CHAPITRE II
C.impagne dAiislerlitz en 1 806. — Campagne de Prusse et da Pologne en < 806-7. — Travaux des Polonais. — Entrevue de Tilsit. — Création du duché de Warsovie. — Entrevue d'Erfurl en 1808. — Napoléon en taille de SomoSieira.
agne. — Ba-
Les coalitions liherticides formées contre la France ayant été repoussées à Zurich, il Marengo, i, Hohenlinden avec l'aide des Polo-
nais, se reformèrent en 1805. On pensait que les légions polonaises dispersées ou anéanties par les moyens que nous venons d'indiquer ne pourraient plus se rallier; niais les coalisés étaient dans l'erreur, et la coalition de 1805, vaincue à Austeilitz, trouva les Polonais qui renaissaient de leurs cendres, et leur action, quoique indirecte, fut encore puissante contre les ennemis de la France. En 1800 cette action fut plus énergique encore. Après les victoires d'Iéna etd'Auerstaëdt le l4 octobre et après rentrée de Napoléon à Rerlin, les Polonais se dévouèrent une fois de plus corps et âme pour la France et pour leur patrie. Dombroxvski et Wybicki signèrent à lierlin même, le :i novembre 1800, un appel à la nation polonaise; le 7, les troupes françaises entrèrent i> Posen, et un mois plus tard 30,000 Polonais s'organisèrent en nouveaux régiments. Ni les prisons de la Russie ni les menaces de l'Autriche et de la Prusse ne purent empêcher l'émigration dans les provinces envahies par ces trois puissances.
Le 58 novembre, les Français entrèrent àAVarsovie, où Joseph Poniatoxv,-ki les reçut h bras ouverts. Le 27, Napoléon était déjà à Posen; dans la nuit du 18 au 19 décembre il arriva ii Warsovie, le 14 janvier 1807 il organisa une commission suprême gouvtrnenienlale composée de Polonais, et les provinces reconquises sur la Prusse furent divisées en six départemc:!ts.
Bientôt Ifs nouveaux régiments polonais se distinguèrent à Tczewo (Dirschau), à Giiiexv (Mcxve), à Grudziondz ((iiaudeuzj , et au siège de (idansk (Danzig). Joseph Poniatoxvski diiigrait les dépôts, organisait et aiigiiicntait les nouveaux cadres, tt eu vertu du décret impérial (lu 6 avril 1807 on forma un magnifique régiment de chevaiilégers de la garde impériale, composé de l'élite des Polonais, accourus des provinces de toute l'ancienne Pologne, conimc représentants politiques et militaires de la patrie près la personne de l'cmiicreur, iiu'ils regardaient comme le restaurateur de ca pays. Le 3 mai IS07 , la garde nationale de Warsovie fut décrétée; le faubourg de Praga fut fortifié, et la forteresse île Alodljn s'élevait pour devenir nnc | lace de guerre de premier ordre.
La bataille de Friddland livrée le |4 juin 1807 termina la campagne. Un court armistice précéda le traité de paix conclu à Tilsil le " juillet avec la Russie et le II avec la Prusse. Celle dernière reuoiiça •1 une partie de territoire polonais, mais garda le reste. On forma un petit grand-duché de Warsovie en le donnant au roi de Saxe, et, comme le disait Napolécn lui-même, a/m Je ne pas uffun/uer l'Autriche, la liussie et la Prusse; Napoléon céda même à Alexandre la province de Bialyslok, arrachée du mince territoire du nouvciai duché, au UKinient même où le tzar tremblait pour le reste de ses possessions ]iolouaises. En effet, à cette époque, l'enthousiasme était au comble eu Lilvanie et dans les terres russiciiues ; une secrète confédération civile et militaire avait uni les patriotes les plus influenls, et ils étaient si certains de la renaissance de leur pays que les théâtres même devaient représenter des pièces de circunstance ; c'est alors (jne Jean Chodz|io écrivit le dissayc du \'iéintn uu la Lilvanie délivrée, pièce en vers et qui fut représentée en 18l;' sur les théâtres de Alinsk, de Wilnu et de Warsovie, Mais l'entrevue de Tilsit, où la ijénérosité et les condcsomidaccs de Napoléon furent extrêmes pour .Vlexandro, Frédéric-Guillaume et pour l'Autriche, écarta une nouvelle occasion de relever la Pologne.
