‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 77 sur 140 · NS ONE · texte numérisé non relu

NS ONE

À la première représentation de Caïus Gracchus, par Joseph Chénier, le conventionnel Albitte se récria à cet hémistiche : « Des lois, et non du sang. » Interrompant l'acteur, il osa ordonner qu'on intervertit l'ordre des paroles du vers. Ce que voulait Albitte, c'était du sang, et non des lois.

On aurait dit que le gouvernement, semblable aux bouchers des grandes cités, se croyait tenu, par Fouquier-Tinville, de livrer à ses pratiques tant de têles par jour. A défaut d’un autre aliment, on nourrissait l'instrument de mortavec des charretées de jeunes filles, de vieillards, ou de religieuses. Malgré l’étonpante activité de la guillotine, un moment vint où on l’accusa de paresse. Alors, à Lyon, on inventa les mitraillades. Collotd'Herboïs parait de sang-froid en rendant compte de ses travaux. « L’instrument ordinaire de mort, dit-il, n’agissait point assez « vite, le marteau ne démolissait que lentement. La mitraille « a détruit les hommes, la mine a détruit les édifices. » Ce conventionnel pouvait ensuite émettre naturellement cette pensée sanguinaire : « J1 faut faire éprouver au corps politique « la sueur immonde dé l'aristocratie; plus il aura transpiré et « mieuxil se portera. »

À Nantes, ce furent ces grands bateaux à soupapes, à “ ie desquels on faisait périr, par centaines et d’un seul coup, des prêtres, des vieillards, des jeunes filles, des femmes enceintes, des enfants. Carrier appelait cela, gaiment, des déportations . vérticales, Le fait de dépouiller de leurs habits des jeunes gens et des jeunes filles, ou des vieillards et des vieilles femmes, de les attacher dos-à-dos et de les jeter dans la Loire, était dit des mariages républicains. En voyant le fleuve HS rier tant de cadavres, le cœur du montagnard se dilatait, et il écrivait à la Convention : « Quel torrent révolutionnaire que cette Loire! » Il ne nous est pas donné de connaître au juste le régime auquel les san$-culottes voulaient soumettre La nation. C'était leur secret. Carrier écrivait : « Nous ferons un cimetière de la « France plutôt que de ne pas la régénérer comme nous l’en- « tendons. »

On raillait les victimes. Une détenue, la dame Mallet, dont

le seul crime était d’être riche, se plaint à un membre du

comité d’un violent mal de gorge. Le fonctionnaire lui répond : :

« Bon, ce n'est rien; la guillotine guérira tout cela. » A

d’autres détenus on disait : « Il ne s’agit que de vous envoyer -

« divorcer. avec vos têtes par le ministère de dame guillo- « tine. ».

On commettait le sacrilége d'associer des idées bouffonnes aux choses qui, dans tous les temps et chez tous les peuples, commandent le respect, nous voulons dire la religion et la mort. L'un des exécuteurs de Lyon, Baigne, un homme qui pensait faire l'office de juge, écrivait : « Le tribunal révolu- « tionnaire est dans toute sa vigueur, rien n’échappe à sa sur- « veillance; chaque jour la terre de la liberté se purge de « brigands; dix membres de la municipalité ont eu la tête « tranchée sur la place où devaient reposer les cendres du « vertueux Challier. On a célébré avant-hier une fête en son « honneur : la cérémonie fut auguste, et le fanatisme terrassé : « le plus beau personnage était un âne décoré de tous les har- « nais pontificaux; il portait mitre sur la tête. Si M. Lamou- « rette l’eût vu dans cet attirail, il n'aurait pu se refuser à -« dire que le nouvel évèque imitait, on ne peut mieux, la « majesté épiscopale... Depuis trois jours, nous avons fait « tomber vingt et une têtes par la guillotine, sans compter les + fusillades journalières, tous officiers municipaux et admi- « nistrateurs du département; bientôt il ne restera pu de « traces de cette engeance perfide. »

La fureur de détruire les hommes n’était surpassée que par la fureur de détruire les chôses. Rien n’était épargné : ni monuments, ni statues, ni médailles, ni manuscrits, ni vases

sacrés ou antiques. Les tombeaux même ne purent échapper à cette proscription. C’est au nom de la liberté et en vertu d’un

décret de la Convention que les sépulcres de Saint-Denis'avaient. été ouverts, et les cendres qu'ils renfermaient soumises à la plus dégoütante profanation.

