‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 66 sur 123 · GE · texte numérisé non relu

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a exercées en dernier lieu, tant sur la classe des blancs, que sur celle de la couleur, dont il semblait avoir juré la pros-

eription, et les concussions qu’on lui impute, ont provoqué

son renvoi hors de la colonie; les secousses qu’il occasionne journellement, et le souvenir de la guerre civile qu’il alluma en 1795, lui ont attiré l’animadversion générale : il n’est plus possible aujourd’hui, sous aucun rapport, qu’il puisse jamais rentrer dans la colonie, sans s’exposer: lui-même et opérer sa ruine totale. Je’voudrais que vous lui fissiez entendre cette vérité !.:.. D'ailleurs, cet homme n’est nullement fait pour gouverner une colonie; il a manqué de politique et de jugement! il n’inspirera jamais la moindre confiance ; et la confiance seule, comme vous savez, fait tout le mérite des gouvernants. Certes, le Premier Consul, dont les vertus immortelles étonnent l'univers, qui vient de pacifier l'Europe, et qui a posé pour base du gouvernement la modération; le Premier Consul, dis-je, ne voudra pas, pour un seul homme qui a réellement des torts, causer la perte d’une portion si intéressante de l'empire français, et MERE sur des cadavres, sur des cendres ! | « Telle est la perspective que nous présente la rentrée du citoyen Lacrosse, s’il s’obstinait à vouloir rentrer dans une colonie qu'il a désolée!.... Il dépend donc de vous, sages Magistrats, d'éviter tous ces malheurs, en représentant au citoyen Lacrosse et au Gouvernement les dangers auxquels sa rentrée nous exposerait.... Déjà la désolation est à son comble, tous les habitants veulent fuir, le deuil est dans tous les cœurs, la mort plane sur toutes les tètes!.... Telle est notre véritable situation : ceux qui vous diront autrement vous en imposeront.

Si done le citoyen Lacrosse est accessible à quelque sentiment d'humanité, qu’il renonce à son projet destructeur; qu’il s'éloigne !... Les habitants de toutes couleurs sont prêts à se soumettre au premier envoyé du Premier fomnl et à lui marquer une soumission sans bornes.

« Voilà, citoyens Magistrats, des vérités que je n’ai pas cru

ar —

« devoir vous taire dans ce moment de danger; je pense que « vous les pèserez dans votre sagesse, surtout lorsqu'elles vous « viennent de la part d’un fonctionnaire public, qui se flatte « d’avoir fait tous les sacrifices possibles dans la révolution, « où il s’est toujours montré avec zèle pour la chose publique, « et qui ne cesse de se montrer dans ce moment difficile, pour « coopérer à la conservation de la colonie pour la métropole.

« Veuillez faire sentir ces vérités au Gouvernement, ainsi « qu'au citoyen Lacrosse, l'auteur de tous nos maux, et vous « aurez la gloire d’avoir sauvé la colonie de la Guadeloupe. »

Lescailier et Coster, posant pour condition de leur entrée en fonctions la soumission à Lacrosse, demandaient une chose impossible. Le brave Richepance (4) ne l'aurait pas obtenue, alors même qu'il eût été soutenu par le double des valeureux soldats qu’il allait conduire à la Guadeloupe. Il existait dans la colonie trois partis également hostiles au Capitaine-général. Le premier, représenté par Pélage, voulait, pourvu qu’il ne fût pas question de Lacrosse, se soumettre sans condition à un nouvel envoyé du Premier Consul, rendre la France juge des événements, et attendre tout de sa bienveillante omnipotence. Le deuxième, à la tête duquel marchait Delgrès, ne répugnait pas à se soumettre à l’autorité métropolitaine, mais entendait que cette soumission fût l’objet d’un traité. Craignant les mé comptes, il voulait: armer, se tenir sur la défensive et, faire ses conditions. Le dernier enfin, dirigé par Ignace et Massoteau, rêvait purement et simplement l'indépendance de la colonie. Au-dessous de ces partis, étaient les assassins, les incendiaires et les pillards, qui n’attendaient que le moment

