‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 116 sur 123 · III · texte numérisé non relu

III

la dernière raison, il y avait matière à appréciation et le public n’a pas apprécié comme le tribunal. D'ailleurs, ce ne fut pas le public seul qui se refusa à croire à l'innocence du commandant'des Saintes : on a vu que, dans la lettre du général Ernouf à M. de Vermont, lettre écrite deux mois après le jugement d’acquittement, ce chef de la colonie parlait des nègres vendus par Narcisse comme d’une chose certaine, avérée.

Cependant les noirs trouvés dans la force armée lors de l’arrivée de Richépance, ne furent pas tous envoyés aux Saintes et vendus. On exempta de cette mesure ceux qui avaient combattu contre les rebelles, en rivalisant d’ardeur et de courage avec les troupes européennes. Ceux-là, au nombre d’un millier, furent conduits à Brest. Là, on les enferma dans le bagne. Quelques mois après on en forma un corps commandé par des officiers blancs. Ce corps fut dirigé d’abord sur Mantoue, puis sur Naples. Au siége de Gaëte, il servit avec une bravoure qui fut remarquée.

Nous avons vu que la population était très-mécontente de l'impôt extraordinaire qu’on lui demandait. Aux murmures de la population quelques militaires avaient joint des paroles de blâme. C'était naturel. La guerre terminée, les officiers de l’armée n'ayant plus à courir les hasards des combats, avaient cherché des émotions dans les chances des opérations commerciales. Le valeureux commandant Irénée Delacroix, notamment, avait établi à la Basse-Terre une grande maison de commerce. Une lettre écrite par lui, le 51 décembre 1802, à Marc Solier, mettra le lecteur à même de connaitre la nature et l'importance des affaires qu’il embrassait.

« lrénée Delacroix, chef de bataillon de la 66° demi-brigade, « commandant d'armes el de l'arrondissement de la Basse- « Terre, à M. Solier, négociant. :

« Monsieur, | « Connaissant l’intérêt que vous voulez bien prendre à ce

« qui me regarde, je prends la liberté de veus proposer de prendre une partie des marchandises françaises qui sont dans

‘« vos magasins, à la condition que vous voudrez bien m'ac- « corder un terme assez long pour satisfaire à leur payement. « Un bâtiment que j'envoie à la Côte pour la traite, un autre

« parti dernièrement pour Cayenne, deux goëlettes en arme- « ment, telles sont les garanties que j'ai l’honneur de vous « offrir, sans y ajouter le crédit dont je puis me flatter de jouir « en France. |

« Les bâtiments que j'ai me mettront à même de me défaire « promptement des marchandises qu’il vous plaira me céder, « et par là vous me rendrez un service dont je saurai recon- « naître l’étendue.

e Veuillez, Monsieur, être bien convaincu de l'exactitude « avec laquelle je remplirai les engagements que je pourrais « contracter envers vous, et me croire très-disposé à vous « servir en toute occasion.

Page 1