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CHAPITRE XXXIX

Précautions prises par le général Simpson. — Ouverture du feu. — Rapport du prince Gortschakolf sur le siège. — Enlèvement d'une embuscade. — Situalion des armoes sur les bords de la Tcliernaïa. — Prise de Malikoff et du faubourg de la Kirabelnaïa. — Evacuation de Sébastopol. — Couclusion.

La victoire de la Tchernaïa garantissait la paisible continuation du siège; toutefois, dans la crainte d'être inquiétés de nouveau, les alliés renforcèrent leurs postes d'observation. Le général Simpson envoya à Kamara quatre régiments éccssais, sous les ordres du lieutenant-général Campbell, avec cinquante pièces de canon.

Les dispositions étaient prises pour qu'un feu bien nourri fût ouvert, le 17 août, contre .Malakoff et le Redan. Il commença dans la matinée, et eut des effets presque immédiats; dans l'uprès-iuidi, une bombe lancée par une des batteries de mortiers, causa l'explosion d'un irrand nombre de bombes dans une des batteries de i'enucnii.

IVous ne possédons que de vagues renseignements sur les premières journées du bombardement. La plus grande discrétion avait été .-ecommandée ; les correspondances étaient muettes ou laconiques. Dans leurs communi"ations publiques à leurs gouvernements respectifs, les généraux en cbtf de l'armée d'Oritnt se contentaient d'annoncer sommairement que tout allait bien, qu'on avançait, que le feu se contiiiuait dans des conditions favorables. C'est dans les rapports du prince GortschakofT qu'il faut cliercLer des détails sur le grand duel d'artillerie.

t La canonnade renforcée et le bombardement contre Sébastopol, ouverts le 17 août par l'ennemi, ont continué avec de courtes suspensions jusqu'au 21 ; depuis ce jour jusqu'au 23 inclusivement, la canonnade a diminué progressivement, mais le bombardement s'est maintenu avec assn de violence.

j) Durant tout cet espace de temps, l'assiégeant exécutait pendant le jour, comme par le passé, un feu droit des plus violents contre le faubourg Karabeinaïa et les ouvrages qui le défendent. Pendant la nuit, l'ennemi lançait une grande quantité de bombes et de fusées contre la place et dans la rade.

» La guerre de mines, qui, les jours précédents, avait été poussée avec tant d'activité, a presque cessé. Quant aux travaux, l'assiégeant, occupé à réparer les avaries graves de ses batteries, n'a pas poussé de nouvelles approches.

» \'oici les détails du siège :

> Le 18 août. — Le feu le plus violent de part et d'autre n'a pas discontinue pendant toute la journée et la nuit; les bastions Korniloff et n» 3 sont ceiu qui ont le plus souffert des batteries ennemie».

» Durant la nuit du 18 au 19, ces deux bastions ont été réparés d'une manière très-satisfaisante, malgré la concentration du tir de l'ennemi contre eux, et, .i h Tiointo du jour, ils ont répcMidu ,ivec la même vivacité a l'assiégeant, i^u. .k.uiI passé toute la nuit à réparer ses batteries endommagées.

» Le 19 août. — La canonnade de l'assiégeant, qui s'était soutenue sans interruption jusqu'à midi, s'affaiblit un peu à partir de ce moment. Son tir endommagea les ouvrages du flanc gauche de notre ligne de défense ; mais les embrasures détruites étaient immédiatement rétablies, surtout pendant les nuits, de sorte que, chaque matin, tous nos ouvrages pouvaient ouvrir leur feu de nouveau: de plus, on y construisit les traverses indispensables.

» Le 20 août. — Depuis l'aube du jour jusqu'il midi , le feu fut extrêmement vif; vers midi, il commença à faiblir, mais à cinq heures, il fut repris, particulièrement contre le bastion n" 4. De notre côté, l-is bastions n"' 4 et 3 , et les deux ouvr-iges contigus répondircilt à l'ennemi avec tant de succès que ses batteries furent réduites au silence; deux d'entre elles, de 4 et de T piecfs sur le mamelon Vert, furent démontées et, à la batterie anglaise de 13 pièces, le feu prit aux gabions, qui brûlèrent jusqu'au moment de la cessation de la canonnade, ii huit heures du soir, par l'impossibilité oii l'ennemi se trouvait d'éteindre l'incendie.

