‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 28 sur 123 · RATES · texte numérisé non relu

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« qui renvoient à la Désirade les individus rentrés dans cette « colonie et suspects d’émigration, je vous adresse les citoyens « Dufan et Bazile Leblanc, pour que vous les fassiez passer « au lieu de leur destination. Le défaut d'occasion directe « pour la Désirade m'’oblige de profiter de celles qui se pré- « sentent pour votre île. »

C'était à l'administration centrale qu'avait été dévolu le soin de statuer sur la réclamation des émigrés. Ses membres étaient : Deshayes, président ; Merlande, Corneille fils, Bourée et Hargoux, administrateurs; Bresseau, commissaire du Gouvernement. Les raisons données par les absents ou émigrés, puisées à la même source, étaient les mêmes : elles étaient tirées de l’article 79 de la loi du 4° janvier, portant : « Les réfugiés de « Saint-Domingue, à l’époque de l’incendie du Cap, et de tou- « tes les colonies, dans des circonstances où des événements « extraordinaires pouvaient menacer leur vie, ne seront ré- « putés émigrés, s'ils prouvent, par des certificats authentiques « que, dans le mois après leur départ de la colonie, ils se sont « retirés sur le territoire français ou dans un pays neutre ou « allié, et qu’ils y ont constamment habité jusqu’à l’époque de « leur réclamation. » |

Les émigrés disaient : au milieu des événements qui s’accomplissaient à la Guadeloupe, il n’y avait plus de sûreté pour nous; notre vie était menacée, et, si nous nous sommes éloignés, ce n’a été que pour la mettre à couvert. Maintenant qu’on ne veut plus nous tuer, nous demandons à revenir.

Bresseau se chargea de faire rejeter en masse la demande de tous les solliciteurs. Le 4 février 1800, il vint à la séance de l'administration centrale avec un discours préparé, dans lequel se trouvent les passages suivants :

« Plusieurs demandes en radiation vous sont faites, et quel-

ques-unes d’entre elles vont occuper vos premières séances « d'obligation. Presque toutes ces demandes sont appuyées « sur l’article 79 de la loi du 1° janvier 1797, qui détermine « le délai que la loi accorde aux réfugiés pour rentrer sur le « territoire français, neutre ou allié, et encore qui fixe en

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quelque facon {ous les cas qui ont pu autoriser la fuite d’un pays français à un Français. |

« Quant au second objet, où il s’agit de déterminer les cas extraordinaires qui ont pu autoriser des Français à passer chez l'ennemi, il est de toute rigueur d’en arrêter irrévocablement les bases, car d’elles dépendent les admissions ou les rejets des demandes en radiation qui auraient pour appui principal un cas extraordinaire. Quelques développements que je vais soumettre à l’administration centrale ne lui nuiront pas pour fixer son opinion à cet égard.

« Les cas extraordinaires qui peuvent faire excuser la fuite d'un pays français à un Français même sont trop sentis dans

les colonies pour avoir besoin d'explication ; mais puisqu’une

humanité mal entendue veut les interpréter à contre-sens et au mépris de la loi, il faut les déterminer invariablement : ce sont les cas de révolte, de rébellion contre l'autorité légitime, d'indépendance, d'anarchie, de méconnaissance des lois . Alors le républicain sage se retire d’une terre où il n’y a plus de sûreté ni de garantie sociale; et, s’il n’a espoir que l’ordre y reprenne bientôt, il va se jeter dans le sein de Ja mere patrie, où il dépose ses douleurs et ses plaintes. Les fugitifs de cette colonie, contre lésquels la loï me prescrit d'être inflexible, ont tenu une conduite bien opposée à celle que la raison et le patriotisme indiquaient....….

« Moilà, citoyens administrateurs, l'explication que l'on peut donner: à ces cas extraordinaires que tous les émigrés invoquent à grands cris. »

Ceci posé, Bresseau examine la situation de la colonie au

—… moment de l’émigration, et il trouve qu’il n’y avait ni révolte, ni rébellion contre l'autorité légitime, ni anarchie, ni mécon- — naissance des lois, ni des mouvements d'indépendance : par-

- tant, pour la Guadeloupe, pas de cas extraordinaires; consé-

quemment, pas d'application à faire de la loi du 1” janvier. Restait, selon Bresseau, que les colons seraient partis par

peur, effrayés des conséquences du décret sur l'abolition de

l’esclavage, et l’orateur de s’écrier : « Je passe volontiers aux

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« vieillards et aux femmes cette terreur panique, mais aux « hommes de l’âge de. (4) cela est d’un ridicule que rien n’ex- « cuse... Quoi! un Français avouer qu'il a eu peur!..: » i

Ils ont été, dit-on, chassés par la terreur ; ils n’ont émi- « gré que pour sauver leur vie. Cette excuse spécieuse ne peut « s'appliquer qu’à un fres-pelit nombre d'émigrés, et ne les jus- « tifie pas. Un guerrier qui aurait abandonné son poste, pour- « rait-il couvrir sa lächeté en disant que ce poste était trop « périlleux? Celui qui, dans le danger de la patrie, cherche « son salut dans la fuite est un traître. Après la bataille de Ché- « ronée, un Athénien, nommé Léocrale, réalisa sa fortune et « s’embarqua, pour se soustraire aux périls dont sa’ vie était « menacée. L’orateur Lycurgue le cita en justice, et demanda « que sa désertion füt punie de mort... »

Pour donner plus de poids à son opte Bresseau invoqua le nom de Caton, parla de César ét de Catilina, et finit par conclure au rejet de toute demande en révision de la liste des émigrés.

On doit croire, puisque Bresseau le disait, qu'il n'aurait pas été effrayé des conséquences du décret du 4 février; mais qu’il en eût été autrement s’il avait assisté à une révolte ou à des mouvements d'indépendance de la part de la population; que dans ce cas il se serait hâté de fuir pour aller déposer ses douleurs et ses plaintes dans le sein de la mere patrie, dans la supposition toutefois que la mère patrie n'aurait été agitée ni par la révolte, ni par des mouvements d'indépendance; car si-le danger avait été là le même qu'ici, il est probable qu’il aurait été chercher un refuge ailleurs. Cela est d'autant plus sûr que, tout-en déclarant qu’un Français est inexcusable d’avouer qu'il a eu peur, il convient que le républicain sAGe doit se retirer d'une terre où il n'y a plus de sûreté ni de garantie sociale. C'était précisément la situation du colon qui n'était pas sansculotte; il n'y avait pour lui ni sûreté, ni garantie sociale,

(1) Nous rapportons textuellement. Dans le discours imprimé de Bresseau ne se trouve pas le nom de l’émigré qui réelamait.

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