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CHAPITRE XXIV

Bataille de Kliszow gagnée par Charles XII sur Auguste II. — Confédération de ?an'Jomir f.irmée par le parti anli-nationdl. — Confédération de Warsovie formé.- par le parti national. — Proclamation de la déchéance d'Auguste II. — Ce d'rnier fait arrêter traîtreusement les princes Sobieski. — Enlrevue entre Charles XII et Stani.^las Le^^czy^ski. — Election de ce dernier comme roi de Pologne. — Chitrles Xll poursuit partout l'ennemi, et s'établit à Bawicz dans le palatinat de Kalisz.

Rien ne résistait aux troupes de Charles XII, et Auguste voulait se mesurer en bataille rangée avec le vaillant monarque! Auguste avait attiré il lui la noblesse de Krakovie, quelques troupes de la couronne de Pologne lui restaient avec la fidélité obéissante du soldat; mais, plus que cela, il comptait sur ses régiments saxons.

Auguste quitta Krakovie et alla au-devant de Charles, qui s'avançait vers Krakovie. Les deux armées se rencontrèrent le 19 juillet 1702, il Klis7,ow sur la ]\ida. Auguste fut complètement battu, revint à Krakovie, qu'il quitta le 6 août pour se rendre à Sandoiiiir, oii il forma, le 22 août, une confédération avec ses partisans. Puis, eomiue il savait la ville de Warsovie dégarnie de troupes, il crut qu'il lui serait facile de s'en emparer. En effet, le 10 septembre, il était dans la capitale et il y convoquait la diète.

(,)uaiit à Charles, il occupait Krakovie dès le 10 août, et se préparait à poursuivre Auguste , lorsqu'en tombant de cheval, il se cassa la jambe gauche au-dessus du genou. Cet évéueinent lui fit perdre c|iiatre mois précieux pour l'exécution de ses plans. Auguste en profita, et forma une nouvelle confédération a Thorn.

Charles XII, complètement guéri, et ayant reçu des renforts de la Suède, rentra à Warsovie le l'"' avril 1703 , il alla ensuite ii la recherche de l'ennemi, le battit à Pultusk, ii Ostrolenka, et il assiégea Thorn qui finit par capituler.

Auguste II, après s'être retiré jusqu'à Elbiiig, quitta cette dernière ville, prit la route de \Varmie et arriva à Praga , faubourg de ^Varsovie ; il se logea dans la maison que Charles Xll avait occupée peu de temps avant. Enfin il partit pour Lublin, oii se trouvaient les confédérés de Sandomir, ses partisans.

Dans les assemblées tumultueuses, les idées saines n'ont point accès ; cependant, en dépit de toutes les passions qui se heurtaient, un certain besoin de concorde se faisait sentir dans les cœurs et dans les esprits. Cependant cette disposition ne tarda pas à s'évanouir. La Russie, convaincue de la servilité d'Auguste, lança ses agents; ils étaient porteurs de deux écrits du tzar Pierre ; l'un était adressé aux états assemblés, et l'autre au primat. Ces deux pièces diplomatiques assuraient solennellement que « Sa .Majesté tzarienne ne ferait la • guerre en Livonie que pour restituer cette province à la Pologne, " et que Pierre n'avait rien tant à cœur que la bonne harmonie entre j> le roi et la république, et le bonheur de celte dernière. »

Ce langage d'insolente et perfide ironie fut compris de quelques Polonais ; mais Auguste n'épargnait ni menaces ni promesses pour donner aux affaires la direction que désirait le tzar. Aussi la dernière séance, d'abord très-orageuse, tourna-t-elle au profit du roi. Ce prince, vigilant quand il s'agissait de lui, resta impassible sur son trône depuis huit heures du matin du 0 juillet jusqu'à trois heures après midi du 10 juillet. Auguste et l'assemblée passèrent toute la nuit sur leurs sièges, sans lumière, car en ce mois, en Pologne, les jours sont très-longs et les nuits très-courtes. Pour consommer le mal, Auguste II était persévérant !

De Lublin Auguste revint à Warsovie ; là ayant appris la reddition de Thorn aux Suédois, il partit pour laxvorow , non loin de Léopol, 011 il ouvrit une nouvelle assemblée composée de ses partisans. Puis il envoya Thomas Dzialynski, palatin de Culm, à Moskou, oii il fut conclu un nouveau traité entre Pierre et Auguste, et par conséquent fatal à la Pologne.

Auguste quitta lawonow le 20 décembre, passa les jours de Xoël à Krakovie, et vint à Dresde le 2 janvier 1704 pour y chercher des troupes et puiser dans le trésor ; mais dans le courant du même mois, il revint en Pologne et publia un manifeste violent contre les Suédois et contre le parti national polonais. Alors la noblesse de la grande Pologne fit éclater ses ressentiments ; elle s'adressa au primat, qu'elle conjura de convoquer nue assemblée générale à Warsovie, afin d'y délibérer sur les moyens de mettre fin aux maux qui désolaient le pays.