» Le î 1 août. — La canonnade et le bombarJemement, particulièrement contre le faubourg Karabeinaïa, furent plus faibles que la veille.

« A neuf heures du soir, les postes secrets s'étant rencontrés en avant du bastion n" 2 , il y eut une fausse alarme, à la suite de laquelle le bastion n" 2 ouvrit une vive canonnade qui s'étendit jusqu'à l'citréinité gauche de notre ligne de défense, et fut soutenue de part et d'autre pendant plus d'une heure. Pendant la nuit, l'assiégeant réussit à ouvrir devant ce bastion une tranchée semi-ovale.

» Le ii août. — Le feu de l'ennemi fut assez vif; nous y répondîmes avec beaucoup de succès. A quatre heures du malin on exécuta, de nos galeries de mines en avant de la redoute Schwartz , une forte explosion qui endommagpa une partie de la tranchée de l'assiégeant. L'ennemi tenta de pousser deux approches de sa tranchée ovale en avant du bastion n° 2, mais il fut arrêté par la justesse de notre tir. Tous les dommages dans nos retranchements furent réparés autant que possible.

» Le 23 août. — L'ennemi tira plus faiblement que les jours passés; grâce à notre feu bien dirigé, ses travaux contre les bastions n° 2 et Korniloff ne firent pas de progrès.

» Le ï4 août. — A cinq heures du matin, le bastion Korniloff et le» ouvrages voisins ouvrirent un feu concentré contre la batterie de dix pièces, élevée par l'ennemi au dessus de l'ancienne lunette Kamcliatka; au bout de trois heures, cette batterie fut réduite au silence.

» Sur notre liane gauche, l'ennemi poussa sa chaîne avancée dans la direction d'Ouzeubaschik, d'Ourkoiista et de Bngha; deux de ses bataillons et quatorze à seize escadrons se sont établis dans la vallée de B.iïdar, non loin d'Orkousta. L'ennemi a exécuté des terrassements sur les montagnes Fédiouchioe, et élevé à droite du pont de pierres de la Tchernaïa un retranchement en forme de redoute. »

Le prince Gorlschakoff omet de dire, et ce n'est pas sans doute involontairement, que dans la nuit du 22 au 23, les Français enlevèrent une embuscade sur le glacis de .Malakoff. Cinq cents Russes sortirent pour la reprendre, mais ils furent repoussés avec une perte d'environ trois cents hommes. Si le prince passe ce fait sous silence, en revanche, il avance dans une de ses dépêches que les ouvrages Souffrent. 11 semble pressentir qu'une heure fatale approche.

L'armée de Liprandi ne fit rien pour la retarder; elle s'occupait de se remettre moralement et physiquement des suites du 16 août; et malgré le désir de venger sa défaite, elle craignait de se mesurer avec un ennemi exalté par le triomphe.

n Nous sommes rentrés dans le calme, mandait à la fin d'août le correspondant de la Presse d'Orient; mais on assure que bientôt nous prendrons de nouveau les armes, car les Russes, dit-on, veulent avoir leur revanche, et se disposent à nous attaquer une seconde fois sur la Tchernaïa avec une année de cent mille hommes. Ce chiffre me semble un peu exagéré; mais enfin, s'ils viennent, nous ne prendrons pas la peine de les compter, et ils ne recevront pas de nous un froid accueil. On remarque un mouvement continuel sur les hauteurs de Belbeck. On prétend que le prince Gorlschakoff reuvoie au camp derrière Sébastopol les régiments qui ont été décimés au pont de Traktir, et qu'il les remplace par des troupes encore intactes. Nous aurons donc le plaisir de faire de nouvelles connaissances.

