CHAPITRE VI
Grades conférés aux officiers de l'armée. — L'Agence municipale de la Basse-Terre. — Correspondance de Lacrosse. — Jusselain, sous-chef des mouvements du port de la Basse-Terre. — Lettres saisies. — Arrestations. — Scènes de violence. — Tactique de Massoteau. — Emigration. — Dangers que courent les émigrés.
— Assassinat de Joseph Long. — Meurtre de M. Salager sur l'habitation Ducharmoy. — Recherche des assassins. — Arrestation. — Démonstration des ateliers et de la troupe au moment de l'exécution des assassins. — Intervention de Pelage. — Gâteaux trouvés dans les rues de la Basse-Terre. — Crainte d'empoisonnement. — L'église de Saint-François rendue au culte. — Démarche du Conseil près du général Leclerc. — Députation envoyée au Premier Consul. — Pressentiment d'Hapel- Lachenaye, l'un des députés. — Le capitaine de frégate Henry.
— Trahison. — Le camp des Saintes. — Le général Sériziat. — Prise de possession de Marie-Galante. — Etat des esprits à la Guadeloupe. — Enrôlements de noirs. — Gédéon, commandant de place à la Basse-Terre. — Désordre à l'occasion de la monnaie d'or. — Dispositions prises pour la réception de Richepance. — Proclamation du Conseil. — La division française signalée. — Lettre de Pelage à Richepance.
Pelage, ayant été proclamé général en chef de l'armée de la Guadeloupe, avait accepté le pouvoir, mais sous la condition qu'il ne serait pas tenu de prendre un autre titre que celui de chef de brigade qui lui appartenait. Mais ce qu'il ne voulait pas pour lui-même, il le distribuait aux autres. Tous les militaires qui avaient pris part aux journées des 21 et 24 octobre, ou qui avaient de l'influence sur les soldats, obtinrent des grades supérieurs. Delgrès fut fait colonel. Ignace, Massoteau, Caillou, Païenne, Kirwan, Gédéon, reçurent les épaulettes de chef de bataillon. Des lieutenants passèrent capitaines en faisant place à des sous-lieutenants. On donna même des grades dans l'armée à des hommes qui n'en faisaient pas partie.
Le Conseil avait levé l'état de siège mis sur la ville de la Basse-Terre à l'occasion de l'affaire des conscrits. Il eut, pour réorganiser l'agence municipale, à surmonter des difficultés sérieuses. Les gens sages, pour ne pas paraître avoir trempé dans l'insurrection, se tenaient à l'écart et se montraient peu jaloux d'accepter des fonctions. Par contre, les agitateurs se présentaient en foule pour occuper tous les emplois vacants. Le Conseil, tout en souhaitant que le contraire existât, était tenu à des ménagements. Il ne pouvait, sans risquer sa popularité, repousser ouvertement ceux-ci pour n'accepter que ceuxlà. Après beaucoup d'efforts, il ne put composer l'agence municipale qu'avec des éléments mixtes. Lamode fut nommé Agent. Il eut pour adjoints Artaud, Boniface et Mondésir Grippon. Bernier fut maintenu dans ses fonctions de commissaire du gouvernement.
La Basse-Terre, placée sous l'influence de Delgrès, qui se laissait entraîner par Massoteau, était plus agitée que la Pointe-à-Pitre, qui subissait l'action de Pelage. Le chef du gouvernement venait quelquefois se montrer dans la première de ces villes ; sa présence ramenait l'ordre, mais c'était le calme d'un instant : lui parti, l'agitation renaissait. Pautrizel était, à la vérité, commandant de l'arrondissement ; mais il n'avait qu'une autorité nominale. Sa qualité de blanc le rendant suspect, on agissait sans lui, ou malgré lui.
Lacrosse était parvenu à lier une correspondance avec quelques citoyens de la Guadeloupe. Il écrivait à Négré : « Mille nouvelles, citoyen, se font, et se sont faites « sur la Guadeloupe depuis le malheureux événement « qui est arrivé. Votre précis, que m'a remis le citoyen « Dupont, me donne une idée exacte de ce qui s'y est « passé. J'ai toujours eu de la Basse-Terre, en général, < la meilleure idée. Quelques-uns, comme vous, donnent « des preuves de leur attachement au Gouvernement. « Un jour, il pourra récompenser ses vrais amis. La « Basse-Terre a une belle occasion de se signaler encore. « Les membres du gouvernement sont disposés à y fixer « leur séjour.
« Mais qu'on ne pense pas nous y avoir avant Tarn-
< vée des forces des Français, sans une soumission qui « pourra obtenir de grands pardons à plusieurs. Elle « doit être entière par la remise du fort Saint-Charles « aux troupes blanches, et qu'on dépose les armes. Sans « cela nous attendrons les troupes.
« Dites à ceux qui pensent bien et que je connais « qu'ils peuvent être tranquilles. 3>
C'est à ces correspondants que Lacrosse adressait les écrits qu'il voulait répandre dans la colonie. Les fonctionnaires les trouvaient sur leur bureau comme si une main invisible les y avait placés. Ce rôle d'intermédiaire avait ses dangers. Le soupçon de relations avec la Dominique suffisait pour déterminer une arrestation suivie de déportation. Quelques personnes, dans l'espérance d'obtenir les récompenses promises, déployaient pour le gouvernement de la Dominique un zèle imprudent. De ce nombre était un sieur Jusselain, sous-chef des mouvements du port de la Basse-Terre. Ce Jusselain, ancien marin, avec de l'ambition, était un homme de peu de valeur, dépourvu d'instruction, ne sachant pas même mettre l'orthographe. Il rêvait les épaulettes de capitaine de frégate d'abord, et pensait que le reste viendrait après. En correspondance avec Lacrosse, il lui rendait compte de tous les mouvements de la rade. Il imagina qu'à l'aide de signaux il pourrait lui faciliter la prise du fort Saint-Charles. Il en dressa un tableau de sa façon. Jusselain ayant affrété un bateau pour envoyer au Capitaine-général cette pièce si utile, demanda à Pautrizel ses commissions pour la Dominique. Celui-ci lui donna une lettre pour le médecin Amie, son parent. Blanchenoë, chef des mouvements du port, était complètement étranger aux menées de son subordonné. L'occasion de Jusselain part, mais éveille les soupçons de Massoteau, qui envoie une embarcation à sa poursuite : le bateau ramené sur rade, la correspondance est saisie avec le tableau des signaux. Sans perdre un instant, Massoteau, se faisant accompagner d'un fort détachement de troupe, se rend au port et arrête Jusselain et Blanchenoë. Us sont conduits au fort. Cette arrestation se fit avec un éclat et une brutalité qui jetèrent la ville dans l'épou-
vante. Avec les procédés dont on usait à l'égard des prisonniers de Massoteau, on pensait qu'ils n'arriveraient pas vivants dans la prison. Dans le paquet de Jusselain avait été trouvée la lettre de Pautrizel. Elle n'avait aucun rapport avec les faits qui excitaient la colère de Massoteau. Mais Pautrizel employait pour sa correspondance un conspirateur, donc il était dans la conspiration. Massoteau, simple chef de bataillon, commandant de place, sous les ordres du commandant de l'arrondissement, voulut le faire arrêter. Il fallut l'intervention du commissaire du gouvernement pour le détourner de ce dessein. L'un des membres du Gouvernement provisoire, Frasans, étant venu à la Basse-Terre, prit connaissance des faits, démontra à Massoteau et à Delgrès l'innocence de Blanchenoë et obtint sa mise en liberté. Toutefois ses fonctions ne lui furent pas rendues ; il fut remplacé par Jean-Louis-Charles, mulâtre de la Dominique. Massoteau et Delgrès ne furent pas satisfaits de cette première concession ; il fallut encore leur sacrifier Pautrizel. Destitué, ses fonctions de commandant de l'arrondissement furent données à Delgrès. Celui-ci fut reconnu en cette qualité le 11 janvier, sur le Champd'Arbaud, en présence de toutes les troupes. Par cette nomination, le parti de la résistance avait fait un grand pas. L'arrondissement de la Basse-Terre tout entier se trouvait sous sa main. Peu à peu, à chaque occasion, Massoteau mettait à exécution le plan qu'il n'avait pu faire adopter tout d'abord, de renvoyer les fonctionnaires blancs. Ses moyens étaient l'intimidation et les vexations. Il suffisait qu'un fonctionnaire ou tout autre individu fût momentanément absent de sa demeure pour que Massoteau, sous prétexte qu'il avait fui, se transportât chez lui avec la force armée, fît des perquisitions et enlevât ses papiers.
