CHAPITRE X
Deux nouvelles campagnes contre le Izar Je Moskovie. — Interventioh du pape Grégoire XIII; le père jésuite Antoine Possevin. — NégocLitions diploDialico-religieuses. — La paix de Khiverova-Gorka. — Préparatifs du rni pour U quatrième campagne contré Moskou. — Mort da roi Etienne.
A la lecthrf; dU manifeste de Balof-y, la Pologne et sa brave armée ratent électrisëes ; de son cOlé, tcufe l'Europe eiviliséé attendait feji
HISTOrUE DE POLOGNE.
avec impatience les résultats de cette expédition. On commença par le siège de Polotsk,([ui f.itrepiise le 21) août 1579. Sokol , Turowla, Susza, cUAieaux fortifiés, eurent le même sort et rentrèrent dans la possession légitime des Polonais.
A la suite de tant de victoires, le roi donna ii Dzisna , à Gotliard , l'ilivestiture du duché de Kourlande, envoya 9es troupes en quartiers d'hiver, revint ii Wilno, où il fut reçu en triomphe; là, il convoqua, pour le 2S novembre, une dit-te pour aviser aUx moyens dé prolonger la ffUerrci
La,second'e campagne commença par la réunion des tl'oupes polono- ' litvanienncs à Czaszuikl sur l'Ula en juin 1580. Partout où le roi apparut il fut victorieux , les Moskovites furrnt ballus, et les villes de AVicliz , UsAviala , j>cwel , Zawolocz ^ .Iczierzyzsze , Porchow^ Opoka ., Slarodubow, furent reconquises. Lorsque le roi se trouva au siège de Wiclkip-l.uki, le grand-duc Yvan expédia en toute bâte deus plénipotentiaires d'un haut rang, Sitzkoï et Pirolll", pour obtenir des négociations. L'historiographe moskovite Karamzine dit â ce sujet : Il Les eiivoycs d'Yvan, en se rendant au camp des Polonais, furent obliges d'ehtauier d'humiliantes négociations. Le roi Etienne les reçut dans sa tente d'un air plein de hauteur. Il resta assis et coilverl lorsqu'ils le siiluèreiit au nom du tzar* et ne daigna pas leur adresser nne seule parole de bienveillance; Ils exigeaient d'abord que le roi levât le siège de Wiclkie-Luki , lorsqr.'ils furent interrompus tout k coup par une salve d'artillerie polonaise; ils luonirèrent alors plus de condescendance. C'était, disaient-ils, pour la première fuis tpie leur maiire entamait des négociations avec la Pologne hors de Moskou. Us consentaient, cn son nom , à concéder le titre de frère à Etienne si celui-ci voulait rendre Polotsk à la Russie. Ces propositions ayant été rejetées , ils allèrent même jusqu'à renoncer à cette ville et à offrir lit cession de la Kourlande avec vingt-quatre phcès de la Livonie; Etleinic exigeait, outre la Livonie entière, ra])aniîon de A\ ielkie-Luki , Smolensk, Pskow et IVovogrod. Sitzkoï et PirolT déilarètenl alors qu'il leur était impossible de faire d'aussi grands ■m I ilircs, et sollicitèrent leur congé ou la permission d'écrire au l/n. On expédia aussitôt un courriel- k ^Moskou, et le même jour, 5 <i ptcinbre, le feu jyitnt pris dans une tour remplie de poudre, l'ex- ||^'^iou fit sauter une partie de la forteresse; la flamme acheva la clc^lruction des murailles, et lés Russes tombèrent sous le fer des Polonais... »
t'ette nouvelle victoire termina la seconde campagne. Le roi souffrant repartit pour AVarsovie , et distribua son armée dans les quarliuis d'hiver.
