‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 1 sur 140 · Histoire de la Guadeloupe · texte numérisé non relu

Histoire de la Guadeloupe

Dans la colonie, comme dans la Métropole, les classes privilégiées poussent à la révolution. —$Sentence du juge Legros de Blanchardière. — Convocation des États-généraux.— Députés élus à Paris.—Leur admission à l’Assemblée nationale. — Refus de la colonie de les reconnaître. — Le club des amis des noïirs.— Le club de l'hôtel Massiac. — Offrande patriotique des hommes de couleur de Saint:Domingue.— Réclamation des nègres. — Les hommes de couleur de la Guadeloupe. Les blancs. — Les noirs. —Thyrus Pautrizel. — Extrait de son testament.— Prise du drapeau tricolore. — Fête changée en révolte à la Pointe-à-Pitre.— Convocation d’une nouvelle assemblée coloniale. — Réunion au Petit-Bourg. — Première séance. — Élection de trois députés à l'assemblée nationale. — Lettre du gouverneur concernant M. de Lacharrière, élu député.

Les grands écrivains du dernier siècle, en portant la lumière sur les institutions qui servaient d’étais à la vieille monarchie française, avaient mis à découvert et rendu saignantes toutes les plaies du corps social. Des livres des philosophes, les idées d'amélioration et de réforme avaient passé dans l'esprit des classes éclairées. Un grand fait, la proclamation de l’indépendance des États-Unis d'Amérique, était venu hâter le travail de l’opinion. Aussi, au moment de la convocation des états-gé-

néraux, les idées révolutionnaires bouillonnaient dans toutes Il. 1

RUE à ge

les têtes, mais avec plus d'énergie peut-être dans celles des hommes à priviléges que dans celles des autres citoyens, parce que là était amassée une plus grande somme de lumières. Cependant, dans l’étude de la marche des événements, on rencontre une particularité remarquable, qu’on ne démèle pas tout d’abord; voyez agir les corps privilégiés, le clergé, la noblesse, les gens de robe et d'épée, les compagnies, les corporations : tous ces corps, pris dans leur ensemble, poussent à la révolution ; considérez-les , au contraire, chacun isolément, et vous trouvez dans tous une pensée de résistance. Cette apparente contradiction s'explique par une disposition d’esprit naturelle au genre humain. Il est une observation vieïlle comme le monde, mais qu’il faut rappeler lorsqu'il s’agit d'en faire découler des conséquences : aveugle Sur ses propres imperfections, l’homme a un instinct admirable pour découvrir celles des autres, quelque cachées qu’elles soient. Au début de la révolution, chacun croyait, en montant à l'assaut d’un abus, n’attaquer que son voisin; dans nul corps on ne pensait, en frappant sur les privilèges des autres, mettre en péril ses propres privilèges, par la raison qu'on ne soupçonnait pas qu’ils pussent constituer des abus. C’est cet aveuglement qui explique la facilité avec laquelle les priviléges furent emportés :

attaqués par tous, ils n’étaient défendus que par un seul. Celui

qui venait d’être vaincu, usant de représailles, n’apportait que plus d’ardeur dans les combats contre les abus qu’il supposait lui être étrangers. On ne voyait pas qu’on avait affaire à un vieil édifice qui ne pouvait se soutenir que par l’ensemble et l’harmonie de toutes ses parties, et que la chute de l’une d'elles devait amener la ruine des autres.

Aux colonies, comme dans la Métropole, la révolution com-

mença par les classes élevées. Raynal, à l'endroit des sauvages |

et des nègres, avait mis la déclamation à la mode, et chacun déclamait. Les juges eux-mêmes, à l’occasion d’une question de procédure ou de mur mitoyen, pensaient faire preuve de science et de.bon goût en se servant du langage de l'histoire philosophique des deux Indes.

Po) ot AR TRS nt és à

Page 1