COQUILLE DUGOMMIER
Avec des soldats, la Guadeloupe avait envoyé à la Martinique des députés conciliateurs. Ils s'étaient rendus au Gros-Morne; des conférences s'étaient ouvertes: mais les planteurs, se laissant aller entièrement à la direction de Dubuc, ne voulurent entendre aucune proposition, consentir à aucun accommodement, que les deux villes et la troupe ne fissent d'abord acte de soumission. Dans la disposition des esprits, l’ullimatum des planteurs c'était la guerre. Nous ne parlons pas du gouverneur, qui, dans toute la campagne, ne parut qu'au second plan.
Ce sont les villes qui commencèrent les hostilités. Au Fort- Royal, manquant de moyens de transport, on fit sortir un détachement pour enlever des mulets sur les habitations voisines. Rencontré par Percin, commandant une compagnie d'hommes de couleur, ce détachement fut battu, et rentra en ville
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en désordre, après avoir laissé son chef au nombre des morts. Cet événement porta au plus haut degré l’exaspération des esprits. On arrêta immédiatement une expédition contre le camp du Gros-Morne. Quatorze cents hommes réunis furent divisés en deux colonnes. Chabrol prit le commandement de l’une et Dugommier le commandement de l’autre. Les deux colonnes, prenant chacune une route différente, devaient faire leur jonction sur l'habitation l'Acajou. Mais les planteurs veillaient. Dugommier s’engagea imprudemment dans une gorge formée, d'un côté, par un morne fort raide, et, de l’autre, par une colline couverte de grandes cannes à sucre. Autour de lui tout paraissait calme et tranquille. Tout à coup des coups de fusil partent de droite et de gauche : la colonne était tombée dans un piége tendu par Percin. Elle allait être écrasée : elle battit en retraite en toute hâte, laissant sur le terrain des morts,
des blessés et une pièce de canon. Aïnsi, le général appelé à
deviner dans le commandant d'artillerie de Toulon l’homme extraordinaire qui allait remplir le monde de sa gloire; qui, parlant du jeune officier, écrira au comité de salut publie : « Récompensez et avancez ce jeune homme, car, si l’on était « ingrat envers lui, il s’avancerait tout seul; » le général dont la destinée était de chasser les Anglais du territoire de la république et de triompher des Espagnols ; qui devait cueillir assez de lauriers pour mériter que son buste, mis à côté de ceux des Alexandre, des Annibal et des Turenne, ornât le vestibule du palais de Napoléon; le guerrier illustre dont le nom allait trouver une place dans le testament de l’homme du siècle, débutait comme chef d’armée par se faire battre par quelques enfants de la Martinique, nègres, blanes et mulätres!
Par suite de la défaite de Dugommier, Chabrol ; ne pouvant
plus continuer son mouvement, se replia, et les deux colonnes
rentrèrent en ville. ]
C'est à la suite de cette campagne que les soldats du régiment de la Guadeloupe, conduits par Dugommier, et les soldats du régiment de la Martinique, conduits par Chabrol, s'adressant des reproches, prirent la résolution, pour montrer leur cou-