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faisait l'injustice de démentir un récit que son caractère connu de véridicité accréditait, surtout lorsqu'il parlait au pom de tous ses concitoyens, dans une circonstance-de Ja plus grande importance.’ Cette réflexion rappela le citoyen Lacrosse à lui-même, et il s’empressa de donner au député le témoignage de tous les sentiments que méritait son caractère. Dans le cours de la conférence, il demanda pourquoi les colons, en s'adressant aux ciloyens Lescallier et Coster, ne faisaient aucune mention de lui; ces deux Magistrats ne pouvant, sans lui, former le gouvernement de la Guadeloupe, ils auraient dû aussi l'avoir appelé... »
« Les colons, répondit le député, en déplorant le malheureux événement qui causa votre absence de la Guadeloupe, ne peuvent pas l’exposer aux dangers que votre présence exciterait, Vous savez qu'ils n’ont point eu part à cet événement, qu'ils ne l'ont su qu'après coup, et que les habitants même du Port-de-la-Liberté assurent tous avoir pris les armes et s'être réunis, dans le principe, aux cris d'alarme jetés dans la ville, sans en connaitre la cause, et seulement parce que le danger éfait commun. Avant mon départ pour la mission que je remplis actuellement, le commandant-Pélage m'a fait le détail de ce qui s'est passé sous ses yeux, et il a juré qu'après avoir été arrêté lui-même par son inférieur-en grade, il avait toujours été fidèle à vous défendre. Les colons he connaissent rien de cet événement : c’est au gouvernement supérieur à le scruter.et à juger.
« Après quelques paroles par lesquelles le citoyen Lacrosse
-exprima avec chaleur le ressentiment qu'il en avait, il dit
que La colonie devait changer elle-même sa situation actuelle el l'appeler. LT EURE « Par quels node? répondit le dépotél Le citoyen Lescallier, qui avait appuyé ce dire du citoyen Lacrosse , parut se rendre au sentiment du député. 1" « Vous étiez là, reprit le député, s’adressant au citoyen Lacrosse; les forces qui se sont tournées contre vous étaient sous vos ordres... Vous n’avez pas pu vous garantir...
Comment les colons, épars et isolés dans les campagnes, au milieu des ateliers, peuvent-ils vous rétablir ? »
« Le citoyen Lacrosse laissa voir, par son silence, qu'il sentait la vérité de Fobjection; mais ensuite il s’exhala en de violents reproches sur ce qui lui était arrivé à la Pointe-à- Pitre. | « Le député récidivant ses sollicitations aux deux Magistrats appelés par la colonie, le citoyen Lescallier lui dit: « Nous vous avons fait connaître quelle est la forme prescrite par le Premier Consul pour établir le gouvernement de la Guadeloupe, nous ne pouvons pas nous en écarter un instant sans nous rendre coupables, et nous serions punis. Mais vous nous avez. assurés que la colonie jouit de la tranquillité : faites en sorte de continuer ainsi jusqu’à notre arrivée, qui ne peut tarder: nous attendons pour cela les ordres qui vont arriver incessamment. Le traité définitif entre la France et l'Angleterre a été entièrement arrangé et terminé le 23 novembre. » — Le citoyen Coster confirma à son tour, et avec chaleur et énergie, tout ce que venait de dire le citoyen Lescallier sur l'impossibilité où ils étaient de former eux deux seuls le gouvernement de la Guadeloupe.
« Le citoyen Lacrosse reprit encore, et dit d’une voix haute que la colonie de la Guadeloupe devait elle-même changer sa situation et l'appeler avec les deux autres Magistrats, pour ne pas confondre les colons avec les rebelles... »
« Citoyen, dit le député, voulez-vous que la colonie se jette dans l'anarchie et la guerre civile? Préférez-vous son anéan-
issement à sa conservation? »
« M. le gouverneur de la Dominique avait changé: de disposition durant cette conférence; et oubliant les offres formelles qu’il avait faites au député, et la promesse qu'il avait récidivée de laisser descendre ses deux collègues pour prolonger leur séjour autant que l’exigerait le temps nécessaire pour remplir entièrement notre mission, et avoir les réponses aux adresses des cantons, venait de dire qu'aussitôt que la conférence serait achevée, il fallait que le parle-
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mentaire levàt l'ancre et partit sur-le-champ. H le répéta au citoyen Mahé, qui lui observa qu'il avait compté sur ses offres et sa promesse. Mais le gouverneur s’en rétracta, en alléguant que nous étions venus en parlementaires ; que cette formalité n’était pratiquée qu'entre des ennemis qui.sont en guerre; que sa qualité de gouverneur le portait à se conformer à la mesure dont nous usions vis-à-vis de lui. Puis, s'adressant aux deux Magistrats, il les engagea, pour n'être pas réputé avoir influencé leur opinion, à passer avec le député dans un autre appartement, en les invitant à l’avertir quand cette conférence serait finie.
