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CHAPITRE XXIV

Polémique entre le Journal de Sainl-Pétertbourij et le .Vonitfur.

Après des événements militaires d'une aussi grande importance et d'un aussi dramatique intérêt, les affaires diplomatiques doivent paraître froides et insigniliautes. i\é nmoins, nous sommes dans la nécessité d'y revenir, car a la suite de la clôture des conférences de Vieune , de graves questions furent agitées par les cabinets européens.

Le czar se prépara plus que jamais à une longue guerre. Par un manifeste donné à Tzaikoé-Stlo, le 2 juin, il prévit le cas oii il 'liendrait à mourir avant que son fils aîné, le grand-<hic Aicolas , eût jtteint sa majorité, et désigna le grand-duc Constantin pour être régent de l'empire. En appelant son frère à ces fonctions éventuelles, je czar se donnait immédiatement un collègue, car aucune mesure importante ne pouvait désormais être prise sans la participation du futur régent. En s'associant ainsi le chef armé du parti russe, Alexandre II donnait un gage de ses intentions belliqueuses. Il les prouvait plus encore par la rigueur avec laquelle il faisait exécuter la levée extraordinaire qu'il avait ordonnée par un manifeste du 24 avril. Dans les villes et villages oii les recrues devaient être tirées au sort, on devait comprendre exceptionnellemeut un certain nombre d'hommes de trente à trente-cinq ans, et d'individus antérieurement exemptés parce qu'ils avaient un père ou un frère sous les drapeaux. Dans les villes et villages où la levée se faisait par séries, on devait prendre les hommes jusqu'à trente-sept ans. Les commissions de re-

l'objet de leur différend et sur les moyens de l'aphnir. Ce but ne peut être atteint que par une discussion approfondie, par un lanç.ige calme , et par un mutuel désir d'éclairer les opinions sans les irriter.

u Nous allons examiner dans cet esprit la circulaire du 23 mai ; tenir compte des faits sur lesquels les deux cabinets sont d'accord; enfin, signaler sans détour ceux sur lesquels ils diffèrent d'avis.

1) D'abord, nous savons gré à .M. le comte de \\ alexvski d'avoir « rappelé les circonstances qui ont décidé la France et l'Angleterre il se prêter à des négociations dans un moment où l'active poursuite de la guerre paraissait devoir être l'objet principal de leurs préoccupations et de leurs soins. «

» A cette même époque , feu l'empereur Nicolas I"' vouait ses efforts au rétablissement de la paix. Le sentiment profond de vénération que nous inspire la mémoire de ce grand monarque nous commande de revendiquer pour lui la gloire d'avoir consacré les derniers actes de son règne à poser les bases d'une pacification générale,

Ces troupes se répandir. nt ùuns les maisons et trouvèrent dans l'une d'eues uu p lit eiifaut de iroi> mois que ses parents uv:iieiit al'undonne.

crutement étaient autorisées ii introduire dans ces localités un tirage au sort et a former des séries spéciales de recrutement composées des familles qui ne comptaient que deux fils. Bref, par suite de ces dispositions, aucun individu de vingt ;i trente-sept ans ne pouvait échappera la conscription, à moins qu'il ne fût infirme ou rabougri. Ni la qualité de fils unique ni celle de père de famille ne constituaient des motifs d'exemption.

En même temps, la cour de Piussie protestait de la constance de ses intentions pacifiques; ce fut ce qu'elle s'eiîoroa d'établir d:ins un article publié le 12 juin par son organe officiel, le Journal de Siinl- Pclcrsbuurg. Voici dans son entier ce factum , qui est un véritable chef-d'ttuvre d'habileté diplomatique, et une des pièces les plus essentielles de ces grands débats :

< M. le comte Walewski, appelé par la confiance de son souverain à la direction du ministère des aO'aires étrangères, vient d'adresser aux agents français, sous la date du 23 mai, une dépêche-circulaire qui rend compte du résultat des travaux de la conférfnce de Vienne. Le Monileur universel, en publiant celte pièce diplomaiique , nous apprend qu'elle sert de réponse à notre circulaire du 2s avril.

u Nous apprécions l'uvjntage d'un échange d'idées entre cabinets, dont les relations directes sont interrompues par la guerre. Pour finir par s'entendre, il est utile qu'ils s'expliquent leur pensée sur

tandis que la France et l'Angleterre paraissaient préoccupées , comina la dépêche du 23 mai l'a dit, du soin de poursuivre activement la guerre.

)) Nous acceptons ce fait. Il nous explique comment il arrive que les délibérations de Vienne , au lieu de s'ouvrir au commencement de cette année, aient été retardées jusqu'au 16 mars, époque où le retour du printemps allait donner aux opérations militaires un mouvement plus prononcé. Sous l'influence de cette préoccupation, les plénipotentiaires de France et d'Angleterre, il faut en convenir, ont eu une tâche ingrate a remplir ; car le désir de poursuivre activement la guerre devait se trouver en contradiction manifeste avec le soin d'arriver promptenient ii la conclusion de la paix.

» Aussi avons-nous eu lieu de remarquer l'hésitation , pour ne pas dire la répugnance extrême, avec laquelle M. le baron de Bourqueney et loid W/estmorcland se sont prêtés aux négociations préalables qui ont précédé l'ouverture des conférences formelles. On eût été tenté de croire qu'ils négociaient malgré eux. Nous regrettons qu'on n'ait pas tenu protocole de ces réunions préliminaires. MM. les représentants de France et d'Angleterre ont pris .-ioin de leur imprimer le caractère d'une explication purement verbale. Cela est si vrai qu'ils ont cru devoir se borner ii faire lecture de l'exposé des quatre questions mises en délibération. M. le baron de Bourquenoy a intitulé cet exposé Uu nom d'aide-mémoire. Le ministre de Russie a suivi le même

ss

mode pour formuler, de son côté, les quatre points, tels qu'il les acceptait, au nom de sa cour, comme bases de la ni^Jîocialion, sauf à s'tMitondre sur leur inltrprctalion, lorsque les couférenccs scr.iient officiellement ouvertes.

u Ces eiplicaiious étant reslccs dépourvues du lénioi;;nage ostensible d'une preuve écrite, les cabinets ne peuvent s'en rapporter qu'à la bonne foi «les paroles verbalement échangées entre leurs reprcsemants. Nous accordoas cette confiance , et nous la réclamons. Sans révoquer en doute l'eiactitade de la relation faite au cabinet français par son représentant, nous tenons à constater a notre tour la précision avec laquelle le ministre de Russie a établi son point de départ, en déclarant, dès le début de la négociation, qu'il ne consentirait pas à des coiidiiioos incompatibles avec l'bouneur de la Russie.