> Les prisonniers du 16 nous ont donné une foule de renseignements sur la situation de 1 ennemi. Ces renseignements sont souvent contradictoires; car bien des soldats russes, pour captiver notre bienveillance, nous présentent les choses sous l'aspect qu'ils croient nous être le plus agréable; d'autres mentent à l'avantage de l'année dont ils faisaient partie; d'autres enfin, et notamment les Polonais, disent la vérité en toute franchise.

i> Il résulte de leurs discours que l'armée russe est fort démoralisée. Elle avait la conviction que le IC serait pour elle un jour de triomphe.

» L'arrivée des grenudicrs, la bénédiction de deux évéques, les ha-

raiiPiTes sacerdotales du prince GortscliakofF, qui se faisait fort de la protection du ciel, IVspoir de nous trouver ensevelis dans l'ivresse,

10 iCndemain de la fête de l'empereur, tout leur promettait la vicl'ii.e. Les événements ont tromné leur nttpnte : et, comme ils sont p: I suades qu'ils ne se trouveroiitjamais dans d'aussi bonnes conditions

I iiir nous allaquer, ils se croient voués à de continuelles défaitas. l'Iiisicurs autres circonstances augmentent leur découragement. Les approvisionnements qui arrivent à Sébastopoi ne sont pas proportionnés à la consommation, et la ration du soldat a été réduite d'un gr.ind tiers; le vodka (eau-de-vie de groin) n'est plus donné qu'aux soldats appliqués aui travaux les plus pénibles; les distributions de viande diminuent; le nombre de malades s'accroît chaque jour : 1) i;;lchi-Seraï en est rempli, Simphéropol en regorge. Ce n'est pas

11 io les approvisionnements manquent dans les lieux de dépôt; mais

II s transports sont longs, difficiles, mal organisés, et beaucoup de bostiaiix meurent en route.

<i IN'ous, quelle différence! Nous avons simplement le nécessaire, et nous nous procurons souvent un peu de superflu. Nous attendons avec impatience le signal de la nouvelle attaque contre Malakoff. Nous en sommes très-rapprocbés.

» J'ai fait une excursion dans le camp piémontais , et je me suis amusé à visiter plusieurs ouvrages de campagne que nos vaillants alliés ont construits depuis peu. J'ai admiré le cboix des positions.

') Vous ne sauriez vous faire qu'une imparfaite idée de l'entliousiasme qui rirgne dans les troupes sardes. Il y a une vingtaine de jours, leur camp avait un aspect triste, morne, silencieux : officiers et soldats semblaient plongés dans l'engourdissement de l'ennui.

)■ La bataille du 1C leur a donné une trempe nouvelle. Tous les visages sont animés, la joie règne dans tous les cœurs, et l'on ne rêve que nouvelles batailles. Je me trouvais au milieu d'un cercle d'officiers, et l'on parlait des éloges que nos généraux ont donnés à l'armée saide. Un vieux capitaine faisait le modeste. OU! lui dis-je , ces es vous les avez bien mérités, car vous vous êtes vaillamment hiits. — Oui, interrompit un jeune lieutenant que l'on m'a dit

i un ancien séminariste, nous n'avons pas mal combattu en Crii;i(^, mais nous combattrions bien mieux ailleurs. Ce mot, compris de Ions, fut accueilli par un sourire d'approbation.

L'état sanitaire est satisfaisant : toutefois les fièvres sont assez frrquentes ; elles ne présentent aucun danger , mais ceux qui en sont att^i'jués se rétablissent difficilement ici, et on est obligé de les évacuer. »

Le génie et l'artillerie poursuivaient leur œuvre avec un infatig:ible zèle et une noble émulation. Les incendies s'allumaient dans la place; le vaisseau à deux ponts l' Impératrice-Marie et une frégate russe, atteints l'un par une fusée, l'autre par une bombe, avaient lirùlc au milieu du grand bassin. Les tranchées françaises étaient si "^ i Inès de Malakoff, que les Russes jetaient des grapins pour essayer inverser les gabions. Les troupes alliées demandaient à grands l'assaut. Enfin, le 8 septembre, un assaut victorieux décida du s : ; de la partie sud de Sébastopoi.

