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CHAPITRE XXV

Note remise par M. de Glinka aux membres de la diète de Francfort. — ProtestalioDS lie l'Autriche en faveur de l'indivisibdilé des quatre garanties — Réponse de M. de Manteulfel. — La Prusse favorable à la Russie. — Letire de U. de Glihka au président de la diète germanique. — Réponse de la dièe. — Opuiioa de la majorité dts Etats allemands. — Rédaction de l'armée autrichienne. — Ordre du jour do l'empereur François-Joseph. — Circulaire de M. de Buo'i en date du 28'juin. — Annonce d'une communication prochaine dclAutiiche à la diète. — Déclaration de lord ClarenJon à la chambre des lords.

Ne pouvant rien obtenir ni du gouvernement français ni du cabinet de Londres, la Russie tourna ses efforts du côté de l'Allemagne. Déjs avant la clôture définitive du congrès de Vienne, M. de Glinka, ministre de la cour de Saint-Pétersbourg a Francfort, avait remis h tl.acuu des membres de la dicte germanique une note en date du 30 avril, dans laquelle M. de Nessclrode demandait la neutralité de rAlIcmagne en échange de l'acceptation des deux premiers points. La Hussic y déclarait que sa condescendance avait facilité la solution de ers deux points; qu'en l'absence d'un traité, rien n'obligeait les piii'.sances occidentales à les maintenir; mais qu'elle les regardait nc.-ii! moins comme acquis; qu'elle se croyait tenue de les respecter L'iui <|ue les Eiats allemands resteraient en dehors d'une lutte où 1-nrs inlérèts n'élaient pins engagés.

Lié par le traité du 2 décei):bre et par les actes récents du congrès de Vienne, le cabinet autrichien se vit dans l'oliligation de repousser de.° dislinciions aussi subtiles. Dans une circulaire du l7 mai, .Al. de Btiol r.i)ipcla aux Etats allemands que la dicte s'était'approprié les quatn- bases, qu'elles formaient un tout inséparable; qu'en conséquence, l'assemblée fédérale ne pouvait se prév;iloir de la concession failo par le chancelier de Russie, pour prendre des résolutions hostiles i rAiiIricbe, ou qui seraient de nature à entraver la mission conciliatrice dont cette puissance s'était chargée.

Quant à la Prusse, elle se montra comme toujours favorable aux vues du cabinet de Saint-Pétersbourg. « Nous réservons l'examen de la dépèche russe, dit .\J. de ManteulTel ; mais peut-on comprendre un raisonnement tendant à prouver que la Russie n'a d'autre but que la désunion de l'Allemagne, quand elle fait vis-à-vis de toute l'Allemagne une déclaration qui , de l'aveu même de la circulaire autrichienne, remplit de satisfaction le gouvernement impérial, et quand elle maintient des résultats que l'Autriche se fait un mérile elle-même d'avoir recommandés et obtenus , peut-on croire que la Russie ait voulu s'assurer prématuréruent des résolutions des cours allemandes, puisqu'elle ne provoque pas de contre-déclaration portant assentiment?

)) Sans apprécier actuellement la communication de M. deGiiaka, nous ne renonçons pas, en ce qui la concerne , au droit le plus entier d'un examen libre et complet. Nous nous trouvons, et l'Allemagne avec nous, sur le terrain du traité d'avril et de ses articles additionnels.

