DELACROIX
Mettre ses titres et qualités en tête d’une lettre parlant d’af-. faires mercantiles , de nos jours, paraïtrait original. Au surplus le commandant Delacroix savait mieux se battre qu’acheter et
revendre. Ses spéculations commerciales ne furent pas heureuses. Lorsqu'il fut renvoyé de la colonie, son actif réalisable né put couvrir son passif : il resta devoir cent mille livrés sur la place de la Basse-Terre et vingt mille livres à J.-J. Crémony de Saïint-Barthelemy, sans compter un déficit assez considérable qui existait dans la caisse de la 66° demi-brigade.
Rendu en France, Delacroix, dont la carrière militaire aurait pu être si belle, ne fut pas employé. Il passa aux États- Unis d'Amérique. En 1815, lors de la guerre de cette Répu-
blique contre l'Angleterre, il offrit ses services au Gouvernement de l’Union qui les accepta. Il avait commencé à organiser un corps avec des levées faites parmi les Français. La paix qui fut conclue peu après rendit inutiles les services du commandant Delacroix. |
Les militaires faisant le commerce, il était naturel qu'ils criassent contre l’impôt qui les frappait aussi bien que les au-
* tres commerçants. Dans ces murmures, ces cris contre l'impôt,
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le Capitaine-général crut voir une conspiration du général Ménard et de quelques autres officiers pour renverser le Gouvernement de la colonie. La résolution fut aussitôt prise de s'assurer de leurs personnes et de les renvoyer en Franee. Ménard habitait Versailles, là où est établi aujourd’hui le pensionnat des Dames de Saint-Joseph. Dans la soirée du 17 avril, sa demeure fut cernée par des troupes. Dans la même nuit.on fitimprimer une proclamation destinée à paraître le lendemain. Afin que rien ne püût transpirer au dehors, les imprimeurs furent enfermés et des factionnaires placés aux portes, avec consigne de ne laisser sortir personne. Le 18, de grand matin, Ménard et les autres officiers furent arrêtés et conduits à bord du vaisseau le Jemmapes. Cet événement fut annoncé au public et à l’armée par la proclamation suivante :
« Des notions, malheureusement trop certaines, nous ont « fait connaitre qu’il s'ourdissait une trame tendant à boule- « verser de nouveau la colonie et renverser le Gouvernement « établi par le Premier Consul. Un des moyens des auteurs de « ces sinistres projets, était d'arrêter le payement des sommes « dues à la République, dont notre sollicitude affecte partieu- « lièrement la rentrée à la solde des troupes. Nous avons dé- « couvert la source de ces retards; et, désormais, certains des « mesures que nous avons adoptées, nous savons que les mi- « litaires, toujours restés fidèles à l’autorité, continueront de «marcher dans la ligne de l'honneur et de la discipline dont « ils ne se sont jamais écartés.
« Le Premier Consul sera instruit de l'obéissance et de la « soumission de l’armée de la Guadeloupe. Il connaïtra que « les militaires français sont tonique fidèles à leur patrie et à. « leurs devoirs,
« Le général de brigade Ménard quittant le commandement
« de l'armée, l’adjudant-commandant Rewbell le remplacera.
« Le Capitaine-général ordonne à l’armée de le reconnaitre « et de lui obéir en cette qualité.
« LACROSSE. LESCALLIER. BERTOLIO. »
Le Gouvernement de la métropole n’était pas sans être informé de ce qui se passait dans la colonie. Le 8 mars, le général de division Ernouf fut nommé Capitaine-général de la Guadeloupe avec ordre de hâter son départ. Il partit de Rochefort le 5 avril sur la frégate la Surveillante. Il était accompagné du général de brigade d'Houdetot, appelé au commandement de la garnison, de deux cent vingt-cinq hommes de troupes et de cinquante-quatre gendarmes. :
Le général Ernouf fit d'abord route pour la Martinique. Son intention était d’y passer quelques jours, afin de se concerter avec le Capitaine-général de cette colonie sur les mesures à prendre en commun à l'effet d'organiser un système de protection et de défense pour les Iles-du-Vent. Sur ce qu’on lui dit des choses de la Guadeloupe, il s’empressa de se rembarquer, et il arriva à la Basse-Terre le 8 mai, à quatre heures du matin. Le même jour, Lacrosse lui remit l'autorité.
Lacrosse avait de l’intelligence et de l'instruction. Mais, par son caractère, c'était l'homme le moins fait pour gouverner une colonie. Jaloux à l'excès de son autorité, il s’imaginait que l’on voulait toujours y attenter : il prenait une plainte pour une révolte, un murmure pour une conspiration. Dans ses actes, au lieu de demander conseil à la tête et à la froide raison, il s’inspirait du cœur et de la passion. IL était enthousiaste, et il aurait voulu que la population restât toujours froide, ou plutôt qu’elle s’enthousiasmât avec lui, soit qu'il * poussât à la démagogie, soit qu’il füt en travail de comprimer les élans les plus faibles de la liberté. Cette obéissance passive, cette absence d'opinion et de volonté ne peuvent s'attendre que de l’équipage d'un vaisseau façonné à la discipline, ou de nos familiers et courtisans. Aussi Lacrosse était bon, serviable pour ceux qui l’entouraient et qui disaient comme lui. H fallait qu'il fût à bord d’un vaisseau. II quitta la Guadeloupe le 16 mai 1803; sur la frégate La Didon. Rendu en France, il fut employé dans la flottille de Boulogne où il servit avec distinction. Il fut créé baron de l’Empire.