CHAPITRE XXVI
Ma'ifi'stp d'Augii'te !! en ropren-nt sa rojautn en Pologne — Le Izar Pierre I" s'empare de la Livonin. — Conrtuiie de I Angleterre vis-à-vis de la Poioane et la Kiis-ie. — Nouvilles corifédéraliuis — Oièie muette de War.-ovie de 1717. — L iiifl lence ru^se désoriianise la Po'o.ïne, et réduit son armée à diX-hult mille hommes. — Mort d'Auguste II en 17:i:!.
Les résuPats de la bataille de Poll;iva furent décisifs pour les destinées du iiord-esi de l'Eiimp». Depuis celte époque le tzaiisme moskovitc n'a c?ssé de marcher à pas de géant vers renvahissHm»nt universel , vers l'absorption de la Suède, de la Pologne et de la Turrtuic. L'admirable politique de (;harles XII fut renversée, et le déleslaldisystème russe jirévalul. C'est depuis lors que Pierre l»^'' commença l'fiMivre de sou fameux Icflumi-nt piitiliqif, dont la pensée a été depuis exécutée poncluellempiil par ses siiccesFcurs.
Pendani que les Polonais dignes de ce nom génii?saieiit sur la perte de la bataille de Poltava, que le roi Slanislas se réfugiait il Sietlin, Aiig'jste tout rayonnant de joie publiait ii Dresde, le 8 août 1709, un long manifeste rempli de n'eriniinaiions contre Charles XII et contre Slanislas I*-' , et plein d'a<(miration pour Pierre P^ Plus que jamais Auguste livrait la Pologne ;iiix étreintes morlelles du tzar, en traçant les lignes suivantes dins le manifeste dont nous venons de parler; il «lisait : « ... !\ous sommes obl'gé de donner ici les louanges qui >' sont si justement oues à la eonsianee île notre ami et frère le eraiid » Iziir de Moskovie. . C'est pour celle fin, qu'après plusieurs l'iégo- » cialinns, nous avons renouvelé depuis quelque temps et serré » par de nouv>aux nmids l'amitié et l'alliance qu'il y avait entre » nous et Sa Majrst? Tzariehne... Nous voulons ramener la Iranqtiil- « lilé dans notre royaume, ne pas abandonner la république et se- >. conder noire hilclc allié Sa Majesté Tzariennc dans ses eiiirepri- 1. ses. « L'effet suivit les paroles ; les deux souverains se (tiinnerent rendez-vous à Thorn, où le tzar put s'assurer qu'Auguste approuve-
rait toujours les mesures qui tendraient il affaiblir là Pologne, et qu'il se ferait le complice et l'evéculeur des volontés de Pierre.
Nos lecteurs connaissent les déclarations sol-nnellts de Pierre l", de i:0'i , dans l-squelles il disait qu'il ne combatlait les Suédois que dans le but de reconquérir la L'vonie pour la r ndre a la Pologne; cependant, à l'époque ijiii nous occupe, 40,000 Russes, sous 1rs ordres de iMrnscir.kofr et de Schéréiiiélicfr, envahir-nl c^lte province, et le tzar l'annexa à jamais a sou empire. Auguste n'osa pas ou ne voulut pas rappeler les anciennes promesses, ni s'opposer aux prétentions nouvelles de Pierre !
Mais p"iidant que le tzar imposait sa domination sur les bords de la mer B.iliique, il convoitait loujaurs les possessions de la mer Noire. Pour arriver à ses fins il ourdit tant d'intrigues contre la Turquie, que cette puissance dut déclarer la guerre. Pierre en profita aussitôt pour envahir la Moldavie. Il suivit la rive droite du Pruth pour aller attaquer le grand vizir. iMais celui-ci prit l'offensive et se porta au-devani des IMoskoviles avec tant de célérité, que le tzar se vit environné de toute part. .\.alhciircuscmcnt ])oiir les destiné.'S futures de l'Europe, lj tzarine t^atherine P" corrompit le grand vizir, et Pierre fut sauvé en signant avec la Turquie, le 21 juillet nil, une paix qu'il annulera c;:)cndant b eiitôt !
