‹ Histoire de la Guerre d'OrientChapitre 146 sur 235 · CHAPITRE XIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIL

Continuation de la guerre entre lu Pologne et la Uussie. — Massacres des Polonais à Moskou. — Michel RomanolT est proclamé l2ar. — Trêve de Diwhnade 4 618. — Guerre avec la Turiime ; mort de Z.lkiewski en 1620, el celle de Chodkiewicz en 16-21. — Pai.x avec la Turquie. — Guerre avec Gustave- AJolphe. — Mort de Sigismoml lll.

Après la cérémonie de la présentation des tzars devant Sigismond III, le roi ouvrit la diète le 9 novembre If»! l. On donna alors l'inveslilure de la Prusse ducale à Jcan-Sigismond, marquis de Brandebourg après la mort d'Albert-Frédéric d'Aiispach, on prescrivit les conditions de l'hommage qu'il jura a l'issue de la dicte, el il reçut incontinent l'investiture ordinaire.

Quant aux affaires moskovites, on en délibéra avec mollesse, et on n'établit qu'un faible impôt, à peine suffisant pour payer les troupes à Moskou. Les Moskovites voyant que Sigismond les abusait, se révoltèrent. Pojarskoï et Jlinine se mireul à la tête de cet e rébellion. L'n combat terrible dura trois jours (28 , -20 , 30 mars 1611). Ce dernier jour un incendie détruisit les deux tiers de l'Moskou. Enfin les Polonais se maintinrent dans les environs ])lus ou moins éloignés de celte cajiitale jusqu'au 7 janvier 1612. Mais fatigués d'attendre inutilement des secours, les uns évacuèrent la capitale, firent une confédération militaire, revinrent en Pologne et prirent de force leur solde arriérée sur les domaines du roi el du clergé; les autres qui restèrent en Moskovie formèrent aussi une confédération, car aux lettres pressantes de Cbodkicx\icz Sigismond III répondait par des promesses mcnsougères.

Enfin' une nouvelle diète s'assembla en juin ICI 2 à Warsovie, et quand elle eut leruiiné ses travaux, Sigismond et Wladislas quittèrent cette ville et arrivèrent à Orsza. Mais il était trop tani, les Mo>kovites avaient élu au trône Michel Romaiioff, et le roi retourna en Pologne. Marina Mniszech et son fils, poursuivis par les ordres du nouveau tzar, furent noyés dans le W olga au mois de décembre I6 i 2.

(;epcndant la Pologne ne pouvait pas renoncer k ses droits, et en 1617 le prince royal Wladislas marcha contre les Moskovites. Arrivé il Viazma, il y lut reconnu le 2U octobre cdnime tzar légitimement ■ élu. Le parti dévoué ii Michel Roiuanoff s'y opposait, il est vrai, mais \\ ladislas et Chodkiewicz arrivèrent en vue de Moskou, oii Pierre konasczwize , attaman des kosaks, s'unit aux Polonais. Les deux armées au lieu de se battre ii outrance, préférèrent négocier; on négocia longtemps, maison finit par conclure à Dixvlina, le 1 1 déceinbre 1618, une trêve de quatorze ans qui était avantageuse .\ la Pologne , et la Russie restitua les provinces de Smolensk, de Sévérie el dé'Czerniechow, en reconnaissant la validité légitime cl historique de ce retour des provinces polonaises il la mère patrie.

A 'peine la Pologne obtenait-elle du repos du côté du INord , que

llISrOlKEDE I.A i'OLOG.>E.

dans le iHidi les Talars, les MolJo-\\Hliiqiies et les Turcs riiiquiétaient. Stanislas Zolkiewski prit le couiinaiidcniciit des Polonais ; il fut d'abord viittoricux, mais Iralii parGratlen, liospodar de Moldavie; il tut ailailuc pri;s de (-lé(;ora sur le l'rulli. Après une retraite de liuit jours il travers des flois de 'l'uves ttdcsTatars, Zolkiewski arrive vers le Dniester. (^>ueli|ues-uns de ses cauipaguoiis lui conseillent de néi;ocier, niais le chef rrpond : « Dieu m'a confié M l'honneur des Polonais, c'est à lui seul tjuej'eu dois compte. AIou- >' runs, mais ne nous soumettons pas ! » Il se jette au milieu de l'sn- (leini, son sabre tranche encore ([uelques lèles, et lilentùl il succombe lui-même le 7 ocUibre l(i2il. Stanislas kuniccpolski , qui cummaiidait en second, maigre sa bravoure tut coiuluit prisonnier à Cunslanliiioplc. Les Talars ne trou\aiil plus de résistance, dévastèrent les terres russiciiiies , et le sultan, lier de celte victoire, annonça qu'il reviendrait l'été suivant avec des forces plus imposaulcs pour subjuguer la Pologne.

En etfct, au mois d'août lti;'l, le sultan Osman, à la tète de I2I),II0U hommes, s'établit en vue de (^hociin sur les bords du Dniester, oii Chodkicwicz avait ii peine ;iii,000 couiballaiits ii lui opposer. Plusieurs combats lurent livrés, et ks Otloiiiaiis ne purent parvenir il ébranler la ténacité des Polonais. Chadkiewic;^, à{;é de soixantetrois ans, et quoique fatiiyué par tant de glorieuses campagnes, paye néanmoins de sa personne, et répand la terreur jusque dans le camp du sultan. Cependant sentant sa lin approcher, Chodkiewicz se bt transporter dans sa tente, et lit, sur sou lit de mort, il se démit du commandement en faveur de Lubomirski. En exhortant ses compagnons d'armes ii la persévérance, le héros rendit sou dernier soupir le 'H septembre l(i2l.

Enflammés par cette c\liorlation, les Polonais revinrent à la charge, et couronncreiit leur victoire eu réduisant les Oitomans à demander une paix avantageuse ii la Pologne. Ottc paii fut signée le 9 octobre. Le sultan Osman retourna ii Constanlinople, oii les janissaires l'assassiiièrent, pour le punir d'avoir perdu soixante mille hommes dans cette canipagne !

Le jeune Gustave-Adolphe, roi de Suède, prohtant des embarras de Sigismond, avait envahi la Pologne jusqu'à sept reprises différentes entre les années IG'.M et Ki'i'J. Dans ces circonstances, le duc de Prusse, en même temps élecleur de Brandebourg, trahissait la Pologne en s'unissant aux Suédois, mais le courage des Polonais parvint il vaincre leurs ennemis. Gustave-Adolphe, battu ii Stuin le 28 juin 3U29 par Koniecpolski", proposa la paix, en promettant de renoncer il toutes ses prétentions sur l'Eslhonic et la Livonie, ii condition que Sigismond renoncerait ii la couronne de Suède. En effet, le 26 septembre, ou signa une trêve de six ans, pendant laquelle on poserait des conditions plus explicites.

Sigismond lll mourut à AVarsovie le 30 avril 1632, ;i l'âge de soixante-six ans, dans la quarante-quatrième année de son règne, et sans s'être jamais trouvé, pendant ce i-ègne si extraordinairement long, il la hauteur de sa mission. La Pologne alors ne dut sa gloire et son salut qu'aux grands hommes de guerre qui surgissaient en foule de tous côtés !

Page 1