Six ans plus tard , lorsque ces puissances laissaient voir leurs perlides intentions par une politique cauteleuse. Napoléon dit à Caiilaineourt le 2 juillet 1813 : « Nous sommes des imbéciles, de grands '• enfants qui jouons à la chapelle... Les alliés ne veulent pas traiter. )) Ils ont mis en oubli ma conduite envers eux à Tilsil... Je pouvais 1) les écraser alors, et j'ai été magnanime... Jla clémence a été de la >i niaiserie... Un écolier eût été plus habile que moi ; il aurait mieux u profité des enseignements de l'histoire, il aurait su que ces races )) dégénérées n'ont ni foi ni loi!... >i
Le '.'2 juillet 1 807 Napoléon signa, à Dresde, le statut constitutionnel du duché de Warsovie ; le 20 novembre Frédéric-Auguste vint visiter Warsovie, où il publia ]ilusieurs décrets servant de développement au statut. Le nouveau gouvernement consacra tous ses soins à l'armée; la coiiscri|)tion militaire fut décrétée le 9 mai 1808, et une magnifique armée fut organisée par les soins de Pouialowski et de Dombroxvski. AUlheureusemcnt l'entrevue d'Erfurl en 1808 entre Napoléon et Alexandre eut un aussi fatal résultat que celle de Tilsit. Le tzar poussa Napoléon ii la guerre d'Espagne, pour laisser la liberlé à l'.Autriclie de préparer la guerre de 1809 , et pour affaiblir le duché, il oblint que Its |ilus beaux régiments polonais, connus depuis sons le nom des li'jiaits de la \\ islulc, seraient envoyés en Espagne. C'est dans cette guerre que les chevau-légers polonais de U garde impériale acquirent une réputation qui alla toujours grandissant jusqu'à l'année 1815, c'est-à-dire jusqu'à la journée de Waterloo !
Napoléon entrant en personne en Espagne avait hâte d'arriver le plus tôt possible à Madrid. Deux routes l'y conduisaient de lî iii;o-, l'une par Valludolid , l'autre par Somo-Sierra ; il suivit cette dernière. En arrivant au pied de Somo, l'infanterie et l'artillerie françaises engagèrent en vain un combat; alors Napoléon voulut examiner par lui-même la position. Les soldats du inaiéclial Victor duc
HISTOIRE DE POLOGNE
de Bellune se serraient en masse derrière une saillie, prêts à s'élancer dans la direction de la grande route; le marc-chal attendait que le 9" léger, les 86" et 2V- de ligne qui commençaient à gravir les hauteurs de droite et de gaiiclic en eussent atteint et suivi les crêtes , déposté les tirailleurs ennemis et attaqué de plein pied la masse espagnole sur sa position principale. Mais Napoléon, soit mépris des forces espagnoles, soit inipallcnce , ne voulait pas attendre. 11 était alors arrêté hors de la route au pied du versant gauche de l'espèce de vallée qui précède la Somo-Sierra , et dans cette position , il était exposé au feu des tirailleurs espagnols. Le colonel Pire, attaché à l'élat-major d'Alesandrc-Herthier, prince de Neufcbàtel, fut envoyé en reconnaissance avec un escadron des chasseurs à cheval de la garde, eut qtielques hommes tués, et revint en pensant que la position était inahordahle de front pour la cavalerie; il envoya donc un officier ;i Napoléon pour lui dire que sur ce point la charge était iinpossihle.
