HISTOIRE OR POLO^T
devoir et à noire «lignite , de recoiinailre par un serment une trêve dont les clauses non-seulement n'avaient pas été consenties par nous, mais auxquelles nous n'avons jamais sonyé? Pourrions-nous abandonner a sa tyrannie la l.ivoiiie, le duelié de Kourlande, et les autres pays de notre domination , intermédiaires entre la Livonic et les frontières de la Prusse, qui suivent les lois de la Litvanie ? ÎN'avonsnous pas juré solennellement en montant sur le trône de protéger ces pays avec toute la fidélité et tout le zèle dont nous sommes capables, de les garantir au péril même de la vie des attaques de l'étranger ? t^ette partie de nos fonctions royales nous a toujours été la plus chère, et jamais nous n'avons donné la preuve d'un sentiment contraire. Jamais non plus nos ambassadeurs n'ont pu rien promettre, et tout prouve qu'ils n'ont rien ])roniis qui ne fût d'accord avec notre
moins inique que les précédents. Eussent-elles été écrites d'après notre volonté et notre consentement réciproques, eussent-elles été conformes à celles de nos ambassadeurs , il convenait encore que chacun de nous prêtât serment, lui selon sa formule, et nous selon la nôtre. Tant s'en faut qu'il ait le droit d'exiger de nous un serment formulé dans des letlrcs qu'il a écrites lui-même et à sa fantaisie contre notre pensée intime, contrairement à nos volontés et à celles de nos ambassadeurs.
» Il est bien évident pour tout le monde qu'il a agi dans des circonstances avec injustice et mauvaise foi. Uu reste, rien ne le montre mieux que la conduite de ses ambassadeurs, qui, arrivés ii Krakovie, refusent d'exposer et de faire connaître te qui avait été discuté, arrangé et convenu enire nos envoyés et ceux qui avaient reçu mis-
Jean-Charles Boreyko-Chodkiewicz (1560^16-21).
manière de voir à ce sujet, car le serment par lequel ils se sont engagés à respecter la trêve ne renferme aucune concession de cette nature. D'un autre côté, lorsqu'il s'agit d'une paix conclue entre- des princes ou d'une convention passée entre ilcs parli< iilicrs , quelle raison , quelle puissance, quelle nécessité peut conlranulre l'une des deux parties à l'accepter, si, bien loin «l'y consentir et d'y adhérer, elle n'y a même pas songé? Pour conclure une affaire, il faut commencer par mettre d'accord les intentions des deux parties, et ensuite les exprimer jiar écrit, de manière que non-seulement les pensées mais les mots soient conformes k leurs intentions.
Il l,c gr.-.nd-duc, notre ennemi, ne peut ccrlaincnicnt ignorer comment se lr.iil<-nt cl'liabitudc les affaires. Il lui sulVit, je ne dirai pas de se souvenir du droit et de l'équité, mais île se rappeler ce que nos augustes prédécesseurs, ce que ses ancêtres, ce que lui-même faisait autrefois constamment lorsqu'il s'agissait soit d'une trêve à signer, soit d'une paix à cmiclure.
Il L'obligation que nous impose le grand-duc de Moskovie de prêter serment d'après la formule prescrite dans ses lettres n'est pas un acte
sion du granilduc de conférer avec eux, et ce que lui-même ax'ait décidé.