Sous les motifs les plus frivoles, des cités entières cessèreni

d'exister. Toute la France avait été couverte d'arbres de liberté.

D as, +

Dans la ville de Bedouin, pendant une nuit obscure et dans un lieu écarté, l’un de ces arbres fut coupé. Quels étaient les autéurs de ce grand attentat? Devait-on les aller chercher dans cette partie de la population qui, par ce fait, aurait été certaine de faire naître contre elle le prétexte d’une persécution? Les auteurs de la profanation étaient-ils parmi ces hommes paisibles qui fuyaient l'éclat et recherchaient l'oubli afin de pouvoir vivre, ou bien parmi ceux qui avaient un intérêt opposé, celui, par exemple, de provoquer un mouvement de révolte, afin d’avoir une occasion de mettre en pratique le décret proposé par les freres et amis de Sedan? Pour Maignet, conventionnel en mission, la chose ne présenta pas un doute. Il jugea que le délit ne pouvait avoir été commis que par ceux qui avaient intérêt à ne pas le commettre. En conséquence, vingt-quatre heures furent données aux propriétaires pour livrer les coupables. À moins que les malheureux habitants ne se fussent entendus pour perdre un innocent, ils ne pouvaient obéir à l’ordre du maitre : ils ne connaissaient point l’auteur du crime. Les vingt-quatre heures écoulées, Maignet décrète le pillage; puis il fait apporter des torches et l'incendie s’allume. Maignet regarde. Lorsqu'il n’aperçoit plus que des cendres, il fait disperser les habitants qu’il ne destine pas à la guillotine. Là où fut Bedouin on planta des poteaux sur lesquels se lisait la défense d'en approcher. Cette cité eut un nouveau nom : on l'appel Bedouin l’Anéanti.

La décence dans la manière de se vêtir était un signe d’aristocratie. On n'aimait pas la patrie, si l'on n’était débraillé et coiffé d’un ignoble bonnet rouge. Afin de le marier au costume, on avait dépouillé le langage de toute pudicité. On applaudis- . sait'au misérable Hébert, salissant de sa parole la reine Marie- Antoinette, cette grande infortune, qui, à défaut de tout autre sentiment, aurait dû inspirer respect et a: On lisait dans le journal du Père Duchène :

« Je viens de faire une ronde dans les prisons. J'y ai passé __« en revue tous les j..…..… f.....: qui sifflent la linotte. Je ne « m’arrôtai pas longtemps avec tous ces brigands, — les giron-

Le]

dins, — leur présence m'inspirait trop d'horreur. Chemin

faisant, je donnai un coup de pied à la conciergerie, pour

rendre visite à la veuve Capet. Je trouvai la 5... aussi insolente que de coutume. — Tu as beau jurer et te débaptiser,

vieux marchand de fourneaux, me dit-elle, je ne serai pas

raccourtie ; j'ai des amis partout , et dans la Convention même; ils ont la patte graissée pour allonger la courroie et pour m'ouvrir, un beau matin, les portes de cette prison. — Oh! je n’en doute pas, coquine, mais le peuple est là. Il faudra bien passer par où il voudra, car c’est le souverain, c’est le maitre; ce n’est que quand il dort qu’on peut se f..... de lui! Ton gros €... avait aussi de bons amis dans la Convention, il n’en as pas moins joué à la main chaude; tu essayeras aussi de la cravate, f..... (1).

Quelques semaines après, des hommes avaient parcouru les

rues de Paris en tenant un papier imprimé qu’ils agitaient, en criant : La plus grande joie de toutes les joies du Pere Duchène!

