CONSTANTIN ET LICINIUS
voulut pas se parer du nom d'archonte, mais de celui de stratège des Athéniens ^ Pour le remercier de cette marque de faveur, les Athéniens, fidèles à la tradition, lui élevèrent une statue avec inscription honorifique. Enfin, l'empereur, qui aimait tant à hâtir, a-t-il laissé aussi à Athènes des traces de son activité? Nous l'ignorons, malheureusement.
Que Constantin ait reçu la dignité de stratège athénien avant ou après sa guerre décisive contre Licinius, la vérité est qu'il devint, dans le sens le plus sérieux et le plus complet du mot, le stratège des Athéniens. En effet, la paix de 314 ne fut en réalité qu'une trêve. Les provinces romaines de la Méditerranée, qui, ainsi que la Grèce, avaient beaucoup souffert de 307 à 313 dans les luttes tantôt indirectes tantôt ouvertes entre les potentats ennemis, aussi bien par les énormes armements et le poids des impôts que par le marasme et la surveillance méfiante du commerce % redevinrent, après quelques années de paix, d'abord des arsenaux, puis enfin le théâtre d'une violente guerre de succession, rfjh!/.]'
On conçoit que les rapports entre Constantin et Licinius, vu leur situation réciproque et leur caractère, soient redevenus très froids après quelques années. Or, lorsque Constantin, entre 312 et 321 ou 322, eut combattu heureusement les Sarmates sur le Danube et établi sa résidence à Thessalonique, où il commença des préparatifs immenses (322) qui mirent à réquisition en grande partie toutes les forces de ses provinces grecques, Licinius comprit [ce qu'il avait à attendre sous peu de son beau-frère ^ A Thessalonique même, on
*) Cf. ZiNKESEN, Gesch. Griechenl., I, p. 609 sq. et Finlay, p. 128 et 264, d'après Julian. Imper., Orat. lin laud. Constant., I 0pp. (éd. Petav. vol. I p. 14) éd. Spanheim, p. 8 C. ; Spanhem. ad Julian., Or. I, p. 76; Julian., Epist. 35. Voy. Beutler, De Athenarum fatis, p. 13 sq. 29. 30. Kuhn, I, p. 64 sqq., qui établit un rapport immédiat entre l'envoi de grains fait par Constantin à Athènes avec sa stratégie, puisque c'était un des devoirs du stratège de pourvoir Athènes de vivres (WAGHSMUTH,Die Stadt Athen, p. 710 sqq.)
2) Cf. Euseb., Hist. EccL, VIII, 15. La Grèce et les îles doivent avoir beaucoup souffert dans ces circonstances, surtout à propos des rapports tendus qui existèrent de 311 à 313 entre Maximin Daïa et Licinius. (Un tremblement de terre, sans doute en 306, avait cruellement éprouvé Salamine de Cypre. Malalas, éd. Bonn., p. 313. XII. 0. p. 415. V. 134 c.)
3) Cf. ci-dessus, p. 202, 3, et Anonym. Vales., 5 (ap. Wagner, éd. Ammian. Marcell.; vol. I, p. 613. 21).