Il fallait voir ces faits, les supporter sans se plaindre, sans oser surtout les critiquer. Dans les villes de la Guadeloupe il n'y a ni bourse de commerce, ni aucun autre lieu de réunion pour parler affaires. Il s'ensuit que l'on adopte une maison où l'on s'assemble le soir et le matin, pour se passer les nouvelles. C'est ordinairement une
pharmacie, qui a l'avantage d'être éclairée jusqu'à une heure assez avancée de la soirée. A l'époque dont nous écrivons l'histoire, le lieu de réunion s'était fixé dans la boutique du sieur Ladmiral, marchand tailleur, située Grande-Rue-du-Cours, dans la maison portant actuellement le n° 11. Delgrès sut que dans les réunions quelques-uns de ses actes et de ceux de Massoteau avaient été blâmés. Il fit mander Ladmiral. « J'apprends, lui « dit-il, que dans votre boutique on ose critiquer les « actes du Gouvernement. Qu'êtes-vous pour décerner « l'éloge ou le blâme ? . . . . Vil tailleur ! s'il arrive « jusqu'à moi de semblables bruits, je vous fais pourrir « dans les casemates du fort. . . . Allez ! »
En présence de ces faits matériels, c'était en vain que le Gouvernement provisoire, par ses proclamations, s'efforçait de calmer les esprits, promettait à toutes les classes de la population secours et protection. Les blancs, qui voyaient bien que le Gouvernement serait impuissant pour tenir ses promesses, saisissaient toutes les occasions de fuir et d'aller soit à la Dominique, soit aux Saintes, attendre la fin de l'orage. Les fonctionnaires ne montraient pas moins d'ardeur à s'éloigner que les particuliers. Couturier Saint-Clair, administrateur général de la régie des biens nationaux, Amie, médecin inspecteur des hôpitaux, avaient déjà pris la fuite.
Cette émigration, qui s'exécutait sur de légères embarcations, non pontées, que l'on ne parvenait à se procurer qu'au poids de l'or, avait ses risques, ses périls. Les hasards de la mer ne constituaient pas les seuls dangers. Il se trouva des hommes assez pervers pour concevoir l'horrible projet de passer par un crime pour s'approprier les dépouilles des exilés.
Le sieur Long, croyant sa vie menacée à la Basse- Terre, voulut aller aux Saintes la mettre à l'abri. Il s'entendit avec Gabriel, Cazimir Bellegarde et Joseph Campêche, ces deux derniers mulâtres, l'autre blanc. Ces hommes avaient une pirogue à leur disposition, et il fut convenu qu'ils porteraient aux Saintes le sieur Long avec ses effets les plus précieux, moyennant douze moëdes (420 francs). Gabriel vint lui-même aider Long à
faire ses paquets. D'après ses conseils, les hardes furent placées dans des barils, afin de faire supposer des marchandises et de détourner tout soupçon sur la fuite projetée. Tous les préparatifs faits, un soir, par une nuit obscure, on pousse la pirogue et l'on part. Mais, auparavant, Gabriel avait donné avis à ses associés du riche butin mis dans les barils, et surtout d'une ceinture remplie d'or dont s'était muni le passager. Entre hommes de cette espèce il ne faut pas beaucoup de paroles pour se comprendre. Ils se procurent chacun un poignard. On est en pleine mer, il fait nuit, Long est sans défiance, les trois brigands couvent leur proie des yeux : rien ne serait facile comme d'accomplir le forfait, et pourtant ils hésitent, ils n'osent pas ! Ils craignent une résistance. Il est donc vrai, lâche est l'homme qui a au fond du cœur une profonde scélératesse. Prétextant la grosse mer, ils relâchent au Vieux-Fort, sur le versant de la pointe faisant face aux Trois-Rivières. Ils disent à Long qu'ils vont là passer la nuit et que le lendemain avant le jour ils se remettront en route. Mais Long n'est pas habitué à coucher en plein air. Gabriel craint qu'il ne gagne du mal ; vite Campêche et Bellegarde font des voiles de la pirogue un abri et en même temps une couchette. L'émigré témoigne toute sa reconnaissance, s'étend et cherche le sommeil. Les assassins veillent, assis près de la victime. Lorsqu'ils la voient profondément endormie, ils se lèvent, choisissent la place et frappent. Long pousse un gémissement : il avait vécu. Aux pieds de la victime on attache une corde et à la corde une pierre. On pousse la pirogue loin du rivage, et l'on confie le cadavre aux flots. Revenus à terre, les brigands se partagent les dépouilles de l'émigré.
Pendant plus d'une année ce crime demeura ignoré. Cependant on savait que Long avait émigré. Il avait écrit son intention à son frère, alors à l'île de la Dominique. L'ordre rétabli, on voulut savoir ce qu'il était devenu. Un sieur Cay fournit les premiers indices. Il avait entendu Long débattre avec Gabriel le prix de son passage. Une fois sur la voie, tout se révéla. On put saisir Gabriel et Bellegarde. Ils firent l'aveu de leur
crime et l'expièrent d'une manière terrible. Le 1er mars 1803, le tribunal spécial les condamna à expirer sur une roue, la face tournée vers le ciel, après avoir eu les jambes, les bras, les cuisses et les reins rompus. Cette sentence s'exécuta le lendemain à la batterie Républicaine.
