‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 27 sur 123 · OT CT TT · texte numérisé non relu

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obéi : c'était tout leur crime. Ce crime, à la vérité, était plus que suffisant pour les mener à l’échafaud, et, prudemment, sitôt la mise en pratique dans la colonie de la fraternité républicaine, ils avaient été demander un asile à l'étranger. Les hommes que l'on renvoyait jouaient le rôle de patriotes exaltés, comme dans un autre temps, et selon l'intérêt du moment, ils se seraient montrés ultra-royalistes. Ils voulaient du trouble pour tächer de s'emparer, au milieu de la confusion, des objets de leur convoitise. C’étaient simplement des ambitieux, des fripons ou des pervers, comme Gauguery, Jean-Baptiste Riot et Sabathier Saint-André. Quand on a été mauvais citoyen . Sous un gouvernement, on l’est sous tous les autres. C’est une vérité qu’il suffit d’énoncer. Sabathier Saint-André, chassé sous la monarchie parce qu’il exaltait la démocratie, la République venue, au lieu de se montrer satisfait et d’appuyer le nouvel ordre de choses, excite à la désobéissance aux lois, fomente l'insurrection de Sainte-Anne, pousse aux meurtres. C’est que la République ne lui avait pas apporté ce qu’il voulait, le - pouvoir. Jean-Baptiste Riot, renvoyé de la colonie pour les mêmes causes, reparait avec Victor Hugues, prend du service dans l’armée, et reçoit les épaulettes de capitaine. Ce grade, le triomphe des idées démagogiques, dont il s’était fait le promoteur, ne le contentent point, et pourquoi? c’est qu’il voulait de l'or: Avec Victor Hugues, précher le renversement de l’autorité était chose périlleuse; Jean-Baptiste Riot avise à d’autres moyens, et le proconsul le chasse de File après lavoir dégradé, non à cause de ses principes, mais en raison de ses filouteries.

Il est douloureux d'avoir à dire qu’il se trouvait encore, dans la colonie, de tenaces sans-culottes, qui déployèrent un zèle fervent pour venir en aide à nos administrateurs dans le système de proscription auquel ils étaient déjà si enclins.

Le 24 janvier 1800, Nicolas Levanier, sachant qu'il allait être procédé à la révision de toutes les listes des émigrés, envoya à la municipalité des Vieux-Habitants une longue dénonciation contre plusieurs propriétaires de la commune qui avaient quitté la colonie au temps de la terreur. Dans cette dénonciation,

ENT: Ai | il disait : que le17 avril1794, à dix heures du matin, étant caché dans une pièce de cannes, il avait vu passer à cheval les sieurs d’Angeros, Saint-Remy, Brun-Beaupein, Séraphin Brun-Beaupein, Le Borgne, Cocotte Monroche Butel, et la demoiselle Manette Butel; que cette cavalcade alla au-devant de la colonne anglaise, débarquée la veille au Val-de-Lorge, mit pied à terre et salua les officiers anglais avec affabilité; que Cézaire Billery, déjà émigré, rentré avec les ennemis, avait embrassé les nouveaux venus et les avait ensuite conduits chez M. de Clairfontaine ; que, peu d'instants après, toujours dans la pièce de cannes, il avait vu venir Duplessis-Joyeux Brun-Beaupein, accompagné de deux nègres; que, causant avec ces nègres, il leur disait : « Eh bien! mes amis, ne vous avais-je pas dit que « nous serions venus à bout de ces brigands de patriotes? Je « vais de ce pas prendre M. Piffard, pour aller avec lui et « Cézaire Billery diner chez Clairfontaine ; » que, le lendemain, Lacaze ainé et Chevrigny Lacaze ont été voir Cézaire Billery chez Clairfontaine, faits qui prouvent que ces émigrés élaient. coalisés avec les Anglais pour la prise de la colonie. Levanier couronnaïit sa dénonciation en donnant un conseil aux administrateurs chargés de la révision des listes : c’est : qu'il ne fallait recevoir aucune réclamation partant d’un émigré ou d’un déporté, à moins que le déporté ou l’émigré ne vint. la faire en personne à la municipalité de sa commune, parce que là le réclamant trouverait des patriotes qui se lèveraient pour démentir ses prétextes d'absence. Le patriote Levanier terminait en disant qu’il n’avait été poussé à faire sa dénonciation que par ses principes républicains, qui voulaient que les ennemis de la patrie ne rentrassent pas dans la colonie. R

A l’appui des faits par lui avancés, le citoyen Levanier dé- «

posait à la municipalité la lettre suivante, qu'il avait reçue du chevalier d'Angeros. | « Monsieur,

« Je suis mortifié que les circonstances ne me permettent « point de faire ce que vous désirez de moi. Jusqu'à ce que

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« nous ayons passé au creuset, et que l’alliage ait été séparé « de la matière pure, nul ne saurait être assez imprudent que « de réclamer en faveur de quélqu’un qui, venant à se trouver « imprégné d’un mauvais levain, entrainerait infailliblement « le protecteur dans le précipice avec le protégé.

« J'ai l'honneur d’être très-parfaitement,

\ « Le chevalier D'ANGEROS. »

Cette lettre prouve du moins ceci: c'est qu'un patriote, même de la trempe du citoyen Nicolas Levanier, selon l’occasion , ne dédaigne pas, sauf à le dénoncer après, de solliciter les bons offices d’un aristocrate; et que le solliciteur qui faisait un crime à la demoiselle Manette et à son frère d’avoir salué les officiers anglais avec affabilité, n'aurait montré nulle répugnance à accepter les faveurs de ces mêmes officiers, s’il n’avait été éconduit, comme ayant dans son passé infiniment trop d’alliage.

Cependant bon nombre de colons absents, enhardis par les principes réparateurs du nouveau gouvernement de la mé-

tropole, demandaient la radiation de leurs noms de la liste des émigrés. Les uns sollicitaient du lieu de leur exil, d’autres, plus osés, étaient venus faire des démarches en personne. C'était ce que voulait Nicolas Levanier. Sous peu, les émigrés deviendront les puissants du jour, mais sous le gouvernement de Jeannet et de Baco, si on ne les tuait plus, ils étaient loin d’être rentrés en faveur. On les divisait en deux catégories : ceux qui étaient simplement soupçonnés du crime d’émigration, et ceux qui avaient réellement émigré. Ceux-ci, considérés comme des malfaiteurs, étaient arrêtés aussitôt qu’ils se présentaient dans la colonie, jetés dans les geôles et déportés; les autres, rangés

. sur la même ligne que les lépreux, étaient relégués à la Désirade.

Le 25 avril 4801, Bernier, commissaire du Gouvernement à la Basse-Terre, écrivait à Lignières, son collègue à Marie-

| Galante : « Conformément aux ordres des agents des consuls,

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