Ces hommes étaient les porteurs de la feuille d’'Hébert; ce

papier, le journal, et la plus grande des joies du Pere Duchéne,

‘le supplice de la reine, raconté dans les termes que voici :

« J'ai vu tomber dans le sac la tête de Vefo femelle. Je voudrais, f....., pouvoir vous exprimer la satisfaction des sansculottes, quand l’archi-tigresse a traversé Paris dans la voiture à trente-six portières. Ses beaux chevaux blancs, si bien panachés, si bien enharnachés, ne la conduisaient pas, mais deux rossinantes étaient attelées au vis-à-vis de maître Samson, et elles paraissaient si satisfaites de contribuer à la délivrance de la République, qu’elles semblaient avoir envie de galoper pour arriver plus tôt au lieu fatal. La g....., au. | surplus, a été audacieuse et insolente jusqu’au bout. Cependant, les jambes lui ont manqué au moment de faire la bascule pour jouer à la main chaude, dans la crainte, sans doute, de trouver, après sa mort, un supplice plus terrible

(1) Les mots rapportés ici avec une lettre initiale sont écrits en toutes

lettres dans le journal d’Hébert.

« que celui qu'elle allait subir. Sa tête maudite fut enfin séparée « de son col de grue, et l’air retentissait des cris de Vive la « République! ».

Hébert! quelle ignoble figure, même parmi tant d’autres dont on se détourne avec effroi et dégoût. C’est lui qui osa suggérer sur une mère et sur son fils, âgé de sept ans, cette déposition qu’on ne peut lire sans sentir un frisson vous parcourir tout le corps.

Tout s’harmonise dans une société. Le langage d’'Hébert étant approuvé, il était naturel de donner pour juges à une reine de France : un perruquier, un peintre, un menuisier et un recors. 7

Les clubs, qui pourtant avaient provoqué ou approuvé toutes les mesures les plus violentes de la révolution; les clubs, dont l’un des chefs, le président de la société des-Jacobins, disait, à l’époque du jugement de Louis XVI : « Je suis en insurrec- « tion; j'assassine le premier rolandiste, feuillant, brissotin « qui vote pour l'appel au peuple, » — les clubs, dans le sein desquels il s’était trouvé un membre capable de proposer ce moyen simple de se débarrasser des girondins, à savoir : de les enlever, de les transporter dans une maison du faubourg et de les égorger, puis de supposer des lettres pour faire croire à leur émigration ; ces sociétés monstrueuses, instruments de pillage et de meurtres, avaient été jugées au-dessous de leur mission révolutionnaire ; elles venaient d’être régénérées, régénérées à ce point que celle d’Angoulème avait acquis le style et l'orthographe dont voici un échantillon :

« La société populaire régénérée d'Angoulême à ses frères « composant celle de Mexent :

« L'opinion de tous les républicains est uniforme. Nous « aussi, frères et amis, nous avons signalé la contenance de « l’arristocralie, la notre s'est élevée au fermometre des cir- « constances, et notre amour pour la patrie nous a bien vite « fait allumer les reverberres de la surveillance sans-culotide. »

Quant à la moralité des clubs régénérés, elle se révèle dans la proposition de Dubois Crancé faite aux Jacobins : de ne

maintenir ni d'élire aucun membre qui n’aurait pas des titres pour être pendu, dans l'hypothèse d’une contre-révolution.

Le beau idéal de la doctrine avait été établi à Dijon. Là, les

montagnards, maitres de la municipalité, du comité révolutionnaire et de la Société populaire, s’étaient embrigadés sous le nom d’armée révolutionnaire. A ce titre, ils forçaient la commune à leur payer une solde. Ayant la force et le pouvoir, ils se livraient à tous les brigandages, puis dissipaient dans des orgies, où il n’était permis de boire que dans des calices, le fruit de leurs rapines.