A peu d'intervalle du meurtre de Long, il s'en commit un autre dans les environs de la Basse-Terre, qui causa une grande sensation, parce que l'on crut y voir le commencement du drame que l'on redoutait, le massacre des blancs par les noirs. Le sieur Salager, fermier de l'habitation Ducharmoy, mécontent de son domestique Alexis, l'avait grondé. S'il faut en croire le dire d'Alexis, son maître se serait même laissé aller jusqu'à le frapper. Quoi qu'il en soit, Alexis quitte l'habitation et médite la vengeance. Il fait part de son dessein à quatre individus demeurant sur l'habitation ou dans les environs. C'étaient Jean-Baptiste, cuisinier ; Hilarion dit Layon, cultivateur ; Noël et Jean-Baptiste, charpentiers. Loin de le détourner de son affreux projet, ces misérables l'y encouragent, lui procurent même les moyens nécessaires à la perpétration du crime. Plusieurs autres cultivateurs ou ouvriers avaient eu plus ou moins connaissance de l'attentat que préparait Alexis, et tous avaient gardé le silence. Dans cette seconde catégorie étaient Tarn, Gédéon, Etienne, Ismaël, François Bologne et la femme Judith.
Le 18 janvier, sur les sept heures du soir, le sieur Salager était à table avec sa sœur et son jeune frère. Alexis, armé d'un fusil, accompagné du cuisinier Jean- Baptiste, se rend près de la salle à manger. Par sa position à table, Salager tournait le dos à Alexis qui passe son fusil par la fenêtre, ajuste et tire. L'arme était chargée de plusieurs projectiles ; du même coup Salager est frappé à mort et son frère et sa sœur sont blessés.
Le public de la Basse-Terre fut vivement ému de cet assassinat, qu'il ne savait pas être le résultat d'une vengeance particulière.
Delgrès envoya immédiatement sur l'habitation un détachement de la force armée que Massoteau, comman-
dant de place, voulut diriger en personne. A l'arrivée du détachement, les assassins avaient déjà pris la fuite. Mais trop de personnes étaient dans la confidence du crime pour que les coupables ne fussent pas désignés à la justice. Le Gouvernement provisoire institua une commission militaire pour juger les prévenus, sans appel ni révision, la sentence devant être exécutée dans les vingtquatre heures et sur le lieu même du crime. Pelage se rendit à la Basse-Terre. On savait que les deux principaux accusés s'étaient réfugiés dans les bois du Matouba. Pelage conçut la pensée de découvrir leur repaire. Lorsque l'on connaît les lieux, les falaises, les voûtes et les précipices affreux qui avaient donné une retraite à Jean-Baptiste et à Alexis, on s'étonne que l'entreprise de Pelage ait été couronnée de succès. Il assembla tous les dragons de la Basse-Terre et de ses environs et se mit à leur tête. On fouille le bois, on passe là où personne n'a passé, on sonde toutes les cavernes. La plupart des voûtes du Constantin avaient été visitées ; on n'avait rien découvert. Les forces ne se soutenant plus par l'espérance de la réussite, on était tombé dans le découragement, et, avec le découragement, se faisait sentir toute la fatigue d'une marche encore plus difficile que longue. Tandis que Pelage avec les autres officiers délibéraient pour savoir s'il fallait rentrer ou poursuivre les fouilles en passant la nuit dans les bois, les dragons s'étaient assis ou étendus çà et là sur la terre ou sur les rochers. Tout-à-coup, on entend crier à moi ! au secours ! En un clin-d'œil, tout le monde est sur pied ; il n'y a plus de fatigue, chacun est dispos. Ces cris étaient poussés par le dragon Beillert, qui, pendant que ses camarades se reposaient, furetant aux environs, avait remarqué des herbes et des feuilles sèches. Ces feuilles et ces herbes lui paraissant suspectes, avec son sabre, il les écarte et il entend remuer derrière : c'était une voûte dont l'entrée avait été fermée. Vingt dragons étaient accourus aux cris. L'entrée de la voûte est dégagée, on v pénètre et Alexis est saisi. Lui pris, il fait connaître la retraite de Jean-Baptiste. Ces deux criminels liés et garottés sont conduits à la ville. Jamais sur le passage
d'un nouveau gouverneur la curiosité n'avait assemblé tant de spectateurs : chacun voulait examiner les traits, étudier la physionomie des assassins. La capture de Pelage était regardée comme une victoire ; il fut presque porté en triomphe.
La commission militaire réunie le 13 février, Alexis, Noël, Hilarion dit Layon, et les deux Jean-Baptiste, sont condamnés à mort ; Gédéon et Tarn à vingt ans de fers ; Etienne à dix ans de fers ; Ismaël, âgé seulement de douze ans, à trois ans de détention sur l'habitation Ducharmoy ; François Bologne, à un an de fers sur l'habitation dont il dépendait ; la femme Judith à trois ans de travail à l'hospice militaire.
Massoteau, qui, dans le premier instant du crime, avait déployé une grande activité pour tâcher de se saisir des coupables, rentré depuis dans son rôle d'opposition, trouvait que c'étaient bien des noirs livrés à la mort pour un seul blanc.
Aux termes du jugement, les condamnés devaient être fusillés sur l'habitation Ducharmoy. Pelage voulut assister à l'exécution. Il conduisit sur les lieux un détachement de grenadiers. A son arrivée, il trouva une multitude de noirs venus de toutes les communes voisines et un grand nombre de militaires sans armes des compagnies du centre. L'exécution des quatre premiers condamnés se fit dans le plus profond silence. Lorsque le tour d'Alexis arriva et qu'on voulut le mener sur le lieu du supplice, il se mit à haranguer la foule en langage créole. Ce discours produisit un tel effet que, quand on voulut conduire le patient, qui résistait, on entendit sortir de la foule un murmure prolongé, murmure qui fut suivi d'une agitation qui semblait manifester l'intention d'empêcher l'exécution, et d'arracher le condamné des mains de ses gardes. On donne l'ordre aux grenadiers d'entraîner le coupable ils demeurent immobiles. Pelage n'hésite pas ; il court aux grenadiers, d'un regard et d'un geste leur reproche leur lâcheté, saisit lui-même le criminel au collet, l'entraîne, l'oblige à se mettre à genoux, commande le feu, et force reste à la loi.