A la diète de Warsovic (février-mars 1581), le roi dit aux rcpréseuliints de la république : « Piéjouissez-vous du triomphé de nos ) armes, mais sachons en profiter. Le destin semble nous livrer tout ij le Izarat de Moskovic : le crtilrnge et l'espérance mènent à la >' gloire. Youlez-vous suivre Un système de modération, suivez-le, » mais sachez qu'avec les IVIoskovites la Uiodéralion et les négocia- « tions ne servent à rien! Faites au moins la reconquête de h. Livo- " nie, principal but de cette guerre; réunie à jamais au royaume de •• Pologne , elle sera pour la postérité un glorieux monument de votre
1 v:ileur. Jusque-là nous ne devons pas songer à la paix »
. Yvan apprit la chute de Wielkie-Luki dans son repaire d'Alexandrovskaïa, que nos lecteurs connaissent déjà si biCn. Toiit aussitôt il expédia de nouvelles instructions h ses envoyés Sitzkoï et Piroll , qui suivaient Etienne d'un lieu à l'autre jusqu'à Warsovic. Là ils lui offrirent d'ajouter encore à leurs concessions quelques districts de la Livonie, le conjurant de suspendre les hostilités et d'envOyéi- ses ambassadeurs à Moskou pour traiter de la paix. Mais le roi leur répondit : " Retournez chez vous : vos négociations n'ont pour but que » de gagner du tem])s ; je n'accorderai ni ambassade ni paix, ni )' trêve jusqu'à ce que l'armée moskovité ait évacué toute la Livo- » nie. •
Le tzar, courageux avée les esclaves et les désarmés, mais lâche avec les hommes libres et les glorieux soldats de la Pologne, adressa une lettre a mkah à Etienne : « Il l'appelait cette fois son frère, et le )) suppliait de ne pas rassembler s?s troupes jiour l'été suivant, u II 6t partir sur-le-champ deux boïars, Pouschkiné et Pissenskoï, membres de son conseil tzarien, pour aller trouver le roi de Pologne, avec des linstructions qui leur prescrix'aicnl » la douceur et l'humilité dans » les négociations; de supporter non-seulement des injures, mais jus- » qu'à des voies de fait, des coups de poing et de bâton, pourvu » qu'ils obtiennent la paix. >i
Avec cela YVan consentait à Confirmer encore à Etienne, la possession perpétuelle de toutes les forteresses conquises par les Polonais, ne se réservant que la partie orientale de l'Esthonie et de la Livonie, c'est-à-dire >arva, liialy-Kamien (\\ eissenstcin) et Dorpat. A ces condilions, il proposait une trêve de SFpl aiis.
Mais le roi des Polonais connaissait parfaitement la dlipllcilé dc la politittue des Izars, pour qui rien n'efit sacré. La réponse du t-oi aux proposilions d'Yvan fut une troisième Campagne. Il congédia les envoyés russes, il iiléprisa d'elhiiloycr /es niiips de puing H di>. Iitllan , mais il leur renlil pour le (zar des livres latins, allemands et polonais, publiés en Allemagne et en Pologne , et oii oh prouvait bistorirjilement que lesantiiebs seuvetaitis de IVloskeVié (étaient dts Vassaux des
khans de Tauride (Krimée j, et non pas les descendants de César- Auguste ! Avec cela Etienne écrivit à Yvan ulic lettre où on remarquait ces passages : « ... Mais où êles-vous donc , Uicu du pays des >) Russes, ainsi que vous vous faites appeler par vos malheureux es- I) claves? Nous n'avons aperçu encore ni votre personne ni la ban- » nièrc de la croix dont vous parliez Sans cesse, elTrayabt seulement » les Moskovites avec vos crucifix et non pas les Polonais. S'il est » vrai que vous ayez pitié du sang des chrétiens, je vous oITre pn » coUibat singulier î ilésignez vous-même le temps et le licU; parais- » sez-y à chevaL et nous combattrons seuls, afin que Dieu accorde la >i victoire au plus juste !..i »
Od devine que les crimes et la lâcheté reculèrent devant les vertus et la vaillance de Balory.