1 ne première dépêche, reçue à Varna dans la nuit du 9 à trois 1m ires trente-cinq minutes du matin, portail ces mots :

L'assaut a été donné à midi a Malakoff. Ses réduits et le redan Carénage ont été enlevés par nos braves soldats avec un entrain I : iirable, aux cris de : Vive l'empereur!

" Nous nous sommes occupés de suite de nous y loger, et nous y avons réussi à Malakoff. Le redan du Carénage n'a pu être conserve devant la puissante artillerie qui frappait les premiers occupants de cet ouvrage, que notre solide installation n Malakoff ne tardera pas à faire tomber, ainsi que le Redan, dont nos braves alliés ont enlevé le saillant avec leur vigueur habituelle. ^lais, comme au redan du Carénage, ils ont dû céder devant l'artillerie ennemie et de puissantes réserves.

»' A la vue de nos aigles flottant sur Malakoff, le général de Salles a fait deux attaques sur le bastion Central. Elles n'ont pas réussi; nos troupes sont rentrées dans leurs tranchées.

» Nos pertes sont sérieuses, et je ne puis encore les préciser. Elles sont amplement compensées, car la prise de Malakoff est un succès dont les conséquences seront immenses. »

Dans une seconde dépèche le général Pélissier ajoutait :

Le général Pélissier au ministre de la guerre.

• Redoute Brancion , trois heures du matin , 9 septembre.

n Karabelnaya et la partie sud de Sébastopoi n'existent plus. L'ennemi, voyant notre solide occupation ii Malakoff, s'est décidé a évacuer la place, après en avoir ruiné et fait sauter par la mine presque toutes les défenses.

u Passant la nuit au milieu de mes troupes, je puis vous assurer que tout a sauté dans Karabelnaya, et, d'après ce ^ue j'ai pu voir , il doit en être de même devant nos attaques de gauche. — Cet immense succès fait le plus grand honneur a nos troupes.

» Je vous donnerai le détail de nos pertes de la journée, qui, ■près tant de combats opiniâtres, ne peuvent être que sérieuses.

» Demain je pourrai préciser les résultats de cette grande journée,

dont les généraux Bosquet et Mac-Mahon ont en grande partie les honneurs.

» Tout est paisible sur la Tchernaïa, et nous y veillons. »

L'amiral Bruat mandait, le 9, à dix heures quinze minutes du matin :

« L'assaut a été donné hier h midi à la tour Malakoff, et plus tard au grand Redan et au bastion Central. Un coup de vent de nord a retenu les vaisseaux au mouillage. Les bombardes, pour pouvoir tirer, ont dû entrer dans la baie de Streleska; elles ont lancé sur le bastion de la Quarantaine et le fort Alexandre 600 bombes. Les six bombardes anglaises, également mouillées dans la baie Streleska, ont tiré il peu près le même nombre de bombes. Cette nuit, de violentes explosions, de vastes incendies, nous ont fait supposer que les Russes évacuent la \ille.

» Aujourd'hui, nous avons remarqué que les vaisseaux russes étaient coulés. Le pont était couvert de troupes qui se retiraient dans le nord ; à partir de huit heures, il était coupé. Il ne reste plus dans le port, amarrés près du fort Catherine, queqiielques navires à vapeur. Je me suis approché ce matin, sur le Brandon^ des batteries de la Quarantaine, et je me suis assuré qu'elles étaient évacuées. En ce moment elles viennent de sauter. Nos soldats sont sortis des tranchées et se répandent en groupes isolés sur les remparts de la ville, qui paraissent complètement abandonnes. »

Le 9, à huit heures du soir, le général Pélissier complétait ainsi le résumé des événements :

« Crimée , 9 septembre , huit heures du soir.

» Aujourd'hui, j'ai constaté que l'ennemi avait coulé les vapeurs; son œuvre de destruction a continué sous le feu de nos bombes.

» Des mines sautant successivement et sur beaucoup de points m'ont fait un devoir de diiVérer d'entrer dans la place, qui ne présente plus qu'un vaste foyer d'incendie.