A l'occasion de cette exécution, on lit dans le mémoire justificatif de Pelage : « Sans cet exemple de justice et « de fermeté, il est difficile de prévoir jusqu'à quel point « la sûreté des colons eût été compromise. Malgré l'éclat « et la sévérité de la punition des assassins, ils avaient « tout à craindre du ressentiment des nègres, espèce « d'hommes extrêmement vindicative, et accoutumée, « depuis la révolution, à croire que son esclavage ne « pouvait cesser que par le massacre de tous les maîtres « et de tous les propriétaires. »
C'est précisément parce que les colons savaient que les meneurs entretenaient les noirs dans ces idées, les poussaient à les mettre à exécution, que, voyant plus d'un meneur disposer de la force, ils n'étaient pas rassurés par les proclamations du Gouvernement provisoire, et couraient chercher un refuge dans les îles voisines. Si Pelage avait renoncé à se servir des meneurs, il n'aurait pas eu assez de forces pour résister à Lacrosse. Il les contenait, mais il les avait nécessairement pour alliés. Palerme, commandant de place à la Pointe-à-Pitre, avait un cheval blanc ; voulant le monter, il ne le demandait à son domestique que par cette phrase : « Amène-moi « mon blanc pour que je le monte. »
Tout semblait concourir à éveiller la défiance, les soupçons, la haine. Le 29 décembre et les jours suivants, on avait trouvé de petits gâteaux dans la plupart des coins de rue de la Basse-Terre. Ne pouvant expliquer cette circonstance, l'imagination se donna carrière : d'abord les gâteaux devaient être empoisonnés ; mais empoisonnés par qui et pourquoi ? Chaque parti crut que c'était une invention infernale du parti adverse. Celui donc qui ne pensait pas comme son voisin se persuada que celui-ci était un ennemi qui ne reculait pas devant l'emploi du poison. Sur certains indices, on crut être certain que les gâteaux sortaient du four de la dame Cordia, qui faisait et vendait ordinairement des gâteaux de la même espèce. Cette femme fut arrêtée et jetée dans un cachot. Une commission, composée des sieurs L'Herminier, pharmacien, Lamaury, médecin, et de quelques autres officiers de santé, fut nommée pour procéder à
l'examen des gâteaux. Soumis à une analyse chimique, on n'y trouva aucune substance malfaisante ! On se perdait en conjectures, en recherches. Le jeune nègre Pierre voulut bien donner le mot de l'énigme. Au service de la dame veuve Joanis, il s'ennuyait d'avoir à vendre de petits gâteaux : il préférait infiniment passer son temps à vagabonder. Il avait trouvé le moyen de concilier ses goûts avec le métier qui lui procurait la subsistance. Il allait prendre chez la dame Joanis le panier de gâteaux, mais, à peine dehors, il le déposait dans une autre maison et employait sa journée à courir. Le soir venu, l'heure de rentrer sonnant, il reprenait le panier, mais il ne fallait pas que la dame Joanis vît qu'il n'avait pas vendu les gâteaux, car elle l'aurait chassé. Pour qu'elle ne s'aperçut de rien, il semait les gâteaux sur son passage, en déposait une certaine quantité à chaque coin de rue. Pourtant la dame Joanis était on ne peut plus satisfaite du service de Pierre ; il était toujours censé avoir vendu tous les gâteaux de son panier ; il en rapportait un compte exact. Avec l'affaire des gâteaux, la dame Joanis acquit une triste vérité : c'est que Pierre prenait le matin dans son tiroir l'argent qu'il lui remettait le soir, même un peu plus, car il aimait le plaisir et le plaisir est coûteux.
A la Basse-Terre, on vivait dans des transes continuelles : on s'attendait à chaque instant à l'une de ces catastrophes qui ne laissent après elles que ruines et désolation. C'est dans ces moments que l'on pense à la divinité. Les habitants de la ville, désespérant de se sauver par des moyens humains, se tournèrent vers Dieu. Ils prièrent le Gouvernement provisoire de leur rendre leur église. Pelage et ses collègues comprirent cette prière, et l'église de Saint-François fut rendue au culte par arrêté du 27 janvier 1802. L'Agence municipale déménagea et alla sans bruit s'installer au rez-de-chaussée de l'ancien palais de justice. On ne savait pas ce qu'étaient devenus les ornements de l'église ; on ne supposait même pas qu'il en restât vestige. On fut tout étonné d'en voir arriver la plus grande partie ; dans des maisons différentes on les avait conserves comme de saintes reliques. Celui qui
pouvait rendre au temple quelque chose en tirait gloire.
Le Gouvernement provisoire, repoussé dans ses démarches près du préfet et du commissaire de justice, pour les déterminer à venir prendre leurs fonctions afin de concourir avec lui au maintien de l'ordre, se sentant débordé par les professeurs de l'anarchie et les apôtres de l'indépendance, s'efforça de trouver un appui ailleurs. Leclerc venait d'arriver à Saint-Domingue. Le Gouvernement provisoire rédigea un précis des événements, mit les pièces à l'appui et lui adressa le tout en lui demandant conseil, aide et protection. En recevant ces documents, Leclerc, appréciant la situation de la Guadeloupe, se détermina à y faire passer le général Boudet avec deux cents hommes. Boudet, était connu et aimé des habitants de la colonie, qui l'avaient vu grandir ; c'était un noble cœur. C'est lui qui, faisant route sur le Portau-Prince et passant sous le fort Bizoton, disait à ses soldats : « Laissons-nous tuer sans faire feu afin de « prévenir une collision, et de sauver, si nous pouvons, « nos malheureux compatriotes de la fureur des noirs. » Il aurait peut-être conjuré la tempête prête à éclater ; la Providence ne voulut pas qu'il en fût ainsi. Partie tard et contrariée par les vents, la frégate la Clorinde, sur laquelle il s'était embarqué, n'arrivera à la Guadeloupe que lorsqu'il n'y aura plus possibilité de rien empêcher, après le débarquement des troupes de Richepance, au milieu des fureurs d'une guerre sans merci.
Tout en députant près du général Leclerc, le Gouvernement provisoire ne renonçait pas à se justifier aux yeux du Premier Consul. Le difficile était de faire arriver jusqu'à lui les trois députés élus par les cantons. Les ports de la Guadeloupe étaient bloqués, en quelque sorte, par les croisières de Lacrosse et du gouverneur de la Dominique, qui empêchaient les navires d'y entrer et visitaient ceux qui en sortaient. On était bien convaincu que ces croisières étaient chargées spécialement d'entraver la mission des députés de la colonie. Le Gouvernement provisoire avait déjà fait partir pour la France plusieurs avisos avec des dépêches pour le Premier Consul et les ministres ; mais il doutait que ces bâti-
ments légers fussent parvenus à leur destination. Son découragement aurait été profond s'il avait su que l'un de ces navires, la goélette les Deux-Amis, était arrivé à Bordeaux, et que le Gouvernement consulaire, trompé par ce qui était écrit de la Dominique, croyant la Guadeloupe en insurrection ouverte contre la métropole, avait fait saisir et enfermer au Temple, aussitôt son arrivée à Paris, le sieur Monneron, porteur des dépêches du gouvernement de la colonie. Dans l'ignorance de ce qui se passait au dehors, plein de confiance dans la haute raison du Premier Consul, persuadé que s'il était éclairé sur la situation de la Guadeloupe il la dénouerait avec les moyens convenables, le Gouvernement provisoire attachait le plus grand prix à lui faire parvenir la vérité. Depuis plusieurs mois la frégate la Cocarde-Nationale, capitaine Antoine Henry, était sans emploi dans le port de la Pointe-à-Pitre. Ce navire demandait des réparations assez considérables, mais il était possible de le mettre en état de prendre la mer. Il n'était pas à craindre qu'un bâtiment de cette force pût être détourné de sa route par les croiseurs de Lacrosse et du gouverneur Cochrane Johnston. Le Gouvernement pensa à l'expédier et à confier au capitaine Antoine Henry les députés de la colonie. Mais, avant de rien arrêter, on voulut avoir l'assentiment du capitaine Henry, qui eut l'air d'accepter cette mission toute de confiance avec empressement et satisfaction. La frégate fut radoubée, son équipage complété ; on la mit enfin prête à sortir du port. Les députés avaient été prévenus de faire leurs préparatifs et de se tenir prêts. Le capitaine Antoine Henry n'inspirait pas confiance à l'un des députés, Hapel-Lachenaye. Il craignait, en s'embarquant pour la France, de n'aller faire qu'un voyage à la Dominique. Il écrivait à un ami à la date du 18 janvier : « Je t'écris avec la confiance « que notre ancienne amitié a établie entre nous. Tu « sais que depuis le retour de ma déportation (1), je
(1) Lachenaye avait été déporté par les Anglais en 1794. Chimiste distingué, à son retour de la déportation, il avait été chargé par le ministre de chercher des procédés propres à l'amélioration de la qualité du sucre.
