‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 90 sur 227 · LE DIOCÈSE DE MACÉDOINE · texte numérisé non relu

LE DIOCÈSE DE MACÉDOINE

Thessalonique, avec les îles de Thasos et de SamoLhrace ^ ; ensuite la Thessalie, à laquelle appartenaient les îles de Scopelos, Sciathos et Peparethos^ Pais l'Achaïe ou Hellade, à laquelle étaient adjointes les îles d'Eubée, Egine, Céa, Gythnos, Délos, Scyros, Lemnos, Imbros, Cythère, les Strophades, Zacynthe et Céphallénie^ Ensuite TAncienne-Epire, avec Ithaque et Corcyre \ et la Crète, avec sa capitale Gorlyne ^ Dans cette dernière province subsistait toujours (et

diatement sous Tautonte des préfets d'Illyrie; de plus, que l'ancien diocèse de Pannonie était exactement l'illyricum occidental, et que ce diocèse (créé par Constantin) étaitimmédiatement placé sous l'administration du préfetd'ltaiie (cf. Preuss, Kaiser Diocletian, p. 96); de plus, que la séparation administrative de l'illyricum oriental et de rillyricum occidental n'a pas commencé seulement avec la division définitive de l'empire sous Théodose, comme on le croyait généralement, mais appartenait déjà à l'organisation de Constantin. (L'opinion que Constantin n'a pas encore divisé le territoire de l'illyricum, et que cette division n'a eu lieu qu'en 395, est défendue notamment parBôCKiNG, sur h Notitia Dignitatum, II, 1, p. 141). Sur le nom d'Illyrie, lUyricum, et sa signification politique de plus en plus étendue depuis Auguste, ainsi que sur la circonscription financière d'Illyrie, voy. Mar- QUARDT, p. 299, et KuHN, op. dt.yll, p. 222 sqq. Toutefois, ses remarques à la page 225 n'ont aucune application à la question qui nous occupe ici.

') ZosiM., loc. cit. Sexï. Ruf., Breviar., 8 fin. Hierogl., Synecdem. (éd. Bonn.) p. 391. Comme les successeurs de Constantin continuèrent l'œuvre de morcellement des provinces, jusqu'au moment où le nombre en monta au chiffre que nous donne à la fin du ive siècle la Notitia Dignitatum, on détacha dans la suite de la province de Macédoine sa partie septentrionale, qui prit le nom de Macedonia secunda ou salutaris avec Stobi comme capitale. KuHN, p. 228 sq. ne veut admettre cette séparation comme certaine que pour le ve siècle; d'après Mommsex, Verzeichniss derProvinzen,p. 509.517, cette séparation eut heu vers 386. Cf. Tafel, De Thessalon., p. 37 sqq. et Marquardt, p. 320 sqq.

-) Z031M., loc. cit. Ruf., loc. cit., Hierogl., Synecdem. (éd. Bonn.) p. 391. Cf. Bl'rsian, Géographie Griechenlands, II, 3, p. 385.

=')ZosiM., loc. cit. Ruf., loc. cit. Hierogl., p. 392. Voy. Kuhn, I, p. 76, qui cite Suidas, s. v. S'.xuwv et Isidor., Origin , XIV, 4, 11, pour k limitation définitive de l'Achaïe aux frontières désignées ci-dessus. A Céphallénie existait alors la capitale du même nom, qui avait été sans doute élevée dans l'ère impériale sur le sol de Same, en ruines au temps de Strabon.

*) ZosiM., loc. cit. Ruf., loc. cit. Hierogl., p. 392 sq. Kkhn, p. 227 sq. Marquardt,, p. 331.

°) ZosiM., II, 33, 4. Ruf., loc. cit. Hierogl., p. 392 (22 villes en Crète). BuRSiAN, Geogr. Griechenl., II, 3, p. 538. Bôckh, C. I. Gr., n° 2592. Kuhn, p. 216. Inscriptions depuis ce temps en Crète : Bogk.h, C. I. Gr., II, n° 2562, p. 420 sqq. pour Hierapytna; n°' 2588, 2592, 2593, pp. 429, 431-432, pour Gortyne.