1 Le fait de cette déclaration de prinei()es n'est pas sujet à contestation, lille a été réitéré. , par écrit, ii l'ouverture formelle des conférencrs. Cet acie de loyauté politique indiquait d'avance les limites auxquelles le plénipoteniiaire de Russie devrait s'arrêter. Nous n'avons pas besoin de donnrr a cette déclaration le nom d'une réserve. Ce terme s'applique aux droits qui sont sujets à être contestés. Ceux de l'empereur ne le sont pas. Loin de là, MM. les plénipotentiaires de France cl d'AnrjIetcrre , — nous aimons à leur rendre celle justice, — ont été les premiers à attester l'intention de leurs couis de ne mettre en avant ai.cune condition attentatoire à l'honneur et s la dgnilé de la Russie. Nous retrouvons la même assurance dans la circulaire du '.'S mai. Si telle est la pensée tlu cabinet français, nous éprouvonsqiielque difficulté ii nous rendre compte de la vivacité avrc laquelle il cheiche à mettre en opposition ses vues aux nôtres, quant à l'interprétation, selon nous , conciliante et équitable, donnée par nos plénipotentiaires aux quatre garanties qui forment l'objet des négociations de Vienne.

u ^1. le comte VValewski, les passant en revue, commence par mettre en doute les avantages dont la .Moldavie ci la ValacUie août redevables à l'intervention de la Russie. • Le régime d'indépendance u administrative de ces principautés, on l'a trop oublié à sou avis, u n'a pas été une conquête récente, tuais le résultat d'un accord libre- » ment conclu , il y a des siècles, et altéré seulement du jour oii les u hospodars ont commencé, pendant les guerres du dix-huitième » siècle, à compter davantage avec la Russie qu'avec la Sublime » Porte. "

» Pour apprécier l'eiactilude de ce fait, il suffit de tracer le tableau de la situation à laquelle les provinces danubiennes ont été réduites sous le régime de loccof.i librem-.nl couclu uveii la l'urle , il y a des siècles, eu vertu de leurs anciennes capitulations. C'était l'accord qui subsiste entre l'oppresseur et l'opprimé. En voici le résultat :

u Les hospodars avaient cessé d'appartenir à la noblesse moldave et valaque. La Porte les choisissait parmi les familles grecques de Constantiuople , distinguées par leur mérite, mais plus illustres encore par leur infortune. Tantôt l'exil , tantôt le glaive mettait fin à leur carrière. Sous la terreur constante d'une disgrâce, Icsprincss de Moldavie et de Valachie rachetaient leur existence précaire par la rançon sans cesse offerte à la cupidité des agents du pouvoir à Constantinople. Le fardeau de ce sacrifice retombait tout entier sur le pays. Les richesses de son sol ne lui appartenaient plus. Elles étaient à la merci du fisc ottoman. La Porte assurait aux dépens des Principautés l'approvisionnement du marché de la capitale. Les marchands turcs venaient acheter des grains, du bétail, du bois de construction, à un prix Axe, arbitrairement étahli à Constantinopic , au-dessous de la valcLir des objets mis en réquisition. Les pachas des forteresses du Danulie exigeaient en outre des vivres, des corvées et des servitudes de tout genre.

» Le commerce n'était libre nulle part à l'intérieur. Il l'était encore moins au dehors, car la Porte, pour augmenter l'abondance des ressources qu'elle tirait des provinces danubiennes, prohibait l'expurt.ition des grains. Les Turcs en garnison à Braïla et à Giurgewo avaient forcément expulsé les anciens propriétaires en les dépossédant de leurs biens. Les bcschlis , gardes d'honneur des princes, étaient maîtres de Bucbarest et de lassy. Les hospodars, dégradés de leur rang, étaient descendus au rôle humiliant de fermiers, exploitant le pays au profit du fisc ottoman. Sous cette administration déplorable, la vénalité dts charges publiques, érigée en système, mettait lu comble à la démoralisation et à la misère du peuple. Il restait au régime turc un seul fléau de plus à y ajouter. C'était la peste. Elle a régné souvent dans les Principautés , et notamment à l'entrée de nos troupes au commencement de la campagne de 1828.

> Après avoir tracé le tableau de la situation des provinces danubiennes avant l'époque du traité d'Andrinople, qu'il nous soit permis de jeter un coup d'œil sur le changement apporté à leur régime, au moment oii notre administration provisoire, confiée au général comte Ki^selell, a replacé le gouvernement de ces prox'iuccs entre les mains des hospodars.

u Un statut organique, arrêté après de mûres délibérations par l'issembiic des boyards et d'S notables, sous la sanction formelle du sultan, a assuré aux deux Principautés le bienfait d'une administration indépendante, comme le traité d'Andrinople le voulait. Le mode de l'élection des hospodars par l'assemblée des divans a été régula-

risé. Les cours de justice, la perception des impôts, les redevancfs des contribuables, l'o-gaiiisation de la milirc locale on reçu une assietie stable. Une égale proteclian a été accordée à l'exercice du culte de l'Eglise orthodoxe nationale comme de toutes les commuu.iulés chrétiennes. Le sysicmc d'éducation a obtenu un nouveau dévelopqement. Les propriétés envahies par les garnisons turques su? la rive gauche du Danube ont été restituées à leurs anciens posr.^ .seurs. Une ligne de quarantaine a garanti l'état sanitaire du piys contre le danger de la contagion. Les transactions commcrci^iUs à l'intérieur ont été affranchies de toute entrave. En même temps, par une mesure administrative du comte de KisseleIT, les ports de Gal.itz et de Braïla ont acquis, en IS;JO, le bienfait d'une entière liberté de commerce avec l'éirangcr. Enfin, pour tout dire d'un seul mot, la civilisation a repris son empire sur la rive gauche du Danube. « \oilà ce que la .Moldavie et la Valacliie ont gagné à leurs anciens " rapports avec la cour de Saint-Péter.sbourg. » La circulaire du 23 mai a témoigné le désir de le savoir, nous venons de le dire.

j) La tâche ipie la Russie avait à cœur d'accomplir, dans l'intérêt des provinces danubiennes , est achevée dès l'instant oii le régime privilégié dont elles jouissent, sous la suzeraineté de la Porte, obtient la s.inction du droit public européen, par une garantie collective de toutes les grandes puissances. Tel est le résultat auquel nos plénipotentiaires ont pris une part honorable. En approuvant les actes qu'ils ont signés, le cabinet impérial regarde cette question comme terminée.