« me suis uniquement occupé de me rendre utile à cette « colonie. . . . Tu sais que j'ai sacrifié mes intérêts par- « ticuliers à ce pays .... Tu sais enfin, combien en « acceptant aujourd'hui la mission honorable qui m'a « été confiée, je comptais sur le bien que je pourrais « faire. Mes intentions sont pures ; mais je veux pou- « voir les mettre à exécution avec certitude, et ne point « être exposé aux malheurs qui nous menacent. Je suis « persuadé, comme tous ceux qui réfléchissent un peu, « et peut-être ai-je plus de raisons que personne de « croire que nous irons à la Dominique. Quel sera no- « tre sort ? Quel sera celui de notre mission ? Que de- « viendra ma famille ?. . . .
« Si nous arrivons en France, nous serons les meil- « leures gens du monde ; car nous ferons le bien : si « nous sommes arrêtés, nous serons des scélérats qui « voulaient, dira-t-on, en imposer au Premier Consul. . .
« Une autre crainte me tourmente .... Je vais quitter « mon poste et suspendre mes recherches, quoique j'aie « promis au ministre de lui rendre compte des résultats « en grand que je dois obtenir cette année. Si nous som- « mes arrêtés, permets que je le répète souvent ; si « nous sommes arrêtés, on dira, on écrira même au « Gouvernement, que je l'ai trompé dans mes rapports, « et l'on me présentera comme un charlatan. . . Tu sais « tout ce qu'on a fait pour me nuire, et diminuer la ré- « putation que les savants m'ont fait acquérir, en mul- « tipliant les suffrages que j'ai tâché de mériter par « mes travaux pénibles ....
« D'après ce tableau sincère de ma position, je t'en- « gage à voir le Conseil, à conférer avec lui sur cet « objet, et à lui montrer ma lettre, si tu le juges néces- « saire. Et je conclus à te prier de dire à ces magistrats « que je m'occupe, sans relâche, à disposer mes affai- « res pour effectuer mon départ ; mais que la prudence « et la raison m'ordonnent d'employer tous mes moyens « pour obtenir d'eux une autre occasion que celle de la « frégate. »
Cette lettre ayant été communiquée au capitaine Antoine Henry, il parut offensé du soupçon qu'elle renfer-
mait et donna sa parole d'honneur de conduire les députés directement en France.
Tout étant prêt, le Gouvernement provisoire prit le 3 février l'arrêté suivant, dont une copie fut remise au capitaine Antoine Henry.
« Considérant que, dans des assemblées de tous les « cantons, de la Guadeloupe et dépendances, trois dépu- € tés ont été nommés pour aller en France porter au « Premier Consul des adresses de félicitations à l'occa- « sion de la paix générale, et pour lui rendre compte, « ainsi qu'au ministre de la marine, de la position où « se trouve cette colonie ;
« Considérant que la mission confiée à ces députés « est de la plus grande importance, et que le Gouverne- « ment provisoire conservateur ne saurait trop les favo- « riser dans les moyens de se rendre à leur destination ;
« Considérant que la frégate la Cocarde-Nationale, « après avoir essuyé un radoub dispendieux, se trouve « actuellement en état de faire voile par les soins les « plus soutenus, sans lesquels elle eût été perdue pour « la République ; et qu'un plus long séjour au Port-de- « la-Liberté pourrait la priver de son équipage, déjà « beaucoup diminué par les maladies, par la mort d'un « officier et de plusieurs timoniers, etc. ;
« Considérant que cette frégate n'est plus nécessaire « à la Guadeloupe, et qu'elle peut sans aucun risque « retourner en Europe, puisque toutes les hostilités ont « cessé sur mer ;
« Arrête :
« Article Ier. Le citoyen Antoine Henry, capitaine de « frégate, commandant la Cocarde Nationale, recevra à « son bord les citoyens Thomy-Lemesle, David et Ha- « pel-Lachenaye, députés par la colonie de la Guade- « loupe et dépendances auprès du gouvernement de la « métropole.
« II. Ces députés seront traités, pendant la traversée, « avec tous les égards dus au caractère honorable dont « ils sont revêtus.
« III. Le capitaine Antoine Henry fera toute diligence « pour appareiller ce jour même, au soleil couchant.
c IV. Il lui est enjoint de faire route directement « pour la France, sans se détourner, sous quelque pré- « texte que ce puisse être, et malgré toutes démarches « qui seraient faites auprès de lui pour le retenir dans « quelqu'une des îles voisines de la Guadeloupe.
« V. Toutes observations tendantes à se soustraire à « cette mission lui sont interdites.
« VI. La colonie le rend personnellement responsable « envers le Gouvernement consulaire de l'exécution du « présent arrêté, dont ampliation lui tiendra lieu de c toute autre expédition. »
La frégate mit à la voile. Pelage et un autre membre du gouvernement provisoire accompagnèrent les députés jusqu'en dehors des passes. Ils quittèrent le bord à dix heures du soir, très-persuadés d'avoir lié le capitaine Antoine Henry par leur arrêté et par sa parole d'honneur. La route, pour se rendre en France, était à droite, le capitaine Henry fit tourner à gauche, toucha aux Saintes, et conduisit les députés à la Dominique.
Pelage et ses collègues, comme ils l'ont dit eux-mêmes dans une lettre au Premier Consul, avaient à lutter contre toutes les forces qui tendaient à la ruine de la colonie. La trahison du capitaine Antoine Henry donna encore de nouveaux auxiliaires à la politique d'Ignace et de Massoteau. La Cocarde-Nationale étant allée grossir le nombre des croiseurs de Lacrosse, les meneurs en tiraient argument près des indécis pour montrer le Gouvernement provisoire d'intelligence avec le gouvernement de la Dominique. Delgrès était bien près de faire défection. Il disait : « En suivant Pelage, nous ne sa- « von s pas où il nous mènera. Une fois engagés avec lui « pourra-t-il nous délivrer ! » Ainsi Delgrès, qui, jusqu'alors, avait tenu le milieu entre Massoteau et Pelage, n'avait qu'un pas à faire pour passer dans le camp du premier.
Nous avons vu que les émigrés et les déportés de la Guadeloupe se rendaient les uns à la Dominique et les autres aux Saintes. Ces émigrés appartenaient à toutes les classes et à tous les états : on y comptait des fem-
mes, des enfants, des vieillards, des jeunes gens, des I fonctionnaires. Parmi cette population, il y avait environ deux cents hommes propres au service militaire. Lacrosse les réunit tous aux Saintes, les arma et leur donna pour chefs les officiers émigrés ou déportés. Un camp de manœuvre fut établi dont les tentes s'apercevaient de la Guadeloupe. Ce camp, véritable menace contre l'ordre de choses existant à la Guadeloupe, mettait en fureur les hommes qui entendaient perpétuer leur domination. Dans l'attente d'une attaque, ils s'apprêtaient à la résistance.