« Elle ne fut pas longue, et ne fut qu’une répétition de la résolution déjà énoncée par eux. Le député leur représenta que leur refus de se rendre à l'invitation de la colonie, l'exposerait à des dangers; et que dans le cas où il arriverait des malheurs, ils couraient risque d’en avoir les reproches — Ils se retranchèrent toujours sur l'impossibilité où ils étaient de changer la forme de leurs pouvoirs, et ils déclarèrent n'avoir rien autre chose à lui dire. Alors il leur demanda la réponse aux adresses des cantons; ce qu'ils s’excusèrent ne pouvoir donner dans ce moment là, n'ayant pu encore les décacheter ; mais ils lui ont promis qu'ils s’occuperaient tout le jour suivant de cette lecture, et qu’ils feraient parvenir leur réponse aux colons. Ces Magistratsétantrevenus avec le député dans le salon, le gouverneur dit: —M. Mahé, vous êtes venu ici avec la formalité de parlementaire, votre conférence est finie; pour moi, je n’ai aucune affaire avec votre mission ; il faut lever l'ancre et partir sur-le-champ.… » « Avant de partir et prendre congé de vous, dit le député aux deux Magistrats, je crois ne pas devoir vous dissimuler que les mêmes assemblées qui ont procédé à la nomination des députés vers vous en ont aussi nommé pour porter leurs doléances au Premier Consul, dans le cas où vous auriez refusé de vous rendre à leurs vœux. |
« Le citoyen Lacrosse, qui était présent, a demandé quels étaient ceux qui étaient nommés pour aller en France?
« Le dépouillement des votes n'était pas fait avant notre « départ, a répondu le député ; il ne devait l'être qu'après notre « retour, cette députation ne devant avoir lieu que dans le cas « où les citoyens Lescallier et Coster auraient refusé de se « rendre aux vœux des cantons, comme je viens de le dire... « Le citoyen Lacrosse, après un moment de silence, dit qu’il « voyait qu'on l’attaquerait par des faussetés, mais qu'il saurait « se défendre auprès du Premier Consul. Il avait dit un peu ‘ auparavant, ayant son compte-rendu de 95 en mains, en me « montrant, du siège où il était, un passage qu'il lut, et que « je ne me rappelle pas: on me reproche ce compte et ce qui « yest contenu; je proteste que s’il n’était pas fait, je Le ferais « encore aujourd'hui, et le signerais. »
Ainsi la députation de la colonie n’avait pas été plus heureuse que celle du Conseil. L’une et l’autre avaient rencontré les mêmes obstacles. Lescallier et Coster répondirent aux eantons par une lettre circulaire du 29 décembre. Ils disaient que ce n’élaiént pas des paroles qu'il leur fallait, mais des actes; que les colons, pour montrer leur soumission, devaient commencer par reconnaitre toutes les nominations faites par le Premier Consul, et que dans leur adresse ils avaient omis de mentionner le Capitaine-général. Que les usurpateurs s’éloignent, ajoutaient-ils, après avoir remis l'autorité militaire au chef qu’aura désigné le citoyen Lacrosse; qu'il placent sous la main de ce chef tout ce qui dépend de cette autorité, c’està-dire les forts, les armes ét les munitious de guerre; alors, mais alors seulement, les Magistrats consentiront à se rendre aux vœux de la colonie pour opérer son bien-être et remplir les Vues bienfaisantes qui les ont engagés à accepter avec zèle une lointaine et pénible mission.
Coster et Lescallier profitaient de la circonstance pour faire passer à chaque canton quelques exemplaires du manifeste et de l'arrêté qui défendait d'introduire à la Guadeloupe des munilions de bouche. C'était une manière d'empêcher le feu de s'étéindre: Sous ce rapport ils obtenaient un véritable succès. Chose singulière ! Ils prétendaient ne pas pouvoir venir prendre
leurs fonctions à la Guadeloupe et ils entendaient les exercer étant à la Dominique. En leur qualité de préfet ou de commissaire de justice, ils donnaient des ordres, prescrivaient des mesures. Ces ordres, qui plaçaient les fonctionnaires dans la position la plus fausse, exaspéraient l'armée lorsqu'elle en avait connaissance : à chaque instant on craignait d’y voir surgir une révolte au profit des idées d’Ignace et de Massoteau. Voiei un de ces ordres : ; |
« Au Roseau, île Dominique, le 29 décembre 1801. « LE COMMISSAIRE DE JUSTICE DE LA GUADELOUPE ET DÉPENDANCES, « Au citoyen Delrieu, président du tribuial de commerce,
« Je vous envoie, citoyen, l’arrèté des Consuls du 19 avril ‘ 1801, portant règlement sur le gouvernement de la ‘Guade- « loupe et dépendances. Vous ferez enregistrer cet arrêté au greffe de votre tribunal et vous en ferez remettre par le « greffier un certificat que vous m "env errez par le porteur de « la présente.