LES PROVINCES GRECQUES d'oRTENT 215

sans doute encore à la fin du iv'" siècle, 383 ap. J.-C.) cette antique fondation de l'empereur Auguste, d'après laquelle le pays de Gnossia avait à payer à la colonie de Gapoue, fondée par cet empereur, une rente considérable (1^200,000 sesterces ou 326,280 francs par an) \

Pour ce qui est des provinces grecques^ voici comment le nouveau système hiérarchique des fonctionnaires impériaux s'appliquait à elles. Les provinces grecques de la préfecture d'Orient, quant aux troupes qui y étaient installées, étaient sous les ordres des commandements militaires respectifs, dont nous n'avons pas à nous occuper ici autrement. La plus hante autorité était, comme nous l'avons dit, aux mains du préfet de Constantinople. A la tête du diocèse d'Asie, le vicaire n'élait, pour les Hellènes asiatiques, qu'un chef nominal, dont le ressort ne comprenait que des provinces dont nous n'avons pas à nous occuper ici. Car le proconsul d'Asie, qui avait de son côté la surveillance du « consulaire » d'Hellespont et du « président» de la province insulaire, n'était pas subordonné au préfet, el administrait son domaine, la province d'Asie, immédiatement au nom de l'empereur'. L'Hellespont et les îles étaient pour le reste directement sous l'autorité du préfet d'Orient, et non pas sous celle du vicaire d'Asie. Pour ce qui regarde la province d'Europe, elle était sous l'autorité d'un consulaire qui ressortissait du vicaire du diocèse de Thrace ^

^yBôGKH, C. I. Gr., II, n° 2597. Kuhn, T, p. 63. Sur les riches propriétés possédées par Capoue près de Giiosse, voy. Marqitardt. p. 118. p. 463 sqq.

2) Sur le proconsul gouverneur d'Asie : en particulier Anicius Paulinus, consul de l'année 334, voy. Orelli, n°« 1082. 1090, 19. Borghesi, Bulletin» Imt. arch., 1858. p. 22 "s q. JSotit. Dignit., I, p. 51 et 168. Eunap., (éd. Boissonade) I, p. 60. Walter, p. 564 sqq. Sur sa surveillance de l'Hellespont et des Iles, Not. Dign., I, p. 52. 168. 167. 285. Le gouverneur d'Hellespont consulaire, v. Hieroci,., p. 394. Le gouverneur de la province insulaire esiprseses : voy. Orelli, Jnscr.,n° 1059, lig. 5. Cod. Just., Ubi causa, III, 22, 5, où l'on nomnoe pour l'année 294 le prœses Diogenes; VII, 62, 23. Cf. Justin. Nov., CLXIII, 2. Notit. Bignit., I, p. 145.

') Cf. Notitia Bignit., p. 134; il semble que l'Europe ait été d'abord sous un proconsul, jusqu'à ce que, dans la suite, la nouvelle capitale de l'empire, Constantinople, lut placée à part sous la direction d'un préfet particulier. C'est alors que Périnthe devint le chef-lieu de la province d'Europe. (Sievers, Leben des Libanios, p. 211 sqq, pense qu'il y eut des proconsuls indépendants de Constantinople avant la nomination à\x prsefectus Urbi).