« Les négociations, les conventions, les stipulations qui se font en dehors de ce terrain sans que les contractants les connaissent ou y participent, — et nous comptons parmi ces actes notamment le traité du 2 décembre, les protocoles des dernières conférences de Vienne, ainsi que les conventions auxquelles le cabinet autrichien pourrait être amené par sa dernière correspondance confidentielle avec les puissances occidentales, — sont des faits que, sans doute, nous prendrons en sérieuse considération lorsqu'il s'agira de fixer nos résolutions, mais qui ne doivent ni ne peuvent réagir, en aucune manière, sur le cercle de nos obligations, ni, à notre avis, sur celui des obligations de l'Allemagne. Nous éprouverons une véritable satisfaction si les communications que doit nous faire l'Autriche répnndcut au point de vue bien connu auquel nous nous sommes placés. Dans l'examen de la situation, nous nous efforcerons de prouver par nos vœux, nos sentiments et nos relations, que la Prusse est habituée, comme puissance européenne aussi bien que comme puissance allemande, à se considérer comme l'alliée de l'Autriche. Toutefois, nous prétendons avoir, nous et l'Allemagne, le droit égal et complet de faire cet examen. Si l'Autriche se réserve d'apprécier ce que, ii son point de vue, exigent les intérêts de l'Europe et de l'Allemagne, nous aussi nous aurons à apprécier, quand le temps en sera venu , et suivant que notre propre intérêt, celui de l'Europe ou celui de l'Allem.ngne nous paraîtront le nécessiter, jusqu'à Aiel point la manière de voir de l'Autriche et les arrangements que Te cabinet de Vienne' pourra avoirpris à cet égard, sans nous consulter, pourront concorder avec nos convictions, et par suite, être appropriés à préparer la voie de celle union active de l'Allemagne et des deux grandes puissances alliées, union dans laquelle trouveraient leur accomplissement non-seulement les efforts des gouvernements allemands, mais encore les espérances de la nation. »

Par une dépêche du 6 juin, adressée au représentant de la Prusse à Saint-Pétersbourg, .M. de Manteuffel exprima la satisfaction quecausaient au cabinet de Berlin les dispositions conciliantes des plénipotentiaires russes. II se plaisait à reconnaître la sage modération qui avait dicté la note du 30 avril ; il en prenait acte; il avait la confiance que la Russie n'avait aucune arrière-pensée contre l'Autriche, qu'elle trouverait un moyen d'éviter toute complication.

Pendant les discussions de la Prusse avec l'Aut'iche , la note du 30 avril fut remise le 9 juin à M. deRecbberg, président de la diète de Francfort, avec cette lettre :

« Monsieur lk Comte :

)) Conformément aux ordres de mon gouvernement, j'ai l'honneur de remettre a Votre Euiinence la dépêche ci-jointe du comte de Nessclrode, afin qu'elle soit portée à la connaissance de la diète germanique. L'empereur , mon auguste souverain , eu acceptant pour sa part le résultat des conférences de Vienne, en tant qu'il concerne la position future des Principautés et la navigation du Danube, y attache la condition que les gouvernements allemands uiaintieudrcnt à l'égard de la l^ussie l'attitude qu'ils ont conservée jusqu'ici dans les complications politiques du moment.

» La diète germanique voudra bien voir dans cette résolution de Sa Majesté Impériale un gage de paix pour l'avenir et un nouveau témoignage d'tgards offert par la Russie aux inlérêls auxquels la tonféiléralion germanique a voué sa sollicitude. Je me sens heureux, monsieur le comte, d'être l'organe de ces sentiments , et saisis l'occasion, etc.

» De Gllnka. »

Eu déposant la note et la lettre d'envoi sur le bureau de l'assemblée, dans la séance du 14 juin , M. de Rechberg proposa un projet de réponse qui fut adopté sans discussion, et dont voici le texte :

« !VIonS!::dii, 1) Je me hâte de vous annoncer que je n'ai point manqué de soumettre à la haute diète, dans sa séance d'aujuurd'hui, votre lellrc honorée du U de ce mois, à laquelle était jointe une dépêche de AI. le comte de Nesseirode, datée de Saint-l'étersbourg, 30 avril I8i6. La

HISTOIRE ni!, LA GUERRE D'ORIENT.

haute dicte m'a chargé de constater la réception de ces deux docuinp:ils. Eii portant celle comninniralion à la connaissance de la haute dii'le, j'.ii ctc lieuieux de mon cik' de rciioudre au vœu que vous j m'avez exprimé dans voire susdite leiire, et je saisis avec plaisir l'occasion actuelle pour vous exprimer l'assiirunce de ma considération distinguée. »

