‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 83 sur 227 · CONSTANTIN ET LES GRECS · texte numérisé non relu

CONSTANTIN ET LES GRECS

kans, sauf la Thrace, et toute la Grèce aux possessions qu'avait déjà Constantin \

Constantin, maître désormais des trois quarts de l'empire romain, entra en rapports étroits avec les Hellènes; il sut, avec une égale habileté, s'assurer aussi bien les sympathies des partisans de la vie antique que celle des chrétiens de la Grèce. Sous son gouvernement, qui favorisa de plus en plus l'Eglise chrétienne, le christianisme s'étendit en Grèce plus rapidement que jusqu'alors^, et le nouveau souverain se montra extrêmement gracieux pour Athènes. Constantin, qui, depuis qu'il avait acquis la presqu'île danubienne, résida souvent dans les grands centres du pays macédono-grec% avait, comme tous les hommes considérables et cultivés de l'antiquité, les plus chaudes sympathies pour les souvenirs incomparables et pour l'université de la ville d'Athènes. Aussi eut-il à l'égard de la génération vivante des Athéniens une attitude semblable à celle que les plus bienveillants philhellènes avaient si souvent et si volontiers observée sur le trône de Rome : ce qui ne nous empêche pas de supposer qu'en cela Constantin n'ait eu quelque arrière-pensée politique *. Les Athéniens fu-

*) EuTROP., X, 5 fin. ZosiM., II, 20,1. Anonym. Vales., 5 (ap. Wagner, éd. Ammian. Marcellin., vol. I, p. 612 sq. 16-19). Praxagoras dans Photius» Cod. 62, p. 20, éd. Bekker (C. Mûller, op. cit., IV, p. 3. L, Dindorf, op. cit. p. 440). Cf. Oros., VII, 28 : « universa Grœcia potitus ». Sozomen., H, EccL, I, 2. 6 fin. Manso, Leben Constantins des Grossen, p. 55 sqq. Burck- HARDT, Die Zeit Constantins des Grossen, p. 328 sqq.

2) Sur les nombreux et importants actes favorables aux chrétiens de Constantin à ce moment, cf. von Lasaulx, Der TJntergang des Hellenismus^ p. 25 sqq.; H. Highter, Das westromische Reich, p. 68 sqq. Sur la situation des chrétiens en Grèce depuis cette époque, on lit dans Sozomen., Hist. Eccl.y 1,2 : « oî 6à àvà TTjv Su(7cv "EXXr^vec te xat Maxeooveç xa\ 'lX>vupto\ àôetbç èôpiqCTxsuov ôtà K6)vcrTavx(vov ». Pour les chrétiens dans les Cyclades, voy. aussi Gelasius, Act. ConciL, II, p. 236. Clinton, F. R,, II, p. 558.

^) Cf. le résumé des lois de Constantin dans Clinton, II, p. 88 sqq. Rescrit daté de Thessalonique au commencement de mars 315 : Cod. Theod. vol. II, p. 573. Clinton, I, p. 369; un autre rescrit du commencement de 319 (CoD. Theod,, vol. III, p. 4) envoyé à Corinthe; un autre de Sirmium, envoyé à Corinthe en février, Clinton, loc. cit. p. 89; un autre de Rome, envoyé à Thessalonique en juin 321 (Cod. Just., II, 45, 2). Julius Constantins, père de l'empereur Julien et frère consanguin de Constantin, vécut quelque temps à Corinthe (Liban., éd. Reiske, vol. I, p. 434).

*) Il faut considérer à ce propos l'importance que la Grèce, frontière pour

l'athénien nicagoras en Egypte 203

rent certainement reconnaissants à cet empereur de ce que, malgré toute la faveur qu'il témoignait aux chrétiens, il n'en honorait pas moins les représentants les plus respectables de leurs anciens cultes. Nicagoras (sans doute fils du sophiste Minucianus et plus tard gendre du professeur Himerios, célèbre en son temps '), homme issu d'une antique et célèbre famille d'Athènes, dadouque (porte-flambeau) aux mystères d'Eleusis et zélé platonicien dans l'esprit de ce temps, obtint de l'empereur Constantin ce que nous appellerions aujourd'hui une bourse de voyage pour les études à faire dans l'antique terre des merveilles, l'Egypte. Il pénétra jusqu'à Thèbes aux cent portes. Il y inscrivit son nom dans les antiques catacombes, dans les tombeaux des rois, en ajoutant cette intéressante inscription dans laquelle, d'une part, il adresse sa prière à Platon, que la nouvelle école platonicienne vénérait comme un saint, et de l'autre remercie les dieux et Constantin « qui m'a accordé cela^ ». Mais ce qui, pour cette Athènes dont Constantin aimait à célébrer les louanges, fut encore plus précieux que le respect des anciens cultes et la protection accordée à l'humeur voyageuse encore vivante chez les Hellènes, c'est que l'empereur, imitant en cela la pratique des anciens bienfaiteurs, accorda à la ville, dans un moment de disette et d'écrasante cherté, un secours annuel de plusieurs milliers de médimnes de blé. Comme Hadrien et Gallien, Constantin rechercha même l'honneur d'ajouter à la liste de ses titres de gloire celui d'une magistrature athénienne. Seulement, il ne

ainsi dire, du côté de l'empire de Licinius, avait alors pour Constantin au point de vue nnilitaire. Plus Licinius se montra insensé dans la suite en s'aliénant les chrétiens par le changement de sa politique ecclésiastique, plus Constantin se montra habile en gagnant la grande majorité non chrétienne des Grecs et en empêchant la Grèce de concevoir des sympathies pour Licinius.

') HiMER., Eclog., VII, 4; Wernsdorf, commentaire de ce passage, p. 167. D'après ces textes (cf. Orat. XXIII, 21), la famille de Nicagoras semble avoir prétendu descendre du petit-tils du grand Plutarcjue, Sextus, peut-être par les femmes.

2) Voir l'inscription dans BôcKH, C. /. Gr., Ill, p. 387, n« 4770. Cf. Burck- HARDT, Die Zeit Constantins des Grossen, pp. 218 et 360. Ce dadouque athénien est considéré comme fils de Minucianus dans un article du PhilologuSj Suppl. II (1863), p. 590 sqq., où ce voyage est placé vers 315 ap. J.-C.

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