)i Toutefois, serré d'un peu près par notre feu, le prince Gortschakoff demande un armistice pour enlever le reste de ses blessés près du fort Saint-Paul, le pont, par prudence, ayant été rompu par ses ordres.

» Je rassemble les états des pertes, et vous aurez le chiffre des qu'il me sera bien connu.

» Tout va bien. Nous veillons à la Tchernaïa. »

En même temps parvenaient à Londres, à Turin, à Saint-Pétersbourg, des dépèches des généraux Simpson, La Marmora et Gortschakoff.

« Samedi, 8 septembre, onze heures trenle-cinq minutes du matin. » Les forces alliées ont attaqué les défenses de Sébastopoi, aujourd'hui à midi.

)) L'assaut de Malakoff a été couronné de succès, et cet ouvrage est entre les mains des Français.

i> Notre attaque sur le Redan, n'a pas réussi.

» James Simpson. »

« DimaDche soir, 9 septembre.

» Sébastopoi est au pouvoir des alliés.

>> Pendant la nuit et dans la matinée d'aujourd'hui les Russes ont évacué la partie sud de la ville, après avoir fait sauter les magasins et les défenses, et en mettant le feu à la ville.

il Le pont qui communique avec la partie nord de la ville est rompu,

• Tous les navires de guerre ont été brûlés, à l'exception de trois vapeurs qui restent dans le pirt,

" L'amiral Lyons annonce, de son côté, que les Russes ont coulé tous leurs vaisseaux de ligne.

» James Simpson. «

« Kadikoï, 9 septembre.

» L'assaut général donné à Sébastopoi dans la journée d'hier a été couronné d'un succès éclatant. La tour iVIalakolT a été prise par le corps d'armée du général Bosquet.

)) Nos soldats, bien qu'ils n'aient pas pris part à l'assaut, ont eu 40 hommes hors Je combat pendant qu'ils étaient dans les tranchées.

» Les Français et les Anglais ont donné l'assaut avec un véritable héroïsme.

1) Pendant la nuit les Russes se sont retirés, après avoir brûlé la ville, fait sauter les ouvrages de défense, les édifices et avoir coulé leurs derniers vaisseaux.

» La Marmora. »

" Le consul anglais k Bucharcst expédia la dépèche suivante : Malakoff et la partie sud de Sébastopoi ont été évacués par les Russes dans la journée du U septembre. Les Russes ont brûlé tous leurs vaisseaux. Malakoff et la partie sud de Sébastopoi sont occupés par les alliés. »

Le prince Gortschakoft' mandait de Sébastopoi, le 8 septembre, à midi :

• L'ennemi reçoit constamment de nouveaux renforts. Le bombardement contre la place est très-violeiit. »

Une autre ilépcche du prince Gortschakoff, datée du 8, dix heures du soir, portait :

« La rarnison de Séliastopol, après avoir soutenu un feu d'enfer, a repoussé aujourd'hui six assauts; mais il lui a été impossible de chasser l'ennemi du bastion Kornilolï. IVos braves troupes, qui ont résisté jusqu'à la dernière extrémité, passent dans la jiartie septentrionale de Sébastopol.

)> L'ennemi n'a trouvé dans la partie méridionale que des ruines ensanglantées. »

Une troisième dépèche du généralissime russe , datée du 9 septembre, était ainsi conçue :

'1 Le passage de la garnison dans la partie septentrionale de la jilace s'est opéré avec un succès extraordinaire; nous n'avons perdu en celte occasion que près de 100 hommes. IN'ous avons seulement laissé dans la partie méridionale , 5(1fl liommes grièvement blessés, j.

Une dépêche du général Pclissicr, datée du 1 1 septembre h onze heures du soir, annonce l'occupation de la ville par les vainqueurs.

i< J'ai parcouru aujourd'hui Sébastopol et ses lignes de défense. La pensée ne peut se faire un tableau exact de notre victoire , dont l'inspection des lieux peut seule donner toute l'étendue.

• La multiplicité des travaux de défense et les moyens matériels qui y ont été appliqués dépassent beaucoup ce qui s'était vu dans l'histoire des guerres.