X II eu est de même de la seconde question, également résolue par les protocoles de Vienne. Nous adoptons à cet égard l'avis de M. le ministre des alTaiies étrangères de France. Comme lui, ikhis dirons n que les bases du règlement de la navigation du Danube » sont bonnes. )> Elles le sont pour toutes les parties contractâmes. En ce qui regarde spécialement la Russie, elle recueillera de l'établisseiucnt d'une commission mixte un avantage que nous ne dissimulons point. Jusqu'ici la défaveur du public commerçant, excitée par les contiariétcs qu'éprouvait la navigation du fleuve, retoml ait sur l'administration russe seule. La responsabilité sera partagée d'une manière plus équitable lorsque l'expérience pratique d'une commission mixte aura prouvé combien il faut de soins, de travaux et de frais pour entretenir en bon étal une communication fluviale, exposée à de nombreuses difficultés matérielles. Nous sommes redevables à M. le comte ^Valcwski de l'occasion qu'il nous a donnée de rectifier ici les impressions qui peuvent avoir influé sur ce passage de la circulaire du 23 mai, concernant la navigation du Danube.

» Nous l'avons déjà dit, c'est l'administration russe qui a ouvert à la liberté du commerce l'un des plus maynifiques débouchés du monde. Cet immense avantage n'avait pas besoin d'être acquis. Il l'était depuis 1830. Nous pensons qu'il serait inexact d'affirmer que, depuis cette époque , ce débouché fût resté inutile entre les uiains de. la Russie. Ce qui prouve le contraire, c'est l'accroissement continuel que la navigation a pris depuis vingt-cinq ans. Sans nul doute, plus l'aÛIuence des bâtiments étrangers a augmenté, plus les besoins du service se sont compliqués et plus aussi l'imperfection des mesures d'entretien, à l'embouchure de la rivière, Il pu se faire sentir. Souvent la négligence des arrivants, en jetant le lest au passage de la barre, a contribué à accroître le progrès des ensablements. Les accidents sont devenus plus fréquents eu raison de l'augmentation croissante du nombre des arrivages. Les débris des navires naufragés ont obstrué le chenal et rendu la navigation plus difficile à mesure qu'elle est devenue plus active.

» Les moyens employés par les autorités locales, nous sommes loin de vouloir !e contester, peuvent avoir été insuffisants pour lutter contre tant de difficultés matérielles. Mais il ne faudra pas verser le sjng de la France cl de l'Angleterre, comme la circulaire du 23 mai le dit, pour lever cet obstacle. Des travaux plus pacifiques et plus modestes sont requis pour vaincre les sables qui défendent l'entrée du Danube. Ce ne sera ni à la diplomatie ni au sort des armes que reviendra le mérite de ccite victoire. Elle est réservée au travail assidu, jour par jour, rmployé à combattre les efiorts silencieux de la nature. Notre bonne volonté, en rendant ce travail plus actif et plus régulier, contribuera, dans les limites du possible, à accomplir cette conquête pacifique.

u Nous passerons maintenant à l'examen de la quatrième question que la dépèche de M. le comte Walevvski aborde avant la troisième, pour justifier M.M. les plénipotentiaires de Fiance et d'Angleterre d'avoir différé la discussion de ce grave intérêt commun à toute la chrétienté. Nous avons regretté, il est vrai, cet ajournement, parce qu'il nous lardait de nous convaincre si les intentions du cabinet de llussirt s'accordaient avec celles de la France et de l'AiiglcIerre.

u S'il faut en juger par les réflexions contenues dans la circulaire du V3 mai, il subsisterait entre la manière de voir du cabinet français et la nôtre une certaine divergence. Nous allons en sir,naler l'origine. A Paris, la question politique p.'édomine ; en d autres termes, on considère la quatrième garantie particulièrement sous le rapport de rinfluencc que les grandes puissunces evcrcent en Orient.

» A Saint-Pétersbourg, le sentiment religieux, le sentiment national du p;>]-s l'emportent sur des considérations qui sont uniquement

du domaine de la politique. Sous l'influence de celte conviction, l'obj' t princi|ial que les plénipotenliaires de Russie ont eu l'ordre de ti-nir en vue, c'est d'arriver à une pacification par la'^uelle la liberté du culte et l'amélioration du sort des populations chrétiennes soumises à la domination de l'empire otloujan, seraient placées à l'avenir sous la sauvegarde d'un acte collectif, sanctionne par le droit public européen.

• Si les efforts de toutes les puissances tendaient vers le même but, rien ne serait plus facile que de revêtir cet acte des formes jugées nécessaires pour attribuer au siillan le mérite spontané d'une volonté souveraine, manifestée en faveur de ses sujets chrétiens. A cet Cfjard, nous voulons autant que la France et l'Angleterre ménager au sultan l'occasion de se livrer, pour nous servir des termes de la circulaire du 23 mai, « aux inspirations les plus généreuses. « L'intention du cabinet de Russie n'est assurément pas d'arrêter en Turquie d'utiles réformes ni d'indisposer les populations contre leur souverain. » C'est avec empressement que nous reproduisons cette expression de la dépèche de M. le comte Walewski, persuadé de l'importance que tous les gouvernements attachent à faire respecter la même doctrine non-seulement en Turquie, mais partout ailleurs.

1) IN'ous arrivons à la révision du traité de iSil. Ce qui nous surprend de prime abord, c'est que le cabinet français ait complètement passé sous silence les résultats déjà obtenus pour résoudre cette question à l'amiable. A notre avis, la garantie la plus utile pour assurer le repos du Levant n'est plus à chercher, elle est trouvée. Les plénipotentiaires réunis en conférence le 19 avril l'ont établie, d'un commun accord, sous la forme d'un engagement conçu en ces termes :

n S'il survenait un conflit entre la Sublime Porte et l'une des » hautes parties contractantes, les deux Etats, avant de recourir à » l'emploi de la force, devraient mettre les autres puissances en mei> sure de prévenir une pareille extrémité dans les voies pacifiques, u

» Cette stipulation, à dire vrai, devait mettre fin à toute discussion ultérieure. La prévoyance des cabinets ne saurait aller au delà du gage de siireté contenu dans cet engagement. Le principe de parfaite réciprocité, dont cette stipulation porte le caractère, la rend également rassurante et honorable pour toutes les puissances contractantes.

