CHAPITRE IX
Nuit du 8 au 9 septembre. — Explosions. — Les fils métalliques. — Le chemin de l'ambulance. — Derniers moments d'un sergent. — Ordres du jour des généraux Pélissier, Mac-Mahon et Simpson. — Rûle de la marine à la prise de Sébastopol. — Batteries de siège de la manne. — Dépêches du maréchal Vaillant. — Promotions et récompenses. — Lettre de la reine d'Angleterre. — Lettres du sultan aux généraux alliés,
La nuit du 8 au 9 septembre fut imposante et terrible. Le canon ne grondait plus; les gémissements des blessés et les vifs appels des factionnaires interrompaient seuls le silence. L'armée alliée reposait, a l'exception des hommes de garde, de ceux qui procédaient à l'enlèvement des blessés, ou des soldats du génie qui déblayaient un terrain encombré de mourants, de morts et de décombres. Tout à coup, à minuit , des clartés déchirèrent les ténèbres , des gerbes de flamuies montèrent dans les cicux, d'effroyables détonations ébranlèrent le sol, et les forts russes sautèrent les uns après les autres. Le redan du carénage, le bastion du mât, le bastion central, les arsenaux, les docks, les retranchements de la baie s'écroulèrent sous l'action des mines; d'immenses incendies s'allumèrent dans la ville; et à leur sinistre lueur, les vainqueurs, montés sur les parapets des ouvrages conquis, ou même sur des monceaux de cadavres, virent les derniers vaisseaux ennemis sombrer dans la rade, que l'armée russe franchissait sans bruit.
Il entrait dans le plan des Russes de faire sauter , au moyen de batteries électriques, toutes leurs fortifications; mais le redan et Jlalakolï furent providentiellement préservés. Une bombe coupa en deux le fil électrique qui communiquait aux mines de .Malakoff. Le salut du grand redan fut assuré jiar un sapeur mineur anglais.
Envoyé en reconnaissance avec trois hommes, aussitôt que la nuit eut couvert le champ de bataille, un sergent mineur s'avança jusqu'aux chevaux de frise du grand redan. Comme ou ne tirait point sur lui, il s'approcha encore, écouta pendant quelques instants et n'entendit qu'un bruit de pas qui s'éloignaient du redan; pas le moindre mouvement dans les batteries, pas le moindre indice de défenseurs. Il monta le long d'une échelle abandonnée, enjamba le parapet et s'avança au milieu d'un profond silence; quelques hommes seulement, quelques retardataires sans doute, quittaient le fort à mesure qu'il s'y engageait. Les Russes évacuaient leurs ouvrages. Le sergent revint au camp pour annoncer cette nouvelle. Les Anglais s'avancèrent alors cl occupèrent le grand redan.
Un sapeur mineur qui explorait les batteries rencontra , chemin faisant, un câble assez fort qu'il coupa d'un coup de hache après avoir donné l'éveil aux officiers sur cet engin inusité. On accourut, et vérification faite , on constata que ce câble n'était autre chose qu'un large fil métallique couvert d'une couche épaisse de giitta-pcrcha. Ce fil aboutissait à une poudrière énorme praticjuée sous le redan et dont la découverte seule fit pâlir les plus hardis lorsqu'ils songèrent à l'eff oyable exjilosion à laquelle ils venaient d'échapper. Le fil se prolongeait de l'autre coté à travers la ville, jusqu'à la mer, oii il plongeait pour aller rejoindre l'autre rive d'où devait partir l'étincelle électrique destinée à embraser le volcan.
i( 11 se passa au carénage, dit M. Launoy, un fait digne d'être mentionné : l'ambulance est située dans la partie la plus profonde et la plus abrupte du ravin de ce nom; d'énormes rochers l'entourent el la dominent ; dans leurs cavités on a ménagé des habitations pour les chirurgiens et les officiers attachés à l'ambulance, au colonel de tranchée et aux postes sédentaires d'observation; des sentiers escarpés qui conduisent à ces habitations se ramifient à un chemin plus large dont la direction très-accentuée va du plateau supérieur qui domine le ravin jusque dans ses dernières profondeurs. Ce chemin était très-fréquenté, et on voyait beaucoup de soldats blessés descendre lentement sa pente rapide, portant ceux de leurs camarades blessés qui, éUml plus gravement atteints qu'eux, ne pouvaient marcher.