GUERRE ENTRE CONSTANTIN ET LlCiNIUS 203
creusa un port militaire considérable. Les villes maritimes de ses provinces grecques durent fournir à l'empereur Constantin une quantité de navires de guoiTe et de transport (il est vrai, relativement petits) qui furent rassemblés dans le Pirée. Licinius répondit par des préparatifs sur mer encore plus considérables, qui obligèrent les peuples maritimes de son empire, et parmi eux les Grecs d'Asie Mineure, lesquels fournirent soixante navires de guerre, à s'imposer des sacrifices non moins grands ^ En même temps, les deux adversaires firent des levées de troupes dans des proportions telles, qu'on n'en avait vu de semblables qu'au temps des dernières compétitions entre Octave et Antoine, ou plus tard, du temps de Septime-Sévère. Lorsque la guerre éclata enfin, en 323% Constantin se trouvait à la tête de 200 vaisseaux de guerre et de plus de 2.000 transports, de 120,000 hommes d'infanterie et 10^,000 cavaliers ou marins, auxquels Licinius opposait 350 vaisseaux réunis dans l'Hellespont, 150,000 hommes de pied et 15,000 cavaliers de ^Asie-Mineure^ Comme, depuis 313, Constantin avait adopté de plus en plus une politique favorable aux chrétiens, et que Licinius, dont les rapports avec son beau-frère avaient pris un caractère de plus en plus froid et méfiant, commit la grave faute de tourmenter et de vexer de toutes façons les chrétiens de son empire, cette guerre nouvelle prit la forme d'une lutte suprême entre le christianisme triomphant et l'ancienne religion \ Elle fut de courte durée, mais poussée avec une violence et un acharnement terribles. i^^^vi.---! >Hm^- -^ .Mn^•u^'n vv. ,. . > - •
Licinius avait réuni son armée de terre dans une très forte position près de la ville d'Andrinople, tandis que sa flotte, sous le commandement de l'amiral Amandus (ou Abantos), lui tenait ouverts l'Hellespont et les communications
*) ZosiM., II, 22. Consultation de roracle d'Apollon Milésien par Licinius: SozoMEN., Hist. EccL, 1,7. Gassiodor. H. E.,l, 8 inil. G. Wolff, De ultima oracuL aetate^ p. 11»
-) Les preuves à l'appui de la chronologie adoptée ici pour la dat.e de cette guerre et la perte de Licinius se trouvent dans GLiNT0N,fas^. Roman. ^ I, p. 374 sqq.
3) ZosiM., II, 22j 1-8.
*) Cf. VON Lasaulx, op. cit., p. 29; Righter, op. cit., p. 69 sqq.
206 BATAILLE d'aNDRINOPLE
avec l'Asie. Mais Constantin, qui avait appelé à Thessalonique sa flotte sous le commanjiement de son fils aîné Crispus, un prince très capable, partit avec toutes ses forces de cette position, protégé et soutenu à sa droite parla flotte, gagna les passages qui donnent entrée en Thrace, et alla chercher son adversaire dans la vallée de FHèbre, près d'Andrinople. C'est là que fut livrée, le 3 juillet 323, une sanglante bataille dans laquelle 34,000 hommes mordirent la poussière, mais où, grâce à son génie de grand capitaine, Constantin infligea à Licinius une défaite désastreuse. Constantin luimême avait été blessé ; mais Licinius, après des pertes énormes en soldats morts, prisonniers et disparus, se vit obligé de battre en retraite vers Byzance, avec les débris de son armée ^ Arrivé là, il voulut, appuyé par les remparts de la ville et la mer, soutenir un siège. Mais Constantin appela sa flotte, et près de la ville de Callipolis, sur l'Hellespont, le brave Crispus remporta sur la flotte des adversaires une victoire si éclatante qu'Amandus n'osa sans doute pas continuer la lutte le lendemain. D'autant plus qu'une tempête fit subir à la flotte battue des pertes encore plus graves que le combat de la veille ^ L'Hellespont et la mer étaient ainsi perdus pour Licinius, qui pensa que le meilleur parti à prendre était de quitter en personne Byzance et de prendre avec la plus grande partie de son armée une nouvelle et forte position à Chalcédoine, de l'autre côté du Bosphore : il fit de cette ville le lieu de rassemblement de nombreuses troupes nouvelles qu'il leva soit chez lesGoths, soit dans les pays asiatiques, afin de reprendre la lutte avec Constantin. Il avait déjà réuni 130,000 hommes sous ses drapeaux lorsque son adversaire réussit, avec des forces supérieures, à forcer le passage du détroit dans le voisinage de l'embouchure du Bosphore dans la mer Noire, près du lieu appelé Hiéron. Dans la nouvelle bataille qui se livra le 18 ou le 20 septembre 323, près de
*) ZosiM., 11,22, 7-13 et 23, 1 et 2. Anonym. Vales., 5 (dans Wagner, ûp. cit., p. 613 sqq. 21-25). Aurel. Vigt., Cœsar., 41. Epitom. 41. Chro- NiGON Paschale (éd. Bonn.), vol. I, p. 525. Schiller, p. 200.
^) ZosiM., II, 23, 2 jusqu'à 24, 6. Anonym. Vales., ibid, (dans Wagner, p. 614, 25-27). Chronic. Paschale, ibid.