le Grand, prenait de plus en plus d'influence dans les diocèses de Macédoine. Il est intéressant de voir comment ce grand homme, dans ses lettres, donnait de véritables ordres dans les affaires de la Grèce, dont il s'efforçait avec zèle à maintenir les évêques dans la ligne orthodoxe. C'est ainsi que, dans une lettre du 6 janvier 446 entre autres, il se déclare très énergiquement contre la conduite du métropolitain de Corinthe, Erasistrate, qui imposait au clergé et à l'église de Thespies un évèque qui était personnellement inconnu et antipathique

*) Cf. Mansi, IV, p. 1259 sqq. Harduin, 1, p. 1447 sqq. Hefele, Coiiciliengeschichte, If, p. 179.

^) Cf. Mansi, V, p. 951 sqq. 959 sqq. 965, 966. Hefele, Conciliengeschichte, II, p. 193. 267. Basile ne semble pas avoir trouvé en Thessalie une grande sympathie pour sa cause : cf. aussi ce qui semble ressortir au fond des indications données par Hefele, op. cit., p. 181^ note 1.

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au diocèse, et interdit avec beaucoup de fermeté ce genre de nominations imposées. Dans une lettre de 445/6 ou 449, il prend aussi très énergiquement 'parti pour le métropolitain Atticos de Nicopolis, contre lequel l'archevêque Anastase de Tliessalonique avait appliqué avec une grande exagération les règles de la discipline ecclésiastique ^

Mais pour ce qui, aux yeux des chrétiens de ce temps, était Fintérêt capital, c'est-à-dire une inflexible orthodoxie dogmatique, l'église grecque suivit, comme nous l'avons dit, constamment l'antique ligne droite. L'esprit de parti, si naturel à la race grecque, n'apparaît pas dans les choses ecclésiastiques, si ce n'est dans les grandes cités cosmopolites de l'Orient, où il éclate avec une terrible fureur. Telle était en général la situation lorsque, au grand scandale du patriarche byzantin Flavianus, un prêtre de son église nommé Eutychès^ archimandrite d'un couvent de la capitale, inaugura en 447 « l'hérésie monophysite » par l'exagération d'une des faces de la doctrine orthodoxe contre les anciennes idées de Nestorios. Sa théorie, qui aboutissait à prétendre que tout ce qu'il y avait d'humain eji Jésus a disparu dans l'essence divine du Christ et s'est confondu avec lui en une seule nature, trouva d'abord un adversaire fougueux dans le patriarche Flavianus, qui provoqua sa condamnation et sa destitution par un synode réuni à Constantinople en 448. Mais Eutychès, qui faisait les plus grands efforts pour se maintenir, réussit à gagner la faveur de personnages puissants. D'une part, le successeur (depuis 444) de Cyrille à Alexandrie , l'ambitieux et violçnt Dioscure, s'intéressait vivement à la théorie de Fabbé byzantin ; d'autre part, l'eunuque Chrysaphios devint son puissant protecteur à la cour impériale, où les ministres étaient les maîtres. Par cet eunuque, Eutychès parvint à gagner pour lui la cour et l'empereur Théodose II lui-même, au point que Flavianus se vit enfin réduit non seulement à défendre sa propre orthodoxie, mais encore à consentir à une révision des actes de son synode et à la convocation d'un grand concile à

*) Mansi, V, p. 1274 et 1279. Cf. Le Quien, II, p. 105. 133 sqq. 161 sqq. Clinton, I, p, 633. 639.

400 LE BRIGANDAGE d'ÉPHÈSE

Ephèse, qui devait décider des questions soulevées et prononcer dans la querelle personnelle de Flavianus et d'Eutychès, Ce concile, qui se réunit au commencement d'août 449, tristement célèbre sous le nom de « brigandage d'Épbèse » (auquel prit part, soit dit en passant, parmi les évêques d'Achaïe, le métropolitain Erasistrate de Corinthe, comme partisan de Dioscure) *, aboutit sous Faction énergique et violente de Dioscure à la réhabilitation d'Eutychès et à la destitution de Flavianus. C'était une victoire complète du parti monophysite. Flavianus fut aussitôt conduit en exil et mourut peu de temps après l'issue du concile, peut-être par le crime de son escorte, dans la petite ville lydienne d'Épipa. Sa place fut prise dans la capitale par un partisan du fougueux Dioscure, un diacre nommé Anatolios ^ jusqu'alors prêtre à Alexandrie et apocrisiaire de Dioscure à Constantinople.

Bien que l'empereur Théodose II eut confirmé les résolutions du « synode de brigands », ces résolutions et les idées monophysites rencontrèrent une forte et constante opposition à Rome et en Italie (en grande partie aussi dans les pays gréco-illyriens), en Asie-Mineure, en Syrie et dans le Pont, tandis que l'Egypte, la Palestine et la Thrace se rangèrent du parti de Dioscure et de l'empereur. L'exaspération montait de toutes parts, et même dans* la capitale l'orthodoxie prit une attitude très raide vis-à-vis de l'empereur. Lorsque donc Théodose II mourut subitement le 28 juillet 430, à la suite d'une chute de cheval, et que la princesse Pulchérie accorda sa main et la couronne byzantine au général Marcien, qui fut couronné le 25 août 4o0, cet homme d'État distingué crut que la situation exigeait impérieusement le rétablissement de la concorde dans l'Église par la convocation d'un nouveau et grand concile, délibérant en pleine liberté. Ce concile, le

*) Mansi, V, p. 1274. Outre Erasistrate, on vit venir des pays grecs à ce synode notamment Luc de Dyrrhachion, Atticos de Nicopolis, Eutychios d'Hadrianopolis, Jean de Messène, Athanase d'Oponte, Vigilantius de Larisse, Constantin de Demetrias et Jean de Rhodes. Le Quien, II, p. 105. 111 sqq. 133 sqq. 143 sqq. 196. 207. 242. I, p. 923 sqq.

*) NiCEPHOR., Chronogr.^ p. 774. Evagr., I, 10. Il, 4. Prosper. Aquitan., Chronic, p. 669 sq. Marcelltn,, Chron., p. 288. Cedrenus, p. 602. Zonar., XIII, 23, p. 43 sq. Hefele, II, p. 366 sqq.

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