Tel était le gouvernement de la France. On y avait été conduit par ce désir insatiable de domination et de richesse placé dans ie cœur de tous hommes, et, ce désir satisfait, par la crainte de se voir ravir, par de nouveaux venus, une position acquise. On aura beau, par une habile phraséologie, masquer l'intention et le but, au fond de toute révolution on trouvera une substitution. Les noms changent, mais les choses restent. N'est-ce pas pour se délivrer de la tyrannie d’un seul que la royauté avait été abolie? La royauté abolie, que se passe-t-il? la Convention s'empare de la dictature. Cette dictature qu'elle s'était arrogée sur la France, douze membres, sous le nom de comité de salut public, se l’arrogent sur l'assemblée, puis un seul prend sur les douze l'autorité qu'ils avaient prise sur l’assemblée et que celle-ci exerçait sur l'empire. Ainsi, pour détruire le despotisme, et faire disparaitre le pouvoir d’un seul, on avait ruiné la France et versé des flots de sang : en réalité, qu’avait-on mis à la place de ce qui avait été détruit?Mle pouvoir d’un seul et le despotisme le plus effroyable dont il ait été oui parler! À l'aristocratie des grands feudataires du

royaume avait succédé l'aristocratie des sans-culottes. Entre

les deux aristocraties, il n’y avait de différence que dans l'éducation et les manières. La nouvelle était aussi jalouse de ses droits que l’ancienne;-elle ne souffrait pas plus de voir accorder des emplois à des personnes qui lui étaient étrangères que l’ancienne n’eût toléré dans son ordre le non-possesseur d'un fief, Il y avait même orgueil, même outrecuidance. Marat

avait autant et plus de vanité que le plus vaniteux descendant du premier baron chrétien. Dans l’ancien ordre des choses, ce n’était pas le mérite qui était. consulté pour faire revêtir des plus hautes dignités, mais le nombre des quartiers de noblesse ; dans le nouveau, le sans-culottisme tenait lieu de tout. La domination avait été déplacée, transportée de la tête de.ceux-ci sur la tête de ceux-là; mais le peuple, quel fruit avait-il tiré de tant de sang répandu ? que lui était-il revenu de ce grand dépôt d’or, d'argent, d’argenterie, de bijoux, d'objets précieux fait à la commune de Paris? Dans la dépouille des temples, dans. le pillage des châteaux, dans l'immense confiscation des biens des suppliciés, et dans l’émission de 45 milliards 500 millions d’assignats, quelle fut la part du péuple? — Après les massacres de septembre, Re MArennes fit compter à chaque égorgeur 24 livres!

» On ne pouvait parvenir à la conquête des positions convoitées qu'en s'appuyant sur la multitude. Il fallait donc flatter ses instincts, afin de l’entraîner et de marcher à sa tête. Mais durant cette tactique, d’autres, également ambitieux, mus par la même convoitise, venaient derrière, impatients d'atteindre, de passer même ceux qui déjà étaient devant. Dans cette situation, les seconds devaient offrir plus que les premiers. Ceux-ci, pour ne pas se laisser distancer, étaient amenés à promettre divan tage; de concession en toncession, de promesse en promesse, on arriva, par cette espèce d’enchère, du grand et beau mouvement de 89, à la monstruosité politique et civile désignée sous le nom d'époque de 93.

C’est ainsi que lorsqu'un conventionnel demandait que les nobles et les prêtres qui ne résidaient point dans leur municipalité fussent tenus pour suspects, tout aussitôt un autre se levait pour demander que l’on mit également au rang des suspects : « les boutiquiers, les gros commerçants, les agioteurs, « les ci-devant procureurs, huissiers, les valets insolents, les « intendants et hommes d’affaires, les gros rentiers; les chi- « caneurs par essence, profession, éducation, tous gens na- © furellement plus ennemis de la liberté que les nobles et les

La

« prêtres. » C’est ainsi encore que, parce que des citoyens de Nevers auront eu l’idée d’entrer à la Convention, portant dans leurs mains de grandes croix d’or, des mitres et des images de saints, d’autres citoyens de la section de Gravilliers, voudront s’y présenter processionnellement, affublés d’habits pontificaux, ridiculisant les choses du sacerdoce, sans se soucier du spectacle qu’ils vont donner à la France et au monde, - d'une nation en délire, applaudie par ses législateurs. C’est le Moniteur qui parle ::