Le général Sériziat, nommé pour remplacer Béthencourt dans le commandement des troupes, arriva sur la corvette la Diligente, vers les derniers jours de janvier, dans les parages de la Guadeloupe. Rencontrée par les croiseurs de Lacrosse, la corvette fut conduite d'abord aux Saintes, puis à la Dominique. Toutes ces allées et venues avaient fini par faire naître une certaine fermentation dans la population noire et de couleur de la Dominique. Il est probable aussi qu'Ignace et Massoteau comptaient là des partisans qui n'étaient pas fâchés d'établir une diversion favorable aux idées dont, à la Guadeloupe, on poursuivait la réalisation. Quoi qu'il en soit, dans les premiers jours de février un incendie est allumé à Roseau, les noirs s'agitent, il se forme parmi eux des rassemblements qu'on est obligé de disperser par la force. A la suite de ces événements, des paroles amères sont échangées entre quelques officiers français et anglais. Sériziat, ne voulant pas être plus longtemps témoin de ces scènes, s'éloigne de la Dominique. Il se rend aux Saintes ; mais, là aussi, il est sur une terre anglaise, car, les préliminaires de Londres n'étant pas encore convertis en traité définitif, le pavillon britannique flottait sur les îlots des Saintes. C'est sur un sol français qu'il veut s'abriter. Il obtient du Capitaine-général l'autorisation d'aller débarquer à Marie-Galante. Alors il lève le camp des Saintes, réunit les troupes de ce camp à quelques soldats qu'il avait amenés de France, et fait route pour Marie-Galante avec les frégates la Pensée et la Cocarde Nationale.
Marie-Galante, comme la Guadeloupe, demandant sous, toutes les formes des envoyés du Premier Consul, Sériziat ne pensait avoir aucune résistance à vaincre. Cependant, voulant agir avec prudence, il envoya en éclaireur la goélette la Biche.
De grand matin, M. Briel, fermier de l'habitation Grand'Anse, située non loin du rivage, aperçut une goélette qui louvoyait afin de s'approcher de terre. C'était la Biche. Bientôt une chaloupe se détache de la goélette et se dirige sur la terre. M. Briel se rend à l'endroit où l'embarcation allait atterrir. La chaloupe arrivée à portée de voix, l'un des hommes qui la montaient adresse cette question à M. Briel : « — Peut-on aborder ici ? — « Oui, en toute sûreté. » Alors nos deux officiers sautent à terre. L'un est M. Giraud, aide-de-camp du général Sériziat, et l'autre M. Jominy, officier du génie. M. Briel conduisit chez lui ces deux militaires. Là, ils lui apprirent qu'ils étaient suivis par le général Sériziat avec les frégates la Pensée et la Cocarde-Nationale, et que le général Sériziat lui-même ne faisait que précéder une division française incessamment attendue. Ils lui adressèrent ensuite plusieurs questions sur l'état du pays et sur les dispositions des habitants envers la France. M. Briel les rassura complètement. Alors ils lui remirent pour M. Lignières, commissaire délégué, une lettre et une vingtaine d'exemplaires d'une proclamation que le général Sériziat adressait aux habitants de Marie- Galante, avec prière de lui envoyer le tout par un messager fidèle et sûr, puis ils se rembarquèrent et l'on vit disparaître la Biche.
Sur les deux heures après-midi, les deux frégates parurent. Elles mirent à terre le général Sériziat, sa suite et environ deux cents hommes de troupe, au lieu même où MM. Giraud et Jominy avaient abordé. Le général partit immédiatement pour la ville, ne recueillant sur son passage que des acclamations. Son premier acte fut d'embarquer sur les frégates une compagnie de noirs, commandée par le mulâtre Lapoterie, et qui formait la garnison de Marie-Galante. Etabli dans cette dépendance de la Guadeloupe, Sériziat entra aussitôt en relation avec
Pelage. Il se servait pour sa correspondance de M. Degournay, jeune officier de marine d'une grande résolution. La mission du jeune Degournay était pleine de dangers. Il fit quatre voyages à la Pointe-à-Pitre. Au dernier, Pelage lui dit : — « Vous êtes l'objet des plus « grands soupçons. Je ne pourrais garantir votre vie. . . « Partez, et ne revenez plus. »
Après Degournay, Sériziat se servit de Louis Merlande et de Girard. Ce général reçut plusieurs fois l'invitation de venir prendre les rênes du gouvernement de la Guadeloupe jusqu'à l'arrivée de l'envoyé du Premier Consul. Il en avait le désir, mais il ne pouvait le faire qu'avec une autorisation ; il ne l'obtint pas.
A la nouvelle de la prise de possession de Marie-Galante par le général Sériziat, Ignace, Massoteau et leurs partisans, dans la pensée que l'expédition avait été dirigée par Lacrosse, poussèrent un long cri de fureur. Pour calmer l'agitation, le Conseil fit une proclamation, dans laquelle il disait qu'il savait de source certaine que cet officier général avait reçu l'ordre de ne pas sortir de la Dominique. Quelques officiers et d'autres fonctionnaires blancs eurent l'imprudence de se réjouir assez ouvertement de l'arrivée des Français à Marie-Galante ; ils ne cachèrent pas non plus la joie qu'ils éprouveraient de les voir maîtres de la ville et du fort Saint-Charles. Les propos de ces militaires, parvenus à Delgrès, grossis, dénaturés, comme c'est l'ordinaire, achevèrent de mettre le feu aux poudres. Delgrès crut ou feignit de croire que les quelques officiers blancs, éparpillés dans la garnison de la Basse-Terre, sans soldats, complotaient pour s'emparer du fort et le livrer à Lacrosse. C'était le 15 février. Delgrès et Massoteau, sur les dix heures du soir, se mettent à la tête d'un fort détachement, et, se rendant chez chacun des officiers suspects, les arrêtent successivement au nombre de douze. L'employé de marine Bossant, faisant les fonctions d'ordonnateur, est également arrêté avec quelques autres fonctionnaires. Toutes ces personnes sont conduites au fort. Le lendemain Bossant est mis en liberté avec ordre de sortir de la colonie dans
les quarante-huit heures. Les officiers ayant été déportés, allèrent rejoindre Sériziat à Marie-Galante.
Cette troupe opérant dans la nuit, ces arrestations, dont la cause n'était pas connue, et qui pouvaient être une mesure prise contre tous les blancs, jetèrent l'épouvante dans la ville. L'agitation de l'effroi, les démarches, les courses de chacun dans ses préparatifs pour aller chercher un refuge dans les îles voisines, se présentèrent aux yeux de Delgrès, exalté et troublé, comme un mouvement insurrectionnel qui se préparait contre son autorité. Pour mieux défendre le fort, lui et Massoteau allèrent s'y fixer. Faisant braquer des canons sur la Basse-Terre, il déclara aux habitants que le moindre mouvement de leur part en faveur de Lacrosse donnerait le signal de la destruction de la ville.
Massoteau avait un allié dans l'agence municipale, c'était Mondésir Grippon. Comme Ignace, comme Massoteau, cet agent poussait à l'indépendance ; mais, à la municipalité, il était seul à professer ces idées. Toutefois, Delgrès, pensant que l'agence municipale était à lui, lui écrivit de se tenir ferme à son poste et de faire publier à son de caisse un enrôlement volontaire. L'agence lui répondit, à la date du 16 février :
« Nous avons reçu ce matin la lettre par laquelle « vous nous marquez de nous tenir ferme à notre poste. « — Nous y sommes.