«Lorsque dans la nuit la première détonation se fit entendre et retentit à travers les échos du ravin comme le bruit de la foudre, tous les blessés s'arrêtèrent en passant sur le sommet du plateau pour coutempler la vue de Sébaâlopol eu feu, lis y reslèreut jus.ju'au jour
oubliant leurs soufTianccs : au milieu Ju griiupe se trouvait un ser- 1 fjcnl d'inlantcrieque rteuv soldats portaient sur un brancard en toile, H était mortellement frappé cl il connaissait sa position. De prompts secours peut-être auraient pu prolonger sa vie de deux ou trois jours. Il donna aux soldats qui le portaient l'orlre de s'arrêter, leur dit qu'il n'irait pas plus loin el qu'il voulait mourir en cet endroit ; puis il se fit mettre sur son séant , le haut du corps appuyé contre une grosse pierre, la figure dirigée vers la ville en flammes. 11 contempla ce spectacle avec joie, et bientôt, sentant la vie s'en aller, il rassembla SCS forces, ôta son képi, éleva en l'air son bras défaillant et s'écria: r( Adieu, mes amis; Sébastopol est à nous! Vive la France! » Quelques minutes après , il rendit le dernier soupir. »
Le 9, deux grandes brèches furent pratiquées dans l'enceinte ménagée par les explosions mêmes de l'ennemi; l'une entre JlalakofVet le grand redan, l'autre au bastion central. Le jour qui se levait trouva le général Pélissier cl son élat-major dans le faubourg de Karabelnaïa. Ce fut de Malakoff qu'il adressa à ses digues coopcrateurs sou ordre du jour ainsi conçu :
« Soldats !
» Sébastopol est tombé ; la prise de îMalakoff en a détermine la chute. De sa propre main l'ennemi a fait sauter ses formidables défenses, a incendié sa ville, ses m.igasins, ses établissements militaires, et coulé le reste de ses vaisseaux dans le port. Le boulevard de la puissance russe dans la mer Noire n'existe plus.
); Ces résultats, vous les devez non-seulement à votre bouillant courage , mais encore à votre indomptable énergie et ii votre persévérance pendant un long siège de onze mois. Jamais l'artillerie de terre et de mer, jamais le génie , jamais l'infanterie n'avaient eu à triompher de pareils obstacles ; jamais aussi ces trois armes n'ont déployé ]dus de valeur, plus de science, plus de résolution. La prise de Sébasto|iol sera voire éternel honneur.
« Ce succès immense grandit et dégage notre position en Crimée. Il va permettre de rendre ii leurs foyers, à leurs familles , les libérables qui sont restes dans nos rangs. Je les remercie au nom de l'empereur du dévouement dont ils n'ont cessé de donner des preuves, et je ferai en sorte que leur retour dans la patrie puisse bientôt s'effectuer.
» Soldats ! la journée du 8 septembre , dans laquelle ont flotté ensemble les drapeaux des armées anglaise, piémonlaise et française, restera une journée ii jaiûais mémorable. \ ous y avez illustré vos aigles d'une gloire nouvelle et impérissable. Soldats, vous avez bien mérité de la France et de l'empereur!
» Au grand quartier général, à la redoute Malakoff, le 9 septembre 1855.
1) Le général en chef, A. Pélissier. «
Le général Mac-Mahon , qui n'avait pas été blessé, quoique son fanion eût été troué par quarante-deux balles et deux boulets , voulut féliciter les hommes de sa division à la tète de laquelle il était constamment resté:
i( Soldats ! je ne puis rester plus longtemps sans vous remercier de tout cœur de votre conduite à l'assaut de Malakofl'; votre valeur a fait l'admiration de tous, votre succès aura du retentissement dans le monde entier.
«Pour moi, je serai fier toute ma vie d'avoir commandé, dans cette journée d'hier, à de pareils soldats.
y> MalakufT, le 9 septembre.
1) Mac-Maiion. »
Le général Simpson se servit, suivant la coutume anglaise, de l'entremise de son chef d'état-major :
« 9 septembre 1835.
» Le général en chef félicite l'armée des résultats de l'attaque d'hier.
» Le brillant assaut et l'occupation de ^lalakolT par nos héroïques alliés ont forcé l'ennemi à abandonner les ouvrages qu'il défendait depuis si longtemps avec bravoure et énergie.
>i Le général en chef remercie les otiicicrs et les soldats de la 2" division et de la division légère pour l'intrépidité avec laquelle ils se sont élancés sur les ouvrjgcs du redan. Il rej;rclte profondément qu'en présence delà formidable nature des défenses de flanc, leurs sacrifices n'aient pas été couronnés au premier instant de tout le succès qu'ils méritaient.
» Il prend part aux soafîranccs des ofliciers, sous-oDiciers et soldais blessés.
u 11 déplore amèrement la mort de tant de courageux oflieiers et soldats tombés daus les dernières luttes de ce long el mémorable siège.