» Après cette garantie donnée à la conservation de l'équilibre européen, fallait-il prolonger encore les calamités de la guerre pour aller à la recherche de plus amples précautions matérielles ? C'est sur cet écueil que sont venues se briser les négociations de Vienne. Nous en éprouvons plus de regret que de surprise. L'esprit humain ne peut créer que ce qui est dans l'ordre des choses possibles. Il risque d'échouer dans ses entreprises quand il essaye d'aller au delà. Cette vérité s'applique aux garanties matérielles dont on a cherché plus d'une fois à environner les transactions politiques conclues à d'autres époques. Kous en trouvons la preuve dans l'exemple du traité d'Utrecht, auquel M. le plénipotentiaire britannique a fait un appel, selon nous, peu opportun. En effet, si l'exemple de Dunkerque est bon à quelque chose , il sert uniquement k démontrer combien les garanties matérielles sont stériles. En dépit d'anciennes rivalités, nous voyons la France en possession de Dunkerque, et sa puissance navale, sans conteste, plus forte que jamais.

• De notre côté, aussi, nous avons appris à mettre en doute la solidité du système des barrières, depuis que nous avons vu tomber en 1830 celle érigée, après tant d'efforts, sur les frontières du royaume des Pays-Bas ! L'expérience de tous les cabinets devrait donc les engager à ne pas trop compter sur des précautjons illusoires qui donnent dans le présent plus de satisfaction à l'amour-propre qu'elles a'olTreul a l'avenir de gages durables de sécurité.

)' Quant à la citation de la mer Caspienne, mentionnée par la circulaire lie M. le comte Walewski, elle ne semblerait guère s'appliquer a la situation de la mer iNoire. ÎN'oublions pas que, si la Caspienne est fermée par la nature , l'Euxin reste ouvert aux flottes qui peuvent franchir les détroits des Uardanelles et du Bosphore. iS'oubiions pas non plus que la mer INoire n'est close qu'aussi longtemps que la Turquie le veut.

» Dans cet état de choses, les plénipotentiaires de Russie sont allés aussi loin qu'ils le pouvaient, lors(iu'ils ont proposé alternativement les deux sy^tt-mes, l'un d'ouverture, l'autre de fermeture, en réservant à la conférence de choisir celui qui semblerait offrir, à la Porte comme à l'Europe, les meilleurs gages de sécurité. Mais on se persuadera aisément qu'il n'était guère possible d'établir en principe de droit public que l'Euxin restât fermé et ouvert à la fois !

» Il nous a paru également contraire à une logique saine de proclamer, d'une part, le respect que toutes les puissances portent :i l'indépendance du sultan , et de déterminer, de l'autre, le nombre des vaisseaux dont Sa Ilautesse devrait ne point dépasser le chitTrc.

« De droit et de fait, cette théorie nous a paru inadmissible en ce qui nous regarde. Les plénipotentiaires de Russie l'ont déclaré verbalement et par écrit. Il serait superflu de reproduire leurs arguments. Cette polémique serait sans résultat. On ne raisonne pas avec les méfiances, il faut laisser au Iciiips le soin de les calmer. Alors on comprendra que l'équilibre vcrilablc des Etats ne re|ioiie pas sur des chiffres arithmétiques. Soumis à uue lui plus tievée, il a pour

base une connaissance réfléchie des intérêts permanents des grandes puissances dans leurs rapporis les unes avec les autres. La Russie ne se croit pas appelée à compter le nombre des vaisseaux qui dé;iki.Kut le pavillon français dans les ports de Toulon, de Cherbourg, du Havre et de Boulogne. En guerre avec la France, la Russie n'éprouve pas d'animosilé contre elle. L'intérêt des deux pays n'a rien à gagner dans celte lutte. Voilà un élément d'équilibre qui n'a pas besoin de chiffres pour être sainement apprécié.

» Dans le même ordre d'idées nous puiserons une autre vérité: c'est qu'il est peu rationnel de méconnaitre l'intérêt qui doit porter la Russie à maintenir le repos dans le Levant. Il est évident que chaque conflit oriental fait naitre pour elle l'éventualité d'une complication oii les puissances occidentales se trouvent avec elle en opposition. Leurs forces navales réunies, sans nul doute, doivent l'emporter par le nombre. Ce résultat est trop manifeste pour avoir besoin de la preuve. Dans cette prévision se Uouve la garantie la plus matérielle de la paix. — Ici, on demandera comment il se fait que cette garantie n'ait pas suffi pour empêcher le conflit actuel. Fautil le dire? C'est parce qu'on a jugé bon de laisser à la Porte prendre l'initiative pour déclarer la guerre à la Russie, tandis que les représentants alliés avaient pour mission de déconseiller et de prévenir cette guerre. On a prétendu que c'est le fanatisme des oulémas qui a provoaué cet acte d'hostilité, suivi ou, pour mieux dire, précédé dune première invasion de nos frontières d'Asie. — Le vrai de la situation est qu'il existait alors une influence prédominante à Constantinople ([ui jugeait le moment favorable pour rajeunir l'empire ottoman par un élan guerrier. Cette influence l'a emporté sur les conseils plus sages de tous les cabinets, entraînés à suivre le mouvement qui a précipité l'Europe dans une crise, bien au delà de toutes les prévisions humaines.

• Le temps paraissait venu oii la sagesse des cabinets réunis en conférence à Vienne allait mettre un terme à cette crise. La Russie a la conscience d'avoir fait tout ce qui était en son pouvoir pour contribuer de ses efforts à cette œuvre de paix. Elle a lieu de croire que ces efforts ne sont pas demeurés entièrement sans résultat. La majeure partie des ditficultés à aplanir est parvenue à une solution tjnorable.

» L'opinion de l'Europe n'est pas assez éclairée sur l'importance de ce résultat. Il est bon de le constater tel qu'il est :

• La question des Principautés est réglée.

" Celle de la navigation du Danube l'est de même.

" La troisième l'est à moitié. La Turquie est admise à jouir des avantages qui résultent du système général établi par le droit public européen. De plus, une clause spéciale prévoit le cas d'une contestation future entre la Porte et l'une des parties conlracîantes, et stipule iTu'avanî de recourir à l'emploi de la force les autres puissances seront mises en mesure de prévenir cette extrémité par les voies pacifiques. Enfin :

u La quatrième question, bien qu'elle n'ait pas été traitée en conférence, nous parait moralement résolue. Toutes les puissances sont d'accord entre elles sur la nécessité de placer la liberté du culte et l'amélioration du sort des populations chrétiennes en Turquie sous la sauvegarde d'un acte européen. Toutes sont également animées du désir de revêtir cet acte des formes requises pour le mettre en harmonie avec les justes égards dus à l'autorité souveraine du sultan. Finalement, tous les cabinets reconnaissent qu'au moyen de cette sûreté donnée aux immunités des populations chrétiennes une garantie collective ferait cesser les rivalités occasionnées jusqu'à ce jour par une intervention isolée.

i> >ious demanderons si une pacification établie sur ces bases ne renfermerait pas tous les éléments désirables pour l'affermissement du repos en Orient. >'ous demanderons eufin s'il est sage de compronicllre ce résultat en prolongeant sans nécessité une lutte faite pour épuiser les dernières ressources de l'empire ottoman , que les puissances occidentales ont considéré comme uue condition essentielle de la conservation de l'équilibre européen.