« Vous nous enjoignez de faire proclamer au son de « la caisse un enrôlement volontaire. Nous croyons de- « voir vous exposer que la ville est dans les plus gran- « des alarmes, et nous croyons que ce serait les propa- « ger que de le faire. La mesure que vous avez prise « de faire scrutiner les volontaires doit suffire pour le « moment. Cependant nous devons vous observer que la « manière dont on arrête indistinctement les citoyens « noirs dans les rues pour les conduire au fort, non- « seulement jette l'effroi partout, mais encore présente « le plus grand danger vis-à-vis des ateliers qui pour- < raient se débander, circonstance qui fait toute notre « sollicitude. »
La lettre de l'agence municipale dit à peu près ce
qu'était l'enrôlement volontaire de Delgrès et de Massoteau. Des escouades de cinq hommes armés parcouraient les rues de la ville, et tous les nègres rencontrés, quels que fussent leur profession et le lieu de leur résidence, étaient racolés et conduits au fort, la baïonnette dans les reins. Tous ces noirs étaient armés et on leur donnait pour chefs des hommes comme Rigaud, lequel fut fait lieutenant. Delgrès et Massoteau avaient un gouvernement à part. Tous leurs actes étaient conçus et exécutés sans qu'ils en donnassent le moindre avis au Gouvernement provisoire. Ce n'étaient pas seulement les habitants de la ville qui étaient effrayés, mais encore les capitaines des navires sur rade, qui, dans l'appréhension d'une conflagration terrible, faisaient rembarquer les marchandises qu'ils avaient mises en magasin.
L'embarras du Gouvernement provisoire fut grand, en apprenant ce qui se passait à la Basse-Terre. Il ne savait quelle détermination prendre. Son intention étant, — comme il l'a déclaré plus tard, — « de rattacher les « révoltés au joug qu'ils avaient brisé pour les livrer, « en quelque sorte, liés et garottés à Richepance, » il dut se convaincre que sa tâche serait rude et qu'il lui serait difficile de l'exécuter complètement. Destituer Delgrès et Massoteau parut impossible ; c'eût été d'ailleurs une mesure dont ceux qui en auraient été l'objet n'eussent tenu aucun compte. Pelage pensa alors à se rendre à la Basse-Terre, pour prendre sur les lieux une résolution quelconque ; il en fut empêché ; on craignit qu'il ne fût arrêté par ses lieutenants et que ceux-ci, en se mettant à sa place, ne composassent un autre Gouvernement provisoire qu'ils se seraient efforcés de rendre définitif. On arrêta de faire partir Frasans, l'orateur, l'homme aux expédients du Gouvernement provisoire. Aussitôt son arrivée, Delgrès, Massoteau et d'autres officiers, leurs partisans, se rendirent chez lui : à leur contenance et à leurs discours, Frasans s'aperçut qu'ils comptaient que c'était Pelage qui serait venu se livrer. Ne doutant pas de leurs projets subversifs, il fut réduit à dissimuler, à paraître accepter les faits accomplis, afin de pénétrer le motif pour lequel ils avaient agi sans
donner aucun avis au Gouvernement provisoire. Il ne put obtenir que cette réponse donnée par Massoteau : « Qu'ils avaient pris cette mesure, parce que leur vie et « leur liberté avaient été menacées et que le danger « était des plus pressants. Qu'au surplus on travaillait « à un rapport qui serait incessamment communiqué. » Le membre du gouvernement jugea prudent de ne pas pousser plus loin la curiosité. Il se contenta d'engager Delgrès et Massoteau à quitter le fort et à revenir occuper leurs anciens logements ; à reparaître dans la ville ; à montrer des dispositions pacifiques afin que les habitants, justement alarmés, revinssent à la confiance, en se persuadant que les actes de violence commis avaient été commandés par la nécessité et n'annonçaient pas, de la part des autorités de la Basse-Terre, un système arrêté de persécutions contre une classe de la société.
A cette occasion, Pelage et les autres membres du Gouvernement provisoire ont dit dans leur mémoire : « Tout imposait la nécessité de flatter, de caresser ces « tigres. »
Cependant le Gouvernement provisoire, ne comptant pas beaucoup sur l'effet de ses caresses pour empêcher Delgrès et Massoteau de se livrer à de nouveaux excès, s'arrêta à une mesure qui lui sembla plus efficace. On s'était aperçu que Massoteau exerçait une influence fâcheuse sur Delgrès, porté naturellement à garder dans ses actes plus de réserve et de modération. Le Conseil décida de séparer ces deux chefs, de laisser Delgrès commander l'arrondissement de la Basse-Terre, mais d'enlever Massoteau à ses fonctions de commandant de place. Il ne s'agissait pas de le destituer, mais de le replacer à la tête de sa compagnie, en garnison à la Pointe-à-Pitre. Pelage manda Massoteau près de lui. Il se dispensa d'obéir, en alléguant tantôt un prétexte tantôt un autre. Près d'un mois s'était écoulé dans cette situation. Le Gouvernement provisoire dut y mettre un terme, sous peine de ne garder qu'une autorité nominale et de parade. Gédéon avait été désigné pour remplacer Massoteau comme commandant de place. Pelage et Fra-
sans se rendirent à la Basse-Terre, en se faisant accompagner du nouveau commandant et de plusieurs officiers dévoués, déterminés, capables d'exécution, au nombre desquels était le chef de bataillon Caillou, et d'un détachement de dragons composé d'hommes également sûrs et intrépides.
Arrivé à la Basse-Terre sans être attendu, Pelage fait aussitôt battre le rappel. La garnison et la garde nationale s'assemblent sur le Champ-d'Arbaud. Pelage se présente, fait reconnaître Gédéon en qualité de commandant de place, et donne l'ordre à Massoteau d'aller reprendre le commandement de sa compagnie. On jugea prudent toutefois de faire surveiller les démarches de cet officier jusqu'au moment de son départ. La situation était si tendue, le péril si imminent, que le Conseil crut avoir remporté une grande victoire en retirant Massoteau de son poste sans effusion de sang.
L'influence d'un seul homme est incalculable. Massoteau remplacé par Gédéon, la Basse-Terre eut le calme et le repos. Sauf un fait étranger à la politique, cette situation se maintint jusqu'à l'arrivée de Richepance.