« Leur perte sera douloureusement sentie, leurs noms vivront longtemps dans le suuveuir de l'armée et du peuple anglais. » Par ordre :
u Le lieuknaiU yénéral, chef d'élai-tnajvr, Dar.nakd. »
Il avait éié décidé dans le conseil de guerre que le 8 scpicmbre, à midi, les flottes allié s canonneraient ks batteries qui enOluient l'.approche des colonnes d'assaut; mais le temps changea dans la matinée; un veut du nord-ouest et une grosse mer mirent les vaisseaux dans l'impossibilité d'agir. Quatre bombardes françaises commandées par le capitaine Bacheu , et cinq bombardes anglaises sous la direction du capitaine Wilcox, de l'O./i», ouvrirent seules leur feu contre le fort Alexandre et les batteries de la Quarantaine. Leur intervention, quoique contrariée par les éléments , fut assez efficace pour mériter cet ordre du jour :
o A l'escadre, le 9 septembre 1855.
» Le vice-amiral commandant en chef adresse ses félicitations aux commandants, officiers et équipages du Cassini, du Sésoslria, du Palinure et du Ténare pour l'activité que ces bombardes ont déployée depuis leur arrivée dans l'escadre et pour la remarquable précision de leur tir; dans la journée du 8 septembre, ces bombardes ont maintenu un feu très-vif et très-bien dirigé sur le bastion de la Quarantaine.
1) Elles ont justifié la confiance du général en chef, qui avait pensé avec raison que leur feu produirait un effet très-utile.
Il Le vice-amiral commandant en chef a vu avec une véritable satisfaction la manière hardie avec laquelle ces bombardes, malgré une mer très-grosse, ont passé dans la baie de Streleska, le Casji'ni au milieu de la nuit , le Ténare et le Séfostris au point du jour, sous le feu de la batterie de la Quarantaine. Le Palinarc , déjà mouillé à l'entrée de la baie, a continué son feu avec une précision d'autant plus remarquable, que le poste qu'il occupait le soumettait à un ressac très-gênant.
1) Un procès-verbal d'avancement sera dressé à bord de chacune des bombardes, pour trois mois de. campagne.
» Le vice-amiral commandant en chef, Bruat. » Par ordre :
» Le chef d'état-major, Jurien. »
Dans un second ordre du jour, le vice-amiral Bruat exposait brièvement et avec une grande clarté les principales péripéties de la bataille :
a 9 septembre.
" Le vice-amiral commandant en chef s'empresse de porter à la conuaissince de l'escadre le récit des opérations de la glorieuse journée du 8 septembre, tel qu'il lui a été transmis ce matin pw le général en chef de notre héroïque armée d'Orient.
» L'assaut a été donné a midi. IMalakoff, ses réduits et le redari du carénage ont été enlevés par nos braves soldats aux cris de \'ive l'empereur) avec uu entrain admirable. On s'est occupé de suite à s'y loger, et on y a parfaitement réussi à Malakoff.
« Le redan du carénage n'a pu être conservé devant la puissante artillerie qui frappait les premiers occupants de cet ouvrage.
i> Le général en chef ne doutait point cependant que notre artillerie à Malakoff ne fit tomber le redan du carénage ainsi que le grand redan, dont nos braves alliés avaient enlevé le saillant avec leur vigueur habituelle. Mais, comme nous au redan du carénage , ils avaient dû céder k l'artillerie ennemie et à une puissante réserve.
>. A la vue de nos aigles flottantes sur Malakoff, le général de Salles a fait deux attaques sur le bastion central ; elles n'ont pas réussi, et nos troupes sont rentrées dans leurs tranchées.
» A deux heures du matin, Karabelnaïa et la partie méridionale de la ville n'existaient plus ; l'ennemi, voyant notre solide occupation il Malakoff, s'est déterminé à évacuer la place, après en avoir fait sauter à la mine presque tous les ouvrages.
» Le général en chef a passé la nuit au milieu de ses troupes; il ignorait même ce matin le détail des perles de la journée , qui après tant de combats ne pouvaient être que sérieuses.
>' Le général linsiiuet a été blessé d'un éclat d'obus à l'épaule. Ont été tués les généraux Rivet, Breton et Saint-Pol. Le général de M»rollesa disparu dans une des attaques du carénage.