Le primat convoqua donc une confédération générale à W'arsoxie pour le 14 janvier 1704, mais on n'ouvrit les séances que le 30 janvier. Pierre lironisz, staroste dePyzdry, fut nommé maréchal ou président.

Les débats furent animés , mais l'irritation n'eut plus de borne»

HISTOIRE DE POLOG>E.

quand Charles XII eut communiqué a l'assemblée la correspondance d'Auffusle II, de l'année 1703, lors de l'ambassade de la courtisane comtrsse de Kœnigsniark, et celle du ohanibcilan Witztliuni. Dans cette correspondance secrète, Aujjuste faisait bon marché des intérêts de la Pologne, se raillait avec cynisme des Polonais en général, et en particulier de ses partisans. Aussi dans la séance du 13 février 17 04, la confédération générale rédigea un projet de résolution, qui portait en substance :

« Que l'on ferait l'énumération de tous les maux dont la république » était affligée ; que le roi Auguste II avait fomenté à dessein des )' troubles et des dissensions dans le royaume ; qu'il avait animé les 1) citoyens les uns contre les autres pour faire naître une guerre » civile; qu'il avait introduit des troupes étrangères saxonnes et mos- 11 " kovites, qui avaient sucé le sang du peuple jusqu'à la dernière » goutte ; qu'il avait foulé aux pieds les lois du royaume et opprimé » la liberté ; qu'il n avait pas observé un seul article des pacta con- » lenta: qu'il avait violé le droit des gens en la personne de l'envoyé » du roi de France ; qu'il avait commencé la guerre contre la Suède " à l'insu de la république ; qu'il avait fait marcher ses troupes » saxonnes de tous côtés dans le pays, comme si son dessein avait » été de le ruiner entièrement ; qu'il avait formé toutes sortes d'in- " trigues contre la république, comme cela résultait des documents » authentiques dont on n'avait pu sans horreur entendre la lecture; » qu'il avait contracté clandestinement des alliances avec le tzar, et » qu'il avait formé avec lui des liaisons préjudiciables à la républi- 11 que ; qu'il avait mis garnison moskovite dans les forts de Bialacer- » kicw, de Bychow, de Birze ; qu'il avait fomenté le soulèvement des )i paysans de l'Ukraine contre la noblesse ; qu'il avait entretenu les » troubles en Litvanie, et rompu par là l'union entre ce grand-duché » et le royaume; que les troupes saxonnes commettaient des vexa- > lions horribles; que l'on avait envoyé, sans avoir égard aux voix M de la ré'iiublique, des ambassadeurs à dilïérenlcs cours, et surtout 1) en dernier lieu au tzar ; que, par ces raisons, l'assemblée excluait « de ses droits le roi Auguste II, et dégageait les citoyens de leur » obéissance. Enfin que le primat expédierait, dans le terme de trois » semaines, ses universaux pour publier l'interrègne et pour indi- • quer l'époque d'une nouvelle élection. »

En etïet, le 15 février 170), l'acte de déchéance de Frédéric-Auguste Il fut dressé, çt le i9 il fut signé par tous les confédérés.

Cet acte énergique, et qui émanait de bons Polonais, devait déplaire aux agents du tzar, qui, dès le 50 février, publièrent en réponse une déclaration aussi outrageante par la forme que par le fond. La majorité de l'assemblée de ^Varsovie rejeta avec mépris la déclaration russe, et s'occupa de réaliser la déchéance du roi.

Auguste, averti de ce qui se passait à Warsovie, assembla à Krakovie ses partisans, et répondit par d'autres déclarations. Enfin, pour mettre le comble à ses iniquités, il fit arrêter traîtreusement les deux fils du roi Sobieski , Jacques et Constantin. Il redoutait que ces princes ne devinssent des compétiteurs au trône de Pologne. Il envoya donc trente cavaliers saxons, qui, le 28 février, s'emparèrent des deux princes polonais près de Breslau en Silésie, alors possession autrichienne, au moment oii ils revenaient de la chasse. On les fit conduire d'abord à Leipzig, et plus tard on les enferma dans la forteresse de Kocnigstein.

La confédéralion de Warsovie , indignée de cet acte monstrueux, résolut inimédialemenl de reprendre les négociations entamées avec Charles \ll. Mais, pour mener à bien cette alTaire délicate, il fallait un homme qui si'it se rendre agréable a Charles et qui sût ménager les intérêts de la république. Tous les yeux se tournèrent sur le palatin de Poznanie, Stanislas Leszczynski ; et à' l'unanimité on le plaça à la tète de la dépulation.