Depuis la révolution, la Guadeloupe n'ayant eu que de rares relations commerciales avec la métropole, la monnaie française était complètement inconnue dans cette colonie. On ne se servait dans les échanges que de la monnaie étrangère. L'unité monétaire était la moëde, pièce d'or valant 66 livres argent colonial, ou 35 francs 64 centimes. On disait tant de moëdes comme aujourd'hui on dit tant de francs. Mais la moëde avait été tellement rognée qu'elle était loin de représenter la valeur de 66 livres. Dans le haut commerce, elle n'était prise que comme lingot, après avoir été pesée. Mais l'homme du peuple, qui avait une moëde, entendait, exigeait, peu importait le poids, qu'on lui remît en échange 66 livres. Il en résultait des contestations journalières. Le soldat surtout, abusant du relâchement de la discipline, en achetant chez le marchand un objet de peu de valeur, voulait le forcer à lui remettre en argent le surplus de la moëde au taux de 66 livres. Lorsque le marchand s'y refusait, le soldat prenait de force les marchandises
pour une somme de 66 livres, jetait une moëde sur le comptoir et se retirait. Par suite, des rixes nombreuses avaient eu lieu. Les choses furent poussées à cette extrémité que, le 20 mars, les négociants et les marchands, à la Basse-Terre, fermèrent leurs magasins et leurs boutiques, afin de se soustraire soit à une perte certaine, soit aux actes de violence et de brutalité des militaires. Il était urgent de remédier à cet état de choses. Le 24 mars, Roustagnenq, faisant fonctions de préfet, prit une décision par laquelle la moëde, dont la valeur est fixée à 66 livres, argent colonial, ne serait reçue pour cette somme qu'autant qu'elle aurait le poids de trois gros, ou deux cents seize grains. Celle d'un poids au-dessous de trois gros ne devait être reçue que pour 22 livres le gros, ou six sols un denier un tiers le grain.
Le général Sériziat avait fait connaître à Pelage l'arrivée prochaine d'une division française avec des troupes commandées par Richepance. Les membres du Conseil reçurent avec bonheur la nouvelle de l'arrivée d'un envoyé du Premier Consul ; ils brûlaient d'être déchargés d'un fardeau qu'ils ne supportaient qu'à force de courage, de résignation et de dévouement. On était en doute sur le point d'atterrissage de la division ; elle pouvait se présenter aussi bien à la Basse-Terre qu'à la Pointeà-Pitre. Le Gouvernement provisoire, voulant être prêt à tout événement, rédigea une lettre pour Richepance, fit faire une collection de tous ses actes depuis le renvoi de Lacrosse, et expédia le tout à Bernier avec mission, si la division se présentait devant la Basse-Terre, d'envoyer le paquet à bord du vaisseau amiral, par une députation que composeraient le commerce, l'armée et la municipalité.
Les députés désignés furent Artaud pour la municipalité, Louis Plet pour le commerce, et Victor Dauphin pour l'armée.
Au milieu des ordres donnés à Bernier, il y en avait un dont l'exécution pouvait entraîner les plus graves complications : le Conseil voulait que le commissaire du gouvernement, tout en invitant le chef de la division à se rendre à terre avec son état-major, ne permît pas le
débarquement des troupes avant l'arrivée à la Basse- Terre de Pelage et de ses collègues, « afin de prendre « toutes les mesures nécessaires pour assurer l'intelli- « gence et le bon ordre qui doivent régner de part et « d'autre dans une circonstance de laquelle dépendra « sans doute le salut de la colonie. » C'était revenir aux idées de Delgrès qui voulait traiter, faire des conventions avant que de se livrer. Mais le Premier Consul n'entendait pas entrer en négociation avec les hommes qui avaient chassé le Capitaine-général. Pour lui, c'étaient des insurgés qu'il fallait châtier. D'après ce qui s'est passé, il est clair que Richepance n'eût écouté aucune proposition, pris aucun engagement, soumis le débarquement des troupes à aucune condition. Pour être conséquent avec les instructions données à Bernier, il aurait fallu se préparer à la guerre, se tenir prêt à repousser par la force l'envoyé de la France. Le Conseil n'y songeait pas. Pourtant les instructions envoyées aux autorités de la Basse-Terre y tendaient forcément. C'étaient les mêmes que Toussaint-Louverture avait données à ses lieutenants. Lorsque Leclerc se présenta devant le Cap, que lui répondit Christophe ? « Qu'il « n'avait pas d'ordre pour laisser débarquer l'armée « française ; que le commandant en chef était absent ; « qu'il fallait attendre une réponse. » C'était exactement ce que les autorités de la Basse-Terre auraient été dans la nécessité de répondre à Richepance. Celui-ci, pas plus que Leclerc, n'aurait tenu compte de cette réponse, et la guerre eût éclaté à la Guadeloupe comme elle avait éclaté à Saint-Domingue. Sur les observations de Bernier et de l'agence municipale, le Conseil retira ses premières instructions.
Mais, au moment où se prenaient ces dispositions, la division destinée pour la colonie n'avait pas encore quitté le port de Brest. Le 3 mai, un aviso étant venu apporter aux Antilles la nouvelle de la signature du traité d'Amiens, fit savoir en même temps que la division, à son départ, n'attendait que l'instant de mettre à la voile et qu'elle devait être en mer. Le Gouvernement provisoire donna aussitôt l'ordre de préparer des logements et des
rafraîchissements pour six mille hommes. Douze pilotes côtiers se tinrent prêts à se rendre à bord des vaisseaux pour les conduire au port. Le 4, le Gouvernement provisoire adressait à tous les habitants de la colonie la proclamation suivante :
« La division qui vous apporte un nouveau Capitaine- « général va paraître : le général Richepance est celui « qu'envoie le Gouvernement consulaire. Il vient avec « la nouvelle officielle de la signature du traité définitif « de paix. Quel moment plus beau pouvait-il désirer « pour son entrée ? Sous quels plus heureux auspices « pouvions-nous l'attendre ?
« Le général Sériziat accompagnera le Capitaine-gé- « néral : personne n'ignore combien il s'est acquis déjà « de droits à notre confiance, par sa modération, sa « prudence et ses vertus.
« Livrons-nous donc à la joie ; tout nous y invite. « Ainsi cet heureux dénouement, que nous avons tant « de fois annoncé, achèvera de convaincre de la pureté « de tous les cœurs.
« Que les campagnes restent calmes et n'interrom- « pent pas d'un instant leurs travaux.
« La paix ! la paix ! vive à jamais la République ! « vive le Gouvernement consulaire ! vivent nos frères « d'Europe ! »
Le même jour, on aperçut, entre la Désirade et Marie- Galante, onze gros navires que l'on supposa être la division attendue. Le lendemain il n'y eut plus de doute ; c'était la division. Pelage envoya à Richepance son aide de camp Prudhomme avec la lettre que voici :
« Citoyen général,
« J'ai l'honneur d'envoyer vers vous un officier, fai- « sant le service d'aide de camp auprès de moi, pour « vous manifester la satisfaction qu'éprouve la force « armée de savoir la division française arrivée dans ces « mers. Je le charge de vous présenter particulièrement « mes devoirs et de vous demander vos ordres. J'irai « les prendre moi-même à l'endroit qu'il vous plaira
« m'indiquer, pour connaître aussi vos intentions sur « l'heure à laquelle vous voudrez être reçu.
« Vous nous apportez la paix générale, suite des « triomphes des braves armées de la République : hon- « neur au peuple Français, honneur et gloire au Gou- « vernement consulaire.
« Salut et respect.
« Pelage. »
Indépendamment de la démarche faite particulièrement par Pelage, le Gouvernement provisoire envoya à Richepance une députation composée de Frasans, l'un de ses membres, Darboussier père, négociant, Sévin, capitaine dans la troupe, et Monroux, chef des mouvements du port de la Pointe-à-Pitre. Mais la division s'étant éloignée de terre, l'aide de camp de Pelage et la députation ne purent arriver près de Richepance que le lendemain 6, à midi.