‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 20 sur 140 · D EE · texte numérisé non relu

D EE

rage, de se battre les uns contre les autres. Instruit de cette: circonstance, Dugommier semble d’abord vouloir les laisser faire; au moment où ils allaient en venir aux mains, on entend retentir le canon; puis, courant à eux : Camarades, leur crie le général, que faites-vous , n’entendez-vous pas le feu de l'ennemi? Marchons à lui! les deux troupeslesuivent, et il éteint leur ressentiment et leur colère dans des marches et des contre-marches.

Lorsque le baron de Clugny avait autorisé les officiers et soldats du régiment de la Guadeloupe à se rendre à la Martinique, il ne connaissait pas bien les événements accomplis dans cette colonie; mieux instruit par la lettre du vicomte de Damas et par d'autres détails qui lui étaient parvenus, il ne pouvait pas tolérer que la force armée de la Guadeloupe, dont la mission essentielle était de soutenir l'autorité, continuat à prêter son appui à la Martinique dans une révolte contre l'autorité. Il donna l’ordre aux compagnies parties pour Saint-Pierre de rentrer dans leur quartier. Après avoir reçu cet ordre, la troupe délibéra , et décida qu'elle ne quitterait la Martinique que lorsque la paix y serait rétablie!

“ Du Gros-Morne on envoya une députation à l'assemblée coloniale de la Guadeloupe. Là, Dugommier fut accusé de vouloir bouleverser les îles, afin d'arriver à s’en faire proclamer le dictateur. A cette accusation , un cri général d'indignation partit des poitrines de tous les patriotes des iles. Ceux de la Guadeloupe déclarèrent que jamais-ils ne sépareraient leur cause de celle de ce Lafayette des Iles-du-Vent. Ainsi ce colon devenait un drapeau. :

Cependant, pour faire cesser les troubles des Antilles, l'assemblée nationale, par son décret du 29 novembre 1790 ,'avait prié le roi d'y envoyer quatre commissaires.

Ces commissaires pouvaient se transporter ensemble ou séparément dans chacune des îles. Ils étaient chargés de prendre des informations sur les troubles, leurs circonstances et leurs causes, et de pourvoir au rétablissement de la tranquillité. Les troupes réglées, les milices, les gardes nationales, en un mot toutes les forces de terre et de mer étaient tenues d’obéir à leurs réqui-

sitions. Ils avaient le droit de suspendre les assemblées coloniales.

Ces commissaires, qui étaient MM. Lacoste, Magnitot, Mondenoix et Linger, arrivèrent au Fort-Royal le 12 mars 1791. ls étaient accompagnés de M. de Béhague, nommé gouverneur de la Martinique en remplacement de M. de Damas. |

Sur l’ordre qu’ils donnèrent à Dugommier, ce chef quitta la Martinique le 24 mars avec ses volontaires et les soldats du régiment de la Guadeloupe. Toute la population de Saint-Pierre l’accompagna jusqu'au lieu de l’'embarquement aux cris de vive Dugommier! La veille, en récompense des services par lui rendus à la colonie, les dames de la ville étaient venues lui faire agréer une épée, un ceinturon et un hausse-col.-Le ceinturon avait été brodé de leurs mains.

Dugommier était né à la Guadeloupe, dans le quartier des Trois-Rivières, en l’année 1756. Ainsi c’est à cinquante-cinq ans, à l’âge où d'ordinaire les hommes se retirent de la scène du monde , qu'il commença à s’y produire. Toutefois, ce n’était pas contre les planteurs de la Martinique qu'il faisait ses premières armes. Bien jeune, à dix-sept ans, il était entré au service dans la compagnie des cadets de Rochefort. Officier dans l'une des compagnies franches de la marine, en 1759, au siége de la Guadeloupe, et deux ans après, à celui de la Martinique, il s'était fait distinguer par sa bravoure et son intelligence de la guerre. Des grades dans la milice ét une croix de Saint-Louis avaient été sa récompense avant que la révolution n’éclatât.

On était convaincu qu’à la Martinique le parti de la campagne représentait l'aristocratie et les vieilles idées, et le parti des villes l'esprit de la révolution. Dugommier, ayant été au secours de celui-ci contre celui-là, se trouva placé éntre les aristocrates et les patriotes, prôoné, exalté ici, repoussé, honni là. Lui et ses volontaires furent recus à la Basse-Terre au milieu des fêtes que leur donnèrent la municipalité et tous les ah gt de la ville.

Les volontaires de Dugommier, pour se distinguer à se recon-

naître, portaient une médaille à la boutonnière. Un arrêté de

Page 1