» Sont blessés les généraux de la Motterouge , Mellinet, de Failli. Les généraux Bosquet et Mac-Mahon ont eu une grande part des honneurs de la journée. « Tout est resté paisible sur la Tchernaïa, écrit le général en chef, el nous y veillons. »
1) L'escadre a été privée par un mauvais temps inattendu dans cette saison de la part qu'elle espérait prendre 'a cette grande journée , et n'a pu contribuer au succès obtenu que par le feu de ses bombardes, secondé par celui des bombardes anglaises.
>i Je remercierai eu son nom le général en chef d'avoir songé, au milieu de ses graves préoccupations, ii lui faire connaître les détails d'un des plus beaux faits d'armes qui aient jamais été inscrits dans nos fastes militaires et qui ajoute un nouvel éclat il une canùèr»; depuis longtemps illustrée.
» Le chef d' état-major, iiiMin. «
S'il uc l'ut pas douué aux flottes de prendre sur mer une pari cela-
HISTOIRE DE LA fii;i'IlHE D'ORIENT.
tante à la vicloirc, elles furent du moins noblement rcpr(!sentées sur terre par leurs ilùtachciiicnts. La briijade navale anrjlaise , que commandait le capilaine Henry Kcppel, lit un feu continu de ses batteries depuisTaubedu jour jusqu'à la nuit. Les batteries servies par la marine française contribuèrent à protrijer la retraite du général de. Salles. Au moment où elles suspendaient le l'eu pour laisser passer les colonnes d'assaut , les parapets du bastion central se couvrirent de fusiliers; les pièces brisées furent remplacées par des pièces de campagne , et une formidable grêle de mitraille et de balles rendit le fossé inlranchissable pour les assaillants. Pendant qu'ils y ripostaient avec un admirable sang-froid, mais sans obtenir le moindre avantage, les artilleurs delà marine eurent une inspiration hardie. Leurs batteries dominaient la position; les commandants, certains de l'habileté de leurs pointeurs , n'hésitèrent pas à faire tirer directement sur les Busses qui garnissaient l'épaulement, à quelques mètres audessus de la tête des soldats de la division de Salles. Ils parvinrent
Tandis qu'ils comblaient les troupes d'éloges mérités, les généraux en chef reeevaieiit ceux de leurs gouvernemeuls. On mettait h l'ordre général de l'armée ces deux dépêches, adressées au général Pélissicr par le ministre de la guerre :
« Paris, le 11 seplembro 1855, deux heures quinze minutes du soir. » L'empereur m'écrit de Saint-Cloud :
» Faites passer la dépèche suivante au général Pélissier :
» L'empereur au général Pélissier.
n Honneur à vous ! Honneur à notre armée! Faites à tous mes sin- >) cères félicitations, u
0 Paris, le 11 septembre 1855.
» Sa Majesté m'ordonne de vous écrire qu'elle vous élève à la dignité de maréchal de France. Je suis heureux d'avoir il vous annoncer celte bonne nouvelle, très-bcureux.
IViiitovos, tué à l'allaque du petit Itr
ainsi à ralentir le feu de l'ennemi, et les troupes purent se replier sans trop de perles <lans la tranchée.
Le vice-aniira! liruat n'oublia pas de complimenter les batteries de la marine.
« A l'escadre, 10 septembre.
>> Le vice-amiral commandant en chef félicite les batteries de la marine de la part glorieuse qu'elles ont prise à la vigoureuse canonnade qui ])endant trois jours a préparé l'assaut des ouvrages ennemis.
1) Il s'empresse de porter à la connaissance de l'escadre les détails qu'il reçoit à l'instant de M. le contre-amiral Higault de Genouilly.
u Du 5 au 0 septembre les batteries de sléi;c de la marine ont eu cent quarante-cinq hommes hors de combat et trois oiliciers blessés, t^omme toujours, dans cette bataille qui vient d'avoir lieu, nos marins ont été admirahles d'énergie, de dévouement et d'habileté pour les mouvcmcnis de leurs pièces. Jamais leur tir n'avait été plus précis et plus rapide. Il a du iiilligerà l'ennemi des pertes considérables.
" Les ofhciers et aspirants ont ..outenu la glorieuse réputation de la marine , et ils ont admirablement secondé les excellentes dispositions prises par le brave oQicier général qui les commandait.
» Le vice-amiral commandant en chef : Drlat.
» Le chef d'état-major : Jirien. »
Le général Mac-Malion , nommé grand-croix de la Légion d'honneur, était appelé en remplacement du général Regnault de Saint- Jean d'Angely , qui rentrait en France , au commandement du corps de réserve, composé des divisions Ilerbillon, d'Aurelles, Mellinel, et de la brigade de cavalerie de Forlon.
La grande croix de la Légion d'honneur était donnée aux généraux Bosquet et Niel. Le vice-amiral Bruat était élevé à la dignité d'amiral.