21 G LES PROVINCES GRECOTJES d'eFROPE

Le commandement général, par contre, et la chancellerie du préfet du prétoire {viril lus tris) d'Illyricum, c'est-à-dire les pi us hautes autorités militaires et administratives pour les Grecs d'Europe, se trouvaient à Sirmium '. Le chef du diocèse essentiellement grec, le vicaire de Macédoine — qui, comme ses collègues en général, appartenait à la deuxième classe, celle des spectabiles (Excellences) — dont la fonction était aussi parfois exercée par un cornes ou comte *, avait sous son autorité disciplinaire et surveillance spéciale les gouverneurs des cinq provinces de son vaste ressort, qui appartenaient à la troisième classe, celle des viri clarissimi. C'étaient: le consulaire de la province de Macédoine ramenée à des dimensions relativement petites ^ ; le président de la Thessalie * ; le consulaire de l'île de Crète", qui était revenue à la situation qu'elle occupait 390 ans auparavant, au lendemain de la conquête romaine, quand elle était purement et simplement attribuée au grand « commandement macédonien » d'alors; le président de l'Ancienne^ Épire"; le consulaire de la Nouvelle-Epire '. Par contre,

') Walter, op. cit., p. 537. ^otitia Dignitatum, II, i, p. 145. Tafel. De Thessalonica, p. 39.

2) Cf. Notitia Dignitatum, I, p. 65 sq. 289 sq., où on trouve des détails sur les insignes de sa fonction et son ])ureau. On rencontre par exception le nom d'un de ces comtes, Acacius de Macédoine, Cod. Theod., Sine cenau (XI, 3, 2) pour l'année 327; Kuhn, Nachtrâge de son ouvrage Die stàdtische vnd burger liche Verfassung des Rômischen Reiches, dans les N. Jahrb. f. Philol. und Padagog,, XCllI et XCIV (1866), p. 419 sqq., supplément à son tome I, p. 194 sqq. Cllnton, F. R., 11, p. 93. Le cornes rei militaris Macedonia et Asianse, etc., est un fonctionnaire d'un autre ordre, qui n'apparaît que dans les dernières guerres gothiques (Voy. Notit. Dlgnit., I, p. 126).

3). Notit. Dignit , I, p. 135. Hierocl , éd. Bonn., p. 391. Marouardt, p. 320.

*) Notit. Dignit., I, p. 7 et 151 sq. Hierocl., p. 391. Marouardt, ibid.

^) Hierocl., p. 392. Notit. Dignit., p. 135. 137. Gruter, 1090, 20. 1094, 4. BôcKH, C. I. Gr., II, n«« 2592 et 2593. Voy. aussi Marqu\rdt, p. 462. Oa trouve mentionné dans les inscriptions le gouverneur OEcoumenios Dosilheos Asclepiodotos; cf. Wesseling sur Hierocl., op. cit. (éd. Bonn.), p. 426.

'^) Hierocl., p. 392. Notit. Dignit.^ I, p. 152. Pour Paulinus, pî'ajses de l'Ancienne-Épire sous Valentinien 1er et Valens en 372, vov. C. Theod., De episc, XVI, 2, 22.

'^) Hierocl., p. 393 et Notit. Dignit., l, p. 152. Pour Zosimus, gouverneur iprœsei) de la Nouvelle-Épire en 373, voy. Coo. Theod. De stratorib., VI, 31. = GoD. Justin., XII, 25 et Cod. Theod., Ne praefectiinus e.ractor XII, 10. = CoD. Justlx., De apparitor., XH, 53, 2.

LA lUJREATirRATTE DE LA l»ROVINCE d'aCTÎAIE 217

l'ancienne mère-pairie des Hellènes garda une situation honorifique toute particulière. L'Achaïe, en effet, reçut, comme l'Asie et l'Afrique, un proconsul indépendant qui, comme ses collègues d'Asie et d'Afrique, appartenait à la classe des spectabiles et occupait avec eux le premier rang de cette classe. Pourtant, le proconsul d'Acliaïe avait sur un point une situation inférieure à ses deux collègues : c'est qu'il n'était pas comme eux placé immédiatement sous l'empereur, mais que, tout en ne ressortissant pas du vicaire le plus rapproché, il administrait sa province sous l'autorité supérieure du préfet d'Illyrie ^ Parmi les fonctionnaires impériaux placés auprès du proconsul d'Achaïe, nous trouvons, outre le questeur et ses acolytes, un fonctionnaire de police très considérable, à savoir un princeps des ducenarii ou officiers de la schola des Agentes in rebus, ce corps organisé militairement qui remplissait les fonctions de la gendarmerie impériale et qui avait la surveillance de haute police dans les provinces. De plus, un certain nombre de fonctionnaires de l'ordre judiciaire. Parmi ces derniers, uncornicidaiiaSy à qui incombait l'expédition des sentences en matière civile, la décision en matière administrative et la publication des ordres impériaux, et le commentariensis^ qui avait la présidence de la section criminelle ; de plus, Yactiiarius {ou ab actis) qui avait à conduire la procédure en matière civile et les expéditions, pendant que les numerarii

