‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 78 sur 123 · STORE · texte numérisé non relu

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forcé les noirs dans leurs retranchements, les avaient poursuivis jusque sur les habitations Bellevue et Bélost, qui dominent la Basse-Terre à la distance d'un kilomètre environ. Là, elles prirent position, et Richepance leur donna pour chef Gobert, sous lequel nous savons que servait Pélage.

Delgrès, deux fois battu, loin de songer à déposer les armes, ne fut pas plus tôt rentré dans le fort qu’il donna ‘des ordres pour recommencer la lutte le lendemain, en attaquant les Français dans toutes leurs positions, Les nouvelles recrues avaient été la cause principale de la défsite du 41. Formées de noirs qui, pour la plupart, n’ävaient de leur vie touché à un fusil, elles s'étaient débandées au premier choc et avaient jeté du désordre dans les rangs. Des mesures furent prises pour que le même fait ne pût se renouveler. Dans l'attaque à diriger contre la ville, il s'agissait de se battre abrité par les maisons ou les aceidents de terrain de la rive gauche de la Rivière-aux-Herbes. Dans ce combat de tirailleurs, où la tactique et la discipline n'étaient pas indispensables, Delgrès engagea ses nouvelles recrues. Contre Gobert, il dirigea ses vieux soldats, les grenadiers de la Réunion, qui, sous Victor Hugues, s'étaient mesurés plus d’une fois avec les Anglais. Ces troupes étaient commandées par des officiers braves et expérimentés, Ignace, Kirwan, Dauphin.

Le combat livré dans la ville n’eut rien de très-sérieux. H se borna à une fusillade échangée sur l’une et l’autre rive de la Rivière-aux-Herbes. Mais il n’en fut pas de même de celui de Bélost. Les noirs furent repoussés, mais au prix de cruels sacrifices. Encore une victoire semblable et Richepance aurait été contraint de rembarquer les restes de sa division décimée. On compta au nombre des morts le capitaine Rougier, celui-là même qui avait fait croiser la baïonnette et qui, à la tête de sa compagnie, était entré au pas de charge dans le fort la Victoire pour en chasser Ignace. Charemont, aide de camp du général en chef, eut un cheval tué sous lui. Dans cette affaire, Pélage continua à donner des marques du plus grand courage. A la tête d’une colonne qu'il conduisait, son cheval est tué sous lui;

il sen dégage, court en avant, ne fait nulle attention à une balle qui lui emporte le bout de l'oreille; son épée sous son bras infirme, précédant les soldats de quelques pas, il ne tournait la tète vers eux que pour leur crier de temps en temps : Allons! allons!

pe a en étudiant la marche des événements, coMerit qu’on lui avait suggéré de fâcheuses inspirations ; qu'il aurait fallu employer des égards et des ménagements là où l’on avait montré la défiance et la brutalité. Voulant effacer l'impression des premiers actes, le 12, le jour même où par un combat meurtrier, mais brillant, il forçait Delgrès à s’enfermer de nouveau dans le fort, il adressa aux habitants la proclamation suivante :

« Citoyens habitants,

« L'intérêt que je prends à la colonie de la Guadeloupe, et « l'espoir que j'ai apporté, en y arrivant, de travailler à sa « prospérité, m'imposent aujourd’hui la loi de ne rien né- « gliger pour faire abandonner aux hommes de couleur leur « funeste résolution de s'opposer à l'établissement des Trois- « Magistrats que le Gouvernement a désignés pour la gou- « verner. Si, pour ramener leurs esprits aux principes de « modération et faire cesser une guerre cruelle dans la partie « de la Basse-Terre, &/ ne faut que détruire les craintes qui leur « ont élé inspirées sur lu perte de la tiberté dont jouissent indis- « tinctement les citoyens français, je m’empresse de les assurer « de nouveau qu'il ne sera apporté à cette liberté la plus légère « atteinte; j'ajoute à cetie assurance la promesse d’un oubli « entier de ce qui s’est passé Jusqu'à ce jour. « Mais si, après une telle déclaration, vous continuez de « combattre les troupes de la République Française, croyez- « vous que la mère patrie puisse voir en votre conduite autre « chose qu'une révolte qui sera d’autant plus impardonnable, « qu'elle sera sans motif et sans but?

Cessez donc de résister à une autorité légitime et bien-

« faisante, et, par votre retour à l’ordre, jouissez, comme

« tous les citoyens français, de la paix et de la liberté, pour « laquelle les hommes que vous combattez ont aussi com- « battu.

Le général en chef pouvait se croire autorisé à déclarer solennellement qu’il ne serait porté aucune atteinte à la liberté des noirs, car il avait lu dans la proclamation des Consuls, adressée, le 25 décembre 1799, aux noirs de Saint-Domingue : era Les Consuls de la République, en vous annonçant le « nouveau pacte social, vous déclarent que les principes sacrés « de la liberté et de l'égalité des noirs n’éprouveront ans « parmi vous d'atteinte ni de modification. |

« S'il est dans la colonie des hommes mal-intentionnés, s’il « en est qüi conservent des relations avec les puissances en- « nemies, braves noirs, souvenez-vous que le peuple français « seul reconnait votre liberté et l'égalité de vos droits. »

Richepance souhaitait que sa proclamation parvint à Delgrès. 11 y avait la voie du parlementaire, mais ignorant le sort réservé à ses premiers envoyés, il craignait d'exposer à des dangers un officier de l'armée. Dans ces circonstances, il chargea le commissaire du Gouvernement du soin d'envoyer la proclamation, par des moyens laissés à son appréciation. Bernier connaissait Delgrès. L'un commandant du fort, l'autre commissaire du Gouvernement, leurs relations pendant plusieurs mois avaient été journalières. Bernier, se faisant un titre des relations passées, ne se contenta pas d'envoyer la proclamation, il écrivit à Delgrès. Dans sa lettre, il s’efforçait d’attendrir le cœur du chef des révoltés, en lui peignant tous les malheurs qui allaient fondre sur le pays par une résistance - plus longtemps prolongée.

Le but de Richepance, en rédigeant sa nouvelle past mation, avait été bien certainenrent, en rassurant les hommes de couleur, de les amener à déposer les armes. Malheureusement, trompé sur les causes de la révolte, il avait employé des expressions beaucoup plus propres à exaspérer qu’à calmer

les esprits. Pour Delgrès, cette pièce renfermait une affreuse menace. Elle-lui annonçait le retour de Lacrosse. Richepance, sans qu'on pût en douter, n’était qu’un général d'armée, chargé de rétablir dans leur autorité les Trois Magistrats désignés pür le Gouvernement pour gouverner la colonie, c'est-à-dire Lacrosse, Lescallier et Coster. C'était précisément la crainte de ce résultat qui avait poussé Delgrès à s'opposer au débarquement des troupes.

Le paquet, renfermañt la leftre de Bernier et la proclamation de Richepance, fut remis, le 13, à quatre heures du matin, à la négresse Agathe, avec un laissez-passer pour le poste du Pontaux-Herbes. A sept heures, Agathe n'avait pas reparu. Mais, au moment présumé de la remise de la proclamation, on avait entendu sortir du fort des cris confus, suivis d’une vive canonnade. C'était la première réponse de Delgrès. Dans la matinée, Agathe apporta à Bernier la dépèche que voici :

« Louis Delgres, colonel d'infanterie, commandant en chef de la

« force armée de la Basse-Terre, au citoyen Bernier, com-

« missaire du gouvernement près l'agence municipale, à la Basse-Terre.

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