‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 97 sur 140 · IL : s · texte numérisé non relu

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encore de faire guillotiner en remplissant le rôle de dénonciateur. C'était toujours cela. Mais lorsque le chaos se débrouillera, que le sens moral commencera à exercer son empire; qu’à l’idée démagogique succédera une pensée d’ordre, de bienséance et de respect humain, l’armée s’indignera de compter un bourreau dans ses rangs; elle demandera son expulsion, et Ance sera chassé. Qu'il s'éloigne, afin que nous n’ayons plus à nous en occuper.

Goyrand avait de l'intelligence, du courage et de la fermeté. Un homme de ce caractère'aurait réclamé sa part d'autorité, et pouvait être un embarras pour Victor Hugues, qui voulait garder pour lui seul la toute-puissance. Aussi Hugues s’empressa-t-il de l’éloigner en lui persuadant d'aller cueillir à Sainte-Lucie la gloire que lui-même avait récoltée à la Guadeloupe. Il se débarassa ainsi et de Goyrand et d’une partie des hommes turbulents de la force armée, qu’il eut le soin de comprendre dans l'expédition. |

Bien que les Anglais eussent fait la conquête de Sainte-Lucie, les Français y avaient conservé un parti, qui se maintenait à l’aide de la guerre des bois. Kermené et Sabathier Saint-André étaient à la tête de ce parti. Le reste de l’ile, déjà travaillé du temps de Lacrosse, excité par les émissaires de Victor Hugues, ne demandait qu’à se soulever. Goyrand part du port de la Pointe-à-Pitre avec des troupes. Parmi les officiers qui l'accompagnent on remarque Pélage. Trompant la vigilance des croiseurs ennemis, Goyrand aborde Sainte-Lucie; sa présence

électrise, soulève toute l’ile. Profitant de l’enthousiasme, il .

attaque l’ennemi, le bat après lui avoir mis hors de combat 700 hommes, et le contraint de s’enfermer dans le fort du Morne-Fortuné. Ce brillant fait d’armes eut lieu le 22 avril

« ou m'indiquer qui pourroit me le preparer tu me ferois plaisir. Je pré- « sume qu’il ne mastreindra a aucun regime. Adieu amitiés a ta femme. « LEBAS. »

L'auteur de cette lettre pouvait, si cela lui plaisait, vous envoyer à la M

mort : sa volonté était la loi !

Les Anglais, après avoir soutenu dans le Morne-Fortuné un siége de deux mois, s'embarquèrent sur leurs vaisseaux, dans la nuit du 48 au 19 juin. Par cette fuite de l'ennemi, l’île tout entière passa sous la domination de la République. Les limites dans lesquelles nous voulons nous renfermer ne nous permet: tent point de suivre Goyrand dans son administration, qui ne fut pas noyée de sang, comme celle de son collègue Victor Hugues. |

Saint-Eustache et Saint-Martin furent également enlevés aux . Anglais. ,

Pendant le même temps, les émissaires de Victor Hugues tentaient de révolutionner les autres îles. Leurs tentatives ne furent point toujours heureuses. Fourne jeune et Tiberge, envoyés à la Martinique, descendent sur l'habitation de Philippeaux. Là, ils trouvent un gardien qyi a l'air de se charger volontiers de leurs lettres, moyennant une récompense; mais au lieu d’aller les remettre à leur adresse, il court les porter à son maître. Philippeaux avait horreur de la révolution. L'éveil est donné. On se saisit des émissaires, qui sont fusillés.

* Sur les assurances que donnèrent Gardier et Montal que les voies avaient été préparées par eux à la Dominique, Victor Hugués y fit passer le citoyen Carreau, créé lieutenant-colonel pour l’expédition. Carreau était accompagné de deux compaËnies, l’uné commandée par Delpi et l’autre par Fleur-d'Orange. Le chef de l'expédition n’avait pas reçu, avec les épaulettes de lieutenant-colonel, des talents militaires. Débarqué à la bominique, il temba dans un piége et fut fait prisonnier ainsi que sa troupe. Le vénérable M. Duperron, qui devint plus tard chef de bataillon, et que la Basse-Terre voit, depuis plus de trente ans, assis le soir sur le même banc du Cours-Nolivos, était au nombre des prisonniers. Quant aux deux missionnaires, on leur éleva une potence.