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De son côté, Lescallier avait prescrit à Roustagnenq de prendre en mains les fonctions de préfet colonial. = In’y avait plus rien à espérer du préfet et du commissaire de justice. La somme des tentatives à faire près d’eux'était épuisée. Par arrêté du 2 janvier 1802, Roustagnenq, ordonnateur, fut nommé préfet colonial. Cette nomination: était conforme aux prescriptions de l’arrêté consulaire du 49 avril, dont l’article 8 portait: « En cas d'absence hors de la colonie « et dépendances, ou de mort, le préfet colonial sera rem- « placé de droit et provisoirement par l'officier d'adminis- « tration le plus ancien en grade supérieur. » SAR
Le Conseil s’occupa ensuite des moyens de faire partir pour Ja France les députés élus par les cantons, et à répondre au manifeste des Trois Magistrats, dont il venait d’avoir connaissance par l'envoi des exemplaires fait aux communes: en échange de leurs adresses. Nous avons rapporté'ce manifeste
en son lieu; nous donnons ici la réponse. Pour se soutenir, il y avait nécessité pour le Gouvernement de se montrer en guerre ouverte avec Lacrosse, en repoussant avec passion tout ce qui venait de la: Dominique. Voici cette réponse, qui fut publiée à la Guadeloupe avec le plus grand éclat :
« Réponse à l'écrit du contre-amiral Lacrosse, intitulée : « Manifeste, efc.
« Le Conseil formant le Gouvernement provisoire de la «. Guadeloupe et dépendances se doit à lui-même, il doit à ses « concitoyens, à la France entière, à toutes les nations amies « de la République, de relever les erreurs qui se font remar- « quer dans le nouvel imprimé sortant de la Dominique : « erreurs qu'on oserait appeler 2mpostures, si le nom du ci- « toyen Lacrosse paraissait seul au bas de cet écrit. « En conséquence, le Conseil déclare aux gouvernements des « puissances amies ou alliées de la République Française, à tous « les amiraux et commandants de terre et de mer desdites puis- « sances, aux commandants des vaisseaux. et bâtiments de querre « des différentes nations, en station dans les colonies environ- « nantes ou naviguant dans ces mers:
« Que la Guadeloupe n’est pas en état de rébellion contre la « métropole, et qu’au contraire tous ses habitants, sans aucune « distinction, sont pénétrés de la soumission la plus profonde «+ pour leur mère patrie, comme du zèle le plus ardent pour « la gloire du gouvernement consulaire ; « Que si des événements d’une force irrésistible, occa- « sionnés par l’imprudence, l’impolitique et la mauvaise ad- « ministration que doit se reprocher le citoyen Lacrosse, l'ont « réduit à la plus humiliante des situations, il ne s’ensuit pas « qu'un militaire plein d’houneur, qui lui a sauvé la vie en le « couvrant de son corps, que d’honnèêtes particuliers, appelés «" par tous les cantons de la colonie à la gouverner provisoire- « ment, pour la sauver des horreurs de l'anarchie, puissent « ètre regardés comme des factieux et des usurpateurs; « Que tous les actes de ce Gouvernement provisoire prouvent
combien peu il est ennemi de l'ordre social ; ce qui est encore bien mieux démontré par la tranquillité qu’il maintient, par l'union qui règne entre toutes les classes des citoyens, par la liberté dont jouit le commerce, par l'économie avec laquelle on pourvoit à l’approvisionnement général, sans le dangereux secours d’un pourvoyeur privilégié; par l’exactitude avec laquelle les engagements sont remplis.
« Le Conseil, plus jaloux que ne parait l’être le citoyen Lacrosse de faire respecter le nom Français, déclaré encore que les Français de la Guadeloupe n’exercent point de pira-
teries ; qu'ils se conforment scrupuleusement à l’article 11 des
préliminaires; qu’une prise faite sur les sujets de S. M. Bri-
tannique, le lendemain de l'expiration du délai que fixe
cet article, par un corsaire qui ignorait la signature des
préliminaires, a été relâchée sans jugement et du propre mouvement des armateurs; que deux bâtiments enlevés de
la Martinique par des prisonniers français, lorsque le délai
n’était pas encore expiré, viennent néanmoins d’être ren-
voyés sur la réclamation de M. l'amiral; que les prises
faites antérieurement au 8 décembre ont été jugées par l'administration de la marine, à ce compétente; et que le Conseil des prises, séant à Paris, a seul le droit de blâmer. et de réformer ces jugements, s’il y a lieu.
« Enfin, le Conseil déclare que la nouvelle de la signature et de la ratification des préliminaires de paix, qui à répandu la joie la plus vive dans le cœur de tous les habitants de la colonie lorsqu'elle à été publiée, le 1 décembre dernier,
après le retour des députés envoyés au commandant de la
frégate la Pensée, n’a pu d’abord être recué de la part de
M. le gouverneur de la Dominique que comme une ruse
de guerre dont on devait naturellement se méfier, surtout dans la circonstance; que néanmoins l'officier porteur de
cétte nouvelle fut accueilli, le 44 novembre, avec tous les égards dus à un parlementaire, et qu’il se rendit, à cheval, de la Basse-Terre au Port-de-la-Liberté, sans essuyer la
moindre insulte , le moindre mauvais traitement. Cet officier,