') Cf. HiEROCL., p. 392 et Cod. Theod., Dt' ac(MS., IX, ii2.Notitia Dignitatum, I, p. 4. 13. 53 sqq., où l'on trouve des renseignements détaillés sur les insignes de ce proconsul et le personnel de son bureau à Gorinthe. De même plus loin, p. 167 sq. 277 sqq. 290. Walter, Geschichte de$ Romischen Rechts, I, p. 564 sq. Quant aux insignes, chaque fonctionnaire supérieur, en entrant en fonctions, recevait une ou plusieurs tablettes de bois ou de métal sur lesquelles les principaux attributs de sa charge étaient représentés en couleurs : on peut voir une reproduction en couleurs de ces tablettes dans les manuscrits de la Noiilia Dignitotuin; l'édition de Bôcking en donne des gravures sur bois. Sur celles des autorités territoriales, les diocèses des provinces respectives étaient représentés par des figures féminines. Ces sortes d'enseignes étaient suspendues dans les locaux des fonctionnaires, et on les portait devant eux dans les occasions solennelles. Cf. VON WiETERSHEiM, GescMchte des Vôlkerwanderung, III, p. 134 sqq. Les insignes du proconsul d'Achaïe représentent l'Achaïe sous les traits d'une femme richement vêtue, la tête entourée de rayons, tenant à la main une coupe remplie de fruits.

218 LA POSTE ROMAINE EN fiRÈCE

fonctionnaient comme comptables et les exceptores comme greffiers. Enfin la chancellerie du proconsul d'Achaïe possédait un fonctionnaire a libellis^ qui avait sans doute à s'occuper des écritures en matière fiscale. Ajoutons à cela le nombre nécessaire d'appariteurs ou fonctionnaires subalternes et des serviteurs publics en tout genre ^

Enfin le proconsul d'Achaïe avait un privilège particulier en matière postale. On sait que c'est surtout à cette époque que le système des postes impériales romaines fut développé d'une manière remarquable. Malheureusement, celte institution grandiose, grâce à son organisation particulière, devint justement une corvée et un fardeau financier formidable pour les habitants des provinces; elle ne servait qu'aux intérêts du gouvernement et à ceux d'un certain nombre de hauts fonctionnaires et d'une quantité de particuliers privilégiés par Tarbitraire impérial, notamment de personnages militaires voyageant, allant en congé ou rentrant dans leurs foyers avec un congé honorable, et^ depuis Constantin, à de nombreux évêques. La coutume s'était introduite que différents gouverneurs de provinces obtinssent pour leurs voyages de service un certain nombre d' « évections ». Celaient des diplômes ou permissions de l'empereur qui, comme les firmans actuels de l'empire ottoman, donnaient au porteur le droit de jouir gratuitement pendant leurs voyages personnels, dans des formes prévues par la loi et pour un temps déterminé, d'attelages fournis par les provinciaux. Les prescriptions impériales en cette matière furent modifiées à plusieurs reprises dans le cours du iv^ siècle. Vers la fin de ce siècle, la pratique s'était fixée de la sorte : le vicaire de Macédoine recevait pour son année d'exercice dix diplômes pour autant de voyages dans son diocèse, tandis que, pour le même temps, le proconsul d'Achaïe jouissait de quatre évections ^

^) Sur les bureaux du proconsul d'Achaïe, voy. Notitia Dignîtatum, I, p. 5i. Cf. VON WiETERSHEiM, III, p. 92 sqq. 102 sqq. Walter, p. 569. 584 sqq. sur les différentes catégories de fonctionnaires mentionnés ici. Les anciens questeurs et procurateurs provinciaux sont remplacés désormais partout par de nouveaux fonctionnaires fiscaux, les rationales sacrarum largitionum.