" Telles sont les considérations qui se présentent à notre esprit au moment oii nous apprenons la clôture des conférences de Vienne. Elle a été provoquée par le refus des plénipotentiaires de France et d'Angleterre d'accéder aux propositions de la cour d'Aulriclie, faites dans un but de rapprochement. Sur ce refus, M. le comte de Buol a déclaré les séances fermées le 4 juin.

«Le tort delà rupture retombe ain.^i sur les puissances occidentales Leur mauvais vouloir a mis fin à la négociation. Ce n'est point le cabinet de Russie qui en est responsable. Si, d'une part, il a opposé à la France et à l'Angleterre la ferme résolulion de ne point transiger avec des exigences dépassant la limite posée dès l'ouverture des conférences, de l'autre, il a offert aux puissances amies la preuve de son désir sincère de contribuer loyalement à une pacification conforme au sentiment de la dignité de la Russie. Constant dans ces principes, il laissera les voies ouvertes à une réconciliation honorable lorsque le désir de la paix se fera plus généralement sentir en France et en Angleterre, lorsque l'evpéricnce aura éclairé l'opinion des deux pays sur les mécomptes d'une guerre sans objet et d'une haiue sans cause. U sera permis alors de reprendre les uéj;ociatioas

HISTOIKE DE LA GUEKRE UOIUENT.

avfc rspoir de succès, pour assurer ii l'Europe le bienfait Irop longtemps raécoiiiui du repos géuéral. u

La réponse à ce mcinoraiKhim ne se fit pas attendit; ; elle parut dans le Moniteur du 18 juin :

a Lejournal officiel de Saint-Pétersbourç vient de publier un article émané du gouvernement russe, en réponse à la circulaire adressée, en •date du 23 mai dernier, par M. le comte \\aleMski, aux agents de la rr.iiK-e au dehors. INous n'eussions pas relevé celle publication si elle n'avait eu pour objet que d'opposer à la circulaire du 23 mai une réplique qui n'en inlirme d'ailleurs en rien l'argumeutalion. Mais le Journal de Sainl-Péler!-buurg aborde en même temps un autre sujet , la rupture des conférences de Vienne , et c'est sur nous qu'il essaye d'en rejeter la responsabilité. Kous passerons rapidement sur les observaiions que la circulaire de M. le comte Walewski lui a suggérées, poiir examiner ce reproche.

" Le gouvernement russe atlache une grande importance à constater que la question des Principautés est réglée , et que celle de la navigation du Uanube l'est de même. Peu s'en faut qu'il ne s'attribue l'initiative de ce qui a été fait dans ce bnt : du moins, à l'entendre , aurait-il désiré de tout temps ce que les puissances alliées ont cru qu'il avait toujours refusé jusqu'à présent aux vœux déjà anciens de l'Europe.

" Il fait donc, en premier lieu, ressortir avec complaisance les avantages que les I\loldo-Valaques devraient à l'intervention de la Jlussic. IVous n'opposerons pas le tableau des Principautés danubiennes, sous le protectorat de cette ])uissance, à celui (\ue le Journal de Siintl-relersl'uurg trace de leur condition sons l'ancienne administration otiomane ; nous nous bornerons à demander pourquoi , si la Hussie a réellement rendu aux Principautés tous les services et si la Porte leur a causé tous les maux que ce journal énumcre, les Principautés voirnt-elles aujourd'hui dans la suzeraineté ottomane un appui n une sauvegarde, tandis qu'elles applaudissent à tout ce qui tend a les soustraire au protectorat russe?

" En ce qui concerne la navigation du Danube, nous sommes heureux de le dire, le cabinet de Saint-Pétersbourg reconnaît l'imperfection des mesures prises par lui jusqu'à présent pour l'entretien des bouclics du fleuve, et l'insuffisance des moyens employés par les autorités locales pour diminuer les ensablements qui les rendaient trop souvent impnticables. Il se félicite de l'établissement d'une commission qui exercera une surveillance dont il admet le principe. Le Ji<urvul de Saint-Péteri^bourg nous assure qu'il ne sera pas nécessaire de verser le sang de la France et de l'Angleterre pour développer ces résultats; il n'en a pas moins fallu que ce sang ait coulé pour les obtenir.

" L- quatrième point, on se le rappelle, a trait à la question même qui a soulevé la guerre; nous craignons bien qu'à cet égard le gouvcriitiiient russe ne persiste dans ses anciens errements. Si, en elTet, le J.iuri:al de Saint-Pélersljuurg nous parle des formes nécessaires pour attribuer au sultan le mérite de la spontanéité dans les mesures souveraines à prendre en faveur de ses sujets chrétiens, il exprime en luèiuc temps, par une contradiction mauifesle, l'opinion qu'elles devriient être, de la part de la Porte, l'objet d'un engagement européen, qui n'aurait d'autre eflet que de conférer à toute l'Europe I' privilège revendiqué par le prince IMenscbikolï pour la cour de Russie.

" Nous n'insistons pas davantage sur des opinions et des théories caiégoriquement réfutées dans la circulaire du 23 mai; nous abordons le reproche que le gouvernement russe adresse aux plénipotentiaires dn la France et de l'Angleterre, d'avoir provoqué la rupture des conférences.

" >oiis convenons sans peine que, sur l'on des deux points dont se compose la troisième garantie, le cabinet de Saint-Pétersbourg a fait une concession imporianle aux puissances alliées : il a renoncé à son aiicieiine prétention de tenir l'empire ottoman en dehors du droit public européen. Il est prêt à souscrire un engagement par lequel tout dilïérend «nlre la Porte et lui devrait être désormais défère à l'arbitrage de l'Europe ; mais, tout en reconnaissant l'étendue de celte coiicesaion, tout > n félicitant le cabinet de Saint Pétersbourg d'adhérer rnlin à un principe qu'il repoussait si hautement avant la g.ierre, nous sommes obligés ae lepéierque l'aiimissioii de la l'orte dans le droit européen ne remplit pas cniièremenl l'objet de la troisième g.i rail lie : file ne fait pas cesser la fréyun iérance de la Kassie duns la tuer .Voire.

