‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 54 sur 123 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Modification dans le personnel du Gouvernement. — On consulte les communes. — Leurs vœux. — Arrêté de Pélage. — Première réunion des membres du Conseil. — Lettre au Premier Consul. — Proclama-

tion. — Difficultés de la situation. — Le nègre Duvictor. — Ses agents. — Ignace. — Le capitaine Western. — Lacrosse conduit à la Martinique. — Séjour à la Dominique. — Sir Cochrane Johnston. — Le journal le Miroir de l'Europe. — Des numéros envoyés à la Guadeloupe.— Exaspération des esprits. — Lettre écrite au gouverneur de la Dominique. — Sa réponse. — Arrivée de Lescallier et de Coster. — Le gouvernement de la Guadeloupe établi à la Dominique. — Arrêté des Trois Magistrats. — Ordre insensé. — Manifeste contre la Guadeloupe. — Embarras du Gouvernement provisoire. — Désir d’émigration. — Refus de passe-ports.

Lacrosse ayant été éloigné, le Gouvernement provisoire Jugea utile d’apporter une modification dans son personnel. Les journées d'octobre avaient été faites par et pour les hommes de couleur, et, sauf Pélage, tous les membres du Conseil étaient blancs. IL fut done convenu d'y faire entrer un mulâtre. Pour atteindre ce but, on songea à C. Corneille, citoyen honorable et intelligent. D'un autre côté, Delort et Pénicaut, désireux d’être débarrassés du lourd fardeau de l’administration à une époque si tempêtueuse, furent remplacés par Bovis fils et P. Piaud. Celui-ci avait acquis des droits à cette distinction en coopérant à la rédaction d’un précis des événements qui avaient amené la chute de Lacrosse. Cet arrangement fait, le Conseil crut donner à son autorité une base plus solide en l'appuyant sur l’appro-. bation des cantons de la colonie. En conséquence, par une lettrecirculaire en date du 49 novembre, Pélage appelatoutes les TI. 11

communes à délibérer et à donner leur avis sur la nouvelle composition du Conseil.

Lorsqu'on a l’armée pour soi, faire une révolution est la chose la plus facile. La masse du peuple, qui veut toujours et par-dessus tout l’ordre et le travail, .accepte les faits accomplis avec une merveilleuse docilité. Le pouvoir qui s’installe à la place de celui qui tombe peut aller résolument : il est sûr d’obtenir l’obéissance, s’il respecte la propriété et s’il évite de froisser la religion, les mœurs et la coutume.

Tous les cantons, sans exception, donnèrent leur adhésion aux choix faits par Pélage. Les termes dans lesquels le canton de Marie-Galante a formulé la sienne sont caractéristiques. Les habitants ont déclaré : « que leur premier vœu est la paix et « la tranquillité publique : que, pour en jouir, ils ont toujours « obéi aux lois que les différents agents du gouvernement de °« la métropole ont faites pour le département de la Guade- « loupe, et respecté les différentes autorités qu’ils ont créées «, en cette île; que, dans l'hypothèse présente, ils sont dans « les mêmes dispositions, et déclarent qu’ils obéiront aux lois « et règlements que fera le Conseil provisoire de la Guade- « loupe et dépendances. |

Dans cette circonstance, ils font un nouveau vœu : Paix, « économie, justice, point d'arbilraire, protection pour la cul- « ture, entiere liberté de commerce. »

Ces sentiments étaient ceux de toute la not sage de la Guadeloupe. Ici comme là on voulait, avant tout, ordre, économie, paix publique. Les adhésions Ctaient donc certaines, puisque les refuser c’était appeler sur la colonie discorde; anarchie et ruine. Aussi, Pélage était tellement sûr que les cantons ne lui feraient pas défaut que, le 24, sans donner au plus grand nombre d’adhésions le temps d’arriver, les supposant venues, il prenait l'arrêté suivant :

« Magloire Pélage, chef de brigade, commandant en chef de la force armée de la Guadeloupe et dépendances, « Voulant donner un plein et entier effet au vœu qui a été

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« produit, en vertu de sa circulaire du 4 9 du présent mois, « par les habitants de la colonie, « Arrêle ce qui suit : ; « Article 4”. Les citoyens Frasans, Danois, Bovis fils et « Corneille, sont proclamés membres du Conseil qu'il préside, « et le citoyen Piaud en est proclamé secrétaire général. « 2. Le Conseil ainsi établi forme le gouvernement de la « Guadeloupe et dépendances, auquel il sera déféré toute « obéissance et soumission.

5. Le présent arrèté sera imprimé, lu, publié et affiché « dans toute l’étendue de la colonie; il sera, en outre, ins- « crit sur les registres publics, et adressé au gouvernement « de la métropole, ainsi qu'aux puissances amies et ennemies « dans les îles voisines.

PÉLAGE

Le même jour, sur la place de la Victoire, le Gouvernement äinsi composé, — sauf Bovis, qui ne voulut pas en faire partie, — après s'être fait reconnaitre par la troupe et les autorités civiles, fit prêter à l’armée et à fous les fonction-

nairés le serment de fidélité au gouvernement de la métropole.

Le soir, à six heures, à la clarté d’une lampe, les membres du Gouvernement, enfermés dans une des salles de la maisôn commune, se demandaient quelle serait leur ligne de condite”: 74 |

Ils se promirent d’abord discrétion, confiance, et tous les autres sentiments propres à assurer le succès de leur mission; ensuite ils arrétèrent, à l'unanimité, les résolutions suivantes :

Fidélité et attachement à la métropole, à son gouvernement et à ses lois; |

Pour premier acte, rédiger une dépêche au Premier Consul ;

S’abstenir de se loger dans l’ancien hôtel du Capitainegénéral, de toucher un traitement, de porter aucun signe distinctif de fonctions ; |

Sévère économie dans les finances; protection à l’agriculture, au commerce et à tous les genres d'industrie; justice

égale pour tous les citoyens; efforts pour les entretenir dans un esprit de fidélité et de soumission envers la mère patrie.

Le Conseil se promit encore d’éviter tout acte arbitraire; de consoler et de soulager les infortunés, et de veiller nuit et jour pour maintenir, dans toute l’étendue de la colonie, la paix, la tranquillité, la sûreté publique et individuelle.

Pour répondre à leur seconde résolution, les membres du Conseil, à dix heures du soir, rédigèrent, pour le Premier Consul, une dépêche dont voici les passages les plus saillants :

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