Le lieutenant général James Simpson était promu au grade de général, et recevait de lord Panmure, ministre de la guerre, la lettre ci-dessous :
o Londres, mercredi 12 septembre.
)) La reine a reçu avec une grande émotion l'heureuse nouvelle de la chute de Séhastopol. Pénétrée d'une gratitude profonde envers le Tout-Puissant, qui a daigné accorder ce triomphe aux armées alliées, ■Sa Majesté m'a ordonné de vous exprimer, à vous et, par votre interiiiédiaire, à son armée, la glorieuse satisfaction ([u'elle ressent de cette nouvelle preuve de son héroïsme. La reine félicite ses troupes de l'issue triomphante d'un siège prolongé, et les remercie de l'entrain et du courage avec lesquels elles eu ont supporté les travaux et de la valeur qui y a mis fin.
» La reine regrette profondément que les pertes douloureuses qui ont été essuyées ne laissent pas sans mélange la joie de ce succès , et
HISTOIRE DE I,A GUF.HRF, D'ORIENT.
pendant qu'elle se ri'jouit de la victoire , Sa Majesté éprouve une sympathie profonde pour ceux qui ont si noblement souffert pour la cause de leur pays.
)) Vous voudrez bien féliciter, au nom de Sa Blajcsté, le général Piiissier sur le brillant résultat de l'assaut de Malakoff, qui prouve la' force irrésistible aussi bien que le courage indomptable de nos braves alliés. »
J,e maréchal Pélissier reçut la grande croix de l'ordre du Bain, elle cénéral Simpson relie de la Légion d'honneur.
C'est enco'e ici que nous devons mentionner , quoiqu'elles soient de dates postérieures , les lettres autographes écrites aux trois généraux par le sultan :
« Au maréchal Pélissier.
wMabéciial,
M Les armes de l'alliance viennent de remporter une brillante vic-
de couronner les armes de l'alliance. Moi et mon pays nous vous félicitons, vous et la brave armée que la reine, mon auguslc et intime alliée, a mise sous votre commandement, comme j'ai félicité nos braves alliés les Français et les Sardes. La Turquie vous est reconnaissante avec l'Angleterre, comme elle vous admire avec le monde entier.
)) La prise d'une place dont le siège sera toujours mémorable dans les annales militaires est la récompense la plus glorieuse des efforts héroïques que les enfants de ces pays intimement unis ont faits depuis le commencement de cette campagne.
)) Le Tout-Puissant , en bénissant leurs armes, les a rendus la gloire et l'orgueil de leur pays.
i> Soyez, monsieur le général, mon interprète auprès de votre brave armée pour lui exprimer ces sentiments.
» Le président du conseil général de guerre, le général de division Rifaat-Pacha , que je charge de vous remettre ces présentes, vous
Ce fut un sous-officier du !«' régiment de zoiiavo, EugcTie Libaut, do Paris, qui pliinla le preran
appau fia
toire, fruit de tant de courage et de tant de bravoure. En mon nom et au nom de mon peuple, je vous félicite, vous et la brave armée que l'empereur, mon auguste et intime allié, a mise sous votre commandement, comme j'ai félicité nos braves alliés les Anglais et les Sardes.
Il La Turquie vous est reconnaissante comme la France, et elle partage l'admiration générale du monde entier.
» Les braves enfants de ces pays qu'une alliance intime lie l'un à l'autre à jamais ont été bien éprouvés sans doute, mais la prise d'une place dont le siège sera une des plus belles pages de l'iiisloire militaire est la récompense la plus glorieuse. Leur pays bénit leurs noms, comme le Tout-Puissant a béni leurs armes. Soyez, monsieur le maréchal, mon organe auprès de votre brave armée pour lui exprimer ces sentiments.
•1 Le président du conseil général de guerre, le général de division Rifaat-Pacha, qui vous remettra la présente, vous communiquera de vive voix mes félicitations les plus sincères à vous et ii vos braves compagnons d'armes.
)> Sur ce, je prie IJicu de vous avoir toujours en sa sainte et digne garde. "
« Au général Simpson.
)l ("iF.NF.RAL,
» Une victoire brillante, obtenue par un courage héioVqne, vient
communiquera de vive voix mes félicitations les plus sincères à vous et a vos braves compagnons d'armes.
j) Sur ce, je prie Dieu de vous avoir toujours en sa sainte et digne garde.
M Fait an palais de Tchéragan, le 11 de la lune de moharrera 1272, 23 septembre 1855. »
«Auriénéral Alphonse de la Marmara.