A l'époque de la chute de Charles XU, et quand se ht le dernier traité avec la Tui(|uie, la prépondérance de la Russie n'était plus douteuse. Que doit-on penser de l'aveuglenunt de l'Angleterre? Cette puissance voyait les empiélcmenls de la Russie ; les projeis, les vues ambitieuses du tzar lui étaient connus en temps opportun : cependant, tout s'accomplit sans que 1" cabinet anglais y mil obstacle! Voici la ciirieiise et prophéiiqtte dépêche écrite par Jacques Scott, ministre plénipolentiairc d'Angleterre eu Pologne et en Saxe, et datée de Danz'g le (i juillet 1712 : n Sa Majesié Tzarieniie, ii présent n qu'elle est sûre de la paix avec la Porte, no'irrlt d'autres projets, >• et braucoup Tilus importants. Il est actuellement en marché avec 11 l'empereur d'Autriche pour cnircr dans la grande alliance contre » la France, afin <le poursuivre la guerre, si l'Angleterre s'en retire,
• avec d'autres alliés et lui ; et c'est dans l'espoir qu'après avoir » réduit la France aux conililions voulues par l'cmper-'ur, le tzar u aurait sa récompense au\ frais du pauvre mi de Suéde et îles Polo- » nais, c'est-ii dire qu'il retienilrait nonseuicmcnt la Livonie, mais » une partie de la Pologne, dont le partage, ii ce qu'on dit, est sur « le lapis. Les Tiirks ne conscnliraient pas, il est vrai, ii ce projet ; » mais oseraient-ils rompre ii la fois avec l'empereur et le tzar :' C'est 1) douteux... 11
Le 14 mars 1713, étant ii Dresde, Jacques Scott revient au même sujet, en adressant sa dépêche au cabinet anglais : « Une autre chose )) qui peut sans doute arriver, après la ruine du roi de Suède, ce sera •I une alliance entre l'empereur d'Autriche et le tzar... Je me rap- » pelle avoir écrit à Votre Seigneurie, l'année dernière, de Daiizig, u sur le projet du par. âge de la Pologne, et je suis toujours de l'opi- " nion qu'on ne doit pas le considérer comme chimiMique, si Leurs '» [Vlaiesiés Impériale et Tzarienne sont unies, et si elles parvien- » nent, ce dont je ne doute nullement, ii faire entrer le nouveau roi » de Prusse dans leurs idées... En un mot, milord , quiconque ob-
• serve la tournure des affaires ici, et sait apprécier le caractère de u leurs principaux meneurs, y trouvera des semences abotidanles de >i désordre et de troubles pour de longues années à venir. »
(^>uant il Auguste 11, il poursuivait son système de duplicité. Il se liait liius les jours davantage avec le tzar et le roi de Prusse. L'ambassadeur inoskovile devint une puissance en Pologne, et comme fait toute puissance usurpé?, il commanda avec audace.
La fierté nationale n-î put supporter longtemps cftte arrogance. Les Polonais, méconteiils à juste titre , se formèrent donc m confédérations et demandèrent les armes à la main le renvoi des trouoes saxoiînes et mosUovitcs. Quatre priiicipaKs confédérations se forihèrent dans la 'lazovie, le 10 octobre 17 15, sous le maréchalal de XA'Iadislas Gorzynski : celle de la Petite-l^ilogne à Tarnogrod, le iO nov- mbre 17 16, sous Stanislas Ledocliowski ; celle de Lit vante à Wilno, le 23 mars 7lli, sous Joseph Sulistrowski ; la quatrième enfin, de la Grande-Pologne, à Sroda, le '27 avril 17 iK.
Os confédérations armées remirent les forces polonaises sur un ])ied resp-ctahle, montant à quatre-vingt mille hommes. Fleming, nommé cnmiuandant des troupes saxonnes, combatlait les conféiiérés; mais les Polonaiseurent le dessus, et Ai;guslc fut réduit ài de fâcheuses extrémités. L'ambassadeur du tzar, Dolgurookoff , intrigi.ait avec tant d'habileié , qu'il persuada ii Lcdochuvvski et au conseil de la confédération que Pierre l'""' prenait leur parti contre Au;uste. Auguste, de son côlé,iotié par le même Djlgoroiikoff, accepta avec iihptessement la médiation inoskovile entre lui et les confédérés. Ces négociations traînaient en longueur sans rien conclure, bien entendu, à Rawa-Ruska, puis ii Kazimiérz, puisa Lublin, puis à Praga, euhn a Warsovie.
En attendant l'ambassad-ur moskovilc préparait son œuvre , et qiiatnl il rit le moment favorable, il l'rai.pa l- grand couo médite depuis longtemps par les tzirs contre la nationalité polonaise. Pierre P'' avait su persuader ii Aiigist; qu'avec une armée de quairc-vingt mille Polonais il oe pourrait jamais être Sur de sa couronne, quand
HISTOIRE UE POLOGNE
même il serait soutenu par la Russie. A son tour. Auguste, ëclio du t7.,ir, chîrclia à iusin ler à la nolil^'sfe polonaise que les Turks nV-taieiU plus redontiible? {lepiiis le traité de Karlovitz, et que la Suèiie \n: (1 Vil il plus in ;ni('ler le repos «les nations depuis la cliu'e de Charles XII; (|u'il sufti ait à la Polojjne d'avoir l'alliance de la Ru«s-e e' d'être en bonne intelligence avec la Prusse et l'Autriche ; qu'une fois ce grand rési liai olilenu, la Polo!;iie pourrait se passer d'une a'inée ruineuse pour le irs^sor.
Les négociai ions torchaient ii )ei;r terme le 30 janvier tTl7. On annonça pour le l'-'' février l'ouverture d'une grande dièle q'i'ou nommait iliele de. pnciflMlinn L'assemblée s'attendait à discuter les projets des réforme?, et un des plus imporiants était celui qui regardait les financrs. Mais, dès l'ouverture de la séance, les formalités d'usagr- furent l'objet d'ipie violaiioii manifeste : le secrétaire de la dièle Piil besoin de sept lieurcs de temps pour lire tous les proji-ts qui avaient été déposés au bureau. L'a-seuiblée voulut discuter, mais les soldats saxons e' nios.koviles imposèrent silence; tous les articles proposés furent déclarés acceptés, et la ditte fut close ! Depuis, elle fut nommée diéle mueit''.
En conséquence drs décisions de ce'tc assemblée forcément muette, l'armi'c nationale fut ré luile k di\-huit mille hommes, ce qui i,'ét;iit pas en proportion avec un E'.at qui compiait dix-huil mi. lions d'habitants.
Lorsque la Pologne se désorganisait ainsi, Auguste conçut le p'ojet de convoquer à VVarsovie une diète extraordinaire , dans lebutd'ob tenir l'hérédité du trône |)Our sa famille; mais la mort le surprit à Warsovie, le fi" février 1733.