M. de IN'esselrode avait donc réussi. Les Etats germaniques, eu grande majorité, étaient évidemment disposés à rester spectateurs impassibles des évcnenitnts, sous prétexte que l'intérêt germunique était suffisamment garanti par les deux premiers points, ils refusaient d'admettre l'indivisibilité préconisée par le cabinet de Vienne. Celui-ci voyani qu'il ne parvenait pas à les rappmcher de lui, se rapprocha d'eux, sans cesser toutefois de se prétendre attaché ii l'alliance du 2 décembre. Aucune pièce ne peint mieux cet accord que la dépêche envoyée pan le cabinet de Berlin à son reprcseutant à Vienne. L'Auîricheavait communiqué à la Prusse les protocoles des dernières séances du congres; elle avait fait pressentir qu'elle résumerait son avis dans une proposition ultérieure faile à la diète de L rancfort. « Je vous prie, écrivait M. de Manteuffel à M. d'Arnim, d'exprimer noire reconnaissance à M. le comte de Buol pour la communication de ces pièces intéressantes, qui contribuent tant à éclairer la situation générale. Ces pièces contiennent le développement ultérieur du point de vue qui nous a déjà été exposé, et il est à peine nécessaire de répéter que Sa Majesté le roi apprécie pleinement la fermeté avec laquelle le cabinet impérial pose h l'efficacité pratique du traité du 2 décembre les limites qui correspondent à sa propre interprétation des quatre points.

>) Sa Majesté reconnaît là non-seulement une analogie essentielle avec le point de vue qu'elle a toujours fait valoir relativement au traité d'avril et son article additionnel, mais y voit aussi un acheminement vers la conciliation de la contradiction que signale l'Autriche entre sa position basée sur le traité du 2 décembre et colle de la Prusse et de la Confédération. Sous ce rapport, nous nous sommes toujours laissé guider par la circonstance que le traité d'avril et ses articl-'S additionnels ont précédé le traité du 2 décembre, conclu sans la participation de la Prusse et de la Confédération germanique, et que par conséquent ce n'était ni la Prusse ni l'Allemagne qui pouvaient être responsables d'une contradiction qu'auraient offerte ces conventions avec les tendances du traité du décembre.

» La Prusse et l'Allemagne n'en ont pas moins prouvé suffisamment qu'elles sont disposées à tenir compte, comme il convient à des Etals confédérés, des intérêts pariiculiers de l'Autriche et des obligations européennes que l'Autriche a contractées jusqu'ici, pourvu qu'elles s'accordent avec les intérêts réels de r.A.ilfinagne, et nous ne doutons pas que ce sentiment se matiifestera aussi dans la phase nouvelle dans laquelle, si nous ne nous trompons, la question orientale est sur le point d'entrer.

» L'Allemagne a de fait reconnu les quatre points comme une base appropriée à la paix ; mais dès lors , quant non-seulement l'Autriche et les puissances occidentales, mais aussi la Russie, acceptaient cette base, et alors que la divergence des points de vue sur le troisième point ne s'était pas produite, elle s'est abstenue expressément et trèsprudemment de s'approprier d'une manière obligatoire les quatre points.

» Cette question grave appelle aussi un examen sérieux, approfotitli, pour apprécier si, après que les tentatives sincères et permanentes qui ont clé faites pour amener une entente sur cette base ont échoué, une plus grande circonspection n'est pas de nouveau nécessaire de h part de l'Allemagne pour le maintien des quatre poinii; précités. La solution de la question orientale, dit le cabinet tic Vienne, sur la base convenue, reste notre but, et nous supposons les mêmes intentions aux cabinets de Paris cl de Londres, tant qu'ils ne nous auront pas fait connaître que leurs intentions sont différeutes.

» Nous ne doutons pas que ces cabinets feront connaître dans peu leur manière de voir à Vienne, en réponse aux dépêches du cabinet autrichien. Il est évident que ceci devra exercer la plus grande influence sur la situation générale, et n(uis pouvons certainf-raent attendre sous peu, à ce sujet, des communications très-étendues de la part du gouvernement autrichien ; mais il serait particulièrement intéressant pour nous de recevoir une communication conlidentiellc préalable de la déclaration que le comte Esterhazv sera autorisé à soumettre à la dicte et des propositions qui s'y rattachent.

1) Le cabinet de Vienne conviendra certainement qu'il faut que nous connaissions le titre de ce document important, afin que nous puissions mesurer exactement la position que nous devons prendre à CCI égard , et pour donner les instructions convenables non-seulement à notre représentant à la diète, mais aussi dans le cas oii il la demanderait, que tous les gouvernements allemands prissent une attitude commune à nos représentants auprès de ces gouv.^rnements.

» Votre Excellence voudra donc, conforniémcnt à l'ordre exprès de Sa Majesté le roi, demander qu'on nous comiiiiinique confidentiellement le projet dont il vient d'être question le plus tùt possible, en laissant copie de la dépèche actuelle.

