COQUILLE DUGOMMIER
ONE EEE
Dugommier avait raison de craindre l'introduction du désordre sur son habitation par suite du caractère de son géreur; mais connaissant le citoyen Cauby, c'était faire un acte de peu de sagesse que de lui confier la direction d’un atelier. Il est vrai qu'il est des situations qui vous dominent : au moment de son départ pour la France, le vainqueur de Toulon n'aurait pas été libre de choisir pour géreur un homme qui ne füt pas patriote. Au lieu de planter des cannes, le citoyen Cauby s’occupait des droits de l’homme et des autres questions révolutionnaires à l'ordre du jour. Le plus grand désordre régnait sur l'habitation, et, selon la manière des patriotes d'entendre la liberté, Cauby voulait rester libre de perpétuer cet état de choses; il refusait au sieur Larriveau, mandataire de Dugommier, le droit de le renvoyer. Il fallut l'intervention de la justice pour le faire sortir de la propriété.
Délivré du citoyen Cauby, le sieur Larriveau eut l'embarras de M°"° Dugommier. Au départ de son mari, elle avait été demeurer à Sainte-Anne avec sa mère; mais apprenant la sortie du citoyen Cauby de l'habitation, elle s’y rendit. Cette dame avait le caractère le plus difficile. Aussi Dugommier s'était gardé de lui laisser sa procuration. \On a vu que, dans sa lettre au sieur Larriveau, parlant avec affection et tendresse de sa sœur et d’autres personnes, il ne dit pas un mot de sa femme. L’administration dela dame Dugommier était encore pire que celle du citoyen Cauby. Le désordre de l'atelier était complet. Le sieur Larriveau trouvait à vendre la propriété, mais l'acquéreur, M. Brindeau, ne voulait pas entrer en arrangement sans que, au préalable, M°° Dugommier fût hors de l'habitation. Connaissant la résolution du sieur Larriveau de la renvoyer, elle désorganisa tout, fit partir les nègres de l'atelier. Le sieur Castaing, nouveau géreur, recourut vainement à la mesure extrème de condamner la porte de sa chambre : elle s’établit dans le salon. Le sieur Larriveau fut obligé de transiger avec elle, de lui laisser distraire de l'habitation une certaine quantité d'esclaves, et de lui souscrire une rente annuelle de cinquante moëdes. L'obligation portait que c'était à condition qu'elle
n’habiterait pas le quartier des Trois-Rivières, et qu’elle irait demeurer à Sainte-Anne. Le sieur Larriveau devait, en outre, payer tous ses frais de déplacement. Le 11 avril 1792, elle lui écrivait : « Monsieur, le plaisir et la joie que vous avez de me « voir partir doivent vous engager à m'envoyer de l'argent le « plus promptement possible. Si je n’en reçois pas de suite, « je me rendrai chez moi et je n’en sortirai pas. « BOTTÉE DUGOMMIER. »
Rendue à Sainte-Anne, le 3 mai, elle lui mandait:
«© MonsIEUR, |
« Je suis à Sainte-Anne. Je vous prie de payer le capitaine « qui m'a apportée ici. C'est une dette que vous devez payer . « avec bien du plaisir. Je vous prie de m'envoyer de l’argent < pour ma pension. Je ne veux plus rester dorénavant sans le « SGu comme ci-devant.
« Je suis votre servante.