11 La prise de iNIalakoff, qui a contraint l'ennemi à fuir devant nos aigles déjà trois fois victorieuses, a mis, entre les mains des alliés, un matériel et des établissements immenses dont il est impossible encore de préciser l'importance.

« Demain, les troupes alliées occuperont Karabelnaya et la ville, et , sous leur protection , une commission anglo-française s'occupera de faire le recensement du matériel que l'ennemi nous a abandonné.

Il La joie de nos soldats est bien grande, et c'est au cri de tuve l'empereur ! que, dans leur camp, ils célèbrent leur victoire. «

Ces nouvelles furent accueillies en France avec un enthousiasme qui se manifesta par des illuminations spontanées, par des fêtes improvisées dans toutes les villes. Un Te Deum solennel fut chanté le 13 septembre en l'église INotre-Dame de Paris, en présence de l'empereur et de tous les grands dignitaires de l'Etat. Dans l'après-midi, il y eut spectacle gratis à tous les théâtres de Paris. Le même jour, un décret, " considérant les éminents services rendus par le général Pélissier, notamment en Crimée, dans le commandant en chef de l'ar-

mée d'Orient, » l'éleva à la dignité de maréchal de France. — Le 16' un Te Deum solennel fut chanté dans toutes les églises de l'empire-

Nous reviendrons dans une série nouvelle sur ces grands événements, dont les déiails sont encore inconnus, les conséquences incalculables. Bornons-nous provisoirement à en présenter un tableau d'ensemble, qui permette d'apprécier la situation qu'ils font à l'armée de Crimée.

Une préparation lente, meurtrière, pénible, sûre, quoique sans éclat, a diminué l'espace à découvert entre les tranchées et la place. Pendant plusieurs jours toutes les batteries des assiégeants ont criblé la ville de projectiles ; l'heure de l'assaut est venue, et le sirnal en est donné en plein jour, à midi : fait sans exemple, peut-être dans l'histoire des sièges. Quatre attaques simultanées menacent le redan du Carénage, la tour Malakolï, le grand Hedan et le bastion central. A l'élan des soldats français et anglais les Russes opposent une solidité inébranlable. Six assauts sont repoussés ; mais il suffit qu'un seul réussisse, celui de la tour Malakolï. Malakolï' est le point culminant qui domine la ville méridionale, le bassin du Carénage, le faubourc de la Karabelnaïa ; Malakoff est la clé de Sébastopol, et sa chute peut terminer en quelques heures ce mémorable siège d'une année. Deu\ fois écrasées par la mitraille, les colonnes françaises reviennent à la charge avec une impétuosité dont les généraux donnent l'exemple en payant de leurs personnes. La victoire est chèrement achetée ; mais enfin les retranchements sont emportés, et c'est aux Français qu'est réservée la gloire de planter les premiers leur drapeau sur la citadelle, dont la prise entraîne celle de Sébastopol.

Des fortifications considérables restent encore au prince Gortschakoff; mais il désespère de pouvoir les défendre. Fidèles à la tactique de 1812, les Russes font sauter leurs remparts, détruisent leurs magasins et leurs arsenaux, coulent ou brûlent leurs derniers vaisseaux, à l'exception de quelques bâtiments à vapeur réfugiés dans une anse profonde, entre le fort Sainte-Catherine et le fort Constantin; puis la garnison se retire tumultueusement dans les citadelles et les camps situés sur le côté septentrional de la grande rade. Il est douteux que les Russes s'y maintiennent longtemps. Voilà les rudes travaux des tranchées finis. Des divisions entières deviennent disponibles; elles iront renforcer au besoin le corps d'observation dans la vallée de Baïdar, assiéger les forteresses du Nord ou couper la retraite aux Russes en déroute. Quoi qu'il arrive, la puissance russe a reçu en Crimée un coup dont elle ne se relèvera pas.

l'riso do la tour Mal.ikufT.

ri.N DK MALAKOFF,

• l.i.j.i. l.-icui i.iC , rucS.orti , lu

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