" A ces ruses et à ces artifices se joignirent des insultes publiques et lies hostilités ouvertes. iVon-seulement il rav:igeail l.i l.ivonic par de continuilles incursions, mais il élevait sur les fronticrcs du palatinat de \\ ilebsk, c'esl-a-dire dans une (irovince dépendante de notre grand-duché de Litvanie, une forteresse , il'nii ses officiers se répandaient dans les campagnes , pillant et massacrant nos malheureux sujets. Lui-même faisait de grandes levées dans ses Ltats et se préjarait sérieusement i> la guerre. Des plaintes nous arrivaient de liiules paris, soit par des Icltrcs, soil par des messages de l'illustre duc de Kourlande , des habilaiits de Kiga et des coiiiiiMiiilanls de nos places en Livonic. Tous imploraient notre inlcrvciition et nuire appui. Hicn ne pouvait plus et ne devait |)liis nous pcniiellrc de différer la guerre. C'est pourquoi nous nous décidâmes par de justes et sérieux motifs ii ne jias recevoir les lettres du Moskoviie cl a refuser notre serment pour des conditions qu'il avait prescrites de luimême, de son plein gré. Notre envoyé retourna auprès du grand-duc
HISTOIRE DE POLOGNE
à Moskoii, cl apiJ's lui avoir e\|)os(' nos raisons lui drclara la guerre, guerre jusle et lijjitiinc, puisque déjà il avait rasscinblô contre nous une a mire considérable sous l'skow.
» Quant il ses ambassadeurs, qu'il nous redemandait, nous les laissâmes retourner en .lloskovie, sans avoir rien pu obtenir d'eux, car ils persistèrent toujours dans leur silence, ^'ous étions en droit de Jes considérer plutôt comme des espions que comme des envoyés, car ils ne nous avaient pas dit un uiot sur l'objet de leur mission. Néanmoins nos ambassadeurs en Moskovie, nous ayant appris que c'était une véritable ambassade, nous leur fîmes rendre tous les honneurs dus à leur titre, et donner tous les présents accoutumés dans les pays soumis à notre pouvoir. Quant h la stcondc ambassade qu'il nous demandait d'envoyer en Aloskovie, après avoir juré la trêve d'après la formule proscrite dans ses lettres pour régler les affaires de la Livonie. il nous a semblé qu'elle était inutile. A quoi serviraient des orateurs dans notre dilïérend au sujet de la Livonie, si nous nous engagions par sermeni (et ce sont les conditions qu'il nous pose) non-seulement ii lui abandonner la Livonie et la Kourlande, mais encore une partie des pays dépendant de la Litvanie, qui séparent la Kourlande de la Prusse? iNous n'avons donc pas cru devHlf nous engager par celte nouvelle ambassade à consentir à la perte de nos provinces et à notre déshonneur.
" Ainsi donc, soldats! nous croyons vous avoir convaincus par l'exposé des faits précédents, que nous avons toujours voulu ëtittltoute effusion du sang chrétien, que ncnis avons toujours déslrt; la paix et à la tranquillité, et que ce désir nous a poussé à tenter les ilioyerls de conciliation dont je vous ai entretenus. Tous les olltfages que le grand-duc de "Moskovie a faits ii Notre ^Majesté Hiiyale, nous lès avons oubliés; nous avons sacrihé avec plaisir nos resséiitiinenls k la paix et à la fortune de nos sujets chrétiens. .Alais toute l'ardeur que nous avons montrée ))our le maintien de la paix tl de la liHlilie entente entre nos deux Etats, loin de nous avoir fait oblcnir de lui quelque chose de juste et d'équitable, semble avoir redoublé son orgueil et son insolence. Il n'a cessé de chercher les ocCasidtts de nous blesser personnellement, et de nuire à notre royaume de Piiltlgne et à hotre grand-duché de Lilvanie.