A cette nouvelle, l'empereur irrité frappa sur le pommeau de sa selle en s'écriant : Impassible? itnpossible? je m connais pas ce mothi!... Eh bien, que hs Polonais fassent la charge, il n'y a rien d'impossible pnureuxl Le général Wattier, qui était auprès délai, chercha à le Calmer, en lui faisant ohseiver « que l'infanterie du duc de Belï) lune, moulant sur les flancs de la route, allait ébranler l'enneuii u et attirer ses feux : qu'alors on pourrait l'attaquer de front et qu'il u ne perdrait rien pour attendre. " ^lais Napoléon continuait à s'agiter sur son cheval, et reprit avec l'accent de la colère : « Impossible! impossible ! je ne connais pas ce mot-là! Quoi! ma garde arrêtée devant des Espagnols, devant des bandes de paysans armés ! » En ce moment, quelques halles sifllèreut près de lui, et, par un mouvement ualtirel, plusieurs officiers français s'avancèrent pour l'en préserver. Le major Philippe de Ségur était un de ces officiers. Napoléon l'ajaul remarqué lui dit : « Allez donc, Ségur, partez, faites charger les Es- >' pagnols par des Polonais! » Le major part à l'instant, arrive auprès du 3" escadron de chcvau-légtrs polonais, de service ce jour-là près de la personne de l'empereur, et dit qu'il faut charger sur-lechamp et à fond ; mais le colonel Pire l'interrompit par ces mots : « C'est impossible! » Le major Ségur réplique qu'on avait prévenu l'empereur, mais qu'il n'en croyait rien ; et Pire s'écrie : o Viens-y " donc seul avec moi, et vois si le diable, tout fait au feu qu'il esi, pourrait mordre dessus! • En effet, 13,000 Espagnols étaient placés sur cet amphithéâtre de façon qu'aucun bataillon n'était masqué par l'autre, et que seize canons placés aux quatre batttries difl'érenles étaient disposés a faire un feu croisé. 11 y avait sur ce seul point quarante mille coups de fusils et quarante coups de canon ii recevoir par minute. Les Polonais n'étaient pas encore armés de lances, Napoléon n'en voulait pas, et ce ne fut qu'à la fin de 1809, après la bataille de Wagram, qu'ils reçurent celte arme ; ils n'avaient donc à Somo- Sierra que leurs sabres et leurs excellents chevaux polonais.
Le 3" escadron polonais avait pour commandant Stokowski, mais il était absent; ce fut donc Jean Kozietulski, chef du 2" escadron, qui se mit à la tête du 3'^, et prononça ces mots : « Compatriotes ! " c'est pour la première fois que nous combattons sous les yeux de » l'empereur; mais ici, comme partout ailleurs, nous combattons >' pour la régénération de notre patrie. Eu avant donc ! vive la Po- » logne ! vive l'empereur, notre libérateur! »
L'escadron s'élance sins aucune hésitation, répète les cris de vive la Pologne! vire iemperear! Les premières files sont renversées par les balles et 1 s boulets ; mais les Polonais sabrent les canonniers espagnols, et ne leur laissent pas le temps de recharger leurs pièces. Le manteau de Kozietulski est criblé de balles, mais il est sauvé par miracle pendant que tous les officiers sont tués et l'escadron décimé. André Niegolewski , le dernier officier survivant , s'empare de la dernière batterie, mais il reçoit onze blessures de balles et de baïonnette. En ce moment, l'infanterie française du duc de Bellune alleinl les sommets des parois latérales du défilé, et la victoire est complète. Les autres chevau-légers et les chasseurs de la garde surviennent, mais la liesogne la plus difficile était accomplie par le seul 3' escadron polonais. Les Espagnols se sauvèrent dans toutes les directions, et on les poursuivit jusqu'à Madrid.
Napoléon railieux suivit immédiatement les Polonais on répétant ii plusieurs reprises : « N'avais-je pas raison de dire qu'il n'était rien •t d'impossible aux Polonais! » Entouré de son état-major, il ôta son chapeau devant les morts et les survivants, en disant : Honneur aux braves ! Parmi les décorations qu'il distribua, celle qu'il donna ii André Megolcwbki était des mieux méritées. Les maréchaux, les généraux, les officiers français s'empressèrent de complimenter les Polonais, et les soldats les embrassaient cordialement. Dès cet instant les chevau-légers polonais furent comptés parmi les régiments les plus braves de la vieille garde '.
' Di!iix ouvrages récemment publiés par deux otTiciers supérieurs , témoins et acteurs de res évcnempnts, renferment des détails intéressants relatifs aux guerre» de remj:irG. Le premier a p"ur titre ; iti Polonais à Somo-SUrra en Etpagne fn 1808 ; TtetifvationsrelalivttàVatla>iuedt Somo-Sierra, tlt'crite par lnhistorieu$ fronçait Mil. A dolplie Thiert el Eugène Fieffr ; taivia dtt opin ion» de Napoléon l" SUT la Polnqne, tmiitt à Sainte-Hélène. I,e second est intitulé : La Pologne et