^) Pour le nombre d'évections des vicaires de Macédoine et du proconsul

LA POSTE ROMAIN K EX GHI^r.E 219

L'ancienae pratique consistant à donner tous les ans une nouvelle nomination ou une nouvelle destination aux gouver-

d'Achaïe, voy. la Notit. l)i(jnitat., I, p. iv et 5k 2U0. Sur les airaires postales, voy. HuDEMANN, Diïs Postweseu der ROmischen Kaiserzeit, I, p. 12 sqq. MARQUkRDT,R6mische Staatsverwaltung, I, p. 558sqq. Pauly, Rcalencydopddie d. klass. Alterlh., V, p. 1946 sqq. Walter, p. 538 sq. 540sqq. 584. Des chaussées à la manière romaine avaient été construites pendant l'ère impériale en Achaïe; seulement, vu la configuration géographique du pays au sud de la V4a Egnatia, cette province ne communiquait avec les principales routes nationales de l'empire qu'à la façon d'un appendice. Nous n'avons pas, malheureusement, de renseignements précis sur la date et le détail de ces travaux. La célèbre Table de Peutinger, parmi les itinéraires, doit être consultée aussi pour cette province, i^our le Péloponnèse, on y trouve marquées huit localités principales, à savoir Corinthe, Argos, Épidaure, Lacédémone, « Boas » (Bœa3), Méthone, Olympie, Patrse. On y trouve ensuite (cf. l'édition de celte table par G. Mannert, Segm. Vil), pour relier ces places avec des localités plus petites, douze routes stratégiques, avec les stations, relais et quartiers nécessaires; ainsi, par exemple, sur la grande route d'Olympie par la vallée de l'AIphée (vers Megalopolis), la ville arcadienne de Méleeneae, conservée seulement comme station de relais, du reste complètement en décadence, au sud-est de Hérœa, dont, sans doute, on a oublié de faire mention; ainsi> entre autres, Cyllène, l'ancien port d'Élis, lequel, quoiqu'il ne fût plus qu'un bourg médiocre, était célèbre par son Asclépios, œuvre de Colotès, et était, sur la chaussée d'Olympie à Élis et à Patrœ, une statior; aussi importante que Dyme (Cf. Curtius, Peloponnesos, h p. 127 sq. 357-395. II, p. 37. 10.^ sqq.)." D'après cette Table, il y avait donc, dans le Pélofjonnèse à partir de Corinthe, outre la ligne de Cenchrées, des routes se dirigeant : sur Patrae par Lechœon , Sicyone , iEgira, ^Egion ; ensuite sur Olympic par Dyme, Cyllène, Élis ; de là sur Sparte par Samicon, Cyparissia, Pylos, Mothone, Asine, Messene ; de Sparte sur Asopos et Bœae, et au nord sur Megalopolis, qui était aussi reliée à Olympic par la route de TAlphée. De Megalopolis, la route se dirigeait sur Tégée, et de là une ligne sur Epidauros Limera, la ligne principale allant à Argos, qui était reliée à Corinthe par iNémée et Cléonse. Dans leN. de la Grèce, une chaussée suivait la côte de l'Épire, d'Apollonie à Nicopolis. De là une ligne principale se dirigeait au N.-E., par le Pinde, sur Larissa et se continuait, par la vallée de Tempe, sur les routes de la Macédoine. La route à travers la Grèce Moyenne partait d'Action, suivait la côte d'Acarnanie et d'Étolie, et se dirigeait sur Mégare par Calydon, Naupacte, OEanthe, Anticirrha, Crissa. A Mégare déb'juchait une autre ligne qui venait de Larissa par Crannon, les Thermopyles, Scarphée, Élatée, Chéronée et Platée, jetait un embranchement à TE. par Eleusis sur Athènes, et se dirigeait par Mégare sur la capitale Corinthe. Le savant consciencieux qui a écrit sur les voies romaines. Nie. Bergier, Histoire des grands chemins de l'empire romain (voy. la traduction latine de Hennin dans Gr^vius, Thesaur. Antiqait. Roman., X, p. 33 et 59), ne connaît pas de donnée spéciale sur la date de la construction des voies stratégiques romaines en Grèce, mais il admet que les routes construites en Grèce après la Via Egnatia ne doivent leur origine qu'à la période qui commence à Auguste.