>) D'ailleurs, la conduite analogue qu'il a toujours suivie à l'égatd de nos augustes prédécesseurs ne nous permet pas d'espérer qu'il mette jamais de lui-même des bornes à ses excès de toute nature; L'injure qu'il a faite à notre prédécesseur Sigismnnd-Auguste, de glorieuse mémoire, vous perinellra de l'apprécier. Il abreuva d'humiliations et traita de la mauii're la plus indigne, contre le drtjil des gens, des ambassadeurs du plus haut rang choisis paruii les Sénateurs que ce princelui avait envoyés, le palatin d'Innwldclaw et le castellan de Samogitie. Il rançonna uil gentilliomm'; polonais sttlat^hé a la cour de notre auguste prédécesseur, et s'arrogea orgueilleusement plusieurs objets précieux qui liÉ lui avaient été contiés que pour qu'il les • examinât. Il enleva aux niM^thands qui racconipiigiinlent une grande partie de les marchandises, et fit tililtiler les chevaux sous les yeux mêmes de nos ambassadeurs. La mort inn|)inOe du rOl Sigismoud- Auguste ne lui permit pas de punir cet outi-age. Nous lui avons demandé réparation de ses iiisulles d'alors, «ails qu'il se soit nullement soucié de faire droit à notre demande. (,)ue dinti-jé de cet engagement par écrit de respecter la paix (|ii'il donna ii (luil-e aiiguste prédécesseur Henri:' >'esl-ce pas après qu'il violait ses {itomcsses, s'emparait de Pernau, et soumettait d'autres places fortes de la Livonie ?
» Au reste, nous voyons que ses aiicêlfës dHl été ^j^esque tous d'aussi mauvaise foi dans leurs rapports îl^éb liOS JtfédétésSëiIrSi Toutes les personnes cxacicment informées des faits soiit tlhauinies il cet égard, et il est facile de prouver par les lettres des ancêtres du duc actuel de ."Moskovie, conservées aux archives de notre graiidduclié de Litvanie, combien de fois, lorsque les rois de Pologne, se reposant sur les traités conclus et jurés par les ^loskovitcs, et croyant laisser leur royaume à l'abri de tout danger, s'engageaient dans des expéditions contre les peuples barbares et ennemis du nom chrétien, les .Aloskovitcs ont été parjures et sacrilèges; combien de fois ils ont rompu les traités, repris les armes et tombé sur nos prédécesseurs au moment oii ils réprimaient les incursions des pa'iens; combien de fois ils les ont forcés de renonclir aux projets de guêtre formés dans l'iiitérêt du monde chrétitii pour venir repoUsser leurs attaques.
" Cet Vvan, fils de Vassili, notre ennemi, l'imite dans ses écrits et dans ses paroles, il surpasse même la xersalilUé, la ruse et la perfidie de SCS ancêtres. C'est ainsi que, tandis qu'il envoyait à Sigismond- Auguste, notre prédécesseur de glorieuse inémoire, des lettres de sauvegarde pour les cnx-oyés qui devaient régler les conditions de la paix, il envahissait tout d'un cojp et oci ii|)ait Polotsk. Il se servit du inême stratagème contre nous, lorsque, après nous ax'oir donné l'assurance de la paix, il attaqua subitement la Livonie, et cependant il avait ess.Évé de nous détournci-, lions, notre royaume de Pologne et le grand-duché de LitVanie, de songer à la défense de cette province.
» Ainsi donc, comihc rien ne peut plus nous faire espérer de voir lé gtiài^uc de Moskovie revenir à la bonne foi Et à de meilleurs
sentiments, et que, bien loin de nous nflVir les garanties d'une paix certaine, il BJoUle aux anciennes et au\ dernières injures chaque jour de nouveaux outrages, cherche tous les moyens de nous tromper et de porter atteinte soit k l'houneiir de noire nom, soit ii l'intégrité de de notre empire, nous croyons devoir nous en rapporter au jugemeflt du Dieu tout-puissant, qui a tout x'u de ses yeux équitables, et éh appcfer à une juste vengeance, après avoir inutilement employé et épuisé tous les moyens qui poux'aient nous donner une pai\ hoitiSrahle et assurée, et épargner ainsi les biens et la vie de nos sujets chrétiens. En conséquence, nous avons fait relnettre ses lettres troUipeuses, et déclarer une guerre juste et légitime k "i'van, fils de Vassili, grand-duc de Mnskox'ié.