(1) M. Thiers écrit Richepance avec un s. Le général, qui devait connaître l’orthographe de son nom, ne l’a jamais écrit sans employer la lettre c. Nous possédons un grand nombre de signatures autographes, qui ne laissent aucun doute à cet égard; et il n’y a pas à s’y méprendre, car Richepance avait une signature remarquablement belle : chaque letttre est moulée. De plus, il existe de nombreux arrêtés imprimés de son vivant, et au bas desquels est sa signature : l'orthographe

des imprimés est conforme à celle des manuscrits.

favorable pour se jeter sur leur proie. Pélage avait besoin de Delgrès pour l'aider à maintenir l’ordre, afin que son administration passât entre les mains de l’envoyé du Premier Consul vierge de toute souillure, et que l'événement du 24 octobre étant expliqué, fût pardonné; Delgrès avait besoin de Pélage, d’Ignace et de Massoteau afin de présenter à la la France une force assez imposante pour déterminer un traité ; Ignace. et Massoteau, comprenant que, seuls, leur projet était une folie, cherchaient à entraîner Delgrès, le plus rapproché de leur opinion, et par Delgrès arriver à Pélage. Ces trois partis étaient donc forcément-unis; aussi ils se ménageaient, avouaient leurs desseins plus ou moins ouvertement, selon l’opinion des hommes auxquels ils s’adressaient. En désaccord sur plusieurs points, ils se rencontraient en une chose: tenir à toujours Lacrosse éloigné de la colonie. La métropole imposant ce Capitaine-général, les trois partis se réunissaient, et celui d’Ignace.et de Massoteau triomphait; car, pour la colonie, repousser un envoyé que la France se serait obstinée à faire. admettre, c'était vouloir la guerre, et la guerre une fois déclarée ne pouvait être que celle de l’indépendance.

CHAPUTRE VE

Grades conférés aux officiers de l’armée. — L'Agence municipale de la Basse-Terre. — Correspondance de Lacrosse. — Jusselain, sous-chef des mouvements du port de la Basse-Terre. — Lettres saisies. —

Arrestations. — Scènes de violence. — Tactique de Massoteau. — Émigration. — Dangers que courent les émigrés. — Assassinat de . Joseph Long. — Meurtre de M. Salager sur l'habitation Ducharmoy. — Recherche des assassins. — Arrestation. — Démonstration des ateliers et de la troupe au moment de l’exécution des assassins. — Intervention de Pélage. — Gâteaux trouvés dans les rues de la Basse-Terre. — Crainte d’empoisonnement. — L'église de Saint-

François rendue au culte. — Démarche du Conseil près du général Leclerc. — Députation envoyée au Premier Consul. — Presséntiment * d’Hapel-Lachenaye, l’un des députés. — Le capitaine de frégate Henry. — Trahison. — Le camp des Saintes. — Le général Sériziat. — Prise de possession de Marie-Galante. — État des esprits à la Guadeloupe. — Enrôlements de noirs. — Gédéon, commandant de place

à la Basse-Terre. — Désordre à l’occasion de la monnaie d’or. — Dispositions prises pour la réception de Richepance. — Proclamation du Conseil. — La division française signalée. — Lettre de Pélage à Richepance.

Pélage, ayant été proclamé général en chef de l'armée de la Guadeloupe, avait accepté le pouvoir, mais sous la condition qu'il ne serait pas tenu de prendre un autre titre que celui de chef de brigade qui lui appartenait. Mais ce qu’il ne voulait pas pour lui-même, il le distribuait aux autres. Tous les militaires qui avaient pris part aux journées des 21 et 24 octobre, ou qui avaient de l'influence sur les soldats, obtinrent des grades supérieurs. Delgrès fut fait colonel. Ignace, Massoteau, Caillou, Palerme, Kirwan, Gédéon, reçurent les épaulettes de chef:de bataillon. Des lieutenants passèrent capi-

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