" Les cabinets alliés tenaient et devaient tenir d'autant plus à cette garantie, que sans elle toutes les autres sont illusoires; que, sans la rijiiciion des fores agressives de la Hussie dans l'Euxin, la suppression du protectorat politique ou religieux de cette puissance en Turqiie et la liberié de la navigation du Danube seraient purement □oniiiiales.

u Kn souscrivant à la formule que nous lui avions posée comme conditiiin préalable de toute négociation, et que M. le cuintedc l.uol a reproduite en ouvrant Us conférences, la Russie avait admis, nous (levions le penser du moins, la nécessité de faire sur ce poini un sa-

crifice réel. ^lais aussitôt que la question a été soulevée, les plénipotentiaires russes ont, au contraire, repoussé en principe et en fait, sous quelqnt; forme qu'elle leur fût présentée, (ou(t! limitaliun de furcef. Les contre-propositions qu'ils ont mises en avant n'avaient pour but (|ue d'éluder la question au lieu de la résoudre.

« C'est à la suite du rejet absolu du système de limitation produit par nous que les conférences ont été d'abord suspendues ; et c'est après la publication de la circulaire de M. le comte de Nesselrode du 10 mai, oii se trouvaient renouvelées les déclarations faites à cet égard par les plénipotentiaires russes, que nous avons été invités par l'Autriche à une dernière conférence.

j> Il était donc à présumer que dans cette dernière réunion les représentants de la Russie persisteraient à repousser le principe qui seul pouvait servir de base à un arrangement convenable. Cependant les plénipotentiaires russes, en appréciant la proposition faite par M. le comte de BuoI, proiJUiiliun basée sur un pri/icipe de liniitatiun exiiUcttenient f'-rniulé , n'ont rien négligé pour donner à entendre qu'il ne dépendait pas d'eux (|u'elle ne fût examinée. Mais celte condescendance , si contraire à leur attitude antérieure sur le même terrain , n'avait évidemment pour objet que de tirer parti d'une apparence de dissentiment entre l'Autriche et nous.

u M. le prince Gorlschakoff n'a consenti à faire connaître son opinion qu'après s'être bien assuré que les plénipotentiaires de France et d'Angleterre n'adhéraient point complètement à la proposition de l'Autriche. Enfin, provoqué par M. le baron de Bourqueiiey à s'expliquer sur le principe de la limitation, le prince GortscUakulT, dans un mouvement de franchise dont nous lui savons gré, a fini par reproduire, avec une netteté de termes qui ne laisse rien à liésirer, toutes les objections qu'il avait antérieurement faites à ce principe.

il Le prince Gorlschakoff, dit le protocole de cette dernière réunion, constate itérativement que, dans les conférences et en dehors, et toutes les fois que la question a été touchée, il a constamment déclaré que toute liinitatiun de forces que l'on chercherait à imposer à la Russie serait envisagée par ses plénipotentiaires comme étant une atteinte aux droits de souveraineté de leur maitre et un obstacle insurmontable à la paix; qu'il est resté invariablement fidèle à ce principe, et qu'il l'établit de nouveau dans cette conférence de clôture.

i) Le prince Gorlschakoff repoussait donc, au terme de la négociation comme précédemment, tout système de limitation. U rejetait en principe la proposition autrichienne comme il avait rejeté la nôtre, et par là il se chargeait de caractériser lui-même sa modération apparente en prouvant bien clairement que son ollre de référer à Saint-Pétersbourg n'impliquait aucune idée de conciliation, puisqu'il déclarait en même temps inadmissible le mode proposé par le cabinet de Vienne. Nous ne faisons que constater ce que le protocole du 4 juin démontre sans réplique.

!> C'est donc sur la Russie que retombe tout entière la responsabilité de la rupture des négociations. C'est son opiniâtreté qui a paralysé les efforts noblement faits par les puissances alliées pour obtenir un résultat pacifique.

» La France et l'Angleterre ont porté dans les conférences les sentiments de modération dont elles se sont montrées constamment animées dans les diverses phases de la crise. Provoqués à une guerre que nous avons essaye de prévenir, et dont l'iniiiative appartient tout entière à la Russie, nous avons exclu son pavillon de toutes les mers, et nous pourrions à peu de frais l'empêcher de reparaître dans l'Euxin : nous nous sommes offerts à lui en reconnaître la facullé, à ta condition d'une limitation de ses forces dans cette mer.

> La limitation est une sécurité que l'intérêt général exige. Ce n'est pas notre faute si la Russie s'est exposée, par une politique trop longtemps agressive, à ce qu'on vint lui demander des concessions semblables, et ceux-là seuls sont responsables de la continuation de la guerre qui se sont obstinés, jusqu'au dernier jour de la négociation de Vienne, à refuser sur ce point à l'Europe toute garantie sérieuse. •

De son côté, le gouvernement anglais, par une circulaire en date du 19 juin, expliqua sa conduite, et prouva que li responsabilité de la guerre devait incomber exclusivement à la Russie.

n Les stipulations, disait-il, que la reine et ses alliés considéraient comme leur devoir tout particulier de faire résoudre sans préjudice des autres conditions addiiionnrllcs, étaient les suivantes :

u 1° (Jue le droit exclusif d'intervenir dans de cer laines limites dans les affaires intérieures de provinces appartenant à l'empire turc, droit que la Russie avait précédemment arraché à la Porte dans des moments critiques, ne serait plus exercé parcelle puissance.

>■ 2° (Jue l'entrée du Danube inférieur, et plus spécialement les embouchures de ce fleuve dans la mer JNoire, ne seraient plus soumises au contrôle exclusif de la Russie; mais seraienl placées sous la surveillance de déirgués nommés par les autres puissances conjointement ïvec la Russie, et qui s'occuperaient de délivrer celle voie de cuminuuicdlion fluviale, entre l'Allcmûgiie centrale et le reste du monde, des entraves existantes.

» 3° Que l'empire turc entrerait dans le système d'équilibre euro-

pren . et que l'on aviscrn'l au\ moyens de mettre un terme à la prcpondé-ance nissp d.iiis l,i mer >nire.

u 4"Qiie lesprit:'iilion5(le la l'ussie au protectonit nflicicl des sujets chrétiens de la Porte seraient abandonnées, et que les puissances useraient He leur influence sur le sultan pour obtenir, par un acte de sa souveraine autorité, la contirmation et l'observation des privilèges accordés aux sujeis chrétiens. Une communication à ce sujet a été faite à la Russie à la fin de l'année dernière, et a été acceptée par cette puissance comme base des négociations qui pourraient s'ouvrir.