« La section de Gravilliers est introduite : à sa tête marche « une troupe d'hommes revêtus d’habits sacerdotaux et pontiti- « caux : la musique sonne l'air de la carmagnole et celui de « Malborougkh s’en va-t-en querre. On apporte des bannières, « des croix, et à l'instant où le dais entre, on joue l’air :, 44 « Le bel oiseau! Tous les citoyens de cette section se dépouillent « à la fois, et, de dessous les travestissements du fanatisme, on « voit sortir des défenseurs de la patrie, couverts de l'uniforme « national. Chacun jette le vêtement qu’il vient d’ôter, et l’on « voit sauter en l’air les étoles, les mitres, les chasubles, les « dalmatiques, au bruit des instruments et aux cris répétés de

« Vive la liberté! Vive la République? »

Que si, à la Convention, on voulait, pour faire acte d'égalité absolue, que le valet tutoyât son. maître la commune de Paris, pour ne pas être en reste, décrétait un pain d'égalité, avec . défense aux boulangers d’en faire un autre; sous peine d’amende et de prison. Marchant toujours, elle arriva à cette arrèté : « Le département est invité à faire abattre les clochers, qui, « par leur domination sur les autres édifices, semblent con-

« trarier les principes d'égalité. » Cette même commune ayant”

frappé de proscription les rerruques noires à la jacobite, la société des hommes révolutionnairs du 10 août demanda « de « chasser de tous les emplois de la Répubiique ceux qui porte-

« raient de grosses cravates, des rubans noirs en banderolles”

« au chapeau, et le sabre trainant. » Rendu là on ne s’arrète plus, le délire monte au cerveau, le fanatisme se produit, et l'on voit des hommes venir proposer sérieusement de sauver

du MS à. ns

és dut en +

le bonnet rouge de la profanantion, en l'interdisant à tous les citoyens qui n’appartiendraient point à une autorité constituée.

Or, toutes ces choses, et d’autres tout aussi étranges, tout aussi incroyables, commandaient le respect et l'admiration des sans-culottes et des jacobins. 11 fallait les adopter sans réserve, sous peine de n’être pas sans-culotte et de cesser de faire partie de l'aristocratie nouvelle. Victor Hugues, étant un excellent jacobin, voudra transplanter à la Guadeloupe les principes sùr lesquels les frères de la métropole entendaient élever l’édifice de la nouvelle société ; il le pourra d'autant mieux que, libre dans ses mouvements, n'étant retenu par aucun obstacle, sa volonté toute’seule sera la loi. Les tigres de France pouvaient trouver un frein dans la crainte d’être dévorés par d’autres bêtes féroces comme eux; mais Victor Hugues, à quinze cents lieues de ses semblables , seul de son espèce dans la colonie, pourra égorger sans crainte d’être égorgé à son tour. Un jour viendra où privé de la lumière, n’étant distrait par aucun objet extérieur, tout concentré dans sa pensée, il aura le loisir HÉRNRE son

passé : aura-t-il un remords ?

Mais, depuis le départ de Victor Hugues pour la colonie, les temps étaient changés. Les montagnards étaient tombés les uns sur les autres, en se reprochant leurs fureurs et leurs crimes.

C'était fatal. Les choses avaient été conduites à ce point que souhaitait Saint-Just : « un mal général assez grand pour que « l’opinion éprouve le besoin de mesures propres à faire le « bien, » en termes plus clairs, pour que la nation, fatiguée d’excès, se jetât dans les bras du triumvirat Robespierre, Couthon et Saint-Just. Mais la Providence, qui dérange les calculs humains, avait voulu que le triumvirat travaillât pour d’autres. Tant que l’on ne s'était attaqué qu’aux nobles, aux prêtres et

aux riches, la masse du peuple était restée en quelque sorte

indifférente : elle semblait ne pas voir de cruelles souffrances, de révoltantes iniquités qu’elle supposait ne pouvoir jamais descendre jusqu’à elle. Mais la mine des châteaux et des couvents s’épuisant, un regard de convoitise se porta plus bas. L'épuration des administrations et des clubs indiquait déjà à

