COQUILLE
Dugommier avait de la fortune. Il possédait dans le quartier des Trois-Rivières une fort belle habitation-sucrerie, à laquelle était jointe une caféière; il était encore propriétaire d’une maison à la Pointe-à-Pitre. Une autre grande propriété, située
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dans les environs de la Basse-Terre , au lieu dit le Gommier, ui avait appartenu ; il n’y avait pas longtemps qu'il l’avait vendue. C'était même à cette dernière propriété qu'il devait son nom. Dugommier était done un homme riche. Mais depuis la révolution d’autres soins l’avaient détourné de ses intérêtsmatériels, et il avait des dettes. De tousses créanciers, celui qui se montrait le plus exigeant était M. de Ceris, et c’était pour le désintéresser que Dugommier, tant par lui-même que par son mandataire, frappait à toutes les portes.
Nous avons vu que le frère de Dugommier était disposé à supposer que, si des poursuites étaient exercées contre celui-ci, ce n’était que dans l'intention de le punir de sa conduite dans les troubles de la Martinique et de la Guadeloupe; les patriotes, eux, en étaient convaineus, etils ne demeuraient pas impassibles et froids. Un créancier ne pouvait se remuer sans recevoir à l'instant les lettres anonymes les plus menacantes : dans ces lettres ou l’avertissait que s’il ne cessait ses poursuites, ce à quoi il devait s’attendre n’était pas un paiement, mais une ruine, parce que les amis de Dugommier étaient bien déterminés à ne reculer devant aucun moyen; qu’ils se saisiraient également du fer et de latorche pour combattre les ennemis du grand patriote.
À Paris, Dugommier s'était lié avec les hommes dont l’opinion était tout ce qu’il y avait de plus avancé dans la révolution : la grande puissance du jour, Marat, le soutenait de sa protection. Cependant il était dans un grand dénüment : nommé général, et s'agissant pour lui d'aller se mettre à la tête de l’armée de Toulon, les ressources lui manquaient pour acheter ses équipages de campagne : il fut contraint de solliciter auprès de la Convention un secours de mille écus. :
Marat mort, mais devenu dieu, les sans-culottes se rappelant l'appui qu'il prêtait à Dugommier, faisaient gloire à l'ami du peuple de la prise de Toulon. Levasseur, aux Jacobins, fit un discours dans lequel il établit que Marat avait nécessairement une part dans la défaite des Anglais, puisque c'était lui qui avait défendu Dugommier et qui l’avait placé dans le poste qu’il occupait. SejtE
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Quelques généraux républicains ont terni leur gloire en présidant, après la victoire, à des hécatombes de français; Dusommier, du moins, resta étranger aux massacres qui suivirent la reddition de Toulon.
Dugommier, après la fuite des Anglais, erut sa mission Ho général accomplie; voulant encore servir sa patrie, il se disposait à se rendre à la Convention, où l’envoyaient les patriotes de la Martinique, dans les circonstances que nous ferons connaître plus tard : qu'aurait-il fait dans cette officine de la mort où il fallait tuer pour n'être pas tué! Nous aimons à penser, pour sa gloire, qu'il aurait été grossir la phalange de ceux qui voulaient laisser la guillotine sans fonctions. Mais c’eüt été une épreuve. Très-heureusement pour lui, le comité de salut public lui fit savoir que, pour le moment, la France avait plus besoin de son bras que de sa parole. Alors, du quartier général du port de la Montagne, à la date du 45 janvier 1794, il écrivit à la Convention la lettre suivante :
« J’allais me rendre à la Convention, pour y prendre h place « où m'appelle le suffrage de mes concitoyens, lorsque je reçus « un ordre du comité de salut public de passer à l’armée des « Pyrénées orientales, pour en prendre le commandement « par intérim, pendant la maladie de Doppet....... »
Nous ne le suivrons pas dans sa campagne des Pyrénées, dans laquelle, après avoir remporté sur les Espagnols plusieurs avantages signalés, il périt de la mort des braves, le 18 novembre 4794, surle champ de bataille d'Ascola, après avoir mis les ennemis eu fuite.
Quelques jours avant sa mort, le 8 novembre, il écrivait au citoyen Félix, alors à Paris: « ..... J'étais déjà instruit des « malheurs qui vous ont affligés dans les colonies, et j'en ai « gémi. Plus d’une fois j'ai souhaité pouvoir vous presser tous « contre mon cœur. ..... »
Tandis que Dugommier illustrait contre l'Espagne les armes de la république, la veuve du brave général, jetée dans un cachot de la geôle de la Basse-Terre, alors sous la domination britannique, ne pouvait communiquer avec les personnes du
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dehors que sur un ordre de l'administrateur général. Le sieur Larriveau, mandataire de son mari, pour pénétrer jusqu à elle, eut besoin du laissez-passer suivant :
« Je prie monsieur le prévôt de laisser communiquer M. Lar- « riveau avec M”° Dugommier, détenue dans la geôle.
« Basse-Terre, le 30 août 1794.
« L'administrateur général, « CLAIRFONTAINE. »
Dugommier avait bien mérité de la patrie. Le 24 août 1795, la Convention nationale, sur le rapport du comité de salut public, prenait le décret suivant :
« ARTICLE 4%. À dater du jour de la mort du général Du- « gommier, il est accordé à la citoyenne Dugommier, sa veuve,
« une pension annuelle de trois mille livres, qui lui sera payée « de six en six mois par la trésorerie nationale, sur la simple” « présentation de son certificat de vie et du brevet de pension « qui lui sera expédié, à cet effet, par la commission des «< armées, et confirmé par le conseil exécutif.
« ART. 2. Le comité de salut public est chargé de prendre « tous les moyens d'opérer, sans délai, l'échange du fils aîné « du général Dugommier, actuellement prisonnier en Angle- « terre, ainsi que de pourvoir à son avancement militaire et à « celui de ses deux frères, présentement au service de la < république.
« Arr. 3. À dater du jour de la mort du général Dugommier, « il est accordé une pension annuelle de quinze cents livres, « payable de six mois en six mois, à chacun de ses enfants dé- « nommés ci-après, savoir :
« À la citoyenne Justine Dugommier;
« A la citoyenne Augustine Dugommier;
« Au citoyen Adonis Dugommier.
« Le brevet leur en sera expédié par la commission de « secours, et confirmé par le conseil exécutif.
« ART. 4. Le comité de salut public est chargé de pourvoir « aux moyens et aux frais nécessaires pour la traversée du ci-
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« toyen Dugommier, chef de bataillon, jusqu'a la Guadeloupe, « où sa mère, veuve du général Dugommier, est réfugiée. »
La noblesse avait été abolie, et la Convention la proscrivait : n'était-ce pas la reconstituer que de vouloir que les fils fussent récompensés à çause des mérites du père?
Pour ne pas interrompre les faits qui concernaient Dugommier, nous nous sommes avancé dans les temps, laissant à l'écart les événements qui s’accomplissaient dans la colonie. Nous allons les reprendre dans les chapitres suivants.
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