220 l'administration komaine

neurs continua d'être observée, du moins en règle générale : les nominations étaient maintenantfaites par l'empereur. L'administration provinciale des provinces grecques, de l'Achaïe en particulier, ne dilierait sans doute pas essentiellement de celle des autres provinces civilisées de Tempire. Le pouvoir des gouverneurs, dans les limites du nouveau fonctionnement des instancer, , embrassait comme auparavant toutes les branches de l'administration civile : la justice civile et criminelle, la perception des impôts, le soin de la sûreté et de la prospérité publiques. Les provinces, divisées en territoires urbains dans les contrées grecques très avancées (ailleurs en cantons)^ avaient une métropole, comme en Achaïe Corinthe, qui était la résidence du gouverneur et le centre de l'administration. Les anciennes assises [conventus) où se rendait la justice en divers lieux ne furent plus tenues maintenant que l'étendue des provinces était fort diminuée. A leur défaut, les voyages d'inspection des gouverneurs, dont nous avons déjà parlé, prennent une plus grande importance \

Nous ne pouvons, du reste, rien trouver dans la situation générale des provinces grecques, dans la préfecture d'Illyrie et sur la mer Egée, qui diffère notablement de celle des autres pays civilisés de l'Orient sous le nouveau système. Seulement, les pays grecs proprement dits (r« Asie » et l'a Europe » ainsi que la Macédoine naturellement exceptées) jouissaient de l'inappréciable privilège, que leur position géographique les laissait en dehors du théâtre des grands événements historiques qui, depuis la dernière victoire de Constantin jusqu'à la dernière bataille d'Andrinople avec les Goths, remplissent l'histoire de la nouvelle ère des Constantins et des empereurs pannoniens. Malheureusement, nous sommes dans une ignorance presque complète sur la marche de l'importante évolution au cours de laquelle, au iv^ siècle et dans la première moitié du v% les constitutions particulières des villes grecques, qui remontaient pour la plupart à l'antiquité la plus

1) Cf. Walter, p. 567 sqq. et 564. L'inscription latine d'Amphissa dans MoMMSEN, C. I. L., Ill, 1, p. 110, n"' 568, nous initie aux détails de l'immixtion des gouverneurs dans l'administration locale, financière notamment, des villes grecques.