quelle classe de citoyens on allait désormais s'adresser. Ceux qui s'étaient crus à l’abri commencèrent à craindre. On ne voulut plus d’une guillotine qui menaçait les têtes les moins élevées, ni d’une confiscation qui convoitait les patrimoines ‘les plus humbles. Et puis, ceux des sans-culottes qui étaient déjà habillés redoutaient d’être dépouillés à leur tour par ceux qui ne l’étaient pas encore. Il fallait s'arrêter ou tourner dans un cercle sans fin où ceux qui ne possédaient point auraient incessamment dépouillé ceux qui possédaient. Exemple : Fouché (de Nantes) d’abord sans-culotte, recueillant tout l'or contenu dans le sang qu’il fit répandre, étant arrivé à amasser des millions, aurait été nécessairement considéré par les nouveaux sans-culottes comme un riche à dépouiller, et ainsi des autres. Aussi tout d’une voix on se prit à crier : assez de sang! À cet indice, les hommes du pouvoir, également souillés des plus grands forfaits, comprirent qu’ils ne pourraient s’y maintenir qu’en suivant une aütre route. Leur parti fut aussitôt pris : celui d’accuser leurs rivaux de tous les crimes commis, et d’annoncer à la nation le dessein arrêté de mettre un terme à tant d'horreurs. Robespierre lui-même, qui, tout récemment, avait fait envoyer Danton à l’échafaud pour crime de modération, allait devenir modéré. Encore quelques têtes qui le génaient, et il entrait dans la voie de la clémence. Ses adversaires, devinant ses desseins, comprirent qu'il n’y avait de salut pour eux qu’en arrivant les premiers sur le terrain de la modération. C'est Tallien, le proconsul de Bordeaux, Billaud-Varennes, le héros de septembre, et Collot d’Herbois, l'inventeur des mitraillades de Lyon, qui accuseront les Robespierre, les Saint- Just et les Couthon de trop d’excès! Mais la France, lasse de terreur, de sang et de pillage, suivit les premiers hommes qui parlèrent d'en arrêter le cours. Robespierre ayait autant de titres que Tallien, pour jouer le rôle que s’attribua celui-ci: Quoiqu’ il en soit, c’est sous l'influence d’une pensée de clé" mence que s accomplit le 9 thermidor. Aussi, vit-on immé= diatement le tribunal révolutionnaire suspendu, la loi du 221 prairial rapportée, les agents du meurtre arrêtés et poursuivis:

Or, c'est tandis qu'en France on se livrait à la joie la plus expansive, que l'ivresse causée par les événements était générale, que les prisons se vidaient, que partout l'espérance de jours meilleurs renaissait, que la guillotine enfin allait chômer; c’est pendant ce même temps que la terreur s’organisera à la Guadeloupe, et que l'instrument de mort sera employé comme moyen gouvernemental. C’est que Victor Hugues, encore sansculottes, avait besoin, pour se vêtir, de maintenir la terreur. Plus tard, il se montrera aussi modéré que Tallien; il servira le héros des pyramides avec le même zèle que Fouché (de Nantes). Il ne reculera même pas devant la mission de rétablir l'esclavage à la Guyane! |

“ ' z CURE \ \ nt s .

NX } “ LA

se | Le a ‘ PARCS

HG es an sie run #4 4 HAS We te ME TRE AT (172 #0 re Ûk bee sou: nu} DE

HS bre à ur à ch

x E L y IS re RTS NT , 4 LS 18.9 | ge 4 \ 1 " (LEGRA L rd 4 = n se + Lis] » L Û # rites ART Terre 7 | f # tt Ce TNT ke L ter à ÉLRSN DE RÈ Lx 4 Ù ‘ | - “ pi . Ë "3 ‘ » he NT /% L s TR < 4 F S mn ARE .. Ho LA ? 22 | à à is + 4 \: - s Ur . È 41 UE : ali) 1 « F ’ rl r - ” | | E s 534 TA = È \ # 2e x ; 1 à Fe ‘ce # 4 : L : F1 HA r € k LA ; ‘ ? } à v À à \ LS 3 AMOR e Se Cl : ‘50 \#: Mr. 1 è s “ ; 3 LH +7. . , : + . 0 (e 4 £' ty 1 1 Va ; L 4 /

: + ‘ AE x 20 1

Page 1