» En conséquence, les néi;ocialions furent cnlamées à Vienne: mais malheureusement ce ne fut que sur le premier et le second point que quelque chose ressemblant à un accord put être atteint. Le refus des plénipotentiaires russes d'accéder aux propositions raisonnables qui leur étaient faites par les plénipotenliaires des cours alliées sur le troisième point, arrêta la marche des négociations sur la stipulation, et le quairicme point ne fut pas soumis à la discussion.

■) Le gouvi i:einent de Sa Maje^té la reine est heureux, cfpendant, jle faire apptl aux protocoles sur le premier et le second point, comme preuve du désir desallés de trouver les termes d'un accord avantageux iui intérêts généraux de l'Europe, et plus immédiatement favorables au lien et au développement de l'Allemagne ; et le gouvernement de Sa Majesté la reine regrette d'autant plus pour ce motif que le refus de la Russie d'accepter les propositions des alliés relatives au troisième point ail fermé la voie des axantages qui seraient résultés des arrongemcnts intervenus sur le premier point et sur le deuxième.

)> Le gouvernement de Sa Majesté la reine sait que , dans une dépêche récente adressée par le couite de Aesselrode aux agents russes à l'étranger, on a tâché de mettre dans un jour favorable l'attitude prise jiar la Russie quant aux deux premiers points, et de persuader aux gouverncmenisél rangers, et particulii renier t aux gouvernements allemands, que la continuation de la prépondérance russe dans la mer IVoire n'avait aucune influence directe sur les questions qui se rapportent aux Principautés et à la navigation du Danube ou aux intérêts de r\llemagne, et qu'en conséquence l'Allemagne ne devait pas coopérer avec Us alliés pour amener la réduction de cette prépondérance.

1) Cependant le gouvernement de Sa Majesté la reine est persuadé qu'un evauien impartial des faits réels détruira les illusions que la dépêche du comte de Aesselrode axait pour but de faire naître; le gouvernement de Sa Majesté la reine n'a pas l'intention de diminuer l'importance des matières traitées dans les deux premiers points ; mais le gouvernement de Sa Majesté la reine tient a faire observer qu'en ce qui concerne les Principautés, tous les droits que la Russie possède ou peut réclamer, aux termes des trnilés antérieurs, disparaissaient avec ces traités eux-mèrais rompus parla guerre; qu'en conséquence, la délivrance des Principautés du protectorat de la Russie n'est pas le résultat d'une concession de cette puissance aux intérêts de l'Allemagne, mais qu'elle est la conséquence directe de l'acte d'agression violente commis par la Russie sur l'empire turc.

•) Quant à ce qui concerne la navigation <lu Danube , il faut reconnaître que, si les arrangements contenus dans le premier protocole étaient satisfaisants, le rffus de la Russie d'accéder aux propositions faites par les plénipotentiaires autrichiens dnns la quatrième conférence a empêché que ces arrangements fussent cjmplets et en conformité avec les intérêts généraux de l'Europe.

» Cependant les arrangements proposés par les dettx premiers points, uiême si on les croyait entièrement satisfaisants en euxmêmes, ne pourraient pas être ( onsidérés comme assurés définitivement à l'Europe, aussi longtemps que les garanties de leur observation , les([uelles devaient être assurées par un accord convenable sur le troisième point, continueront ii être repoussées par la Russie. 11 ne suffit point que la Russie stipule qu'elle ne cherchera plus a s'interposer d'office dans les affaires des Principautés et de la Servie, il ne suffit pas qu'elle consente à déléguer à un comité composé des représentants des dilïérents Etats intéressés à la navigation du Danube la tâche de débarrasser les bouches de ce ileuve.

» Les iuiérêis de l'Europe exigent . outre ces arrangements, une garantie contre la prolongation de l'influence que sa prépondérance dans la mer ^oire lui a permis d'exercer , et qu'elle ne soit plus, par la supériorité de sa marine, en état de transporter une armée nombreuse et de frapper ainsi un coup mortel au cœur de l'empire dont les Principautés ne sont ([ue des dépendances éloignées.

u !\Iême en ce qui touche le premier et le second point, les avantages qui résultent de ces stipulations seraient précaires aussi longtemps que la Russie continuerait à dominer dans la mer Noire. Quand on considère le poids de cette prépondérance dans la grande question qui a allumé la guerre, le refus de la Russie d'adniellre aucune des conditions qui mettraient un terme à cette prépondérance est un avertissement que l'Europe ne peut inécounaitre sans danger, et ce refus prouve encore que la Russie n'est pas disposée i» abandonner contre la Turquie ses projets caressés depuis si longtemps.

i> C'est également une preuve que l'Europe a eu raison de s'émouvoir pour liniégriié et l'indépendance de l'empire ottoman.

» La Russie soutient que des considérations de dignité l'ont em-

pêchée d'accéder aux termes p'-nposés par les alliés concernant le troisième point. Mais la dignité de la Russie ne peut pas exiger qu'elle entretienne, en temps de paix et au seuil de son faible voisin, une force non-seulemi-nl inutile pour sa propre défense, mais encore une force qui la mette à même de compromettre l'indépendance de ce voisin et de changer la distribution territoriale de l'Europe. Telle est la position qu'a conservée la liussie dans la mer Noire, et fiu'clle déclare ouvertement ne vouloir pas abandonner.

" Il est inutile d'insister sur l'absence de motifs qui obligent la Russie à se t^nir sur la défensive. 11 serait riilic le d-- prétendre que la Russie ait lieu de redouter l'hostilité de la Turquie; et lorsque la Turquie est libre et en piix, et que les déirolts entre la Méditerranée et la nier Noi-e sont fermés, excepté pour un petil nombre de vaisseaux de guerre des puissances ocoideiitalcs, la Russie n'a rien à craindre des forces navales de l'Augieierre et de la France; tandis que, d'un autre côté, l'état actuel des choses dans la mer Noire démontre que lorsque la guerre existe entre la Russie et la Turquie, et que, par cons?(]uent , les détroits sont ouverts à toutes les forces navales des alliés du sultan (la France et l'Angleterre), après un certain temps ces puissances peuvent réunir une force suffisante pour empêcher le pavillon russe de se montrer dans la mer Noire.

)' La Russie a dit aussi que la prépondérance qu'elle désire conserver dans la mer Noire était nécessaire pour proléger l'indépendance de la Turquie contre les aggressions des autres puissances; mais ce n'est pas seulement contre l'hostilité des pui,sances occidentales, mais contre la politique traditionnelle et pour ainsi dire avouée de la Russie , que l'empire turc a dts dangers à crainilre. La guerre actuelle a été entreprise pour préverir l'accouiplissement de ces ambitieux desseins de la Russie qui menacent la sécuri'é de la Turquie et le repos futur de l'Europe, et enfin pour empêcher l'accomplissement des vues et des projets de Pierre, de Catherine, d'Alexandre et de Nicolas.

