‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 21 sur 140 · MES HEAR · texte numérisé non relu

MES HEAR

l'assemblée coloniale défendit le port de cettemédaille. Pautrizel était maire : la municipalité se refusa à promulguer cet arrêté. Bien plus, elle autorisa les volontaires à rester armés et reconnut Dugommier pour leur chef. Voyant ce colon déjà entouré d'une garde de {rois cents hommes, connaissant l'enthousiasme qu'ilexcitait chez les patriotes et l'influence exercée par lui sur ceux des soldats du régiment de la Guadeloupe qui l'avaient suivi à la Martinique, le gouverneur et l’assemblée coloniale, à tort sans doute, craignaient qu’il ne se servit de ces soldats pour soulever le reste du régiment et pour se faire proclamer le chef de la colonie. Le dimanche 5 avril 4791, il se promena dans la ville, accompagné d’un grand nombre de ses volontaires, en uniforme et en armes, qui criaient Vive la nation! Vive Dugommier! L’alarme fut dans l’esprit de toutes les autorités. Comme on le vit se diriger du côté du fort Saint-Charles, on crut qu'il voulait s'en rendre maitre. On soupçonnait quelques sousofficiers et soldats de s'entendre avec lui pour pousser le régiment à la révolte. Le 6 avril, onze d’entre eux furent arrêtés, envoyés à la Pointe-à-Pitre et embarqués pour la France.

Dugommier avait le cœur trop haut placé pour rester en butte à de pareils soupçons. Brouillé avec tous ceux qui naguères avaient été ses amis, il se décida à quitter la colonie et à passer en France, acceptant la mission d’aller plaider la cause des patriotes de la Guadeloupe. Parti de la colonie en juillet, il n'arriva à Marseille que le 5 novembre. Le même jour il écrivit au sieur Larriveau. Les pensées d’un homme eomme Dugommier ne sont pas indifférentes. Voici sa lettre :

« Marseille, le 5 novembre 1791.

« Mon cHER MONSIEUR,

« Je vous envoie ci-inclus un bulletin qui vous mettra au fait « de mon départ, de ma traversée et de mon arrivée dans cette « ville. Il est donc inutile que j'ajoute rien à cet égard. Je vous « répèterai seulement que j'ai bien souffert de toutes manières. « Le retard de mon arrivée abrège la grande tournée que je me « proposais de faire dans les différentes places de commerce. « Je me rends tout de suite à Paris, où j'arriveraiencore à temps

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pour les intérêts de ma mission. Je m'étais flatté de trouver de vos nouvelles en France, après le long séjour que j'ai fait en mer. Er

« Les troubles de Saint-Domingue alarment tout notre commerce, et je ne suis pas sans inquiétude sur la Guadeloupe. Indépendamment du désordre général, je crains que la vivacité de mon géreur n’en ait occasionné de particuliers sur

l'habitation. Rassurez-moi promptement là-dessus, je vous :

prie. Les lettres que j'emporte pour Paris me donnent les plus grandes espérances pour l'emprunt en question. Aussi je vous fais d’instantes prières pour tâcher d’allonger la courroie jusqu’à ce que j'aie vérifié mon espoir. Je vous écrirai aussitôt mon arrivée à Paris. Adressez-moi vos léttres sous le couvert de M. Kertzem, maitre de l'hôtel des Milords, rue du Mail, à Paris.

« Les denrées coloniales sont à un prix fou. Quelques années de cette faveur me mettraient bientôt au large, avec votre bonne administration. Combien de fois n'’ai-je pas dissipé les inquiétudes de l'éloignement par la confiance que je vous dois! Je vous prie donc de vouloir bien me continuer vos bons offices, malgré le dégoüt que peut vous donner Pétat malheureux de mes affaires. Je recommande à vos bontés mon atelier, et particulièrement la famille de Bibiane et la

pauvre Luce, qui nous ont toujours donné les plus grands

témoignages de fidélité et d’attachement.

« Mandez-moi, je vous prie, la situation de ma chère sœur. Soulagez-la, en grace, en tout ce qui dépendra de vous. Dans

* les rapports d’intérèts qui existent ou qui ont pu exister entre

elle et moi, traitez-la comme je voudrais être traité, et surtout comme je l’aime.

« Simon frère n’est plus à la Guadeloupe, remettez, je vous prie, sa lettre à ma sœur. Adieu, mon cher Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que votre très: estimable petite, et suis tout à vous.

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