La troisième campagne s'ouvrit au mois d'aoïtl I5S1 par le siège de Pskow. Malgré la longueur du Siège la ville aurait fini par succomber^ si les intrigues (liiiluiiialiqties, toujours si fatales aux Polonais n'éiaiénl venues en aide au tzar. Celui-ci, effrayé des succès de ses adversaires, envoya une ambassade et de l'argent àii pape Grégoire XIII pour lui demander sa médiation entre la Moskovie cl la Pologne, et dans une note secrète il fit entendre qu'il embrasserait le catholicisme avec son pays, si le pape accédait à Sa demande. Quoique ce même pape n'ait Obteliu aucun succès à ce sujet en 157C, comme oh l'a vu i il saisit celte nouvelle occasion ; et expédia le père Antoine Possévin, jésuite, qui était connu pour son habileté transcendante.
Lorsque PosséVin se présenta devant Batory, celUi-ci lui dit : .. Le » grand-duc de Moskovie veut en imposel- au saint-père : à l'aspect • de l'orage qui le menacé, il est homme à tout promettre, et la Il réunion des cultes, et la guerre Contre les Tufks : quant à moi il 1) ne me trompera pas. Ce])endant allez, agissez; seulement je suis » convaincu que pour obtenir une paix honorable et avantaecuse la » guerre est indispensable. j> " '
Le roi revint en Lilvanic qUi réclamait sa présence, et Jean Zamoyski commandait l'armée victorieuse, lorsque Its conférences diplniriatiques, présidées par PosseViU et ouvertes le 13 décembre 1581, aboutirent le 15 janvier 15S3 à une paix signée à Khiverovà-Gorka.' Si le roi rendit les villes prises dans la province de Pskow, il earda à jamais Polotsk, YVieliz et Witebsk , ainsi que toute la Livonie, qu'il divisa en trois palatinatsde Wenda, Dorpat et Pernàu.
Certes, cette paix était bonne, mais elle aurait pu être beaucoup plus avantageuse sans l'intervention étrangère. Quant aux résultats qui en revinrent au A'aliean, et lorsque Possevin voulut rappeler au tzar sa promesse solennelle dé conversion, celui-ci se mit a rire lui tourna le dos sans rien répondre. Possevin demanda alors au m'oins l'autoi-isàtion d'établir les jésUites en Russie, mais le tzar lui répondit : « Celle demande me paraît inopportune et inutile pour votre corapa- » gnie : d'abord parce que Vous ne parX'iendrez jamais à convertir les » Russes à votre t-eligion , et puis, parce qu'il faudrait vingt jésuites » pour tromper ou venir à bout d'un seul Russe; ainsi toutes vos peines 1) seraient perdues. j>
Cette réponse, qui cdnfirniait nialhcuseusement lés prévisions du roi ne se borna pas à tromper stulement le pape, mais la inauvaise foi moskovite recommença de nouvelles intrigues contre la Pologne ne voulant pas exécuter fidèlement les clauses du traité ; aussi en 1586 pendant qu« le roi était à Grodno, il envoya une aMiassade à Rome' coUiposée d'André Batory, son Ueveu, et de Solikowski, archevêque de Léopol, pour communiiiuer au pape Sixte V lé projet dc faire la i^uerre aux Moskovites. Le jiapé promit de l'assister. Etienne, ])our olitenir encore l'assentiment des états, fixa pour le mois de décembre l'ouverture de la diète de ^Varsovie. En attendant, il commença d'un côté à 'faire des préparatifs de guerre, et comme de r.iutre coté l'aristocra:ic abusait tous les jours davantage de ses privilèges et tendait à affaiblir l'autorité royale, le roi résolut d'introduire la question de l'hérédité du trône. La masse dc la noblesse, qui avait une erande confiance en Batory, qui trouvait en lui et un citoyen roi, un homme tolérant dànS les questions rtligiciiscs et un llèrns'de premier ordre secondait ses projets dans les (iiétines réuliies déjà dans tous les paliltlnats, lorsqu'il n;ouriil sUbitciUcht à Grodno, le 1 i lièceinlire 158G à la Suiife du poisoli adiiilnistrè pat- les inflitcilces (Jiii partaient de Mdskbu ti de quelques mécontents de l'intèrleUi'.
Ainsi finit fcé grand roi dans sa SI' aliiièfc , àpl-ès uii i-fîpne de dix ans, et à l'époque où sa tète et son bras étaient si nécessaires au bonheur de la l'ologne !