La démarche de Stanislas avait d'autant plus de valeur, qu'il avait espéré un rapprochement dans les deux partis opposés et un accommodement entre les deux rois de Suède et de Pologne. Stanislas, guidé par des sentiments de modération, avait toujours usé de ménagements à l'égard d'Auguste.

La dépulation polonaise arriva à lleilsberg, en Warniie, le 31 mars n04, le jour même oii Charles établissait son quartier général. Stanislas Leszczynski était doué d'une physionomie heureuse, pleine de hardiesse et de douceur. Il jugea d'un coup d'œil Charles XII, et comprit qu'un roi ennemi du fasle devait l'être aussi de la flatterie. En conséquence, au lieu de ces louanges oflicielles qui signifient peu, on aborda aussitôt l'afTaire qui faisait le sujet de son ambassade. Il parla de la situation actuelle du INord avec lant de sagesse, et surtout avec tant de tact et de modération de la personne d'Auguste II, que Charles XII parut prendre le plus grand plaisir a l'écouler. Puis il lui dit :

n M'apportez-xous, comme je l'avais demandé à la confédération de Warsovie, les noms de ceux qui s'étaient déclarés ouvertement mes ennemis ?

— Sire, répond Stanislas, si c'est un crime à vos yeux d'avoir cherché à être utile au roi Auguste pendant les troubles actuels, j'ose vous avouer que vous trouveriez bien peu d'iiinucrnts parmi nos concitoyens; et peut-être le nom de celui qui a l'honneur de parler à Votre Majesté grossirait la liste des coupables. .Mais les Po-

lonais peuvent-ils consentir à la déposition de leur roi sans laisser îi l'univers un monument ou de leur inconstance ou de leur peu de discernement dans le choix de leur chef? »

— Il me semble, monsieur l'ambassadeur, que vous voudriez encore me conseiller de laisser sur le trône île Pologne le prince le plus injuste qui ait jamais régné?

■ — Il est vrai, sire, qu'Augustcfut injuste envers Votre Majesté, injuste envers la république, et plus injuste encore envers les fils du. roi Sobieski, son prédécesseur; mais Auguste cependant possède des qualités royales, et peut-être ne serait-il pas indigne de la générosité du vainqueur, qui lui a déjà fait expier ses torts par tant de revers fâcheux, d'user aujourd'hui d'une sage clémence à son égard , en se joignant à la république pour le forcer à cacher ses défauts et a ne montrer que ses vertus.

— J'apprécie, monsieur, la délicatesse de vos procédés, n ais je vous assure que je ne me départirai jamais de ma résolution. Il faut qu'Auguste soit déposé. Je n'agis pas ainsi dans mes intérêts personnels. Je ne veux que le bien de la Pologne. Il faut que ses ennemis réels soient vaincus, écrasés, si l'on ne veut pas que la Suède et la Pologne deviennent leurs victimes. J'apprécie le présent et l'avenir avec toute la portée d'un véritable politique. Je ne veux rien pour moi; je veux tout pour le bonheur et la gloire de la Suède, et je ne sépare pas d'elle votre patrie; je lui accorderai toutes les conditions favorables qu'elle peut se promettre d'un fidèle allié.

— Mais, sire, comment pourrons-nous faire une élection si les deux prince.s Jacques et Constantin Sobieski sont captifs?

— Comment délivrera-t-on la république, si on ne fait pas une élection? « répliqua Charles XII. Il prolongea exprès la conférence, pour mieux sonder le génie du jeune chef de la députation. Il le congédia et dit aux personnes de sa suite : « Je n'ai jamais vu un homme » plus propre à concilier tous les partis, il sera toujours mon ami. »

Sur ces entrefaites, arriva à Warsovie Alexandre Sobieski. Charles voulut le proposer aux suffrages de la noblesse, mais Alexandre refusa, n'ayant aucun penchant pour la royauté, surtout à cette époque de désorganisation complèle et d'influences étrangères.

Ce fut au milieu de ces incertitudes que Stanislas Leszczynski revint à Warsovie, et le 14 avril il annonça officiellement à la confédération n que le roi de Suède ne rechercherait plus ceux qui s'étaient " déclarés contre lui en faveur d'Auguste, qu'il ne prétendrait ja- " mais à aucun démembrement de la Pologne, ni à aucune espèce >' d'indemnité de la part de la République pour la guerre actuelle; >' qu'il lui donnerait au contraire 50ii,000 ccus pour payer l'armée " de la couronne; qu'aussitôt que le nouveau roi serait élu et cou- " ronné, il retirerait ses troupes de la Pologne; qu'il relâcherait sans » rançon tous les prisonniers polonais qu'il avait faits sur Auguste; >> qu'enfin il soutiendrait la Pologne de toutes ses forces contre le » tzar, leur ennemi commun, et que les avantages qui pourraient réi> sulter de cette guerre louraeraieul uniquement au profit de la Po- 1) logne. f

Ces conditions furent reçues par acclamation de la part des confédérés. Le 2 mai l'interrègne fut proclamé, et on fixa au 19 juin la diète d'élection.

