‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 32 sur 123 · ER LA ARS · texte numérisé non relu

ER LA ARS

prits. Un incident, la querelle d’un officier de marine avec un homme de couleur pour lequel Polverel et Sonthonax montrent encore leur partialité, est Le signal de la conflagration : on se bat, l'incendie est allumé par les nègres; la ville du Cap, la reine des cités des Antilles, est détruite : la flamme, que ne peut éteindre le sang qui ruisselle, dévore, selon Pamphile Lacroix, une valeur d’une centaine de millions!

Mais si les colons à sang pur étaient incapables d’exercer les fonctions publiques, il n’en était pas de même des colons à sang mélangé. Les commissaires les poursuivaient de leur faveur. Les emplois civils, les grades dans l’armée leur étaient réservés. Sonthonax recueillit un instant le prix de sa condescendance ; il fut glorifié; les nègres et les mulâtres l’appelaient leur père; il devint leur idole. Mais les idoles ne sont encensées qu'autant qu'elles peuvent servir : dès qu’on les croit inutiles, on les brise. C’est un lieu commun, dans le fond et dans la forme; tout le monde sait cela, et chaque jour on s’y laisse prendre. La passion de la faveur populaire rend encore plus aveugle que l'amour. Les commissaires avaient atteint leur but : les hommes de couleur étaient élevés; les blancs, vaincus, écrasés, proscrits, leurs biens confisqués. Dans les mulâtres,

Sonthonax s’imaginait s’être donné des auxiliaires pour as- -seoir sa domination sur des bases solides : il n’avait créé que des mameloucks. ; | Dirigeant les municipalités, commandant aux armées, les . hommes de couleur se sentant forts, tout-puissants, consentaient encore à faire route avec leur pere, mais sous condition que celui-ci les suivrait. Montbrun avait reçu de Polverel le commandement de Port-au-Prince. Les quelques blancs restés dans la ville font obstacle à ses projets; il pense que leur présence l'empêchera de déployer le drapeau de l'indépendance : il faut qu'il s’en débarrasse. Abusant de sa place, il les opprime, les emprisonne, emploie contre eux tous les genres de persécution. Sonthonax, dont le but était atteint, s'aperçoit qu'on veut le dépasser ; il intervient; il croit pouvoir

modérer la fougue de son protégé, de celui qui lui doit tout :

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