Les coiNsututions mlmcipales 221

reculée, furent délinitivemenl abolies et remplacées par des organisations municijjales de forme essentiellement romaine. La nouvelle forme d'organisation municipale romaine, ijiangurée par Dioclélien, achevée pour le fond par Constantin, modifiée, pondant les cent années suivantes et au delà, par la transformation progressive de la vie antique sous rinfluence des idées chrétiennes, renforça au plus haut degré le caractère niveleur inhérent au système impérial depuis son origine. Dans la situation générale si profondément transformée depuis l'extension par Caracalla du droit de cité à tout l'empire, en face des exigences financières nouvelles et impérieuses du pouvoir central, sous le régime d'une administration systématiquement ordonnée et servie par une armée de fonctionnaires aux allures despotiques^ les privilèges des villes libres, qui n'étaient plus que l'ombre de ce qu'ils avaient été^ les immunités d'impôts de plusieurs villes privilégiées, enfin les débris pour ainsi dire archéologiques des constitutions des villes helléniques ne purent se maintenir à la longue. Mais nous ne savons que d'une manière extrêmement incomplète le détail de ces changements pour la Grèce. Les Romains, en étendant leur domination sur la Grèce, avaient, dans un intérêt oligarchique^ établi partout le cens électoral, c'est-àdire avaient fait du droit de citoyen actif (électeur et eligible) dans les villes grecques un privilège des classes possédantes; dans ces limites, les différents sénats des villes et les différentes autorités des Grecs ont dii se maintenir sans grands changements jusqu'au siècle de Constantin. Il est vrai qu'on avait vu naître toutes sortes de nouveaux emplois municipaux, indispensables après les changements apportés à la situation des communes. Il y eut sans doute aussi en Grèce des censeurs, sous quelque nom que ce soit, chargés d'estimer la capacité contributive des citoyens et d'autres affaires de ce genre. La commission du sénat municipal, connue sous le nom de Decern primi dans les communes organisées à la romaine, nous la retrouvons sous le nom de os/.à-pwTc. dans les communes grecques, du moins en Asie, par exemple, à Smyrne, mais aussi à Amorgos. Chez les Hellènes, c'est une commission de la Boulé^ renouvelée tous les ans, qui est

222 LKS CONS'IITI TlUiNS MLNICIPALKS

chargée do faire rentrer les impôts et répond personnellement des non-valeurs ^

Le nivellement plus accentué qui commença, comme il a été dit, au temps de Dioclétien et de Constantin, et la dureté des procédés fiscaux qui caractérisa la pratique gouvernementale byzantine depuis lors jusqu'à la fondation de l'empire latin en Romanic, mirent fin sans aucun doute et pour toujours aux immunités dont jouissaient encore quelques villes grecques. Et naturellement, à une exception près sans doute, la catégorie des villes appelées villes libres en Grèce, ne concordant plus avec la situation générale de l'empire, disparut purement et simplement ^ Mais nous n'apprenons pas par quels changements graduels l'ancien système grec céda la place au nouveau système municipal uniforme sur le modèle romain. On peut admettre que, justement en Grèce, oii le nombre des villes libres avait été si grand, il continua d'exister partout, même sous les formes romaines, des magistratures propres et bien organisées, et que le nombre des villes privées de magislrats particuliers fut fort peu considérable ^ Beaucoup des modifications du système administratif dans les villes grecques ne sont plus facilement reconnaissables pour nous, puisque parfois d'anciennes dénominations grecques furent conservées .pour de nouveaux fonctionnaires ; ainsi des Duumvirs durent être désignés par le nom d'Archontes, ou même de Stratèges comme à Corinthe, et l'expression de « Stratégie », si fréquente dans les villes grecques de ce temps et qui depuis longtemps n'avait plus rien de commun avec la guerre, fut appliquée à

0 Cf. Marquardt, Staatsverwaliung, I, p. 212 sqq., et Bockh, C. L Grœc, n«« 3201 et 2264.

') Cf. Walter, p. 477. Marquardt, p. 328, où l'opinion erronée se fondanl sur Julian., £pf.s7., 35, d'après laquelle Argos était encore « ville libre » au temps de Julien, est magistralement réfutée. Sur la soumission muette et graduelle de la Grèce au système municipal romain, cf. aussi le développement de FiNLAY, p. 97 sqq. (Sous Dioclétien encore, apparaît pour la dernière fois un correcteur des villes libres, L. Turr. Gratianus, cuns une inscription d'Athènes : Mommsen, C L Lat , III, 2, p. 985, n° 6103).

3) Cf. Walter, Geschichte des RôinischenRechts,!, p. 571 sqq., qui pense que partout les anciennes liherae civUates^ primitivement fédérées, conservèrent des magistrats indépendants.

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