Charles XII arriva à Warsovie le .3 juillet. Il consulta le primat pour savoir quel serait le candidat qui présenterait le plus de garanties. La majorité déclara que Stanislas inspirait le plus de confiance à la nation. Il n'en fallait pas davantage pour décider Charles à l'appuyer.

Le 12 juillet 1704, les électeurs se réunirent au champ de Wola. Quelques voix d'opposition se firent entendre ; mais la majorité acclama Stanislas, et il fut élu.

A ce moment, Auguste se trouvait près de Léopol. En apprenant l'élection de Stanislas, sa douleur et sa colère furent extrêmes, et par un manifeste du 28 juillet, il protesta contre celte élection. Le tzar Pierre I''', qui était alors dans les environs de Narva, joignit sa voix à celle d'Auguste, et, pour abuser une fois de plus les Polonais, il fit une déclaration solennelle, dans laquelle il assurait qu'après la guerre terminée, il voulait rendre la Livouie à la Pologne, s'il faisait la conquête de cette province. L'avenir montrera la vérité de cette promesse !

Afin de consolider l'œuvre de la nouvelle élection de Stanislas, Charles XII conçut deux projets : le premier, de marcher au-devant d'Auifuste, qui se trouvait à laroslaw-sur-le-San, oii il pensait lui livrer une bataille décisive; le second était de s'emparer de la ville de Léopol, où se trouvaient une place d'armes et les trésors gardés par les partisans d'Auguste.

Le roi de Suède quitta W arsovie le 19 juillet , passa par Radom et Sandomir. I.c (I août il quitta celte dernière ville et arriva à laroslavv, où était Auguste. !Mais cpiand celui-ci apprit que le roi de Suède avançait, il fit une manœuvie savante. Il buig^-a la rive droite de la \\isiule, et vint avec vingt mille Savons, Moskovites et Polonais, fondre sur \Varsovie pour y enlever Stanislas. Ainsi, pendant que Charles entrait triomphant à Léopol le f> septembre, Auguste attaquait Warsovie, ipii capitula le i septembre.

I^e roi Stanislas, apprenant la marche d'Auguste, et n'axant pas de

TO

HISTOIRE DE POLOGNE

forofs siiftisiinies à lui opposer, rrnvoya sa fi<niillo à Po'-en. flans ce voyage, !■» Iillo, à^'«V d'un an, fui i'i;art-c par la négi goncc tie sa nourrice, ni;iis on linit par la retrouver dans une aiii;i\ Ce fut ce même enfant que la desiiniV, nnrès de pins i^randts vicssiludes, donna pour l'pouse il l.oiiis XV, roi do Fr. nce ! Quant ii Slani^las, il alla trouver Charles XII. Arrivé ii Lublin, «t no saclianl qnel parti pr-ndrc, il t'civit an roi de Suéde pour savoir s'il devait, avec les Iroupfs qui lui restaient, marcher sur Léopol. Celte I' Iipi" l"nt i.orlée j jrSlanislas Poniatow^ki, colonel ôe la rarde du roi. Peniatowski, aitaehé ir la for une «les Sapi»lia , puis à cellf du roi Stanislas, | lus irird il cpIIc de Ciiarles .\)l , enfin à celle H'Anijusie II, était père du roi Stanislas-Auguste et grand-pcie de l'illustre prince Joseph Poiiralowski !

Ocs «|ue le roi Stanislas arriva il I.éopol , où il fut reeu ivec les 1 lusi;rauds honneurs, Charles conseilla à Staiiitlas de se rendre dans la Grandi' -PolOfîue. et Ini-inèiue inarci a sur Warsovie, uii il arriva le i8 octobre, l.a veille, August» se bàiiiii d'abandonner nuiiamiiicni cette ville, et se relirait jusqu'à Krakovie. Le :i() octobre, Charles quitta ^\arsovie, prit la route de >owe-.Miaslo, comme s'il avait l'intention de poursuivre Auf;usie; mais de No«e-M:asto il marcha à Kalisz, et l:i il s'unit It G novembre au roi Stanislas. Comme l'arinre sainnne fuyait devant Charles, celui-(i porta son quartier général à R:iwicî pour y passer l'hiver et se préparer à de nouveaux événeiscnis.

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