"Celle guerre a pour but de venger et dfe repddsSer ItJlW de noUs la double insulte qui nous a été faite soit par lui-même dans ses discours et dans ses lettres, soit par ses ambassadeurs ; les maux cruels qu'il fait subir depuis tant d'années à nos sujets, et tous les dommages que notre royaume de Pologne en a ressentis. .Mais afin que tous sachent combien nous désirons peu la ruine et le malheur des sujets chrétiens du grand-duc, nous déclarons qu'il ne sera fait de mal (autant du moins qu'il sera en notre |)ouvoir de l'empêcher) à ;IU<;un de ceux d'entre eux qui ne ccimbattront pas contre nous, soit dans les places fortes, soit sur le champ de bataille. Car nous savons bien que tous les motifs de cette guerre nous ont été fournis par le grand-duc lui-même et par lui seul. Seul, il nous attaque dans notre honbèUr cl dans notre dignité; seul, il ne cesse de convoiter nos prnviiictïs avec une ambitieuse avidité. C'est de lui seul que nous VOiilntis réprimer l'audace effrénée, arrêter les cruautés et les brigandages, afiii de rendre (si nous le pouvons) dans la suite la paix et la tranquillité au\ chrétiens.
" Nous espérons, ou plutôt nous croyons fermement que le Dieu très-grand et très-bon nous favorisera, nous , nos armées et notre royaume . datls une guerre entreprise avec des motifs si justes et si sérieux , tjU'ellt est pour nous une nécessité. Aous pensons aussi que les princes diréliens et tous les hommes qui seront instruits de ces faits n'hésiteront pas de verser le sang des chrétiens, que nous avons toujours défendus, protégés et garantis de tout mal , qui nous font entreprendre cette guerre , mais que nous y avons été poussé par tant (['injures accompagnées depuis si longtemps de cruautés cl de barbaries, par la nécessité de défendre notre dignité, par le triste I état de nos provinces et de notre grand-duché de Litvanie, par le besoin de veiller sur le bonheur, sur les biens, sur la vie de nos sujets depuis si Initgtcmps victimes des atrncilés moskovites; enfin, par le conseil et l'avis de tous les ordres de notre royaume et du grand-duché de Litvanie, qui demandent une paix certaine, durable et le rétablissement de la tranquillité parmi les peuples de nom chrétien;
)) Ce n'est pas avec de tels motifs et avec les intentions qui nous animent dans telle guerre que noUS pouvons douter du zèle, de l'arileur et de la fidélité de riôS Iroupiîs; cependant nous les exhortons k montrer dans Celle MiUpagne, sous nos ordres, un courage au-dessus de tout péril Cl k penser k la gloire et au bonlicur qui les attendent en combattant podi- une si bonne et si juste cotise.
j> (iiie nos sujets se préparent » colub.itire avec la vaillance habituelle k notre nation, avec l'intrépidité de nos ancêtres pour se venger et se garantir à jamais des injures continuelles que leurs concitoyens ou eux-mêmes ont eu k souffrir.
)> Que les étrangers qui servent sous nos drapeaux songent que s'il est iteau se dévouer pour le salut de ses voisins, de se mettre en (lîiitget^ j)our eux, il n'est pas moins important à leur sûreté particulière qu'a celle de leurs concitoyens d'éteindre l'incendie qui dévore la demeure du voisin.
" ()ue tous eri général apportent dans une guerre si juste le plus vif dcsif de s'illustrer par de hauls faits. Chacun y acquerra une gloire et un mérite d'autant plus grand , qu'il aura k faire une guerre plus sérieuse et plus difficile contre l'ennemi le plus cruel du genre humain.
1) Pour nous, nous allons récompenser généreusement le courage, la fidélité , le zèle, les efforts de chacun de nos soldats par notre bienveillance, notre faveur et nos largesses, de telle sorte que personne n'ait k se repentir de ses exploits, et que tous voient que nous aimons k glorifier et k honorer la valeur et les belles actions selon leur mérite.
1) Fait k SwiB, le 12 juillet de l'Snnée du Seigneur 1579, et 4e notre règne la quatrième.
» ÊTlïNNK , roi. u