)> Les puissances occidentales, unies à r.\utriche, ont cru arrix-er h ce but en réduisant la puissance de la Russie dans la mer Noire; elles auraient désiré que la Russie et la Turquie eussent renoncé il l'entretien de forces maritimes, sauf ce qui eut été nécessaire à la police des côtes ; mais les puissances occidt^ntalps voulaient bien laisser à la Russie une force déterminée dans la mer Noire, se léscrvant le droit de maintenir de leur côté une force correspondante, demandant cependant comme garantie le droit d'établir des consuls dans tous les ports russes à l'est des détroits.

11 .Mais les puissances occidentales, qui ont maintenant la possession esclusix'e de la mer Noire, oii le pavillon russe n'ose plus se montrer, n'ont pas la prétention de proposer à la Russie des conditions attentatoires à sa dignité. Elles n'ont jamais prétendu que la Russie fût obligée d'admettre comme consul le premier venu, et qu'elle ne put exercer le droit d'accorder ou de refuser Vexequalur lorsqu'il y aurait des objections contre la personne désignée. La Russie, cepen tant, refuse de souscrire à d'aussi raisonnables propositions, et, à leur place, a soumis deux moyens de dérogation aux traités de l'!4i. D'après ce système, les puissances de l'Occident seraient obligées d'entretenir une flotte considérable dans le voisinage des Dardanelles, en vue des éventualités qui pourraient se présenter; car, suivant l'un de ces projets, les détroits seraient définitivement ouverts aux navires de toutes les nations, et, par suite, à ceux de la Russie.

» Ce système tùt mis Conslantinople sous la menace incessante d'une force considérable de la marine russe. La tranquillité de la Méditerranée eût pu être continuellement mise en question par la sortie de l'Euxin d'une flotte russe. Les gouvernements de France et d'Angleterre auraient été forcés de maintenir dans la Méditerranée des établissements militaires en pleine paix , et d'avoir continuellement des armements à entretenir à une grande distance de leurs arsenaux et de leurs réserves.

>i De sorte que ce traité eût amené un état d'anxiété continuelle qui est l'opposé de la paix, et la continuation de dépenses énormes qui auraient dû cesser avec la guerre.

11 Suivant une autre proposition , les détroits devaient rester fermés, la Russie conservait la liberté de maintenir sa force maritime sans limite dans la mer Noire. 11 y faut toujours une force russe équipée pour la guerre et disposée pour une attaque contre lu capitale de l'empire ottoman pour entretenir les craintes de la Porte et tcnij l'Europe en éveil. Dans cette combinaison, les puissances occidentales eussent également été tenues d'avoir une flotte dans la mer .Méditerranée pour porter promptement secours à la Turquie en cas d'attaque.

» Le gouvernement de Sa Majesté en appellera à ce qui s'est passé dans la douzième conférence pour prouver que les alliés ont raison d'insister sur la diminution des forces russes dans la mer Noire, la prépoinlérance de cet empire étant incompatible avec l'existence de la Turquie. Dans celte conférence, les plénipotentiaires russes ont insisté pour substituer du cùté de la Russie une garantie purement morale à la garantie matérielle de l'intégrité et de rimlépendance de l'empire turc, et ils ont refusé de prendre part à l'eiiga;; iieiit que voulaient contracter les autres ptiissances, noD-seuIement de respec-

1er, mais encore , en cas de nécessilé, de faire respecter parla force des armes riiuU' iiJaiice et l'iiitégrilc territoriale de cet ttal.

• Le rtfis des jilcuipotentiaircs russes d'adhéier à aucun/ des combinnisoiis qîii peuvent assurer les piincipes contenus dans le troisième point dut mettre fin aux conférences , et par suite le quatrième point ne fut pas discuté.

• l.'iiilérêl que la France et l'Angleterre avaient constamment porté au bien-être des sujets chrétiens du sultan csl une preuve que la France et l'Angleterre seraient entrées dans l'esprit du quatrième point. Et quoique des circonstances indépendantes de leur volonté aient mis tin aux conférences, ces puissances sont heureuses de coustiiter que depuis le commencement de la guerre cl la cessation de l'influence russe en Turquie, le sullan a continué de donner suite a ces bienveillantes intentions en faveur de ses sujets chrétiens, ilont la condition a été sensiblement améliorée par l'exercice spontané de son pouvoir souverain. Je dois cependant relever ces parol-s d'un des plénipotentiaires russes prononcées dans la huitième conférence " que la question soulevée par le quatrième point était une question de conscience et non une question politique. »

» Il eût été fort heureux pour l'Europe que ces raisons de conscience n'eussent pas été mises en avant pour détruire l'indépendance politique de la Turquie.

)) Il est stipulé dans le traité de Kaïnardji que le sultan protégera la religion chrétienne et les églises ; et c'était par une fausse interprétation de ce traité, mais sans même alléguer la violation d'une seule de ses stipulations, que la Russie réclame le droit d'intervenir entre le sultan et ses millions de sujets chrétiens. Si l'on avait cédé à cette prétention, l'autorité du sullan dans ses propres Etats aurait été transférée à une puissance étrangère, et un grand pas eût élé fait vers la destruction de la Turquie et l'établissement de la puissance russe sur ses ruines.

« L'Europe est redevable à la France et à l'Angleterre d'avoir à propos, par leur énerjjiquc intervention, conjuré les désastreuses conséquences d'une telle catastrophe.

» Les circonstances dans lesquelles les conférences de Vienne ont pris fin ne permettent pas de lai-r le moment de la reprise des négociations, liais lorsqu'elles seront entamées de nouveau, le gouvernement de Sa Majesté M. ne perdra pas de vue les principes qui l'oni guidé dans les précédentes négociations, et, tout en insistant sur la liberté et le bien-être des Prinripautés el sur la liberté du Danube, il ne négligera rien pour obtenir, en faveur de la Turquie et de l'Europe, des garanties contre le retour des dangers que la guerre actuelle avait pour but de prévenir.

D En même temps, le gouvernement de Sa Majesté a des raisons de croire que le sultan fera des concessions libérales et elïectives pour les privilèges et les intérêts de tous ses sujets chrétiens.

)' Vous êtes autorisé à donner lecture de celte dépèche an ministre des affaires étrangères de la cour près laquelle vousî^tes accrédité.

» Agréez , etc.

» Signé Clarssdon. »

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