‹ Histoire de la Guerre d'OrientChapitre 145 sur 235 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Assassinats des derniers rejetons rie Rurik à Moskou. — Les faux Démétrios. — Guerre entre la Pologne el la Russie. — Bataille de KIouschino en 1610. — Election de Wladislas de Pologne au trône de Moskovie. — Les Schouiskol usurpent le tzaral; ils sjnt faits prisonniers par Zolkiewski, qui les présente h War.sovie devant le roi Sigismond 111 et les dignitaires de la Pologne. — Mort du tzar Schouïskoï et de ses frères; détails historiques relatifs à cet événement.

Le tzar Yvan-Vassiliévitsch le Cruel mourut, comme on le sait, le 18 mars l.')84; il laissa deux fils, Fédor et Démétrius. Fédor, valétudinaire el dévot, était gouverné par horys GodounolT, grand écuyer et gouverneur de Vladimir-sur-la-Klazma. Borys fit périr, en 1594, à Ouglllscli, le tzarévitsch Démétrius, et en 1598 il jeta dans un cachot iiiconuii le tzar Fédor, et s'empara de Moskou.

Léon Sapicha, grand chancelier de Litvanie, conclut avec le nouveau tzar Borys GodounolT, eu tCOl, au nom de Sigismond 111 , uiu

]i,ii\ pour \iiii;i ans; luuis oommi' Korvs lavorisait (Jliarles IX, Si!;is-

ml alU'iuluit inipalleiiiiuent rotcasioii de s'en vcni^er, et cette oc-

r .Mon arriva.

Ils l'année UiOÎ, il se présenta un homme qui se disait le tzarévil^(■il Dométrius, échappé par snbs'itution à l'assassinat d'OuglitscU. Il ila't prolc^c par Georye iMniszccli, seigneur polonais, à qui il pniiiiit d'épouser sa fille Marina quand il arriverait au tzarat de Aln^kovie. En effet, Mniszccli et Démétrius réunissent une troupe de vcildiitaires, franchissent en novembre ICO 4 le Dnieper ii kiiow; ils ri iicontrcnl Yvan Godounolï, frère du tzar Borys, et les princes Se liouiskoï, qui sont battus.

Sur ces entrefaites le tzar Borys meurt subitement à Moskou, l)éiiiririus y entre triomi)halement et se trouve élevé au tzarat, et Mann.i Mniszcch devient son épouse eu 1606. Les fêtes de mariage et rir ronronnement durèrent dix-huit jours. A'assili Schouïskoï profite lie ce moment d'ivresse, forme une conjuration, fait assassiner Démétrius et massacrer un grand nombre de Polonais inoffensifs, et qui ne pouvaient pas s'attendre à tant de perfidie. Sehouiskoï envoie George et Marina Mniszech au fond de la Moskovie, et se prijrhime Izar. 11 fit exposer sur la place publique les restes inanimés ilr Démétrius pour ])rémuiiir les Moskovitcs contre les séductions d'une nouvelle intrigue. Mais vaine précaution : il se présente en 1(1(17 un nouveau Démétrius, qui, ressemblant au premier, soutient (ju'il a été préservé par un coup du ciel.

I.c nouveau prétendant réunit autour de lui une troupe, s'établit a l'ouschino, près de iMoskou, et- bat les Moskoviles de Schouïskoï. -M.nïna parvient ii le rejoindre, et avoue que le nouveau Démétrius isi son époux légitime. Les Polonais, qui devaient venger l.i myrl de leurs compatriotes assassinés si lâchement à ?iloskou, embrassèrent le parti du tzar Démétrius. Leur attitude en imposa tellemeiit aux Moskovites, que d'un côlé ces derniers appelèrent le roi de Suède Charles IX à leur secours , et que de l'autre ils offrirent la couronne tzarienne à ^ ladislas, fils de Sii^ismond IlL C'est en présence de ces événements que la diète, réunie à Warsovie au commencement de I(!On, vota les fonds nécessaires pour soutenir la guerre contre la Jloskovie.

Pendant que les Suédois guerroyaient du côte de Pskow et de .Novogrod ])our la cause de Schouïskoï, Sigismond UI se mit à la tète I d'une armée et dès le 29 septembre 160S) assiégea Smolensk, livr.'e aux Moskovites traîtreusement par Glinski, du temps de Sigismond 1'''. Le siège se prolongeant, les négociateurs se croisaient entre Smoli'iisk, ,Moskou et le camp de Touschino sans amener aucun résultat. Kiiiiu la conduite déréglée de Démétrius le força de se sauver ii K.ilouga, et le tzar Sebouiikoï, aidé par les Suédois, put réunir des forces pour dégager Smolensk et repousser Sigismond lll.