«Recevez, etc. »MAHTinrnu »

Ainsi entraînée dans le courant de la politique prnssieunc, l'Autriche s'écarta de celle des puissances occidentales. Elle réduisit son arpiée ; les rés.Tves des troisième et quatrième corps furent congédiées par un ordredu jour daté de Leinberg, ■.'■4 juin, où l'empereur François-Joseph disait : « Je saisis avec joie le premier moment possible poitr rendre à leurs foyers et à leurs familles les hommes de la réserve appelés pour compléter la mise sur pied de guerre de la troisième et quatrième armée, en leur témoignant ma plus entière satisfaction. Quoique la majorité d'entre eux fussent entrés dans des fonctions civiles, se fussent mariés et fussent devenus pères de fiimiUe, ils ont tous répondu, avec la plus grande promptitude, à l'appel qui leur a été fait, ont rempli ponctuellement leur* devoir et satisfait à leur destination par une conduite et un service exemplaires. Ils rempliront maintenant leurs obligations de citoyens aussi fidèlement et aussi honorablement qu'ils étaient habitués à le faire étant soldats. »

La dernière phrase de l'empereur François-Joseph indiquait clairement que le gouvernement autrichien ne«ongeait pas à rappeleï prochainement les soldats qu'il licenciait. Afin d'expliquer l'altitude que prenait son gouvernement, M. de Buol lança, le 28 juin, une nouvelle dépêche-circulaire, à l'adresse de ses agents en Allemagne. Il débutait par déclarer que les alliés du 2 décembre n'ayant pu s'entendre sur le troisième point, relatif a la limitation des forces navales dans la mer Noire, l'Autriche n'avait plus de motifs pour prendre une part active à la guerre commencée par les puissances alliées. Il reconnaissait néanmoins que l'Autriche était toujours tenue de répondre de l'acceptation desquatre points dansleur totalité, et de conserver la position prise dans les principautés en vue de la protection du territoire turc.

« Pour cette cause, ajoutait la dépêche, les forces autrichiennes des Principautés ne subiront aucune réduction, et quant à la réduction du reste de l'armée, elle sera opérée de telle manière qu'il soit facile de la remettre de nouveau sur le pied de guerre daus un très-court délai , si les événements l'exigent. Cette manière de voir ne satisfait pas seulement aux traités conclus avec les puissances occidentales et la Turquie, mais aussi aux conventions faites avec la Confédéi^tion germanique.

" L'Autriche devant persistera admettre que la Confédération s'est approprié les quatre points dans leur totalité, le baron de Prokesch sera chargé de faire à la diète, aussitôt après sou retour à Francfort, une communication concernant toute la question, et d'y rattacher en même temps la proposition de maintenir provisoirement les contingents sur le pied de guerre, sans y rien modifier; on demande par conséquent aux gouvernements allemands de donner à leurs représentants auprès de la diète des instructions à ce sujet, «

L'Autriche disait : « Puisqu'on n'a pu s'entendre, je désarme. » La France et l'Angleterre disaient au contraire : « Puisqu'on n'a pu s'entendre, il faut agir. » A leurs yeux, les quatre points tant controversés n'existaient plus. Us devaient être maintenus dans leur intégrité ; le troisième ayant été rejeté , et la Russie étant seule responsable de la rupture des conférences, les puissances occidentales se considéraient comme entièrement affranchies des conditions proposées. Le comte ^Vale^vski l'avait dit dans une circulaire aux légations françaises, lord Clarcndon l'avait proclamé hautement à la chambre des lords d'Angleterre, dans la séance du '^6 juin. « 11 est vrai, ajoutat-il, que dans toute négociation à venir, les quatre bases devront être discutées; mais l'Angleterre et la France se sont réservé le droit d'entrer dans ces négociations entièrement libres et sans nulle entrave, et de traiter de la paix aux conditions qu'elles jugeront les plus avantageuses à leurs intérêts, et que les événements de la guerre les autoriseront à demander. »

Malheureusement, les événements qui pouvaient leur assurer des conditions avantageuses étaient encore dans l'avenir. Indécise à Sébastopol, la lutte l'était également sur tous les points oii les belligérants se trouvaient en présence.

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