‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 64 sur 123 · AU" OS · texte numérisé non relu

AU" OS

s'ilest digne de l'être, comme le Conseil n’en doute pas, doit à cet égard donner un démenti public au citoyen Lacrosse. « Voilà des vérités que rien ne saurait détruire.

« Comment serait-il donc possible que des nations policées, que des hommes amis de leurs semblables, eussent égard au manifeste du citoyen Lacrosse ? Qui ne verra dans ce tissu de ealomnies les efforts criminels d’un homme possédé du démon de la vengeance, cherchant à perdre le pays qu’il n’a pas su gouverner, et d'autant plus irrité que le bien qu’il pouvait, qu'il devait faire, s’opère depuis qu’il est absent? Qui ne sentira que le procès de cet homme est à jamais perdu auprès de la métropole, si la colonie de la Guadeloupe, dirigée par quelques pères de famille que le vœu général a chargés de sa conservation, se maintient dans le bon ordre jusqu'à l’arrivée des Magistrats respectables que tous les cœurs appellent?

« Oui, le citoyen Lacrosse croit se justifier, en cherchant par tous les moyens possibles, par ses écrits, par ses émissaires, à détruire l’heureux effet des soins qui jusqu’à ce jour ont empêché que l'événement du 21 octobre ne fût fatal à la colonie! C’est parce qu’il n'a pu réussir à faire égorger, les uns par les autres, cent mille hommes formant la population de la Guadeloupe, qu’il vient de concevoir l’horrible projet de les a/famer, parce que, dit-il, cette population, en généralestimable, gémit sous le joug de quelques factieux !.. . Ainsi sa justice voudrait anéantir tous les opprimés pour atteindre les oppresseurs!.... Quels aatres sentiments voudrait-on trouver après tout dans l'âme du citoyen Lacrosse, du commandant de la frégate la Félicité, qui, en 1795, faisait la querre aux personnes et .aux propriétés, qui, de son propre aveu, incendia pres de la moilié des habitations de la Martinique; qui vociférait dans les clubs, et imprimait dans son compte-rendu : « Il n’est pas besoin de planteurs dans les colonies, etc. Jamais les colonies n'auront de bons citoyens si les planteurs fugitifs peuvent un jour rentrer dans leurs biens. » |

— 204 — <@ « Mais qu’il sache que l’indignation universelle sera le seul résultat de son manifeste; qu’il sache que cette pièce porte sa condamnation dans l'esprit de tout être raisonnable; qu’il n’espère pas que les pays accoutumés à commercer avec la Guadeloupe interrompent leurs relations; qu'il s’attende à payer bien cher un jour les-démarches qu’il a:osé faire pour détourner de leur destination la frégate la Pensée, les corvettes la Biche:et la Courageuse, envoyées par le ministre de la marine à la Guadeloupe, et non pas à la Dominique, de même que plusieurs bâtiments marchands, de Marseille et de Bordeaux, venant aussi à la Guadeloupe avec des provisions de bouche, qu’il a fait mouiller dans la rade d’une ile anglaise, et qu'il y retient malgré que la paix ne soit pas encore définitivement signée, malgré qu'il soit dans l’ordre des choses possibles (à Dieu ne plaise cependant) qu'il y ait une reprise d’hostilités.… | « Le Conseil terminera en exprimant combien:il est pénible à tous ses membres d’être obligés de déverser la honte et lignominie sur un Français revêtu d’un grade éminent, qui n’a certainement pu obtenir la confiance du Premier Consul qu'en se montrant à ses yeux sous un masque bien trompeur.

« Il ne leur est pas moins pénible d’avoir vu au bas du manifeste les noms des deux dignes magistrats envoyés dernièrement à la Guadeloupe, et que le citoyen -Lacrosse ne craint pas de retenir auprès de lui, lorsque le. vœu général les appelle à leur poste. Ah! leur signature est supposée, ou elle n’a été que l'effet d’une première prévention inspirée par des rapports mensongers, ou plutôt.elle a été arrachée par la plus étrange influence dans l’état de contrainte où personne n’ignore qu'ils se trouvent!

« Tous les gouvernements devront apprendre avec plaisir quelle estla véritable situation de la Guadeloupe, parce-que. l'humanité sera toujours satisfaite que les moyens combinés au dehors pour organiser dans une ile importante l’anarchie et y alimenter les haines, loin d'avoir eu leur funeste

«effet, aient réuni tous les cœurs dans l’unique passion du « bonheur général. »

Le préfet Lescallier et le commissaire de justice Coster répondirent à cet écrit pour déclarer que ni Lacrosse, ni le gouverneur de la Dominique n'exercaient d'influence sur leurs déterminations; qu'ils agissaient librement; que rien ne les garantissait des violences exercées sur la personne du: Capitaine-cénéral. Des otages? on en avait offert à Lacrosse, ce qui ne l'empécha pas d’être jeté dans un cachot et enibarqué! Ils souhaitaient ardemment sans donte le bonheur des habitants de la Guadeloupe, mais ce bonheur ne pouvait exister sans le retour à l’ordre et la répression des rebelles.

La situation ‘était désormais parfaitement dessinée : soumission à Lacrosse ou la guerre. La guérre était inévitable. Sauf quelques blancs, parfaitement indifférents sur le caractère politique de l’'homme:qui devait exercer l'autorité dans la colonie, personne ne voulait de Lacrosse. Il était si antipathique à la population que son nom seul produisait chez le peuple des des mouvements de colère. Le commissaire du gouvernement Bernier rendait le sentiment de chacun dans une lettre du 20 février, écrite au préfet et au commissaire de justice.

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