L'irrésolution du roi força Stanislas Zolkitwski à tenter un coup lie main hardi. Les Moskovites et les Suédois étaient au nomhic lie duaranle mille hommes; et les Polono-Litvauiens au nombre de linii mille. Zolkiewski l'ait une marche rapide, arrive inattciulu Mil- le terrain, a Klouschiuo i au-dessus de Gjatsk , dans la matinée (lu i juillet 1610, attaque l'ennemi stupéfait, et remporte une des Ml loires les plus mémorables dont les annales de Pologne fassent iiii-iilinn. Les Moskovites écrasés et épouvantés déposent, le 27 juillet, lini tzar \a>sili Schouïskoï. Zolkiewski établit son quartier général a,i\ portes de Moskou, et, après des pourparlers, il signe, le 27 aiiùt,

I "iijnintement avec les plénipotentiaires moskovites, le diplôme de il leclion de A\ ladislas au tzarat. Ensuite Zolkiewski repousse au loin le r.iux Démétrius, revient à Moskou, et établit en octobre son <|iifriier général au krcmliu. 11 confia pour quelque temps la garde l> 1 lieuliere de cette place i> Adam Chodzko, fils de l'aul, pour rée inpcnser le courage qu'il avait déployé a la bataille de klouschino.

le 28 octobre une ambassade moskovite se présenta chez Sigisiiioiid m, près de Smolensk. Le diplôme de l'èieclion de \\ ladislas poii.iit qu'il partirait à l'instant, qu'il observerait les mœurs et les u :;es de ses nouveaux sujets, et qu'eu se couronnant il embrasserait le ni grec. Ce dernier point, qui était contraire aux vues de ceux (jui Miiil. lient la conversion immédiate des schismaliques au catholiei uie, força Sigismond a se ranger du côté de ces derniers; et il rc- M ioiu|ua pour lui-même la couronne tzarienne, et c'est dans ce li.ut 'I I il retardait à donner sa réponse aussi vite qu'il devait le l'aire.

/.olkiewski, dont la gloire inspirait de la jalousie à (|uclques mau- \ ll^ courtisans, fatigue d'attendre la réponse du roi, et atterré de \oir méprisés ses excellents conseils, laissa à .Aloskou le comniandc-

"' d'une partie de ses troupes à Vincent Gosiewski, et se rendit

luiiies dc.Sigismond, menant prisonniers le tzar Schouïskoï et ses deux fi I res, dont l'un commandait en chef les Moskovites à Klouschino.

Sur ces eiitrcfaitts le faux Démétrius fut tué par ses soldats en dé-

I I iiilire, et Marina fut emprisonnée. U n'y eut jamaisde circonstances plis favorables pour unir deux peuples rivaux. Sigismond 111 tenait eiiire ses mains le sort de toute la Slavonie ; s'il s'en fût servi pour rej.andre la liberté et la civilisation, la Pologne aurait changé toute

I la politique du >ord; mais la stupide indolence du roi et lés intrieiies de rimpatieiile camarilla gâtèrent tout.

Zilkiewski, navré de douleur, quitta la Moskovie, et alla en Po- 'i" 'c pour iuivciller l«;s mauvaises intentions des Moldo-\^ alaqucs.

Chodkiewicz le remplaça dans le commandement supérieur. Smolensk rentra le 13 juin 1611 sous la domination polonaise, et quand Sigismond revint à Warsovie, Zolkiewski lui amena ses prisonniers le tzar Schouïskoï et ses deux frères. Cette imposante et mémonihle cérémonie eut lieu le 29 octobre 1 6 1 I , au château royal de Warsovie, devant une nombreuse réunion des dignitaires de toute la république polonaise.

Le tableau de celte scène historique fut peint d'après nature par Dolabella, et conservé dans le château royal. (^)uant aux prisonniers russes, ils demeurèrent k Gostynin sur la VVistule, où ils moururent; mais leurs corps furent transportés à %\arsovie, déposés dans l'église des Dominicains dans une chapelle nommée depuis c/iape//e moskovite. Le mausolée était orné d'une table de marbre portant une inscription funéraire. En 16:i4, le tzar Michel-Fédorovitsch obtint du roi A\ ladislas IV qu'on lui rendît les cendres des Schouïsky, qui furent transportées à Moskou. En 1717, Pierre P'"' obtint du roi Auguste II l'enlèvement du tableau de Dolabella. En 1766, (^latherine II obtint du roi Stanislas-Auguste, par l'entremise de Kepnine, de briser la table de marbre de l'église des Dominicains. Après tout cela, le tzar Alexandre 1"'' et son frère le grand-duc Constantin ne purent même pas supporter l'existence de l'église des Dominicains. En 1819, un des moines dominicains ayant eu le malheur de se brûler la cervelle dans une des cellules du couvent attenant, la police moskovite fit courir le bruit qu'il avait commis ce suicide sur l'autel même de l'église. On tira de cette profanation la conséquence qu'il fallait détruire entièrement l'église; on mit la main à l'œuvre : en 1S20, ce souvenir historique disparut. Sur cette place s'éleva depuis le château de la société des Amis des sciences de Warsovie, et une statue en bronze de Kopcrnik, œuvre de 'J"horx\aldsen. En ls:i2, le tzar Vicolas P"' abolit la société littéraire, et plaça dans le château l'administration de la loterie. Comme on le voit, tout disparaît sous la main dévastatrice des Moskovites, mais rien ne périra dans les souvenirs de l'histoire et dans la mémoire des Polonais, et l'époque viendra immanquablemeut oii les Polonais reprendront à Moskou, à Pttersbourg et autres villes de la Russie, tout ce qui leur appartient!...

Revenons à l'année 1611.

Page 1