Les hommes de 95, tout en faisant parade de sentiments de fraternité universelle, professaient contre certains peuples, et surtout contre les Anglais, une haine furieuse. On connait cette proclamation de la Convention du 26 mars 1794, adressée aux

armées républicaines : « Quand la victoire vous présentera des « Anglais ou des Hanovriens, frappez! Il ne doit en revenir « aucun ni sur les terres liberticides de la Grande-Bretagne «< ni sur le sol de la France! Que les esclaves anglais périssent,. « et l’Europe sera libre! »

Victor Hugues, sous le rapport de la haïne contre les Anglais, ne le cédait à aucun autre jacobin. A l’aide de ses émissaires, ayant soulevé les Caraïbes et les mauvais sujets de Saint-Vincent, le 15 mars 1795, de concert avec ses deux collègues, il écrivait à un nommé Toraille, capitaine d'occasion :

© « Nous joignons ici la commission de capitaine et une de | « lieutenant pour Mathieu Michel, ci-devant officier municipal.

« Nous attendons tout de votre courage et de votre union « avec nos frères les Caraïbes pour tomber sur les Anglais de « Saint-Vincent ef les exterminer. Rappelez-vous l’atrocité de,

« leur conduite, et ne les épargnez pas.

« Dites à notre frère le général Chatouillet que la nation « française lui rendra à Jui et à sa nation les terres que les « Anglais ont usurpées sur eux. Nous vous envoyons à chacun « un paquet de hardes et d’uniformes, ainsi qu'aux deux frères « Chatouillet. Agissez de concert. Et nous vous le répétons,

« n'épargnez aucun Anglais. I y a à bord de Modeste des fusils, « de la poudre, dont vous disposerez conjointement avec le « général Chatouillet, que vous regarderez comme votre chef « en tout.

« GOoyrAND, Victor HUGuEs, LEBAs. »

Il sera peut-être intéressant pour le lecteur de savoir ce qu'était le général Chatouillét, dont il est question dans la lettre des commissaires de {a Convention. ‘4

Par un traitéfaitavec les Caraïbes en 1660, lesiles de la Dominique et de Saint-Vincent furent désignées pour leur rester, en propre. Les restes de ce peuple infortuné, dispersés, épars. dans les autres colonies, se réunirent pour la plupart à Saint- Vincent. Les autres se fixèrent à la Dominique. Tout à coup la population des Caraïbes de Saint-Vincent s’accrut d’une race « d’Africains. Quelle est l'origine de ces nouveaux venus? A cette

‘occasion, on rapporte différentes histoires. On prétend d’abord que ces Africains proviennent des nègres que les Caraïbes enlevaient aux Espagnols, dans les premières guerres de ces ‘Européens contre les Indiens. On dit ensuite que ces noirs sont des transfuges, qui ont déserté les plantations des colonies voisines. Enfin une troisième version veut qu'un navire négrier, destiné pour la Grenade, ayant à bord 500 Africains, ait fait côte sur Saint-Vincent et peuplé l'ile de cette nouvelle race de sauvages. Quoi qu'il en soit, ces nègres adoptèrent les usages et les mœurs des Caraïbes. Nous ne parlerons pas des guerres de la nouvelle peuplade contre celle qui l'avait accueillie; nous ne dirons rien ‘non plus des différentes tentatives faites, tant par les Français que par les Anglais, pour s'établir dans une île que l’un et l’autre peupie avaieut déclaré devoir être à toujours et exclusivement la : propriété des Caraïbes ; il suffit que l’on sache que, par le traité de paix de 1765, Saint-Vincent resta à l'Angleterre. Les Caraïbes cependant avaient continué à y résider, et à l’époque de notre révolution ils reconnaissaient pour chef un nègre ou caraïbe noir du nom de Chateaugé ou Chatouillet. C’est à sauvage que Victor Hugues avait envoyé un uniforme et qu il donnait le titre de général.

. Ces sauvages, assez enclins d'eux-mêmes à la cruauté, excités par les lecons de Victor Hugues, massacrèrent tous les Anglais qui leur tombèrent sous la main. Mais le succès de la révolte - fut court. L’insurrection fut comprimée d’une façon terrible. Triste résultat des conseils que l’ambition ou la haine dicte et que la crédulité accepte. et exécute : Les Caraïbes vivaient en paix, avec leurs mœurs, leurs usages, abrités sous les institutions britanniques, qui ne se montraient que pour la protection; Hugues vint, et pour se donner la cruelle jouissance de faire un peu de mal à l'ennemi, il soulève par de fallacieuses promesses ces enfants de la nature, les invite, les pousse à des crimes qui devaient infailliblement consommer leur ruine, les anéantir à jamais. Les Caraïbes vaincus, écrasés, chassés de leurs terres, purent méditer sur la foi d’un révolutionnaire

qui, pour parvenir à ses fins, promet toujours, même l’impossible. Leur chef, le général Chatouillet, fut pris et pendu. Les terres promises, au nom de la France, ne vinrent point. Les restes de ces infortunés qui ne périrent pas dans la révolte, transportés, déportés dans les petites iles de Bonay et d'Aruba, n'y sont plus. Ils ont disparu. On aime à croire que de là ils ont gagné la terre ferme.

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